Run, tome 1

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Zone 89, 2052.


Marnie, 16 ans, s'enfuit de sa prison après le meurtre de son protecteur. Ne connaissant rien du monde extérieur, elle parvient quand même à s'abriter dans un camp de réfugiés où elle reprend peu à peu goût à la vie et foi en l'être humain. Mais comment vivre l'esprit tranquille lorsque le danger rôde autour de nous ? Car elle le sait, La Compagnie fera tout pour la retrouver et anéantir ses congénères... L'ère des mutants est en marche.

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EAN13 9791096785056
Langue Français

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© 2016, Léticia Joguin Rouxelle. © 2016, Something Else Éditions.
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Crédit photo : © 123RF
Illustration : © Caly Design.
ISBN papier : 979-10-96785-05-6
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E-mail : something.else.editions@gmail.com
Site Internet : www.something-else-editions.com
Tu veux un monde meilleur, plus fraternel, plus juste ? Eh bien commence à le faire :
qui t’en empêche ?
Fais-le en toi et autour de toi, fais-le avec ceux qui le veulent.
Fais-le en petit et il grandira.
Carl Gustav JungChapitre 1
La traque

Fuir. Partir. Courir à toutes jambes.
Vers quoi je ne sais pas, mais qu’importe ! Tout sera mieux que là-bas, mieux que ce
camp de la mort dans lequel j’ai été prisonnière si longtemps, trop longtemps ! Je n’ai
rien connu d’autre depuis que je suis née.
Je m’appelle Marnie, je porte le matricule : 160325, un numéro parmi tant d’autres,
rien qu’une série de chiffres. Marnie, c’est le nom que je me suis choisie, tout
simplement parce que j’ai été trouvée par un marine alors que je n’étais qu’un bébé.
Je me trouvais dans un panier en osier, à la taille de l'être petit et chétif que j'étais. Ma
découverte a eu lieu près d’un port, j'étais perdue au milieu des bateaux. On ne savait
rien de moi.
Mes parents biologiques n’ont pas laissé de lettre expliquant comment les retrouver.
Ça aurait été trop simple, bien sûr.
J'ai grandi dans la zone 89, il s'agit d'une zone militaire et comme tout bâtiment
appartenant à l'armée, il est aussi difficile d'y rentrer que d'en sortir. L'édifice est gardé
jour et nuit par des sentinelles à chaque point cardinal et relayé par des miradors.
C'était ma maison, je ne connaissais rien d'autre que cet endroit. Je ne manquais de
rien mais en contrepartie, je devais m'entraîner quotidiennement.
Toute la journée, je devais me plier à des exercices pour maîtriser mes capacités car
elles étaient soit disant différentes de celles des autres, des gens « normaux ».
C’est vrai, je suis différente.
Je ne réagis pas comme ceux qui étaient là de leur propre gré, plus exactement, mon
corps ne ressent pas les même choses qu'eux. J'apprivoise les douleurs, je guéris plus
vite par exemple. Mais je n'ai pas choisi cette différence, contrairement à ces militaires.
Ces hommes qui acceptent qu'on leur injecte des produits pour modifier leur
apparence, leur code génétique, ces êtres humains qui acceptaient de devenir comme
moi.
Pourquoi devenir un monstre ? Quel en est l'intérêt ou le but ? Alors que moi je veux
tant me débarrasser de cette particularité, de cette souffrance qui me pèse et qui
m'empêche d'être une fille comme les autres.
Je ne comprends toujours pas pourquoi c'est tombé sur moi, je n'ai rien demandé, rien
voulu, rien choisi.
Je n’ai pas demandé à déplacer les objets à ma guise sans les toucher, pas plus qued’enflammer mon environnement lorsque je me mets en colère.
Je n’ai pas voulu me régénérer plus vite que les autres êtres humains.
Je n'ai pas décidé de courir plus vite, d'avoir une endurance supérieure à la moyenne.

