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Retour à Destiny - La jetée des disparues

De
432 pages
Retour à Destiny, Lena Diaz
Bex est revenue… Dans la tête de Max, ces trois mots tournent en boucle. Pourtant il n’ose pas se réjouir car, si lui n’a jamais oublié Bex, il sait que de son côté elle a construit une nouvelle vie loin de Destiny. Destiny, la ville où ils se sont connus et aimés. Destiny qu’elle a quitté quelques jours après la mort de Bobby, le garçon qui la harcelait et qu’on l’a accusée, à tort, d’avoir tué. Mais bien des choses ont changé depuis le drame. Aujourd’hui, Max est policier, et il est décidé à rouvrir l’enquête et à découvrir les véritables raisons qui ont poussé Bex à fuir sans même chercher à prouver son innocence…

La jetée des disparues,  Cynthia Eden
La mort dans l’âme, Jill se dégage de l’étreinte de Hayden et tente d’éviter son regard implorant. Non, elle n’a pas oublié l’amour fou qui les liait dix ans plus tôt, mais elle n’a pas oublié non plus que Hayden lui a brisé le cœur en la quittant… Et, si elle est prête aujourd’hui à revivre le cauchemar de son adolescence pour l’aider à retrouver la jeune fille qui, comme elle autrefois, vient d’être kidnappée, en aucun cas elle ne laissera leur relation sortir du cadre strictement professionnel... 
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1
Les chuchotements commencèrent trente secondes après que Bexley Kane se fut engagée dans l’allée 3 du Piggly Wiggly de Magnolia Street. Non qu’il y ait un autre supermarché Piggly Wiggly dans la petite ville de Destiny, Tennessee. Avec une population comparable à celle d’un grand lycée dans une autre partie de l’État, le bourg ne pouvait en héberger qu’un. De m ême qu’un cinéma. Et un restaurant Waffle House. Mais curieusement il y avait quatre Starbucks. Hélas, aucun n’était proche de Magnolia Street. En cette seconde, Bex aurait volon tiers craqué pour unventi caramel macchiato. La tête haute, les épaules dégagées, elle emplit son Caddie aussi vite que possible, tout en feignant de ne pas remarquer les conciliabules des autres clients à son passage, la bouche cachée derrière la main. Croyaient-ils vraiment qu’elle ignorait qu’ils parlaient d’elle ? Elle imaginait sans mal ce qu’ils se disaient. Est-ce bien celle à laquelle je pense ? Cela fait combien, dix ans ? Pourquoi est-elle revenue ? Tu n’es pas au courant ? Sa mère est décédée. Le cœur brisé, paraît-il. Après avoir fui la ville, sa fille n’est plus jamais revenue la voir. Tu crois que le chef Thornton va l’arrêter, cette fois ? Peut-il y avoir prescription, pour un meurtre ? — Mademoiselle Kane, c’est un plaisir de vous voir. M. Dawson, le directeur, lui adressa un franc souri re depuis le comptoir du rayon traiteur. — J’espérais revoir au moins une fois votre joli vi sage avant que vous ne repartiez. Vous cherchez quelque chose pour le déjeuner ? Nous avons justement un excellent pied de porc mariné aux aromates. Il désigna avec fierté le grand bocal placé au-dessus de la vitrine, et qui évoquait le résultat d’une expérience de sciences naturelles qui aurait mal tourné. Bex réprima un haut-le-cœur. Détournant les yeux de l’objet de sa répulsion, elle lui rendit son sourire. C’était l’un des rares citoyens de Destiny qui ne l’ait pas traitée comme une pestiférée depuis son retour, une semaine plus tôt. — Comment allez-vous, monsieur Dawson ? En fait, j’ai commandé du rosbif cuit et du poulet grillé. Pouvez-vous voir s’ils sont prêts ? — Gladys a dû s’en occuper, répondit-il. Je vais vérifier dans la chambre froide. Je reviens tout de suite. Il ouvrit l’épaisse porte isolante qui se trouvait derrière lui et pénétra dans la pièce réfrigérée. Bex consulta sa liste. Il ne restait que la moutarde, l’un des quelques achats oubliés lors de son premier passage. Après cela, elle aurait ass ez de provisions pour tenir jusqu’au bouclage de la gestion des biens de sa défunte mère. Elle pourrait ensuite sauter dans sa voiture et laisser Destiny derrière elle. De nouveau. Cette fois, pour ne jamais y revenir. Si sa mémoire était bonne, le linéaire des condimen ts faisait face à l’armoire à boucherie. Comme très peu de choses avaient changé dans la ville, il devait toujours s’y trouver. Alors qu’elle se retournait dans l’allée, son regar d croisa celui de la seule personne qu’elle avait espéré ne pas rencontrer. Max Remington.
