Te Retrouver
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Description


Il suffit parfois d'une seconde pour bouleverser nos vies à tout jamais.



Lena, prudente et réservée, étudie les sciences. Alex, aussi insouciant que téméraire, préfère la littérature. Ils n'auraient jamais dû se croiser, mais le destin en décide autrement.


Deux rencontres.


Deux moments qui chambouleront pour toujours le cours de leurs existences.



Entre peurs, regrets, attirance et secrets, leur amour réussira-t-il à triompher ?




***




" La porte s'ouvre et la réplique que je m'apprêtais à sortir reste coincée dans ma gorge. Je me fige, et involontairement, je recule d'un pas, choqué.



Elle est là, devant moi, cette fille que je cherche partout depuis des mois.



En une seconde, tout me revient : le laboratoire, notre première rencontre, ses larmes, mon silence et mes regrets ... Ces putains de regrets qui ne m'ont plus lâché depuis !



Et dire que depuis le début elle était là, si près... "



Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 698
EAN13 9782376520450
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Louise Lucas
Te Retrouver



ISBN : 978-2-37652-045-0
Titre de l'édition originale : TE RETROUVER
Copyright © Butterfly Editions 2017

Couverture © Mademoiselle-e - Fotolia
Tous droit réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n'importe quelle forme.
Cet ouvrage est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnes réelles ou des lieux réels cités n'ont d'autre existence que fictive. Tous les autres noms, personnages, lieux et événements sont le produit de l'imagination de l'auteur, et toute ressemblance avec des personnes, des événements ou des lieux existants ou ayant existé, ne peut être que fortuite.
ISBN : 978-2-37652-045-0
Dépôt Légal : Juillet 2017
260617-1800
Internet : www.butterfly-editions.com
contact@butterfly-editions.com
Prologue



Je. Me. Déteste.
Cette pensée m'accompagne partout où je vais depuis une semaine. Elle ne prenait pas tant de place au départ, c'est à peine si je la remarquais, impression trop petite et insignifiante que j'arrivais encore à ignorer. Mais le temps a joué contre moi, ma peur aussi. Je l'ai peu à peu laissée s'emparer de tout ce que je suis, enflant, s'étirant le long de mes jambes, de mes bras, de mon corps jusqu'à pénétrer ma peau, s'insinuer dans mes veines, fondre dans mon cœur. Depuis, elle ne me quitte plus.
Je m'asperge le visage d'eau et m'observe dans le miroir des toilettes. L'image qu'il me renvoie me donne envie de gifler cette pauvre fille qui m'observe avec ses yeux trop grands, trop rouges d'avoir trop pleuré, trop cernés du manque de sommeil. Tout chez elle me fait horreur, de son visage ravagé par le désespoir à ses cheveux maladroitement cachés sous une casquette trop grande pour elle. Quelque part, tout au fond de moi, j'ai pitié d'elle et de ce qu'elle s'apprête à faire, mais la colère et la honte restent les plus fortes. Je la méprise, je la méprise tellement.
Un léger coup à la porte me tire de ma cruelle inspection. J'entends une voix étouffée provenir de l'autre côté.
- Mademoiselle, vous allez bien ?
J'essuie mon visage à la hâte et ouvre la porte brusquement. La dame de l'accueil recule pour me laisser sortir.
- Désolée, s'excuse-t-elle, je vous ai vu entrer il y a un petit moment et je commençais à avoir peur que vous soyez malade.
Tout en parlant, elle regarde derrière moi comme si les murs avaient gardé des traces de mon passage et qu'ils allaient lui révéler ce que je fabriquais ces dix dernières minutes, enfermée dans les toilettes. Elle perd son temps avec cet examen visuel, c'est son odorat qui peut la renseigner, pas sa vue. Je la vois froncer les sourcils au moment où l'arôme si particulière de la bile et du vomi lui parvient.
- Vous l'êtes ? insiste-t-elle, maintenant suspicieuse et de toute évidence gênée par l'odeur.
- Non.
J'ai répondu trop vite pour être honnête. Même à moi, mon mensonge semble pathétique mais au point où j'en suis, qu'est-ce que j'ai à perdre à cacher une fois de plus la vérité ?
J'ai vraiment tout d'une pauvre fille !
On vient me chercher au moment où elle s'apprête à répliquer. Une femme m'appelle au bout du couloir. Je me tasse sur moi-même sous l'effet de l'effroi qui m'envahit violemment et ma propre réaction me fait intérieurement enragée. Les toilettes sont en plein milieu du couloir, à droite, l'accueil juste à côté de la sortie, à gauche, les bureaux. Deux chemins radicalement opposés, deux formes de liberté que je souhaite autant que je redoute. J'hésite pendant à peine une seconde, me demandant finalement quelle direction nécessiterait le plus de courage.
Mais à gauche, quelqu'un m'attend, répétant une nouvelle fois mon nom. A droite, en revanche, personne n'est là pour moi et même si c'est peu, même si cela représente un détail qui semble insignifiant, ça suffit sur le moment à me décider. Ignorant le regard compatissant de la secrétaire toujours plantée devant moi, je me dirige vers sa collègue sans me retourner.
Chapitre 1


Alex
Cinq ans plus tard...

