Si toi non plus

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227 pages
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Description


Leur amour est bien plus qu'un sentiment, c'est une ligne de vie !


À vingt-trois ans, Isabelle ne croit plus en l'avenir. Quitter sa ville natale résonne pour elle comme le dernier espoir de s'en sortir et de se créer une nouvelle trajectoire ; trouver la raison de son existence. Sa rencontre avec Patrick, homme mystérieux et protecteur, vire à l’obsession. Grâce à lui elle se focalise sur l'avenir en combattant les démons infatigables de son passé. Le destin réunit ces deux âmes mais paradoxalement s'acharne à les séparer.


Entre apparences, mensonges et trahisons, Isabelle et Patrick s’enferment dans leur passé pour garder l’amour inconditionnel qu’ils éprouvent l’un pour l’autre.


Jusqu'où iront-ils pour se protéger


***



L'auteure :


Femme trentenaire, mariée et maman de deux enfants, elle vit en Bourgogne depuis un peu plus de dix ans. Elle aime rêver, aime les romans d’amour, et peut-être même bien trop. C’est d’ailleurs en terminant la lecture de l’un d’eux, et n’ayant à ce moment-là aucun autre livre inédit sous la main, qu'elle a pris l’initiative de se lancer dans la rédaction d’une fiction.
Ce défi aussi imprévisible que fou a pris très vite une place importante dans sa vie, et c’est alors qu'elle a compris que l’écriture était devenue une réelle passion.

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EAN13 9791034804269
Langue Français

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Maud Desmoulins Si toi non plus Couverture : Néro Publié dans la collectionVénus Rouge, Dirigée parElsa C.
© Evidence Editions2017
Prologue Je vis ici depuis ma plus tendre enfance, dans cette ville capitale du pays où les lumières restent allumées la nuit pour éclairer les passants encore nombreux. J’ai toujours voulu y ouvrir ma propre boutique de chaussures et conserver la routine parisienne qui me berce depuis mon plus jeune âge. Cependant, à vingt-trois ans, je quitte ma commune natale, on peut même dire que je laisse tout derrière moi. Tout, à une exception près, Sacha, mon seul véritable ami. Ce n’est pourtant pas l’envie d’aller m’isoler dans cette région provinciale qui m’incite à partir, non, moi l’éternelle citadine en besoin constant de stabilité et de garanties, mais il en dépend de mon bien-être et de ma sécurité. Cet avenir certain, ici, n’existe plus, je dois m’éloigner de ce néant qu i semble se rapprocher chaque jour davantage et fuir mes deux dernières années. Mais partir seule n’est pas l’option idéale. L’anxiété, la solitude et la peur de l’inconnu qui me rongent ne peuvent me permettre une bonne intégration dans cette vie futu re. Sacha m’a alors proposé de me suivre et de nous installer en colocation, tous les deux. Son ét ernelle passion pour les filles d’un soir semble décliner pour laisser place à un éventuel désir d’avenir plus sage et sérieux. Quitter la Ville lumière est une excellente chose pour lui, un nouveau départ, tout comme pour moi.