Pendant trois longues secondes, un éclat de stupeur brilla dans ses yeux brun doré. Puis de la colère. La mâchoire crispée, il la dépassa sans un mot et se dirigea vers le comptoir des sandwichs, de l’autre côté du rayon. Comme par miracle, Gladys apparut aussitôt pour le servir. Bex nota qu’il se répandait en sourires tout en s’adressant à la sexagénaire. C ’était du « oui, madame », « non, madame », alors qu’il n’avait même pas eu un « bonjour » pour elle. Cette froideur n’aurait pas dû la blesser. Après tout, c’était elle qui l’avait quitté. Mais il avait été son premier amour. Au fil des ans, elle s’était forgé de lui une image de séduisant héros, avait rêvé de ce qu’aurait pu être sa vie, de ce qu’elle aurait dû être si elle lui avait dit oui ce soir-là. Et si Bobby Caldwell n’était pas mort. Tout en prenant son pot de moutarde, elle s’offrit le plaisir coupable d’admirer Max, et la totalité de son mètre quatre-vingt-huit. À dix-huit ans, il était le garçon le plus mignon, le plus gentil, le plus populaire du lycée de Destiny. À vingt-huit, il était un homme d’une beauté à tomber par terre, dont les biceps et les c uisses faisaient oublier l’adolescent dégingandé qu’il avait été. Ses épais cheveux bruns étaient coupés court, tandis que son menton carré, qu’elle avait toujours connu rasé de près, s’ornait aujourd’hui d’un début de barbe parfaitement entretenu. Son style vestimentaire, quant à lui, était resté à peu près le même. Aucune coquetterie, juste une chemise de coton bleu aux pans glissés so us la ceinture d’un jean repassé. Et, compte tenu de la fraîcheur automnale, il portait par-dessus un blouson léger bleu marine. Alors qu’il lui tournait le dos pour désigner à Gladys quelque chose derrière la vitrine, les lettres DPD — Destiny Police Department — lui apprirent qu’il avait fait le bon choix, bien des années plus tôt. Bien, Max. Tu as réalisé ton rêve, finalement. — Aurez-vous besoin d’autre chose, mademoiselle Kane ? Elle arracha son regard de Max, le rouge aux joues. M. Dawson, qui avait tourné les yeux vers l’extrémi té du comptoir, les reportait à présent sur elle. De toute évidence, son intérêt po ur son ancien amoureux du lycée ne lui avait pas échappé. Il lui tendit un sac en papier kraft agrafé avec soin. — Votre commande est à l’intérieur. Vous n’aurez qu’à présenter ce code à la caissière, et elle vous accordera la ristourne de la maison. — Merci beaucoup, répondit-elle, avant de baisser l a voix. Je vous suis très reconnaissante pour votre gentillesse, monsieur Dawson. Vous êtes l’une des rares personnes qui m’aient rendu ce voyage supportable. — Je vous en prie. Je n’ai fait qu’agir selon ma co nscience. La méchanceté de certains citoyens de cette ville est vraiment une honte. Avant de jeter la pierre aux autres, ils feraient mieux de se regarder dans la glace. Elle sourit de nouveau, mais c’est avec un pincement au cœur qu’elle se rendit compte que Max et Gladys s’étaient tus dès qu’elle avait remercié M. Dawson. Max la regardait-il ? Avait-il finalement décidé de remarquer sa présence ? Le bruit de ses boots résonna sur le carrelage tandis qu’il marchait vers elle. Paralysée, elle serra contre elle le sac en papier et le pot de moutarde et chercha, affolée, ce qu’elle allait bien pouvoir lui dire. Il passa derrière elle sans même un regard. L’air s’échappa de ses poumons comme d’une baudruche crevée. Quelqu’un toussota. M. Dawson. Il la considérait avec une expression de profonde sympathie. À ses côtés, Gladys fronçait les sourcils, les mains sur ses hanches généreuses, la mine beaucoup moins amicale. Inutile de demander de quel côté elle était. Non qu’il y ait eu un choix à faire. Pour qu’il y ait un conflit, il fallait qu’ils soient deux, et Max affichait un total désintérêt pour elle. Sur un dernier remerciement à M. Dawson, Bex plaça ses articles dans son Caddie et se dirigea vers le fond du supermarché, comme si elle avait oublié quelque chose. En réalité, elle avait surtout besoin de recouvrer son calme. Ne voulant pas risquer une nouvelle rencontre avec Max, elle longea l’allée du fond pour gagner l’autre côté, histoire de retarder son passage en caisse jusqu’à ce qu’elle soit certaine qu’il était parti. Peut-être valait-il mieux qu’elle grimpe dans son S UV et reparte sur-le-champ à Knoxville, songea-t-elle. Elle pourrait engager quelqu’un pour le déménagement de la maison. Régler par courrier les formalités notariales retarderait les choses, certes, mais au
moins elle n’aurait pas à affronter d’autres regards hostiles. Et son cœur n’aurait pas à subir un autre face-à-face avec Max. Elle tenta de se convaincre que son envie de filer n’était pas de la lâcheté mais de l’instinct de conservation. Parce qu’il lui avait fallu des années pour recoller les fragments de son cœur dévasté. Mais, sur un simple regard noir de Max Remington, tout son travail avait été réduit à néant.