Le couloir du deuxième étage est désert et calme. Seul les bruits de mon épingle à nourrice et les chuchotements de mon meilleur ami troublent le silence.
- Bon, avant que tu le lances encore une fois dans un truc aussi débile, j'ai trois choses à te rappeler. Les sujets sont normalement planqués dans le troisième tiroir du bureau, tu en prends un et tu mets celui-là à la place.
Il m'agite un papier devant les yeux qui me cache la serrure. Je le repousse en grognant pour pourvoir me concentrer sur ce que je fais tout en écoutant la suite de ses recommandations.
- Reste pas plus de dix minutes là-dedans, le prochain cours commence dans une demi-heure et le prof arrive toujours au moins un quart d'heure avant dans la salle.
J'acquiesce en retirant de ma bouche la seconde épingle qui va me permettre de crocheter la serrure.
- Et le troisième truc ? je demande tout en me mettant à tester le mécanisme de verrouillage.
- Des tarés comme toi, je n’en ai encore jamais vus !
Au même moment, un léger bruit m'indique que le verrou vient de sauter. Je me redresse en souriant, impatient d'en découdre avec le bureau de ce vieux bouc qui sert de prof de physique aux troisièmes années, avant de m'emparer de la feuille que Tom me tend. Son air stressé refilerait des crampes d'estomac à n'importe qui !
- Détends-toi vieux, ça va aller !
Remarque aussi efficace sur lui qu'un Aspégic le lendemain d'une bonne cuite.
- Rappelle moi ce qui te pousse à faire ça ? me demande-t-il en soupirant.
- Un pari reste un pari !
- J'aime les paris, Alex, je les adore même ! Mais les tiens ont un petit côté suicidaire qui me dérangent parfois.
- Ils n'ont rien de suicidaire, je proteste, ils comportent juste ce qu'il faut de risques. La simplicité n'a aucun intérêt dans ce genre de défis.
- Alex, si tu te fais prendre… Il tente à nouveau en essayant une dernière fois de me raisonner.
Nous sommes encore loin du jour où ce genre d'argument suffira à me convaincre…
- Tout va bien se passer puisque tu restes là pour assurer mes arrières. Tu me couvres ?
- Comme toujours, répond-il d'un air résigné. Je serai au bout du couloir, au moindre problème, je te bipe dans la seconde.
Je pénètre dans la salle après un bref hochement de tête et un dernier coup d'œil aux alentours pour m'assurer que personne ne me voit entrer. Comme à l'extérieur, le calme règne sauf que de ce côté-ci de la porte, je suis seul. Sans perdre une seconde, je me dirige vers le bureau et commence à fouiller le troisième tiroir. Les indications de Tom étaient correctes, les sujets sont là, en plusieurs exemplaires et prêts à l'emploi. J'en prends un tout au fond de la pile, avant de le remplacer par un exemplaire vierge du dernier partiel. Intérieurement, je jubile de constater à quel point c'est facile, mais à peine ai-je terminé l'échange que mon portable vibre légèrement dans la poche de mon jean.
Merde…
Je me fige l'espace d'une seconde avant de me précipiter derrière la paillasse la plus proche du bureau. Ça n'est clairement pas la meilleure idée de ma vie, mais je doute d'avoir le temps de sortir sans me faire repérer. Mon impulsivité me sauve la mise puisque le bruit de la porte me parvient alors que je finis de me cacher. Au début, je ne perçois rien d'autre que le silence. Puis, j'entends une respiration légèrement saccadée qui m'indique que je ne suis plus seul. Juste un souffle bruyant, rien d'autre. J'en viens rapidement à la conclusion que peu importe de qui il s'agît, il ne se déplace pas. J'étouffe le juron qui manque de m'échapper et réfléchis à toute allure. Tom avait raison, si je me fais pincer, c’en sera fini pour moi ! Or, sans même avoir besoin de regarder, je sais que le seul véritable accès qui mène à l'extérieur est non seulement fermé, mais également bloqué par quelqu'un. Impossible donc d'espérer m'échapper discrètement. J'hésite à jeter un coup d'œil par-dessus la paillasse contre laquelle je m'abrite, sans doute parce que je veux éviter de rencontrer un regard scrutateur et de me faire prendre dans la seconde, cependant le silence s'éternise et la tentation devient trop forte.
Lentement, je me redresse de quelques centimètres en prenant soin de rester le plus silencieux possible. Je suppose que le haut de ma tête doit désormais être visible alors je marque une pause, attendant une réaction, même infime, qui m'indiquerait que j'ai été repéré. Comme rien ne vient, je continue de pousser sur mes jambes, suffisamment pour être en mesure de voir discrètement l'entrée. Une robe verte claire est la première chose que j'aperçois. Viennent ensuite des chaussures ouvertes, plates et, entre les deux, des jambes aussi bronzées qu'élancées. Je relève les yeux et suis du regard le contour d'une taille fine, de bras minces et de longs cheveux châtain clair arrivant au milieu d'un dos.
Le soulagement qui m'envahit manque de m'arracher un soupir. Non seulement, il ne s'agit pas d'un prof ou d'un personnel administratif mais, en plus, qui que soit cette fille, elle reste le front appuyé contre la porte. De la même façon que je ne parviens pas à distinguer son visage, il n'y a aucun risque qu'elle puisse me voir de là où elle se tient. Je jette un coup d'œil à mon sac à dos posé à mes pieds. Il est fermé, abritant le précieux sésame et ne révèle en rien ce que je viens de faire. Peut-être que je pourrais tirer avantage de la situation en me montrant ? Je parie qu'en moins de vingt secondes, je suis capable de bafouiller une excuse bidon à cette fille et de disparaître de ce labo suffisamment vite pour qu'elle ne comprenne pas ce qu’il lui arrive !
Je commence à réfléchir à une sortie brillante, tout en lui jetant un nouveau coup d'œil. Un léger mouvement au niveau de ses épaules, infime, puis plus marqué lorsqu'il se répète presque aussitôt, m'arrête dans mes réflexions. Je me fige en comprenant qu'elle pleure, quelques secondes seulement, avant que le premier sanglot ne lui échappe. Très rapidement, un second arrive, suivi d'un troisième et ça continue, de plus en plus vite. De plus en plus fort. Gêné, je me laisse doucement retomber derrière la paillasse
Maintenant qu'elle est en larmes, plus question de me montrer sauf si j'y suis obligé. J'attends et j'écoute, espérant qu'elle se calme rapidement, non seulement parce que je veux ficher le camp d'ici le plus vite possible, mais aussi parce que je suis carrément mal à l'aise. J'ai l'impression d'être un putain de voyeur et clairement, ça me dérange ! Je ne sais pas combien de temps ça dure mais, malgré mes espérances, ses sanglots ne diminuent pas, je crois même qu'ils s'intensifient. C'est triste à entendre, presque déchirant. Je finis par me surprendre à vouloir faire quelque chose : dire un mot gentil, lui tendre un mouchoir, lui raconter une histoire pas vraiment drôle, mais suffisamment pour lui arracher un sourire, voire même la prendre dans mes bras comme je le ferais avec Tess … N'importe quoi, pourvu qu'elle arrête de pleurer comme ça !
Mais elle n'a pas besoin de moi, finalement. Elle finit par se reprendre quand je l'entends essayer de prendre de grandes inspirations.
- Un…
Je sursaute en percevant sa voix, étouffée par les larmes. Il se passe quelques secondes avant qu'elle ne reprenne la parole.
- Deux…
Je comprends qu'elle établit une sorte de compte à rebours, avant un possible retour au calme. Quelque part, ça devient encore pire à écouter parce que sa décision d'en finir avec cette crise de larmes semble aller de pair avec un redoublement de ses pleurs. Elle met plus de temps à dire « trois » et je le distingue à peine, tellement sa respiration est entrecoupée par les sanglots. Je ne me considère pas comme un mec sensible, mais je jure qu'au moment où le « quatre » me parvient, quelque chose se brise en moi. Elle a l'air d'avoir tellement mal que j'ai l'impression de souffrir avec elle.
Qui est cette fille ? S'agit-il de quelqu'un que je connais ? Que j'ai déjà croisé ? Je ne fais pas spécialement attention aux gens qui m'entourent en dehors de mon cercle d'amis, mais elle semble trimballer tellement de chagrin que je suis presque certain qu'il doit être impossible de l'apercevoir quelque part, sans la remarquer.
Il se passe du temps avant qu'elle dise « cinq », mais quand elle le fait, un changement s'opère. Je l'entends à sa respiration. Tout redevient soudain plus calme, comme au départ. Elle bouge et moi, de peur d’être découvert, je n'ose plus me relever pour regarder ce qu'elle fait. Elle souffle doucement plusieurs fois. Au bout d'une minute à peine, j'entends la porte qui s'ouvre, puis se referme doucement.
Je suis seul.
Le silence qui envahit de nouveau la pièce me paraît assourdissant. C'est seulement à ce moment-là que je réalise à quel point mon cœur me martèle violemment la poitrine. Je ferme les yeux et laisse échapper le profond soupir que je retiens depuis maintenant dix minutes.
- Putain, mais c'était quoi, ça ?
Chapitre 2



