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Scottish Trip

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264 pages

Description

Juliette, jeune fonctionnaire discrète mais influente, rêve d’un périple romantique au cœur des Highlands. Ce voyage, elle espère le faire au côté de son amoureux Stéphane, qui est aussi le leader d’un groupe de rock à la notoriété naissante : les Tartans.
Mais dès leur atterrissage sur le sol écossais, rien ne se passe comme prévu et c’est seule que Juliette part à l’assaut des somptueux paysages des Highlands.
Une jeune Française solitaire, voilà qui suscite la curiosité des Écossais. Ils vont se montrer à la hauteur de leur réputation : gentils, généreux et charmants… très charmants.
De leur côté, les Tartans donnent un concert magistral à Édimbourg et s’adonnent sans complexes à leur nouvelle vie de rock star. Mais pour Stéphane, le succès sans Juliette a un goût amer : c’est grâce aux talents de manager de cette dernière que la carrière du groupe a décollé. Et s’il avait commis une erreur monumentale ?
Une question l’obsède, désormais : où est Juliette ?
C’est pour la retrouver qu’il se lance dans un road trip échevelé à travers la lande écossaise, sur fond de whisky tourbé et de musique rock.

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Ajouté le 27 juin 2018
EAN13 9782370116093
Langue Français
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SCOTTISH TRIP
Liliane Fournier
© Éditions Hélène Jacob, 2018. CollectionLittérature sentimentale. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-608-6
1Le départ
En descendant du taxi, devant le hall E de Roissy, Juliette aurait bien aimé voir surgir son amoureux pourl’aider à tirer les deux valises, pleines à craquer, que le chauffeur avait gentiment déposées à ses pieds. Elle le paya et fit un tour d’horizon.Mais aucun visage connu ne vint à sa rencontre. Elle arrangea son blouson et son ordinateur sur la poignée d’une des valises et saisit l’autre pour se mettre en marche. Le groupe s’était donné rendez-vous devant le guichet d’enregistrement des bagages à 14 heures. Steve donnait une interview à la radio, avant de les rejoindre.Steve, c’était son chéri,Stéphane de son vrai nom, le leader du nouveau groupe de rock celtique : les Tartans. Juliette se battait contre les deux valises qui avaient choisi de prendre des trajectoires différentes, la forçant à stopper toutes les deux minutes en ronchonnant. Elle discerna,à l’endroit du rendez-vous, la haute silhouette d’Angus,le guitariste, puis celles des autres musiciens. Elle
s’immobilisa en tremblant. Elle avait dû mal voir. Cen’était certainement pas la main de Steve qui s’accrochait à la taille d’une jeune femme. La foule perturbait sa vision, mais elle ne put réprimer un bref sursaut dans la région ducœur. Steve tourna la tête, l’aperçut et vint à sa rencontre en souriant. Non, ce n’était certainement pas sa main. Il l’embrassa et la soulagea de son fardeau. Près des trois autres garçons se trouvaient quatre filles. Juliette les reconnut immédiatement : elles se faisaient appeler les « tartanes» et se vantaient d’être les véritables groupies officielles des Tartans, celles de la première heure, celles qui étaient déjà là lorsque la popularité des musiciens ne dépassait pas les portes du Fergus, le pub écossais. Juliette ne les avait jamais aimées. Elle les avait surnommées les « tartes » ! Elle les trouvait vulgaires et stupides. Steve leur avait décerné le titre de « mal nécessaire », un revers de médaille incontournable : elles étaient fidèles et faisaient à présent partie de la communication du groupe. En contrepartie des articles élogieux dont elles inondaient les réseaux sociaux, Juliette leur offrait des places de concert gratuites. La renommée du groupe était en pleine ascension, mais pas suffisamment pour se passer d’un coup de main en matière de publicité.En revanche, il n’avait jamais été question qu’elles fassentpartie des bagages à emporter en Écosse. La petite troupe la salua. Àla façon dont les garçons évitaient son regard, elle comprit qu’ils en avaient décidé autrement.Cela n’avaitpas été discuté avec elle et Juliette sentait la colère monter. La mettre devant le fait accompli n’arrangeait rien. Ils lui avaient confié la lourde tâche
