Run, tome 3

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148 pages
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Description

Plus rien ne sera comme avant. Marnie, plus que tout autre, le sait parfaitement.


Qu'est-elle au fond ? Une jeune femme normale avec des capacités différentes ou juste une sordide aberration? L'Amour va-t-il la sauver ou au contraire la condamner ?


Et si le monstre que nous devons combattre n'est finalement ni humain, ni mutant, mais caché à l'intérieur de notre subconscient ?


La lutte pour la liberté ne fait que commencer...

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EAN13 9782378160432
Langue Français

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Run, tome 3 [Léticia Joguin-Rouxelle]
© 2018, Léticia Joguin-Rouxelle. © 2018, Something Else Editions. Tous droits réservés.
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le co nsentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contref açon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Illustration : © Caly Design ISBN papier : 978-2-37816-042-5 ISBN numérique : 978-2-37816-043-2 Something Else Éditions, 8 square Surcouf, 91350 Grigny E-mail : something.else.editions@gmail.com Site Internet : www.something-else-editions.com Cet ouvrage est une fiction. Toute ressemblance ave c des personnes ou des institutions existantes ou ayant existé serait tota lement fortuite.
« Mes piliers, Mes amies, Mes cinq doigts de la mai n, Nul besoin de les citer, Elles sauront se reconnaître comme nous avons su no us apprivoiser Elles sauront que c’est le destin, Qui a su nous attacher, Que notre lien n’est plus à décrier… Dans les moments de doutes, de joie, De peur ou à chaque pas, Elles sont là… Pour cacher mes larmes, Parfois pour prendre les armes, Elles sont là… Différentes, Mais nécessaires, Chacune à leur manière, Comme une petite plume qui garnirait chacune de mes ailes, Me donnant ce souffle pour m’envoler toujours plus loin, plus haut, vers le ciel, Elles sont là… Je leur dédie ces mots, Comme un cadeau. Me voir dans leurs yeux m’a donné foi en moi, Et ce fil invisible, lien sacré qui nous unies, Ne se cassera pas, tendant toujours plus vers l’infini. Parce que l’on ne s’est pas rencontrées, Nous nous sommes reconnues, Comme si le temps nous avait quelque peu perdues. Nous avons besoin des autres pour vivre quoi qu’on en dise, Ils sont ce souffle de lumière, Ce réverbère flottant au-dessus des abimes ténébreu ses et grises, Qui parfois nous rendent prisonnières. Laissez les autres vous aimer, Laissez les autres vous porter… Chaque détail de nos différences est une complémentarité…
Commencer à croire en l’humanité, C’est commencer à croire en soi, Prendre l’autre dans ses bras, C’est aussi accepter que l’on soit fait pour s’aime r, Et que la fraternité doit faire partie de nos princ ipes ancrés, un chant Parce que c’est ça, l’amitié C’est un chant divin qui viendrait nous bercer. » Léticia Joguin-rouxelle
Chapitre 1 : Le minotaure
Marnie Minotaure: Animal fabuleux de la mythologie grecque, au corp s d’homme et à tête de taureau, se nourrissant de chair humaine. Fléau qui détruit ou dévore. Cette bête qui me fait face, à quelques centaines d e mètres et dont les sabots martèlent rageusement le sol, souffle dans notre di rection et porte diablement bien son nom. Elle est tellement différente de nous, je le sens j usque dans mes entrailles et la peur sournoise, viens se nicher le long de mon échine. L es frissons s’intensifient à mesure qu’elle s’approche de plus en plus de moi, je n’ent ends plus rien autour de moi comme si le temps s’était figé en un claquement de doigts . Cette vague sonore croît, éclate et se retire dans l’espace et le temps, s’harmonisant avec les battements de mon cœur, comme si nous ne faisions plus qu’un. Ma terreur bloque le sang qui, jusqu’il y a quelque s minutes, battait comme des lames de fond contre mes veines. Ma peau diaphane s ombre dans la transparence devant l’horreur de la situation. La vérité est là. Je ne suis ni courageuse, ni téméraire. J’aimerais disparaître tant cette chose hideuse et immonde me donne la chair de poule. Je n’avais jamais réellement connu de peurs enfanti nes, de cauchemars jusqu’à cette vision… Celle où j’étais terrée dans cette grotte : prisonnière, prise au piège, à la merci de cette créature irréelle. Les sens envahis par so n odeur pestilentielle, cette faucheuse scelle notre sort à tous. Implacable, imp erturbable, fixée sur un seul et unique objectif : notre éradication. Le minotaure est mon croquemitaine à moi, une peur enfantine viscérale et ancrée au plus profond de mes entrailles. Alors que je suis plongée dans