* * *
Max piaffait d’impatience dans la queue derrière Mabel Humphries. C’était la caisse rapide : dix articles maximum. Elle en avait au moi ns trente. Et, à la seule autre caisse ouverte, il y avait trois clients avec des Caddie débordant de marchandises. Il poussa un soupir agacé, puis se força à sourire lorsque la vieille dame pivota vers lui. — Bonjour, madame Humphries. Comment allez-vous aujourd’hui ? — C’est gentil de me le demander, inspecteur Remington. Mes articulations me font beaucoup souffrir, et ce n’est pas seulement à cause du temps. Je crois que nous allons avoir un orage, pas vous ? Il lui donna une réponse passe-partout, et elle poursuivit sur le thème de ses ennuis de santé. Si seulement il pouvait l’ignorer, ou lui dire de se dépêcher. Mais les règles de vie inculquées par ses parents ne le lui permettaient pas. Sauf, apparemment, en ce qui concernait Bexley Kane. Une pointe de culpabilité le traversa quand il song ea à la manière dont il s’était comporté avec elle. Destiny était trop petite pour qu’il n’ait pas entendu les rumeurs. Il savait qu’elle était de retour en ville à cause du décès de sa mère, mais il n’avait pas été préparé à se retrouver nez à nez avec elle après toutes ces années. Et il avait réagi avec ses tripes, sans réfléchir. Tous les discours qu’il s’était répétés pour le cas où il la reverrait s’étaient noyés dans un brouillard de colère et de douleur. Il avait donc opté pour la seule solution ne présentant aucun risque : il s’était fermé. Mme Humphries continuait à lui parler des vicissitu des de la vie, et il hochait la tête, l’esprit ailleurs. Bex. Il avait du mal à croire qu’elle était vraiment là. Allait-elle rester ? Pour de bon ? Compte tenu de la référence faite à son « voyage » devant M. Dawson, il ne le pensait pas. Il devait prêter davantage attention à ce qui se disait en ville, plutôt que de se boucher les oreilles chaque fois que son nom était prononcé. Il connaîtrait peut-être alors ses intentions, et pourrait ainsi prendre les précautions nécessaires pour ne plus de tomber sur elle au dépourvu. Il avait déjà accompli ses devoirs à l’égard de sa mère, cette femme douce et bienveillante dont il avait cru, comme la moitié de la ville, qu’elle deviendrait un jour sa belle-mère. Il avait assisté à l’office funèbre célébré à l’église, sans cercueil ni urne, son corps ayant été transporté ailleurs pour y être inhumé. À sa connaissance, Bex n’avait pas jugé bon de s’y rendre. Pour sa part, il y était allé tôt et ne s’était pas attardé, ne voulant pas risquer de la croiser. Désireux de faire son deuil en privé, il avait planté des lys blancs dans le jardin de Dorothy. Ces fleurs avaient toujours été ses préférées. Et depuis dix ans il en piquait un nouveau à chaque fête des Mères. — Je suis contente de vous voir, inspecteur, dit Mabel en lui agrippant la main avec une force surprenante. Vous viendrez à notre pique-niqu e ce week-end, n’est-ce pas ? Je vais confectionner quelques-unes de mes célèbres tourtes aux patates douces. — Je ne voudrais pas rater ça, madame. Il libéra gentiment sa main, puis lui rendit son salut tandis qu’elle poussait son Caddie vers la sortie. La jeune fille brune à la caisse scanna le code-barres de son sandwich et le lui rendit. — Vous ne voulez pas la formule avec chips et boisson ? Je peux envoyer quelqu’un au comptoir traiteur et… — Non, merci. Je prendrai juste le sandwich. Il paya puis poussa un soupir silencieux, soulagé d’être enfin sorti de ce purgatoire. Il n’avait même plus faim. Tout ce qu’il voulait, c’était regagner le poste de police, s’immerger dans son travail et tenter d’oublier tout ce qui se rapportait à Bexley Kane. — Tout le monde fait ce qu’on dit, et il n’y aura pas de bobo !