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de les manager,mais refusaient d’admettre qu’ils devaient l’informer de tout ce qu’ils planifiaient. Bonjour les gars, dit-elle, apparemment calme. Cest gentil à vous, les filles, de nous accompagner jusqu’à l’aéroport, ça fera de bonnes photos pour Facebook ! Juliette était impatiente de voir lequel des trois allait négocier lescapade destartes. Et la réponse lui fit mal. Elles viennent avec nous, dit Steve, mais ne t’inquiète pas, ellespaient leurs billets et leur hébergement. Là n’est pas la question! Cool, répondit Mick, le bassiste,c’est la maison qui régale! Juliette avait soudain très chaud et envie de hurler,mais la foule l’en dissuada. Que faire? Arrête de rêver! Si vous m’en aviez parlé avant, peut-être, mais en faisant vos magouilles dans mon dos, c’est hors de question! lâcha-t-elle, la voix ferme, mais sans crier. Elle croisa le regard bovin de celle qui s’appelait Margie. Cette dernière lui répondit en mâchant son chewing-gum. On te l’avait dit, elle est pas cool! Mick la serra de plus près et lui roula une galoche d’adolescent. C’était nouveau. Juliette savait que les garçons avaient couché avec certaines d’entre elles, mais elle ne soupçonnait pas que leurs relations étaient établies. Elle ne souhaitait pas perdre son temps à gérer leurs amourettes. L’heure tournait et il fallait rejoindre la porte d’embarquement. Ils enregistrèrent leurs bagages, franchirent la sécurité sans encombre et s’affalèrent dans le salon d’attente réservé aux passagers privilégiés. Les filles voulurent les suivre, mais l’hôtesse s’interposa, soutenue par une Juliette qui n’avait pas l’intention de leur faire le moindre cadeau. Angus, lui, décida de payer leur surclasse pour qu’elles voyagent avec eux. Juliette ne pouvait pas s’y opposer. Sa compétence indiscutable dans le domaine culturelne s’exerçait, hélas,pas dans la gestion d’hurluberlus comme ces musiciens.Elle avait souvent l’impression d’être devenue dresseuse de fauves ou directrice de zoo. Être la petite amie du chanteur narrangeait rien. * * *Ce fut la panique à bordde l’avion. Les garçons et les filles voulaient être ensemble et dérangèrent tous les passagers pour parvenir à leurs fins. Les hôtesses devinrent folles : elles devaient enregistrer le moindrechangement dans l’affectation des sièges et Juliette finit par intervenir pour mettre un terme à ce manège. Il y en a marre. Asseyez-vous et ne bougez plus, vous n’êtes plus des enfants! Et toi, tu n’es pas notre mère! répondit fort intelligemment Charlène, qui venait de
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s’installer avec Angus.
Dieu m’en préserve! conclut Juliette à mi-voix. Elle prit place auprès de Steve et l’avion décolla avec dix minutes de retard: la confusion qu’ils avaient semée ne devait pas y être étrangère.Pendant le vol, Juliette tournait et retournait certaines pensées dans sa tête : avait-elle vraiment vu la main de Steve sur la hanche de Leslie ? Il y avait quatre filles et quatre garçons avec elle, et Leslie était celle qui se retrouvait seule. Était-ce un hasard ? Elle faisait semblant de lire, mais gardait un œilsur le comportement de son chéri, guettant le moindre changement. Sans résultat. Steve était distant. Ilécoutait de la musique avec un casque sur les oreilles, ce qui n’était pas très communicant comme attitude. Lesliel’inquiétait. C’était une jeune fille brune avec de longs cheveux lisses et un corps parfait. Parfait pour un garçon, avec une poitrine volumineuse qu’elle ne souhaitait pas soustraire à la vue des autres. Elle portait toujours des petits hauts échancrés et affectionnait les jeans slim. Elle était, de loin, la plus jolie des quatreet c’était d’autant plus étonnantqu’ellesoit la seule non accompagnée. À moinsque…Non, Juliette l’aurait su! N’était-ce pas le juste retour de sa stratégie de communication ?Elle s’était débrouilléepour faire de Steve l’image sexy du groupe. Il était beau gosse, son visage fin, son regard bleu, son sourire timide étaient photogéniques et il avait plus de charisme que les trois autres. Cela avait été facile de l’imposer. Il était normal que les groupies cherchent à le séduire. Elle le regrettait parfois. Elle lui avait déjà reproché sa proximitéavec certaines d’entre elles, le soir, après les concerts.