Lena

Je cours depuis presque cinquante minutes, enchaînant les tours de piste à un rythme plus soutenu que d'habitude. Mes jambes tirent, mes poumons me brûlent et ma gorge me supplie de lui donner un peu d'eau mais bizarrement, tout ça me détend et m'évite de trop penser à ce qu’il s'est passé plus tôt dans la journée. Quand ça ne marche pas, même pour quelques secondes, je me sens aussi choquée que mortifiée à l'idée d'avoir perdu le contrôle dans un lieu si public. Jamais encore, ça ne m'était arrivé.
Ces derniers mois, les crises de larmes se raréfiaient tellement que je pensais en avoir fini avec tout ça. Quelle naïveté ! Aujourd'hui m'a prouvé que j'ai eu tort de m'imaginer guérie. La vie est sournoise. Elle attend que vous pensiez aller mieux pour vous rappeler vos erreurs, spécialement lorsque vous ne vous y attendez pas. Le texto enjoué de Kim, hier soir, m'a fait mal. Affreusement. Pourtant, je n'ai pas pleuré. Je ne me suis pas non plus effondrée, cachée derrière ma porte close. Quand on y pense, il y avait peu de chances pour que ça arrive parce que je sais que je ne fonctionne pas comme ça. Aussi vive puisse être la douleur, j'ai appris à la museler. Je l'étouffe avant qu'elle ne le fasse. Ça ne marche pourtant pas toujours. Parfois, comme tout à l'heure, elle me rattrape et se venge, me laissant plus anéantie que si je l'avais laissée immédiatement agir. La seule chose qui me console est de me dire que je suis quand même parvenue à être seule au bon moment. Le constat n'a rien de glorieux, mais ça reste moins honteux à penser.
Je parcours encore trois tours de piste avant de m'arrêter, mon corps demandant grâce pour ce dur traitement, trop longtemps infligé. Je change ma musique avant de commencer mes étirements et remarque deux nouveaux messages. Priant intérieurement pour qu'aucun ne soit de ma sœur, je grimace de soulagement en lisant les appels à l'aide de ma colocataire.

✉ Sms de « Anna » à « Lena »
17h17 : Urgence à l'appart ! Code Red ! Rentre dès que tu peux !!!
17h17 : Euh … stp ! ;)