Chapitre 1 — Je ne sais pas si tu es au courant, mais le volume de notre ballon d’eau chaude n’a pas changé depuis notre arrivée. Isa, tu comptes être en retard pour ton premier jour de travail ? Le hurlement de Sacha à travers la porte de la sall e de bains s’invite au moment où je suis transportée par les biens faits naturels de l’eau bouillante qui imprègne la moindre parcelle de ma peau. Devant ce rappel à l’ordre brutal, je me pétrifie, laissant la pomme de douche maintenue par ma main ridée diriger son jet uniquement vers ma poitrine. Ce simple retour à la réalité suffit pour que des bombardements remplacent aussitôt les battements calmes et réguliers de mon cœur et pousse mes pensées à dériver sur ma future journée. Je suis terrifiée, complètement. L’idée même de rencontrer mes futurs collègues et de m’engager dans une voie inédite me glace le sang. Après les épreuves que j’ai traversées, mon indéniable réserve est devenue sans aucun doute mon ennemi le plus redoutable. Je n’apprécie guère de m’attarder à étaler ma vie privée, ce qui me donne souvent l’air froid et individualiste. Mais malgré cela, je dois être forte, passer outre mes angoisses, m’intégrer, et surtout ne plus penser au passé. Mais comment convaincre des inconnus que les apparences ne reflètent pas toujours la vraie nature d’une personne quand celle-ci se protège trop ? Je vais visiblement devoir faire un effort considérable si je veux réellement me projeter dans cette nouvelle vie et me faire des amis. J’appréhende cette journée depuis le jour de notre emménagement, une semaine entière à me noyer de questions, et ce jour-là est arrivé. L’enjeu est d’une importance capitale pour moi et certainement décisif. Je vais pouvoir me réparer, cicatriser les blessures encore douloureuses et persévérantes. Mais ma plus grosse bataille se trouve dans la création même d’une nouvelle trajectoire dont tous les morceaux restent à acquérir. À mon plus grand soula gement, Sacha est là pour me rassurer, me réconforter, comme toujours. Je m’empresse de tourner les têtes du robinet d’un mouvement synchronisé et de lui répondre avant qu’il ne prenne l’initiative d’entrer et me sortir de force de cette pièce. — Je me dépêche ! Sacha a raison, perdre du temps à se tourmenter l’esprit ne sert à rien et ne me mènera nulle part. Dans ce sursaut de lucidité, j’attrape ma serviette rouge et me sèche vigoureusement, déterminée dans cette volonté de reconstruction, tout en me répétant de garder confiance. En passant dans ma chambre encore débordante de car tons contenant pour la plupart des chaussures, enveloppée de ma courte serviette et les cheveux trempés ondulant le long de mon dos, mon regard s’arrête sur la vue exceptionnelle qu’il m’est permis d’admirer au travers de ma fenêtre en bois usé. J’ai plaisir à contempler toute cette verdure, chaque matin depuis mon arrivée. Moi qui d’ordinaire n’avais pour vision que le gris oppressant des immeubles parisiens, j’ai là, devant moi, une agréable clarté, un ciel dégagé, une forêt à proximité et des vols d’oiseaux. Cette vision-là m’encourage à accepter le changement, accepter mon départ et accepter de m’ouvrir à ce nouveau monde. Le village
typiquement campagnard et entouré de champs s’expose au vent et à la fraîcheur de l’aube, cette fine couche blanchâtre qui recouvre les sols laisse présager un air assez glacial pour ce matin de début mai. J’opte rapidement pour une veste noire fourrée bien épaisse sur une tenue assez classique, une jupe volante de la même couleur et un chemisier mau ve à manches courtes qui s’adaptera parfaitement à ma chevelure brune et la couleur verte de mes yeux. Je sèche brièvement mes longues anglaises désordonnées et m’active à fouiller le pr emier carton venu afin de dénicher la paire de chaussures idéale. Même si je ne suis pas le genre de fille à faire exagérément attention à son apparence, j’accorde quand même une importance toute particulière à mes pieds ; cette fascination est inédite dans la famille et vraisemblablement inexplicable. Je finis par trouver des ballerines noires tout à fait classiques qui m’aideront bien entendu à rester debout jusqu’à ce soir sans avoir mal aux pieds. Je les enfile avec fierté et le sourire aux lèvres en repensant à la fois où j’ai fait l’erreur de mettre des escarpins à talons lors d’une journée de travail, j’avais horriblement souffert, au point d’en pleurer presque. Je jette un dernier coup d’œil dans le miroir une fois