Je n’ai tout simplement pas choisi d’être une mutante.
Lorsque certains enfants ont droit à une part de gâteau ou un bonbon, moi je n’en
connais même pas encore le goût, parce que cela peut soit disant détraquer mon
système immunitaire. Tu parles ! Je suis persuadée que cela ne me ferait rien.
Je n’ai pas eu le droit non plus de regarder les dessins-animés, au cas où cela
endommagerait mon cerveau, parce que d'après les scientifiques qui me géraient, cela
est abêtissant.
Au milieu de tout cela, la seule chose à laquelle j'ai eu droit sont des cours intensifs de
combat rapproché, considérés comme mes seuls loisirs.
Le karaté, l’aïkido, le kickboxing, la boxe thaï, le combat au corps à corps, le
maniement des armes sont les seules disciplines qui m'autorisaient de sortir à la
lumière du jour.
Nathan, le scientifique qui s’occupait de moi, me disait toujours que j’étais sa super
guerrière.
Nathan...
Je pense à lui si tendrement encore aujourd'hui.
Dans ce bâtiment qui me servait de maison, il était sûrement mon plus proche parent,
même si aucun lien sanguin ne nous unissait réellement.
C’est à lui qu’on a confié ma garde et peut-être qu’au moins, ça, ce n’est pas une si
mauvaise chose car s'il n’avait pas été là, je ne suis pas certaine que j’aurais gardé un
côté humain en moi.
J’aurais sûrement laissé beaucoup plus parler mon deuxième moi, celui qui pouvait
être sauvage et dangereux.
C’est d’ailleurs pour cela que je n'avais pas le droit de sortir de là-bas, parce que je
pouvais être agressive, que je ne contrôlais ni ma force ni les facultés qui l’entouraient
et dès lors, j’étais une menace pour l’humanité, du moins, c'est ce que l’on m’a
expliqué.
Alors que moi, je me sens seulement différente de l'intérieur car physiquement je
ressemble à n’importe quel humain, à un détail près, mes oreilles ne sont pas rondes
comme les leurs, elles se terminent en pointe sur le dessus.
Quant à mes yeux en amande, ils sont paraît-il d’une couleur que l’on n'a jamais vue
encore. Ils sont dorés, pas noisette mais vraiment dorés. Moi, je m’aime ainsi alors pourquoi devrais-je changer ? Au nom de quelle loi ? De
quel modèle dois-je être la copie ?
Peut-être que si j’avais pu choisir, il en aurait été autrement...
Oui, j’aurais voulu des parents qui m’aiment, qui me bordent le soir, me racontent une
histoire, me soignent lorsque je suis malade...
J’aurais voulu une famille rien qu’à moi, pouvoir connaître ce sentiment d’appeler
quelqu’un « papa » ou « maman », de sentir quelqu’un m’aimer, me câliner et me le
dire chaque jour, avoir une chambre à moi, des jouets, des poupées, des amis...
Je n’ai pas vraiment d’amis. J’ai croisé de temps en temps des gens « comme moi »,
mais le contact nous est purement et simplement interdit.
Cette solitude me pèse depuis tellement longtemps !
Je veux vivre, voir le monde, voir le soleil se coucher ailleurs, au-delà de ces barbelés,
je veux courir les cheveux au vent, escalader les montagnes, toucher le sable,
connaître la neige, rencontrer des gens, avoir une vraie conversation avec quelqu'un
sans en demander la permission ou en recevoir l’ordre.
Aujourd'hui, je ne peux faire aucun choix, je n’en ai pas le droit, je ne suis qu'un pantin
articulé par des fils invisibles.
Même si mon cœur bat à l’intérieur de ma poitrine, je subis ma vie.
Mes semaines se passaient toutes de la même manière, le réveil sonnant à 6h30, la
douche, le petit déjeuner servi à 7h par le garde dans une trappe incorporée à ma
porte. Ensuite Nathan venait me chercher pour m'aider à faire mes exercices, à
continuellement m’entraîner pour utiliser au mieux mes capacités.
Je me sentais bien avec lui, il ne m'imposait rien, je ne recevais pas d'ordre, il me
demandait et je cédais à ses requêtes en échange.
On pouvait s’arrêter quand j’étais fatiguée. On prenait le temps de manger, de parler, il