Le code Red équivaut à un problème vestimentaire, rien qui ne nécessite une demande d'intervention vitale selon moi, mais Anna reste très à cheval sur la mode et les tendances ! Je ne me plains pas, ça aurait pu être pire ! Personnellement, je ne suis pas fan du bleu qui signifie « J'ai ramené le mauvais mec à la maison, sors-moi de là !». Non pas que nous ayons l'habitude de l'utiliser, mais notre adhésion à ce pacte est sacrée et j'ai déjà dû stopper en urgence une séance d'épilation du maillot pour voler au secours de ma meilleure amie. Très peu pour moi, à l'avenir !
Bien consciente que je vais le regretter dans quelques heures, j'abrège la fin de ma séance de sport et, avant de rassembler mes affaires, lui réponds que je rentre. La nuit commence à tomber quand je rejoins le parking du campus. Je croise quelques personnes sur mon chemin, même s'il n'y a plus grand monde à cette heure. Je n'ai pas peur, donc aucune raison de presser le pas. Ma mère hurlerait de me savoir si désinvolte, Kim me traiterait d'irresponsable et Anna d'inconsciente. Si elles savaient …
Grâce à la fluidité de la circulation et des dix minutes de voiture qui nous séparent du campus, le trajet jusqu'à chez nous se fait rapidement. Nous avons de la chance de pouvoir vivre si près de la fac, privilège que nous devons à mes parents et à leur investissement dans ce petit trois-pièces pour l'entrée de Kim à l'université, quelques années avant moi !
Anna, qui occupe la seconde chambre depuis plus de deux ans, m'interpelle dès que je franchis la porte.
- Lena ?
 Qui d'autre ? demandé-je en posant rapidement mes sacs, avant de suivre le son de sa voix jusqu'à son antre.
- Johnny Depp venu me faire une surprise, par exemple...
J'arrive à peine à sa porte qu'elle se retourne vers moi avec un grand sourire.
- Mais toi, c'est bien aussi !
Je lui tire puérilement la langue, avant d'examiner la pièce. Le sol et le lit sont presque entièrement recouverts de vêtements, son bureau plie sous une montagne de paperasse et sa peluche fétiche semble demander grâce, à moitié étouffée par un de ses soutien-gorge.
- Comment il s'appelle ?
- Qui ça ?
- Le cyclone qui vient de retourner ta chambre...
Son reflet me rend ma grimace, tandis qu'elle finit de se mettre du mascara.
- Viens m'aider à choisir ma tenue pour ce soir, s'il te plaît.
Je parcours les quelques mètres qui me séparent de son lit, à grand renfort de prudence et de larges enjambées, avant de libérer Mickey du morceau de dentelle maléfique. Anna, qui surprend mon geste, lève les yeux au ciel avant de se désintéresser de son maquillage pour sortir deux cintres de son armoire.
- Bizarre, j'avais pensé que l'intégralité de tes fringues étaient déjà par terre, je lui lance, en m'asseyant sur le bord de son lit.
- J'ai des ressources cachées, tu le sais bien, me répond-elle, en battant des cils. Alors, la robe rouge ou ta jupe en jean avec ton super petit top noir ?
- La robe rouge, je décrète aussitôt.
Elle laisse retomber les cintres le long de sa taille avec un soupir.
- Tu dis ça seulement parce que l'autre tenue t'appartient ! se plaint-elle.
- Honnêtement ? Oui ! Je ne comprends même pas pourquoi mes affaires sont aussi dans ton armoire. Il y a d'autres cadavres à moi dans ce cimetière vestimentaire ?
- Peut-être un ou deux soldats morts vaillamment au combat mais pas plus, promis !
Je la fixe quelques secondes avec insistance, attendant qu'elle craque. S'il y a bien une chose qu'Anna ne supporte pas, hormis les oursons à la guimauve et les fashion faux pas, c'est le silence !
- Promis ! elle répète, innocemment. Allez, s'il te plaît, je peux les prendre ce soir ? me supplie-t-elle, en brandissant ma jupe et mon haut devant elle avec une petite moue.
Je laisse passer deux secondes pour la torturer encore un peu et hoche la tête. Elle sautille sur place, avant de retourner à son maquillage.
- Alex sera là ?
Son sourire répond pour elle.
- Oui, normalement, je le vois là-bas. Tom m'a plus ou moins assuré qu'ils allaient y faire un tour. Il m'a d'ailleurs demandé si toi, tu comptais y faire un saut ...
- Tom ? m'étonné-je.
- Lui-même ! Je crois que tu lui as tapé dans l'œil !
Et nous y voilà !
- Pitié, Anna !
- Quoi ? demande-t-elle d'un air innocent. Vous vous entendez bien et il est gentil !
A croire que ces deux pauvres raisons devraient me suffire pour me convaincre de l'épouser !
- Oui, justement ! je rétorque. Trop gentil pour que je lui brise le cœur ...
- Il serait toujours mieux que ce gars avec qui tu traînes...
J'hausse les yeux au ciel en l'entendant marmonner.
- Je t'entends, tu sais ! Franchement, Harry n'est pas si mal quand on le connaît un peu !
- Tu veux dire dans le genre sarcastique, colérique et légèrement hautain ?
Elle se baisse une seconde avant de recevoir Mickey en pleine tête. Décidément, il ne fait pas bon non plus d'être une peluche, aujourd'hui !
- Il ne me prend pas la tête et franchement, ça suffit à mon bonheur ! Tout le monde ne peut pas être aussi parfait que ce fameux Alex dont tu n'arrêtes pas de parler !
Elle se laisse tomber sur le lit à côté de moi avec un soupir à fendre l'âme.
- Parfait n'est pas un mot assez fort pour le décrire ! Je crois que je suis amoureuse !
Comme d'habitude… J'ose demander l'inimaginable dans son fantasme de la soirée à venir.
- Et s'il ne vient pas ce soir ?
- Alors je tomberai sans doute amoureuse de quelqu'un d'autre...
J'éclate de rire tout en lui tapotant la cuisse.
- J'admire la constance de tes sentiments !
Elle hausse les épaules avec désinvolture.
- Carpe Diem Lena et advienne que pourra !
- Carpe Diem Anna, je répète, avant de me lever et de me diriger vers la porte. Cependant, sa proposition m'arrête.
- Tu es sûre que tu ne veux pas venir ?
- J'adorerais, mais je dois dîner chez mes parents. Kim et Ethan seront là aussi.
Le triple « ouch » qui me parvient successivement à l'évocation de mes parents, de ma sœur et de mon beau-frère, m'arrache un sourire.
- Ma mère ne me laissera sûrement pas repartir, alors je pense dormir là-bas.
- Et tu y vas parce que ? m'interroge-t-elle d'une voix trainante.
- Mon chien me manque !
On rigole en même temps de ma remarque avant qu'elle n'ajoute les bras levés au ciel :
- Puissent tes parents remercier le Seigneur d'avoir envoyé dans leur foyer le bon vieux Toby !
- Amen, je réponds, en sortant de sa chambre pour la laisser finir de se préparer.
Je retourne à l'entrée chercher mes sacs et vais déposer le tout sur mon lit, avant de filer sous la douche. L'eau chaude me fait du bien. Pourtant, elle ne parvient pas à atténuer la tension qui me vrille le cou. Je guette d'éventuelles larmes, mais je doute de pleurer à nouveau aujourd'hui. La crise dans la salle de biologie et mon footing m'ont vidée, je me sens épuisée et peu encline à supporter la soirée qui m'attend. Je regrette de ne pas pouvoir moi aussi aller à la fête, je regrette même de ne pas avoir le temps de voir Harry, autant dire que toutes les perspectives pour m'éviter ce dîner familial seraient les bienvenues !
Je suis en train de me sécher lorsque la voix d'Anna me souhaitant une bonne soirée me parvient, suivi du claquement de la porte d'entrée. En arrivant dans ma chambre, mon réveil affiche déjà dix-huit heures. Je ne suis absolument pas prête et j'ai cinquante minutes de voiture qui m'attendent. Je vais me faire tuer ! Un gémissement m'échappe alors que je me précipite vers mon armoire. Aucune chance que je sois à l'heure comme d'habitude. Ma mère me répète sans cesse que trois jours après la date du terme, je ne voulais toujours pas sortir et que tous les médicaments du monde pour déclencher l'accouchement n'y ont rien fait. Lorsque j'ai enfin daigné pointer le bout de mon nez, ça a été au bout de presque quarante-huit heures de travail intense. Autant dire que, même pour ma propre naissance, j'avais du mal à respecter les horaires…
La perspective des remontrances maternelles fait pourtant des miracles. En à peine quinze minutes, je m'habille, me maquille et me prépare à partir. J'enfile à la hâte mes bottes et rassemble mes cheveux encore mouillés sous ma casquette avant de mettre ma veste. Mon portable vibre dans ma poche lorsque j'arrive à la porte d'entrée. Je m'en empare, en même temps que mes clés, et déverrouille l'écran, avant de jeter un coup d'œil au message qui m'attend.