une tétanie proche d ’une celle d’une statue de marbre, je me sens projetée en arrière par des bras puissants. Alors que je m’attends à reconnaître une odeur boisée familière, deux yeux é meraudes perçants me font face et semble scruter la moindre de mes émotions. Mes pupi lles se dilatent à leur contact et des larmes qui n’étaient pas invitées, viennent per ler sur mes joues. Je soupire alors qu’un goût salin vient se perdre sur mes lèvres ass échées par la terreur que mon âme transpire par tous les pores de ma peau blanchâtre. Dire que j’ai peur est un euphémisme, pour la premi ère fois de ma vie, je suis terrifiée, terrassée par ce sentiment d’impuissance qui me laisse les bras ballants. Est-ce de la colère que je perçois ? De la pitié ? Ou b ien encore de la compassion ? Pourquoi a-t-il choisi de me sauver alors qu’il ava it juré ma destruction ? Et puis, quelque chose semble le perturber alors qu ’il me pose à l’entrée du sous-marin. Une forme frêle se dirige tout droit vers le fléau qui nous guette et nous surplombe tous dans sa puissance.
Il est celui qui va marquer notre anéantissement à tous. Une ère nouvelle se profile devant nos yeux. La chasse aux mutants commence, bientôt, nous ne po urrons plus nous cacher. Un hurlement mêlé de sanglots rageurs vient pourfen dre d’un seul coup le silence qui s’était imposé à moi durant l’espace de quelque s secondes. — FUYEZ ! Cette voix fine, chantante et maternelle, je la rec onnaitrais entre mille autres, même si l’on y sent tout le désespoir du monde la rendre tremblante, à la limite de la cassure. Je vois les yeux d’Andy s’agrandir d’effroi devant la scène surréaliste qui se joue devant nous. L’émeraude s’obscurcit, laissant place à un vert fo ncé empli de colère. Je le vois alors se transformer devant moi en un loup noir, au ssi imposant qu’agile et majestueux. Ses immenses crocs blancs tranchent avec les ténèbr es de sa fourrure qui fend l’air, tant ses muscles se tendent dans chacune de ses fou lées, plus rapides les unes que les autres. Mais lorsqu’il parvient enfin à la haut eur de sa mère, il semble stoppé net par une force invisible. Un champ magnétique semble dévorer la bête qui arri ve à la hauteur de la femme épuisée, mais non moins puissante qui lui fait face et lui tient tête. Tout tremble autour de nous et semble danser dans u n ballet démoniaque. La passerelle tangue et se craquelle menaçant de s’effondrer à tout instant. Les yeux de Lily Corben se remplissent de larmes lo rsqu’elle se retourne vers son fils unique. Je n’entends pas les derniers mots qu’ elle semble lui murmurer, tandis que la bête se jette sur elle. Il s’effondre et hurle d ans un cri strident qui me transperce le cœur tant je sens toute la peine qu’il y met. Je re ssens tout ce qu’il ressent et je prends toutes ces émotions comme un uppercut en plein visa ge. Seth s’approche doucement de lui et lui chuchote qu elque chose à l’oreille. Andy se redresse alors comme un automate et se dirige vers notre groupe sans me jeter un regard. Et s’il n’était pas intervenu pour me sauver, aurai t-il pu empêcher sa mère de se sacrifier ? — Vite ! Lily va imploser… Je grimpe dans l’habitacle métallique qui finit par démarrer après quelques toussotements. Je regarde par la lunette arrière le sordide spectacle sanglant qui se joue sous mes yeux, pendant que nous quittons cette île maudite et sa prison. J’ai la gorge qui me brûle, l‘estomac noué, mes yeux sont s ecs alors que des larmes de rage coulent à l’intérieur de mon âme ravagée. Mes poing s se serrent et des flammes vrillent au travers. — C’était avant qu’il fallait faire quelque chose. Le ton acide d’Andy coupe tout effet en moi et le r egard qu’il me lance veut tout dire. Ses yeux sont pleins de pitié et d’amertume à mon é gard. Je ne suis qu’une lâche. « Tu aurais pu la sauver, au lieu de ça comme toujo urs, tu fais n’importe quoi. Je te hais. À cause de toi et de tes décisions immatures, j’ai perdu la seule famille qu’il me
restait. » Je reste figée sur place. Que puis-je lui répondre ? Par deux fois, j’étais là et je n’ai rien fait. Ni pour Nathan, ni pour Lily. Je me sens tellement inutile. Je reste debout, face à ce lieu maudit que l’on quitte, prostrée comme un pantin sans fil à qui l’on aurait retiré la vie. Une main se pose sur mon épaule, une main amie. Une chaleur vive et familière s’empare de moi, ce g este presque intime me rassure. Zane se place derrière moi et ma tête se pose contr e son torse instinctivement, tandis qu’il me serre contre lui. Je prends sa main délica tement et l’enroule dans la mienne. Je me sens perdue, paumée, je voudrais être quelqu’ un d’autre, mais pas moi. Je fais tout de travers. Je ne