Nous sommes célèbres maintenant,my love. Je suis identifié comme le « leader » du groupe et je dois jouer le jeu ! Flirter avec les fans en fait partie. Mais,ne t’inquiète pas, ça ne va jamais très loin ! Elles mouillent juste leurspetites culottes en s’imaginant des choses entre nous et je les laisse espérer ! avait-il répondu, serein. Il avait raison. Entre eux, la relation était toujours au beau fixe. Quand les concerts le lui permettaient, il l’emmenait enweek-endet ils faisaient longuement l’amour. Ce n’était pas lecomportement d’uncouple en phase de rupture. Elle appuya sa tête contre le plexiglas du hublot. La Terre,sous l’appareil, était brune et de nombreux reliefs rythmaient le paysage. Elle avait eu un mal fou à caser dix jours de vacances dans son emploi du temps, mais c’était fait: après avoir joué la première partie du méga concert des Warriors,au stade d’Édimbourg, Steve et elle allaient se perdre dans les landes écossaises pour le plus romantique des voyages. Son reflet lui sourit, flottant sur un nuage. Elle reporta son attention vers l’intérieur de l’avion etse figea. Leslie et Steve mimaient de leurs lèvres quelques mots doux. Il lui souriait de cet air tendre qui avait fait chavirerson cœur un an, deux mois, six
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jours et trois heures auparavant. Hé ! Oh ! Je suis là !s’exclama Juliette,d’une voix qu’ellesouhaitait enjouée. Oui ! Ça, je ne suis pas prèsde l’oublier! répondit-il en se retournant vers elle. Cette phrase lui fit l’effet d’une gifle. Elle inspira une goulée d’airpressurisé et demanda : Que veux-tu dire par là ? Rien de plus ! Ne te fais pas des films ! Il allait remettre ses écouteurs,mais elle l’en empêcha.Vu le ton que tu emploies, je suis en droit de me poser des questions. Tu te les posesun peu tard, c’est tout.Sa gorge tremblait, mais elle poursuivit :
Vas-y ! Disce que tu as sur le cœur, je ne comprends pas de quoi tu parles! J’ai sur le cœur que je n’avais pas forcément envie de traîner dix jours en Écosse par exemple. Tu as préparé le voyage avec moi, tu avais l’air enthousiaste. Il n’a jamais été question de partir aujourd’hui!Tu te rends compte que tu m’as annoncé la bonne nouvelle il y a à peine deux jours ? Mais, comment peux-tu…? La voix suave de l’hôtesse leur demanda d’attacher leur ceinture en raison d’une zone de turbulencesà l’atterrissage.Effectivement, on peut appeler ça une zone de turbulences !pensa Juliette. Les mouvements inquiétants de l’avion en lutte avec le ventlatéral étaient en parfait accord avec ce qu’elle ressentait: ça secouait, tombait dansdes trous d’air en faisant remonter son estomac jusque dans sa gorge. L’appareil se posa violemment et freina à mort en bout de piste. Les paroles de Steve résonnaient dans sa tête. Ilsn’en avaientpas fini. Ils sortirent de la carlingue et s’engouffrèrent dans l’aéroport pour récupérer les bagages. Le tapis roulant était immobile et elle en profita pour reprendre leur conversation houleuse ; elle entendit presque la sonnerie annonçant le deuxième round : Je pensais que tu aimerais la surprise. Tu m’as mis devant le fait accompli, comme d’habitude! Il avait entendu la cloche lui aussi, de toute évidence. Juliette bégayait de stupeur, les paroles de son compagnon la déstabilisaient. Mais enfin, Stéphane, j’imaginais que ça te ferait plaisir. Tu as travaillé dur toute l’année, ça fait un an que vous enchaînez les concerts dans toute la France, tu as besoin d’une pause! Je pensais que ça nous ferait du bien de nous retrouver un peu tous les deux.