✉ Sms de « Kim » à « Lena » :
18h19 : Ramène vite ta fraise, j'ai hâte de te voir ! On doit TOUT organiser !!!:) <3

Mes clés tombent à terre avec un bruit sec et je rattrape mon portable avant qu'il ne suive le même chemin. Sans parvenir à le contrôler, mes mains commencent à trembler, ma respiration s'accélère et presque immédiatement, le salon se met à tourner. Je me laisse doucement glisser le long de la porte en m'efforçant de prendre de grandes inspirations. Les minutes passent sans que j'arrive à me décider à bouger. L'amertume m'envahit, la déception aussi. J'ai été folle de croire que je pouvais y arriver. Je ne peux pas me rendre à ce dîner, rien que de l'imaginer me coupe littéralement le souffle …
Je m'efforce de maîtriser le tressaillement de mes mains pendant que j'écris un message rapide à ma mère.

✉ Sms de « Lena » à « Maman » :
18h28 : Dsl maman, je ne vais pas venir ce soir, je ne me sens pas très bien … Saleté de nouilles chinoises ! :( Excuse-moi auprès de tout le monde. Jtm.

J'appuie sur « envoi » et me prépare mentalement à ce qui va suivre. Moins d'une minute plus tard, mon portable sonne. J'envisage une seconde de renvoyer l'appel sur mon répondeur, mais ma propre lâcheté me fait honte. Je réponds d'une voix que j'espère convaincante.
- Salut, maman ...
- Comment ça tu ne viens pas ? me coupe-t-elle d'une voix contrariée.
- Je te l'ai dit, je suis malade.
- Lena, tout le monde t'attend ! Ta sœur et Ethan ont fait deux heures de route pour ce dîner !
- Je viens de vomir à l'instant, je ne peux pas conduire ce soir.
Elle ne me répond pas tout de suite et je peux presque l'entendre hésiter sur la conduite à suivre : se fâcher ou s'inquiéter. Je reste son bébé, la petite dernière de la famille et malgré mes vingt ans passés, elle continue de trop me couver.
- Tu as mangé chinois ?
- Ce midi, dans un petit resto près du campus. Les nouilles me donnaient envie.
Au moins, cette information est correcte. Un jour, j'ai entendu dans un film qu'un bon mensonge se forge autour de deux règles d'or : ne jamais trop s'éloigner de la vérité et en dire le moins possible. Jusque-là, ça a toujours marché pour moi.
- Anna est avec toi ?
- Oui, dans sa chambre.
Deuxième mensonge en deux minutes de conversation, bravo Léna …
- Ta sœur va être très déçue, elle se faisait une joie de ce repas, reprend ma mère dans un soupir.
- Je sais, excuse-moi auprès d'elle. Dis-lui qu'on se verra bientôt, promis. Mais là, ça ne passe pas. Je vais aller me coucher, je pense.
- Si tu ne te sens pas mieux demain, prends rendez-vous chez le médecin, d'accord ?
Son ton s'est radouci, manifestement je l'ai convaincue.
- D'accord.
- Je t'appelle demain pour prendre des nouvelles.
- Pas trop tôt, j'aimerais essayer de récupérer un peu de la semaine.
- Très bien, à demain, ma puce. Je t'aime.
- Moi aussi, je t'aime.
Je la laisse raccrocher la première pour ne pas lui donner l'impression de couper court et envoie aussitôt un message à ma sœur dans l'espoir de limiter les dégâts.

✉ Sms de « Lena » à « Kim »
18h33 : Dsl ! On se voit vite ! Encore félicitations à vous deux ! :) <3

Il est évident que ça ne suffira pas et qu'elle va hyper mal le prendre. Je vois d'ici sa tête contrariée ! Il y a de grandes chances pour qu'elle boude pendant tout le repas et je m'en veux vraiment à l'idée de gâcher sa joie. Je sais que je suis égoïste, mais je n'arrive pas à combattre le nœud qui m'oppresse la poitrine depuis ce matin. La sensation de malaise que je ressens reste trop récente, trop forte.
Je m'attarde vingt minutes par terre à m'auto-flageller pour mon comportement. Le silence m'étouffe bien que d’habitude, je l'apprécie. J'hésite à écrire un message à Harry pour prendre la température. Cependant, j'étais peut-être trop optimiste sous la douche puisque je réalise que je n'ai aucune envie de le voir ce soir, même face à cette solitude oppressante. Je voudrais qu'Anna soit là pour me changer les idées. Je souris en l'imaginant à cette fête, cherchant partout son fameux Alex. J'avoue qu'elle m'a intriguée à me le peindre dans toute sa perfection depuis presque deux semaines.
Je ne suis pas vraiment habillée pour me rendre à une fête, mais je suis quand même prête à sortir. Sans prendre la peine de réfléchir plus longtemps, je récupère mes clés et me lève, bien décidée à voir par moi-même de quoi il a l'air.
Chapitre 3