sers à rien et ma lâcheté es t à la hauteur de mon inutilité dans ce monde. «Je t’interdis de penser ça. Tu es mon monde, Marnie . Mon tout. Sans toi, cette vie, ce combat, ne vaut rien. Tu ne pouvais rien faire. Ni pour Nathan, ni pour Lily. Quand vas-tu arrêter de te sentir coupable pour le genre humain en entier ?» Je ne lui réponds pas non plus. A quoi cela peut-il bien servir… Je ne sais même pas où nous allons, où pouvons-nous bien aller nous cacher désormais ? Il n’y a pas de place pour les sentime nts, tant que nous ne serons pas débarrassés de la Compagnie. Il va falloir bâtir cette armée rédemptrice, avouer au monde entier ce que nous sommes sans leur faire peur. Le mensonge a suffisam ment duré, mais l’homme est-il prêt pour son évolution ? Comment savoir si cela ne va pas se retourner contre nous ? Combien sommes-nous ? Tellement de questions et si peu de réponses … Pourquoi me sens-je si désemparée qu’Andy me rejette ainsi ? Ce jeune homme si mystérieux, si différent de Natha n. Il m’ignore totalement et reste seul dans une des cabines. Il nous ignore tous d’ai lleurs. Il est muré dans un silence qui me donne la chair de poule. Les yeux gris de Za ne, perlés de son bleu océan me scrutent de loin. Il tient la barre du sous-marin, encore une de ses nombreuses qualités de marine. Compétence qu’il a sûrement acquise pend ant ses entrainements. Que sais-je de lui au fond, hormis son dévouement e xtrême me concernant. Jamais il ne m’a parlé de sa vie en dehors, avant cette dé cision d’être comme nous. Comme moi. Par amour. Pourquoi cela ne me suffit-il pas ? Pourquoi dès qu’Andy est là, je me retrouve irréméd iablement attirée par lui, comme si nous étions deux aimants ? Deux forces contraire s submergé par cette fusion qui nous unie, mais que nous essayions de rejeter de to utes nos forces. Il y a trop de morts entre nous, un fossé se creuse , inlassablement, une barrière infranchissable, un mur de cadavres, s’empilant. Ch ant lancinant et macabre qui me bourdonne aux oreilles.
Je glisse mon index sur mes lèvres. L’empreinte de sa bouche sur la mienne est si fraîche encore, si vive, comme s’il venait à l’inst ant de m’embrasser. Mon cœur bat la chamade dans mon sarcophage osseux. Bam Bam… Bam Bam. Ça pulse contre mes veines. Je déglutis. J’ai mal. J’ai peur. Un long frisson parcourt mon échine et je griffe ma lgré moi les sièges verdâtres et usés de la cabine de contrôle. La boule qui se form e dans ma gorge m’empêche de respirer convenablement, les papillons sont revenus et cognent violemment contre mes parois abdominales. Je dois y aller. Je dois aller le voir. Même s’il s’en prend à moi, même si… Je me lève précipitamment, muée par je ne sais quel instinct. Zane m’attrape par l’épaule d’une main. Je sens tel lement de chagrin dans son regard que c’en est douloureux, mais je baisse la t ête et continue mon chemin vers le long couloir métallique, bordé d’une lumière rougeâ tre qui m’aveugle presque. Je fronce les sourcils pour essayer de m’habituer à ce tte luminosité effrayante. Dans la logique des choses, puisqu’il nous fuit, il devrait se trouver à l’extrémité du vaisseau. Je glisse ma main sur le mur, le froid du métal me fai t sursauter quelque peu. Ce dernier est rugueux par endroit et lisse en d’autres, impar fait mais nous protégeant quand même contre l’immensité océanique tout autour de no us. Une forme noire se dessine dans l’eau. Je n’ai jamais rien vu de tel et je res te ébahie devant le spectacle magique qui s’offre à moi. Je crois avoir déjà vu ça lors d e mes lectures et scrutant l’imposante stature, il doit s’agir d’une baleine. Les radiations tombées dans l’océan durant la trois ième guerre mondiale, ont fait muter certains de nos comparses animaliers et celle -ci n’a pas déroger à la règle. Je peux la voir de plus près lorsqu’elle se rapproc he de notre sous-marin. Son regard sombre est doux, comme si elle ne nous en voulait f inalement pas. Sa gueule est déformée comme si on l’avait sculptée à la manière cubique d’un Picasso. Son petit, lui, dispose d’ailerons sur son dos et semble plus chétif que sa mère. Une larme perle sur ma joue tandis que je m’imagine que pour eux, le monde n’est pas si simple non plus. Et pourtant, ce qui me frappe tellement plus encore que tout le reste, c’est qu’ils savent d’instinct vivre en harmonie avec leurs diff érences communes, comme s’ils en avaient fait une force. Pourquoi chez nous le paraître est-il si important ? Pourquoi sommes-nous rejetés dans notre différence ? Les animaux ont tout compris, eux, depuis très long temps… Nous avons beau être l’espèce la plus intelligente de cette planète, nous n’avons toujours pas saisi l’essentiel.