préparée et je descends les escaliers, décidée à aller de l’avant. Aujourd’hui, je ne suis pas la seule à devoir m’intégrer dans une nouvelle équipe et cela me rassure. Sacha n’a eu aucun mal à trouver un emploi en CDI dans une boutique de prêt-à-porter masculin classe, contrairement à moi qui aie dû passer une d izaine d’entretiens avant d’être acceptée chez Talon’s Louisacilement une place de vendeur.. Dès son premier rendez-vous, il a décroché trop f Avec son allure très sexy, personne n’est en capacité de lui résister, pas même un homme. Du haut de son mètre quatre-vingt-sept, il offre à quiconque une vision des plus plaisantes et un sourire ravageur paré de dents blanches parfaitement alignées. Cette particularité qu’il a de coiffer ses cheveux châtains épais et dressés en un simple geste de la main lui donne un air sauvage, bestial, néanmoins radouci par la pureté de ses yeux bleus. Sa petite barbe naissante de deux-trois jours accentue incroyablement son côté animal. Sportif aussi, rien n’est laissé au hasard chez lui, souhaitant toujours et encore plaire, séduire la gent féminine. Mais notre départ, agissant comme un déclic, l’a fait réagir, ce qu’il désire à présent semble devenir plus sage, plus ambitieux, et c’est tout ce qui compte. Quant à moi, je vais entrer dans une nouvelle boutique de chaussures en tant que vendeuse et, à mon plus grand soulagement, dans le même centre commercial que Sacha. Cette réalité me permet bel et bien de garder le moral. — Super, tu as préparé le café, je risque de m’habituer très vite à ça méfie-toi. Ma voix chantante fait sourire Sacha, qui s’active dans la cuisine. — Ne rêve pas trop, princesse, ce n’est que le prem ier jour et sache que je ne suis pas si influençable que ça, me répond-il, amusé. Je m’assois sur un tabouret-bar pour avaler rapidement le contenu de ma tasse, accoudée à l’îlot en verre noir. Dans ce calme remarquable, je laisse mon regard dériver sur notre petit jardin privatif, limité par l’orée de la forêt qui s’étend derrière la double fenêtre vitrée à ma gauche, et je m’imprègne de cette luminosité. Sacha se tient là, assis en face de moi, je me doute bien que ses yeux se focalisent sur moi et qu’il tente d’apercevoir mon état, mais je l’ignore. Je p réfère éviter qu’il ne perçoive l’angoisse considérable qui m’assaille, même si mes mains trem blantes sur ma tasse le lui suggèrent indubitablement. Quand il réalise que je ne cède pas devant son insistance, il descend de son tabouret et se retourne pour aller rincer son bol dans l’évi er de la cuisine équipée. Récemment repeinte en
beige et noir, elle est d’une brillance sans pareille. Sans un mot, je scrute d’un œil admiratif l’arrière de cette beauté parfaite en costume marron et secou e la tête, incrédule devant sa présence ici, loin de toute la vie qu’il a définitivement abandonnée en partie pour moi. Je ne peux véritablement plus me résoudre à me morfondre, Sacha veille sur moi et, visiblement, il ne désertera pas de sitôt. Face à cette évidente omniprésence, ma nervosité s’estompe pour laisser place à une certaine assurance. Une fois seule dans la cuisine, je repasse en revue cette pièce surprenante. Je l’apprécie, l’espace parfaitement bien occupé rend l’atmosphère agréable, chaque chose étant soigneusement rangée. Cet ordre contredit tant le fouillis persistant de mon esprit. Nous avons trouvé à louer dans notre budget cette jolie petite maison de village en parcourant les annonces d’agences immobilières sur internet. Les pierres apparentes, extérieures comme intérieures, offrent un charme fou et beaucoup de cachet à ce lieu. D’apparence rustique, elle est agencée de façon très moderne dans toutes les pièces, ce mélange de styles nous a totalement séduits, tous les deux. Chacun dispose d’une chambre à l’étage avec sa propre salle de bains et une mitoyenne. Une supplémentaire, pour le moment aménagée en bureau, finit le couloir du rez-de-chaussée, celui-ci étant séparé du séjour d’un long mur porteur en pierres. Alors que mes yeux parcourent cette pièce, Sacha m’annonce l’heure et toute la pression resurgit, mon cœur s’affole, une sueur froide s’invite sur ma peau, mais je dois y aller, il est temps. Ma nouvelle vie m’attend et ma respiration devient difficile, mon stress ne m’a finalement pas quittée et il faut à présent faire avec. D’un pas mal assuré, je passe la porte de la maison et je suis Sacha pour rejoindre sa voiture garée, parfaitement alignée à la