Alex


- Tu es certain de ne pas savoir qui c'était ?
Un grognement de frustration me parvient de ma droite. Au fond, je peux le comprendre, ça doit être la treizième fois que je questionne Tom depuis tout à l'heure ! Pourtant, son air saoulé ne m'empêche pas d'insister, encore une fois.
- Tu penses que tu pourrais la reconnaître si on la croisait genre… maintenant ?
Il abandonne ses équations pour se tourner vers moi.
- Alex, tu me gonfles, sérieux ! Non, je ne la connais pas, et non je serais bien incapable de mettre un visage sur cette fille ! Je l'ai à peine aperçue, je te signale !
Déçu, je ne réponds rien et me replonge dans mes bouquins. Je le sens faire de même au bout de quelques secondes. Le silence s'installe pendant que l'on continue à bosser, lui plus que moi au final. Malgré mes efforts, j'ai de plus en plus de mal à ne pas ruminer ma frustration. Il m'a fallu à peine trente secondes pour me reprendre une fois qu'elle a quitté la pièce. C'était manifestement trente secondes de trop ! Lorsque j'ai déboulé dans le couloir, aussi vite que je le pouvais, elle avait déjà disparue. Impossible de savoir quelle direction emprunter pour la rattraper : les escaliers de gauche ? Ceux de droite ? Pour monter ? Descendre ? J'ai cru qu'elle revenait sur ses pas quand j'ai entendu du bruit derrière moi, mais il s’agissait seulement de Tom qui me rejoignait pour s'assurer que tout allait bien. Il ne m’a été d'aucune aide. Selon lui, elle est arrivée de nulle part et s'est dirigée immédiatement vers le labo. En revanche, il affirme ne pas l'avoir vue ressortir.
- T'es vraiment nul à chier comme guetteur, tu le sais, au moins ?
- T'abuses, proteste-t-il. Je t'ai quand même bipé pour que tu te planques !
Je m'apprête à lui répondre lorsque la porte de la bibliothèque s'ouvre à l'opposé de l’endroit où nous nous trouvons. Je relève vivement la tête… pour détourner presque aussitôt les yeux devant l'absence évidente de robe verte parmi celles qui défilent devant nous.
- Détends-toi un peu, me chuchote Tom en remarquant mon manège. Il y a peu de chance qu'elle t'ait capté et même dans le cas contraire, je ne vois pas comment elle pourrait te dénoncer. Elle ne t'a pas vu hein ?
- Non, non. Pas que je sache, en tout cas.
- Alors, tout va bien, t'inquiète !
J’acquiesce tandis qu'il se remet une nouvelle fois au travail, totalement à côté de la plaque. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même s'il se méprend sur mon attitude. Je ne lui ai pas tout dit. J'ai même menti lorsqu'il m'a demandé ce qu’il s'était passé. J'ignore pourquoi. La scène me semblait juste trop irréelle, trop… intime pour être racontée. Spontanément, je lui ai expliqué qu'elle avait passé un coup de fil rapide avant de sortir, pendant que je me planquais derrière une paillasse.
Voilà, fin de l'histoire. On n’en parle plus ! Ou presque …
En me voyant scruter la moindre fille croisée sur le campus depuis, il a supposé de lui-même que j'avais eu peur d'être repéré. Je ne l'ai pas démenti, ce qui m'a donné une bonne raison de continuer à la chercher du regard. C'est débile à vrai dire, je n'ai aucune idée de que je ferais si j'arrivais à lui mettre la main dessus. Me présenter ? Prendre de ses nouvelles ?
Salut, on ne se connaît pas, mais j'étais dans le laboratoire tout à l'heure et tu m'as carrément fait flipper avec tes larmes. Ça va mieux depuis ?
Je tiens sans doute, là, la meilleure approche du siècle ! Quoique, je n'aurais peut-être pas besoin de lui parler, après tout. Je pourrais seulement me fier à son visage pour savoir si elle va mieux... Visage que je n'ai pas vu cependant, ce qui complexifie légèrement les choses !
Je me tasse un peu plus sur ma chaise avec un soupir. Cette histoire me prend la tête, un truc de dingue !

On reste encore une heure à la bibliothèque universitaire et je suis de moins en moins productif. J'envisage plusieurs fois de demander à Tom d'abréger mon calvaire, même si je sais qu'il ne voudra rien entendre avant d'être quitte avec ses maths. Conclusion : j'attends, je souffle et je sursaute à chaque fois que la porte s'ouvre. Quand enfin il donne le signal de départ, je rassemble mes affaires à toute vitesse, trop heureux de quitter la fac pour arrêter de ressasser tout ça. Je me force à regarder devant moi en traversant le bâtiment. Un vrai défi quand on sait que mes yeux semblent attirés par toutes les silhouettes que l'on croise ! Inconscient de mon calvaire, Tom m'explique sur le chemin deux, trois trucs pour ce soir. Avec un effort monstre, je me concentre sur ce qu'il dit, histoire de ne pas passer pour un con.
- Je dois repasser chez moi avant la soirée, on se rejoint là-bas ?
- Ouais ! Moi, je vais y aller assez vite. Tess doit déjà être en train de faire n'importe quoi à cette heure !
- Elle a dix-huit ans aux dernières nouvelles et tu n'es pas son père ! me fait-il remarquer avec un air amusé.
Un point pour lui mais, on a beau dire, elle reste ma seule et unique sœur. J'ai beau savoir qu'à son âge, elle peut se débrouiller sans moi, je peine quand même à ne pas prendre mon rôle de grand frère un peu trop au sérieux. Dommage pour mes nerfs et ma patience qu'elle ait décidé de devenir une source de stress quasi constante depuis l'obtention de son bac, il y a quatre mois !
- Je suis au courant, ouais ! Fais-moi plaisir, rappelle-le-lui à l'occasion !
- Compte sur moi, tu sais à quel point elle m'adore !
J'éclate de rire en arrivant sur le parking.
- Elle te déteste, tu veux dire ! Elle sort les griffes dès que tu traînes dans les parages !
- Parce qu'elle a du mal à assumer son attirance pour moi, ça me paraît tellement évident !
Évident ? Et puis quoi encore ? Nous sommes arrivés à un stade où je ne supporte plus d'être dans la même pièce qu'eux ces derniers temps ! Tom et Tess, ça n'a jamais été la folle éclate mais, depuis quelques mois, ma sœur aborde une passe pseudo gothique qui creuse le fossé entre eux. Fringues noires, maquillage qui la fait ressembler à un cadavre, morosité qui va avec… L'apparence « bien sous tous rapports » de Tom jure légèrement à côté de la sienne. Sans parler de leurs caractères diamétralement opposés ! Autant enfermer un chaton avec Godzilla pour assister au massacre… J'aurais au moins la consolation d'épargner mon meilleur ami.
- Si tu le dis ...
- Allez, laisse-lui minimum jusqu'à vingt-et-une-heure avant de débarquer ! Il faut bien qu'elle s'amuse un peu, cette pauvre petite !
Je marmonne en le quittant devant sa voiture. Dans mon dos, j'entends sa vitre descendre, à peine le moteur mis en marche.
- Et, en m’attendant, guette les petites robes vertes, on ne sait jamais !
Je souris et lève la main au-dessus de ma tête pour lui présenter mon majeur sans prendre la peine de me retourner. Son rire m'accompagne le temps que je traverse le parking.
Chapitre 4