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Et tu ne me demandes même pas mon avis ? Je peux tout annuler,ce n’est pas dans mes habitudes de t’imposer mes idées. Tu en es sûre ? Tu ne te rends pas compte que tu me saoules, toujours derrière mon dos, à tout gérer. Je n’en peux plus! J’aibesoin de respirer. Tu restreins tous mes mouvements ; tu finiras par sécher ma créativité, tu comprends ? Malgré ses efforts pour les contenir, les larmes troublaient la vision de la jeune femme. Ses mains tremblaient. Aucun des autres membres du groupen’avait ouvert la bouche. Ils semblaient plutôt impatients de conclure. Mais,si je t’étouffe à ce point, pourquoi n’es-tu pas parti ? Parce que, sans toi, les Tartans seraient toujours un petit orchestre qui joue le vendredi soir au Fergus ou au William Wallace. Voilà pourquoi ! Le tapis roulant s’ébranla et les valises de toutes les couleurs circulèrent sur le serpent de caoutchouc grinçant. Tu veux dire que tu restes avec moi par intérêt ? demanda-t-elle, à peine audible. Non, par gratitude ! avoua-t-il doucement. Il prit conscience, en même temps, de la cruauté de ce qu’il venait de dire et tenta de la retenir par le bras. Elle le lui arracha violemment. Attends ! Cen’est pas ce que je voulaisdireAu contraire, je comprends mieux. Tu sais quoi ? Tu vas devoir te démerder tout seul,my love, parce que je ne souhaitepas t’empêcher de respirer l’air vicié qui circule entre les gros seins de Leslie. Vas-y, prend ton pied ! Jen’ai plus rien à faire avec vous.Goodbye!Elle attrapa sa valise et s’enfuit vers l’extérieur du petit aéroport. Elle entendit la voix de Charlène : C’est ça! Casse-toi, la rombière ! Et celle d’Angus: La ferme, Charlène ! Ouje te remets dans l’avion! Juliette fit une pause au distributeur de billets installé à la sortie. Elle retira 250 livres sterling, qu’elle eut du malà saisir tant ses mains tremblaient, et se dirigea vers la gare des bus pour rejoindre le centre-ville où se trouvait l’hôtel. Elle avait tout vérifié avant le départ et connaissait le numéro du bus ainsi quele nom de l’arrêt où elle devait descendre. Elle ne voulait pas rester une minute de plus dans l’aéroport. Pour les décisions importantes, elle verrait plus tard. Pour l’instant,elle se contentait d’avoir mal. Elle entendit le bruit de pas dans son dos. Steve saisit fermement son bras, l’obligeant à se retourner. Juliette, où vas-tu ? Attends-nous !
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La colère prenait le dessus sur la stupeur. Les yeux de Juliette étaient secs à présent. Elle lui fit face sans tenir compte de son regard suppliant. Je crois que tu as suffisamment exprimé ta gratitude. Jet’en remercie, c’était très agréable! Je vous souhaite le plus grand des succès. J’aurais toujours en mémoire que c’est un peu grâce à moi, mais, vois-tu, c’est ici que nos chemins se séparent. J’espère que Leslie t’apportera toute la créativité dont tu as besoin et je lui souhaite bien du courage ! Steve avait pâli. Il ne s’attendait pas à une réaction aussi vive.Qu’imaginait-il ? Que le dragon se transformerait en carpette ? Il était trop tard pour élaborer une stratégie, il devait vider son sac. Il redressa la tête, comme un boxeur reprenant le combat après avoir été sonné. Mais jamais tu ne penses aux autres quand tu décides quelque chosePutain ! ? C’est toujours comme ça avec toi : pas de discussion ! C’étaitexactement ce dont elle avait besoin : la rage. Et il la lui servait sur un plateau d’argent.