Max tourna vivement la tête vers l’entrée. Cinq individus masqués, armés de fusils d’assaut, venaient de franchir la porte et pointaient leurs armes vers les clients. Devant lui, la caissière se mit à hurler. L’un des types braqua son fusil sur elle. Max plongea par-dessus le tapis et entraîna la jeune fille par terre, quelques secondes avant que ce qui se trouvait devant la caisse n’explose dans un fracas assourdissant.
2
Bex s’aplatit contre l’empilement de boîtes de céréales d’une tête de gondole, les deux mains pressées sur sa bouche pour s’empêcher de crier. Rat-a-tat-tat-tat-tat-tat ! Bang ! Bang ! Elle se laissa tomber sur le sol, haletante, le souffle court. Bon sang, qu’était-il en train de se passer ? Qui pouvait donc se servir d’armes dans un Piggly Wiggly ? La réponse, bien sûr, tombait sous le sens. Il s’agissait d’un hold-up ! Mais elle ne pouvait toujours pas y croire. Pas ici. Pas dans la petite bourgade de Destiny. Dieu merci, Max avait eu largement le temps de sortir du magasin avant l’arrivée du ou des malfrats. Mais n’y avait-il pas quelque chose de choquant à se réjouir qu’un policier soit hors de danger quand il était le seul à pouvoir les aider, elle et tous les autres ? Un hurlement retentit depuis l’avant du supermarché. Quelqu’un d’autre cria. Des pas rapides se firent entendre dans une allée proche de l’endroit où Bex était recroquevillée. S’il s’agissait d’un braquage, les malfaiteurs n’auraient-ils pas commencé par forcer le directeur à leur ouvrir le coffre ? Et se déploieraient-ils dans les allées tout en continuant à tirer ? Bang ! Bang ! Ça ressemblait à un tir de pistolet. Rat-a-tat-tat-tat. Et, ici, de fusil automatique. Elle porta la main à sa gorge. Un fusil automatique ? Le possesseur du pistolet avait un sérieux désavantage. Un nouveau cri. D’autres pas pressés… Bang ! — Où est-elle ? aboya une voix masculine. Je ne l’ai pas vue avec ceux qui se sont enfermés dans la chambre froide. — Comment le saurais-je, bon Dieu ? D’après Reggie, elle était sur le point de sortir. Elle aurait dû être près de l’entrée à notre arrivée. — Trouve-la. Et trouve ce crétin de flic. Il fiche tout notre plan en l’air, je vais lui exploser la cervelle. Oh ! Seigneur, faites qu’ils ne parlent pas de Max. Mais au fond d’elle elle savait que si. Il n’y avait qu’un policier dans le supermarché avant leur irruption. Un seul. Aucun autre n’aurait pu rappliquer aussi vite. Peut-être était-il revenu en voyant les malfrats faire leur entrée ? Des pas se rapprochèrent. Un seul individu. S’il s’engageait dans l’allée du fond, il la découvrirait. Elle devait bouger de là, se cacher. Ou, mieux, trouver Max et les exfiltrer tous les deux du magasin. Ben voyons. Comme si elle était GI Jane ou quelque héroïne de BD ! Le seul danger auquel elle était confrontée dans sa vie ordinaire était de s’enfoncer une écharde dans le pouce en restaurant un meuble ancien. File, Bex. Grouille ! Elle formula une brève prière, puis quitta l’endroi t où elle se trouvait en rampant comme un lézard.
* * *