Lena

Vingt minutes que j'ai mis un pied à la fête et j'en ai déjà marre ! Mon portable indique à peine vingt-heure et la maison est déjà pleine de monde ! A en croire les gens pas très nets et les cadavres de bouteilles éparpillés un peu partout, les réjouissances ont sûrement commencé de bonne heure !
J'ai beau avoir pris mon temps avant de débarquer, je n'arrive pas à trouver Anna. Il me faut trois inspections du rez de chaussée dans son intégralité, toilettes et chambres comprises, avant de me résigner : je suis la première arrivée. La connaissant, elle a sans doute eu la même idée que moi et s'est arrêtée quelque part pour manger un truc. Je regrette de ne pas lui avoir envoyé de message pour faciliter mes recherches !
Les deux verres de bière qui ont accompagné mon inspection commencent à se faire sentir et j'ai envie d'aller aux toilettes. Alors que je traverse le salon, la foule de danseurs ralentit ma progression. Je joue des coudes pour me frayer un passage quand deux mains puissantes me saisissent par la taille pour m'attirer le long d'un torse chaud et moite.
- Tu danses, ma jolie ? me susurre une voix grave à l'oreille.
Pas moyen, non ! Je me dégage sans même chercher à observer son propriétaire.
- Peut-être plus tard.
Sa réponse se noie dans le brouhaha alors que j'ai déjà replongé dans le bain de la foule. Les couples sont partout, l'alcool coule à flot et les mecs deviennent chiants : une soirée de plus dans ce vieux monde étudiant ! Je décide de rentrer, peu motivée à assister ou même participer à l'orgie qui se prépare, mais je dois d'abord passer aux toilettes. J'évite volontairement la queue interminable de celles près de la cuisine et monte l'escalier quatre à quatre. Puisqu'il s'agît d'une collocation, j'imagine que la maison doit posséder au moins deux salles de bain. Il ne reste plus qu'à trouver la seconde dans la mesure où toutes les portes se ressemblent ...
Arrivée à l'étage, je toque à la première sur ma droite avant d’enclencher doucement la poignée. J'entrevois une chambre, plongée dans la pénombre, vide. Ça pourrait être pire ! Je m'en rends compte en essayant celle sur la gauche. Des gémissements me parviennent, à peine l’ai-je entrouverte. Je la referme vivement en gloussant, avant de m'éloigner le plus vite possible. Franchement, personne n'utilise de clés dans ce genre d'endroits ? L'alcool fait son petit effet, assez pour rendre la situation plus amusante. Je joue à amstramgram avec les trois possibilités restantes et, d’un pas décidé, me dirige vers la gagnante.
Des bruits d'une toute autre nature se font entendre à l'intérieur. Je tends l'oreille et grimace en percevant des hauts de cœur généreux provenant de l'autre côté. Manifestement, je viens de trouver les toilettes. Manque de pot, elles sont déjà occupées ! Il va falloir affronter la queue du rez de chaussée. Avec un soupir, je commence à m'éloigner lorsqu'un bruit sourd me fait m'arrêter. Quelqu'un est tombé ? Je ne bois jamais assez pour être malade, en revanche, j'ai souvent dû m'occuper d'Anna et je sais à quel point l'abus d'alcool peut aussi bien vous retourner la tête que l'estomac. J'hésite à revenir sur mes pas. Il ne s'agît sans doute de rien de grave, seulement je n'aimerais pas qu'une de mes amies se retrouve seule et malade dans une salle de bain sans personne pour s'assurer qu'elle aille bien. Ma bonne conscience prend le dessus et je retourne près de la porte, avant de l'ouvrir le plus doucement possible en priant pour ne pas assister au spectacle d'un mec à poil, plongé dans son vomi.
- Ça va, là-dedans ?
Je passe la tête à l'intérieur et grimace aussitôt. L'odeur est insupportable. Une fille gît par terre, appuyée contre la cuvette, la tête cachée dans ses bras. Du vomi s'étale sur le jupon de sa jupe en tulle noire. Elle gémit à nouveau quand je referme la porte derrière moi pour tourner la clé. Je m'approche et m'accroupis près d'elle.
- Tout va bien ? je répète le plus doucement possible.
Elle relève la tête vivement. Deux grand yeux bleus cernés de noir se plantent dans les miens. Son fond de teint accentue la pâleur de sa peau et de la bave s'écoule du coin de sa bouche jusqu'à son menton. De la classe à l'état pur …
- Du feu de Dieu, gémit-elle d'une petite voix. Je me sentirai mieux quand j'aurai fini de...
Un nouvel haut le cœur ne lui permet pas de poursuivre sa phrase et elle replonge la tête dans les toilettes. Heureusement pour elle, les deux hautes couettes qu'elle porte empêchent qu'elle en mette partout sur ses longs cheveux noirs. N'ayant pas à l'aider de ce côté-là, je l'enjambe pour ouvrir la fenêtre et inspire un grand bol d'air frais, avant de fouiller le meuble bas à la recherche d'un gant et de l'humidifier.
Elle s'allonge sur le sol avec un énième gémissement et soupire de plaisir quand la fraîcheur du linge entre en contact avec son front moite. Ça ne suffit pourtant pas à la soulager. Sa respiration reste rapide et elle ne tient pas en place. Elle finit par se mettre en position fœtale en se tenant le ventre.
- Merci… Je ne me sens pas bien...
- Oui, ça se voit. Je peux prévenir quelqu'un ?
Elle met tellement de temps à répondre que je commence à penser qu'elle ne m'a pas entendue. Sa main finit par se tendre vers son sac.
- Il va me tuer, marmonne-t-elle en prenant son portable.
Ses doigts tremblants déverrouillent l'écran et elle commence à faire défiler sa liste de contacts quand une nouvelle crampe la fait se recroqueviller davantage sur elle-même.
- Attends je vais le faire, je lui propose gentiment en desserrant ses doigts crispés de son téléphone.
- Appelle ce numéro.
Je jette un œil interdit sur le contact affiché. Elle a dû se tromper.
- La brigade des mœurs ? C'est ce numéro-là que tu veux que j'appelle ?
Je lui colle le portable à cinq centimètres de son visage pour lui montrer l'écran, mais elle le repousse d'un geste.
- Mon frère… me dit-elle d'une voix éteinte, avant de gémir à nouveau
J'espère qu'elle sait ce qu'elle fait parce que j'imagine mal un agent travaillant là-bas en accord avec tout ce qu’il se passe dans cette maison. Mais si elle veut voir son frère, j'appelle son frère. Plus vite il sera là, plus vite elle sera couchée et moi, partie. Je m'adosse contre le mur à côté d'elle et appelle.
Je compte quatre sonneries avant qu'il ne réponde. Le bruit qui me parvient m'oblige à reculer l'appareil de mon oreille avec un sursaut.
- Allo ? tenté-je, peu convaincue que quiconque puisse m'entendre avec ce raffut.
Je me répète deux fois, sans succès. Seule la musique me parvient en retour et je finis par reconnaître « Final Masquerade » de Linkin Park qui passe en ce moment même au rez de chaussé, juste avant que l'appel ne soit coupé. Je n'y crois pas, il vient de me raccrocher au nez ! Peut-être qu'il a déjà trop bu lui aussi et que ça le rend peu enclin à répondre à sa sœur malade. Pauvre type !
Le portable vibre dans ma main. Un texto vient d'arriver.