Et je suis censée attendre combien de temps avant que tu retrouves tes couilles ? Tu crèves d’envie de me larguer pour baiser ta greluche à gros seins,alors profite de l’occasion que je t’offre, au lieu de pleurnicher ! Il n’avait jamais entendu des mots aussi vulgaires dans la bouche de sa compagne et il en perdit toute son assurance. Mais, Juliette,je…Àcourt d’arguments, Steve se tut. Elle reprit son chemin avec détermination.Elle l’entendit tout de même articuler : Mais c’est toi quiasles coordonnées de l’hôtel, je ne sais pas où c’est, moi! La colère n’allait pas tarder à se retourner contre elle. Elle n’avait qu’une envie: lui balancer une énorme gifle qui lui ferait aussi mal que ce qu’elleendurait. Elle lui répondit froidement. Eh oui, mon chéri! Si tu avais écouté tout ce que je t’ai dit à propos de notre séjour ici, tu saurais où te rendre. Mais comme tu n’en avais rien à foutre, tu es dans la merde. Il va falloir apprendre à vivre sans moi, et ça commence tout de suite ! Elle le laissa les bras ballants.Ses paroles s’évaporaient dans le bruitmétallique des roulettes de sa valise.Elle s’en voulait de n’avoir rien vu venir, ni salassitude ni sa muflerie ! Elle grimpa sans hésiter dans le bus numéro100, fixant obstinément la rue qui s’étirait devant elle. Steve regarda lautocars’éloigner jusqu’à ce que ce ne soit plus qu’un pixel non identifiable parmi les autres. Le reste des Tartans et leurs fans le rejoignirent quelques minutes plus tard. Ils étaient dans la mouise, sans hôtel, sans les coordonnées des Warriors, sans rien savoir du programme ni des rendez-vous qui les attendaient dans les prochains jours. Cheryl, la quatrième groupie, la copine attitrée de Matthew, le batteur, rompit le silence de sa voix de poissonnière :
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On va où, maintenant ? On prend un taxi pour se rendreà l’hôtel? Ta gueule !répondirent tous les autres en chœur.
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2Édimbourg
Juliette ne savait quoi répondre à l’hôtesse d’accueil. Premièrement,parce qu’elle n’avait pas compris un traître mot dece qu’elle venait de dire. Pourtant, elle sexprimait en anglais avec aisance, mais,là, elle n’était même passûre que la fille, qui lui tendait le plus éclatant des sourires, parlait la langue de Shakespeare.Deuxièmement, elle se doutait qu’on lui demanderait ce qu’elle comptait faire des deux chambressupplémentaires quelle avait réservées et elle n’avait pas envie de répondre à cette question. Elle doutait que Steve soit capable de se souvenir du nom de l’hôtel,malgré la bonne dizaine de fois où elle l’avait mentionné. Et cette question en amenait une autre : passerait-elle l’éponge s’il y parvenait? Elle était encore la seule manager du groupe et sa séparation d’avec Steve les mettaittous dans la panade. Devant son air dubitatif, l’hôtesse répéta plus lentement sa question, en détachant bien les syllabes. C’était de l’anglais, mais la langue semblait se faufiler entre des rochers et de la mousse.Oui, je garde les chambres. Ils arriveront plus tard, répondit-elle dans la même langue, les rochers et la mousse en moins. La jeune femme, une jolie brune aux grands yeux bleus et taches de rousseur, lui tendit les clefs et lui expliqua où elle devait aller. Juliette commanda unscottish breakfastle pour lendemain,sans savoir ce que c’était, puis elle saisit sa valise et pritl’ascenseur pour le premier étage. La chambre était spacieuse et lumineuse, mais la vue, depuis la fenêtre,ne valait pas qu’on s’y attarde. Elle se débarrassa de sa vesteet s’assit sur lelit moelleux. Ses oreilles bourdonnaient de colère, mais elle ressentait déjà le contrecoup de sa rupture : le silence. Un silence souligné par le ronronnement de la VMC. Elle avait fermé une zone de son esprit, celle où siégeaient la culpabilité, le remordset le regret. C’était encore trop tôt pour l’ouvrir. Mais comment allait-elle meubler les prochaines heures ? Elle défitsa valise et constata que les choses n’étaient pas si simples. Ellen’avait pas prévu de faire bagage à part. Sa trousse de toilette était avec les affaires de Steve. Heureusement, elle avait trié les vêtements et les siens étaient bien là. Le gros pull de Steve aussi. Elle résista à l’envie d’enfouir son nez dedans et de respirer le parfum tant aimé. Non, il fallait qu’elle réagisse. Il lui fallait des objectifs simples et des engagementsà court terme : se refaire un nécessaire de toilette. L’hôtel était proche de Princes Street, une grande artère bordée de boutiques. L’enseigne « Boots » rappela à Juliette ses vacances en Angleterre, quand elle était ado. Le magasin
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