mienne, sur notre parking de pelouse privatisé pour nos deux véhicules. Les trente kilomètres à effectuer sur la nationale pour nous rendre au centre commercial s’annoncent longs et très angoissants. Assise côté passager et le front collé à la vitre de la Polo noire de Sacha, je profite du paysage rural qui se dessine sous mes yeux émerveillés, esp érant silencieusement finir la journée sans encombre. Sacha ne dit toujours rien, il se concent re uniquement sur sa trajectoire et me laisse simplement admirer cette vue plaisante. Mais plus les kilomètres défilent, plus l’envie de disparaître s’intensifie, la peur est devenue malgré moi mon amie la plus fidèle. Cependant, le soleil montant et l’odeur des envahissants champs de colza me donnent le courage de ne pas reculer et de passer outre cette peur de l’inconnu. En arrivant au rez-de-chaussée du parking couvert du centre, une sueur froide parcourt tout mon corps à la vue de ce nombre élevé de voitures déjà garées à cette heure-ci. — Respire, respire, tu es forte, me souffle Sacha en serrant le frein à main et en jetant un bref coup d’œil aux alentours, ça va aller maintenant ? Tu es prête ? — Oui, c’est parti, plus vite j’y serai, plus vite la fin de la journée sera là. Un soupçon de courage m’incite à détacher ma ceintu re et à descendre de voiture, il est temps à présent d’affronter les débuts de ma nouvelle vie. Sacha claque sa portière et s’arrête en face de moi un instant pour me contempler. Son regard plein d’espoir et de compassion en même temps me rappelle toute l’importance que cet homme représente. Il connaît tout ce qui fait de moi la personne que je suis aujourd’hui et semble soucieux, je ne peux pas lui faire ça, pas maintenant. Je lui offre mon plus beau sourire et ferme énergiquement ma portière pour lui prouver faussement qu’il n’a aucu ne raison de s’en faire. Je me dirige vers l’entrée
sans me retourner vers lui et lui crie : — Dix-neuf heures trente devant le supermarché ! Sacha travaille sur la porte C, la plus proche du parking où sa voiture est garée, tandis que je dois arpenter cet immense centre jusqu’à la porte « F » pour me rendre dans ma nouvelle boutique. Je progresse lentement au rez-de-chaussée du bâtiment en essayant de mémoriser le nom des nombreuses enseignes de restaurants qui se partagent l’étage. Certaines personnes déjà attablées boivent un café tout en lisant un journal ou louchent simplement sur leur téléphone portable, d’autres s’activent dans la mise en place du service et je peux entendre des bruits de vaisselles qui claquent çà et là. Tout en continuant d’avancer, j’inspire prof ondément cette odeur agréable d’arabica et de croissants frais qui se répand dans l’air, rendant l’atmosphère paisible ; elle me donne l’eau à la bouche. Si cette journée n’était pas mon premier jour de travail, je m’arrêterais sans doute pour céder à cette tentation gourmande. Mais je ne peux me le permettre, mon estomac ne peut pas accepter cette nourriture tant le stress me brûle le ventre. Je secoue la tête en oubliant cette idée et poursuis mon chemin, accompagnée d’une douce musique de fond, to ut en croisant de nombreuses personnes au passage, probablement des employés du centre au vu de leur allure déterminée et rapide. Une fois le premier étage atteint, je consulte ma montre pour être certaine de ne pas être en retard, il est huit heures trente.Ouf, un bon point pour moi!pensais arriver un quart d’heure avant Je l’ouverture de la boutique et je me retrouve finalement avec une demi-heure d’avance. La devanture jaune du magasin se dresse face à moi après quelques pas supplémentaires et je m’arrête, les yeux rivés sur l’enseigne rouge en réalisant un exercice de respiration pour le moins peu naturel. Je ne su is désormais qu’à quelques centimètres de mon nouveau départ. La grille en ferraille légèrement relevée laisse entrevoir la pièce, la lumière est déjà allumée, mais personne n’a l’air de s’activer à l’intérieur. Sans réfléchir davantage, je passe sous le rideau pour entrer avant que quelqu’un ne se demande pourquoi je reste plantée là, immobile. À mon plus grand soulagement, tout semble à sa place, la clarté des lieux, l’espace et l’ordre qui règnent n ’ont pas changé depuis ma dernière visite. Le raffinement des installations met en avant chaque paire de chaussures, celles-ci étant soigneusement exposées suivant un merchandising spécifique. Je m’avance, lentement, la boule au ventre, dans l’allée centrale