me racontait les voyages qu'il avait faits, les pays qu'il avait visités et j’essayais alors
de m'imaginer le monde extérieur.
On chuchotait pour éviter que d'autres n'entendent nos conversations car il n’avait pas
le droit de s’attacher à moi, mais moi en avais-je le droit ?
Pour le gouvernement, je ne suis pas humaine, je suis donc incapable de quelque
forme d’affection que ce soit, je ne suis à leurs yeux qu’un animal qui n’est même pas
répertorié et qui n’existe dans aucun manuel.
J'en ai entendu plusieurs se moquer de moi quand j'étais plus petite et dire que ma
mère avait dû avoir peur de moi, c’est sûrement pour ça qu’elle a préféré se
débarrasser de cette chose qui n’était pas réellement humaine.
La différence fait tellement peur que personne n’osait vraiment me parler, on me
regardait soit avec curiosité soit avec dégoût. Seul Nathan acceptait de déjeuner avec moi. Le réfectoire était une pièce de plusieurs
centaines de mètres carrés dans les tons gris sales, je sentais des milliers d’yeux se
braquer sur mon ami et moi, j’entendais les chuchotis des autres qui se targuaient pour
la plupart d’êtres supérieurs à nous, nous qui n'étions qu’une sous race de l'humanité.
Lui et mon sergent instructeur Zane acceptaient de me parler, d’êtres « normaux »
avec moi. Mais avec le sergent ce n’était pas tout à fait pareil qu’avec Nathan, car
celui-ci ne m’accordait réellement de l’intérêt que lorsque nous étions seuls. Tous les
après-midi après ma pause déjeuner, Zane venait me récupérer au réfectoire, il était
toujours silencieux. Il n’assumait pas le regard des autres sur nous et si l’on nous
surprenait à parler ou rire, à toutes autres choses que nous entraîner au combat, il
s’enfermait dans un mutisme déroutant et je ne savais plus très bien alors où se
trouvait ma place.
Il n’aurait jamais osé m’accompagner dans un endroit aussi bondé que le self. Ces
sentiments confus autour de notre relation m’effrayaient car c'était quelque chose de
nouveau pour moi.
Inconsciemment, je pense que son attitude me blessait et parfois même je me sentais
jalouse et envieuse de ces autres filles qui lui souriaient et qui avaient le droit de le
faire au grand jour.
Je regrettais ce manque d'investissement dans notre relation car je sentais que nous
aurions pu être de véritables amis, peut-être même autre chose, si je n'avais pas été
ce que je suis.
Je pense que quelque part, j'avais des sentiments amoureux pour lui, mais ils n'étaient
pas réciproques malheureusement.
Lorsqu'arrivait le week-end, Nathan n’était pas là, et je me sentais terriblement seule
sans sa présence. Je n’avais personne à qui parler, puisque mon sergent instructeur
était en permission également. Le bruit strident de ma porte de chambre qui coulissait,
la lumière qui passait du rouge ou vert indiquant mon laisser-passer rythmaient ces
deux jours de solitude intense.
C’était comme ça. Nathan avait une famille à lui, des gens à aimer et dont il devait
s’occuper. Tout ce à quoi je n'avais pas le droit.
Je me sentais un peu abandonnée, je l’avoue alors que pourtant, il me disait souvent
que je m’entendrais bien avec son fils du même âge que moi.
Je l’écoutais parler de lui, j’entendais sa fierté dans ses paroles, et j'enviais
inconsciemment ce garçon qui avait droit à tout ça, tout ce dont je rêvais, il l’avait.
La famille : c’est un mot qui signifie tant de choses et en même temps, pour moi c’est
tout un monde inconnu. À lui seul, Nathan représentait ce qui se rapprochait le plus
d’une famille et chaque week-end le même refrain douloureux s'activait dans ma tête,
je suis seule, irrémédiablement seule, il ne m'emmènera pas avec lui.
Quand il me disait au revoir, je restais là encore une fois, dans cette chambre morbide
et blanchâtre sans fenêtre pour scruter l'horizon.
Comment peut-on manquer de quelque chose que l’on ne connaît pas ?