vidée de toute activité humaine. Je sursaute en découvrant mon patron sortir de l’arrière-boutique, les bras chargés. — Bonjour, mademoiselle Lary, me salue mon responsable d’un ton si autoritaire et assuré qu’il incite mon cœur à manquer un battement. À la fin de mon entretien, j’ai eu quelques appréhensions à travailler avec cet homme, il semblait sympathique, mais l’importance qu’il accorde à la réussite de son entreprise me paraît tout de même un peu exagérée, il m’a très clairement détaillé les objectifs à atteindre chaque jour et m’a affirmé qu’il ne tolérerait absolument aucune décroissance. « Du sérieux, de l’ambition et de la volonté », m’a-t-il transmis. Avoisinant la quarantaine d’anné es, de taille moyenne, cheveux bruns bien ordonnés, le visage rasé de près et habillé d’un co stume cravate gris, il a le look parfait d’un patro n classique. — Bonjour, monsieur Louis. Je m’approche timidement pour lui serrer la main. Il dépose près de la caisse le carton qu’il tient avant de saisir celle, tremblotante, que je lui tends. Sa poigne est ferme, bien plus dynamique que la mienne. — Carl, je vous prie. Votre emménagement dans la région s’est bien passé ?
— Très bien, je vous remercie, Carl. Je libère ma main en rougissant très clairement et lui emboîte le pas aussitôt qu’il reprend son chemin en sens inverse, j’entre alors dans la salle de pause a priori peu spacieuse. Je lève les sourcils, confuse face à l’austérité du lieu qui contredit tant avec la pièce principale de la boutique. Elle n’est meublée que d’une petite table en chêne et de quatre chaises noires en plastique. Je me sens oppressée au milieu de ces murs recouverts d’u ne peinture écaillée et de couleur sombre s’approchant du marron foncé. Néanmoins, je souris franchement devant cette cafetière remplie et fumante que je remarque sans difficulté. — Je vous sers une tasse Isabelle ? me propose mon patron en comprenant d’où provient mon air fasciné. J’acquiesce sans plus attendre. Humer cet arôme puissant d’arabica s’infiltrant dans mes narines provoque en moi un réel besoin de répandre cette délicieuse boisson noire dans tout mon être et de me rapporter la chaleur manquante de la pièce. — Ah, s’exclame Carl après m’avoir tendu un grand mug. Je sursaute et me retourne vivement en suivant son regard. — Je vous présente Sophie, mon adjointe, enchaîne-t-il quand une jeune femme entre, je lui donne carte blanche concernant la tenue de la boutique, voyez avec elle pour la logistique, l’entretien et votre planning. Elle me gratifie d’un sourire en dirigeant sa main vers moi. — Isabelle Lary, c’est bien ça ? Je suis quelque peu distraite par son apparence, mais je lui confirme néanmoins poliment. — Tout à fait, enchantée. Elle est sublime, à peine plus âgée que moi, elle arbore cette assurance, cette prestance que j’envie tant. Son chignon blond parfaitement tiré à quatre épingles la rend froide et exigeante, mais l’élégance dont elle fait preuve est tout simplement inégalabl e. Je vais vraiment devoir mettre les bouchées doubles dans cette boutique pour donner toute satisfaction. Un frisson d’angoisse me parcourt alors que je vois mon patron déclencher l’ouverture du rideau du magasin. Neuf heures sonnent et il est temps d’a ccueillir les clients. Je me trouve à présent derrière la caisse avec l’adjointe et attends qu’elle termine de trier les différents exemplaires de mon contrat de travail pour que j’y dépose ma signature. Une question me taraude, pourquoi la quatrième salariée n’est-elle pas encore là ? J’interroge Sophie pour être certaine d’avoir bien pris mes notes lors de mon entretien. — Elle devrait être là à dix heures… Un rendez-vous médical, précise-t-elle. J’acquiesce d’un simple «oh »et Sophie commence par m’expliquer le déroulement de la journée, puis me forme sur le logiciel caisse et je renseigne les clients comme j’en ai l’habitude. Mise à part cette nouveauté informatique, je me sens plutôt confiante. La matinée passe vite et l’heure de ma pause déjeuner m’est rappelée par le grondement de mon estomac vide et à cran. Laurence, ma collègue arrivée un peu plus tard, me conseille vivement un petit kiosque à sandwichs qu’elle apprécie particulièrement. J’attrape mon sac à main en la remerciant et m’y oriente immédiatement. Une fois mon repas commandé, je m’installe à une table non loin de là pour profiter d’un peu de repos. Dans une boutique de chaussures, il est très rare d’avoir le temps de s’asseoir.
Seule à ma table, j’entame mon sandwich à pleines d ents, je suis affamée. L’angoisse de la première journée s’est envolée. Maintenant que j’ai rencontré les collègues qui vont m’entourer, je peux apprécier le bien-être procuré par la descente du stress. Je regarde les gens circulant devant mo i arpenter le centre commercial de gauche à droite et de droite à gauche, cela me rappelle les va-et-vient des passants dans les rues de la capitale, la cohue dans le métro à l’heure de pointe. Cela me rappelle également qu’il est impossible de juger une personne sans la connaître, chaque femme et chaque homme se dressant devant moi cache sans doute des secrets, des déboires, des peurs et des peines, un peu comme moi. En continuant mon exploration visuelle entre deux b ouchées, deux silhouettes attirent mon attention. Les deux personnages discutent face à face devant la vitrine d’un magasin de luminaires, pile dans mon champ de vision. La belle blonde paraît déboussolée et complètement anéantie à en croire ses épaules voûtées, dévoilant ainsi sa capitulation. Elle est accompagnée d’un homme très grand, habillé d’un costume gris qui lui donne l’air froid et autoritaire, il semble déterminé dans so n explication, et même très agressif à en voir son comportement agité. Sans prévenir, il se lance dans ma direction et l’effet de surprise m’oblige à baisser les yeux pour éviter d’être prise la main dans le sac en train de les observer. J’épie cet homme du coin de l’œil, le dos légèrement courbé, en priant silencieusement po ur que mon regard insistant sur eux n’ait pas été remarqué. Je ne suis toujours pas prête à faire face à la colère de quiconque, je suis encore bien tro p faible et abîmée. Lorsqu’il a à peine passé ma table, je me permets de relever un peu la tête pour admirer ce corps, cette démarche si assurée et déterminée. Il est tel lement sexy, si beau que ma bouche s’entrouvre légèrement, stupéfaite par tant d’élégance. Mon cœur s’emballe d’un coup quand ce parfum d’homme viril et si enivrant me frôle les narines et un vio lent frisson parcourt toute la surface de ma peau à l’instant où ses yeux se posent sur moi. Je me dout e, à la chaleur émanant de mes joues, que leur couleur doit être à la hauteur de cette température. Il ralentit et son regard sombre me fixe par-dessus ses hautes épaules, à la manière d’un prédateur en chasse. Là, si j’étais un animal, je me mettrais sans doute en course pour éviter d’être prise dans ses filets. Mais je suis humaine, cette réaction ne pourrait passer inaperçue et semblerait suspecte si j’imitais une bête pourchassée. De toute façon, mon corps refuse de bouger, je suis comme hypnotisée. Il me fiche une peur bleue et ma respiration s’affole dangereusement jusqu’à ce que, bizarrement, une esquisse de sourire franchisse ses lèvres lorsqu’il prend note de mon air paniqué.Peut-être semoque-t-il de moi ? Ma confusion est grande face à ce changement d’hume ur rapide et je fronce les sourcils, déstabilisée par sa réaction pour le moins étrange. D’un geste sûr, il reprend sa route et file les mains dans les poches. Il semble étonnamment plus détendu et ma vision se fige sur cette silhouette jusqu’à ce qu’il tourne dans une allée.