✉ Sms de « Brigades des mœurs » à « Tess »
21h26 : Je n'entends rien ! Ça fait vingt minutes que je te cherche, tu es où ?

Bon… il ne s’agit donc pas d’un pauvre type ! En souriant, je tape une réponse rapide.
Chapitre 5


Alex

✉ Sms de « Tess » à « Brigade des mœurs »
21h26 : Urgence toilettes 1er étage ! Troisième porte à droite. Tape quatre fois ! :)

Je lis deux fois de suite le message de Tess, perplexe. Je ne sais pas ce qui m'étonne le plus, qu'elle ait tenté de me joindre ou qu'elle accompagne son sms d'un smiley ! Ma sœur déteste les smileys… comme tout ce qui peut se rapprocher de près ou de loin à l'adjectif « mignon ». Elle doit être dans un sale état… Inquiet, je monte à l'étage en un temps record et frappe à la porte d'un coup sec dès que j'ai identifié la bonne.
Rien ne se passe. Je répète mon geste et tend l'oreille. Aucun bruit ne me parvient de l'intérieur, tout a l'air calme. Je clenche la poignée, mais le verrou tiré m'empêche d'aller plus loin. L'agacement prend la place sur l'inquiétude. Rien n'est jamais simple avec Tess. Si elle s'est posée là-dedans et qu'elle m'a demandé de venir, quel intérêt de me laisser sur le palier ?
Je relis une nouvelle fois son texto pour vérifier que je suis au bon endroit et mes yeux buttent sur la fin du message : « Tape quatre fois » . Elle se fout de moi, sérieux ? Depuis quand a-t-elle besoin d'un code ? D'habitude, elle se contente d'insulter quiconque s'approche de sa chambre.
Essayant du mieux que je peux de réprimer l'énervement qui me gagne, je tente ma chance et cogne quatre coups successifs. Presque aussitôt, la clé tourne dans la serrure et la porte s'ouvre. La remarque que je m'apprête à sortir se coince dans ma gorge… Il ne s'agit pas de Tess. La fille qui m'observe est plus petite que ma sœur, plus menue, aussi, et n'a absolument pas la même allure. J'enregistre en un regard son jean moulant, ses bottes foncées et sa veste cintrée. Hormis la vieille casquette à l'effigie de New-York qui lui recouvre la tête et dissimile ses cheveux ainsi qu'une partie de son visage, tout en elle fait féminin.
Sans un mot, elle s'écarte pour me laisser passer et j'aperçois Tess recroquevillée près des toilettes. Je me précipite vers elle pour m'agenouiller à ses côtés.
- Tess ?
De la sueur colle sa frange sur son front, son maquillage ne ressemble plus à rien et elle sent le vomi à plein nez. Vraiment génial… Toute mon envie de l’engueuler comme il se doit s'envole quand elle me regarde d'un air penaud. Comme toujours, ses grands yeux bleus m'attendrissent. Il fait frais dans la pièce et elle frisonne. Avec un soupir, je retire ma veste en la recouvrant du mieux que je peux, bien conscient de l'odeur que je vais récupérer au passage. Je tourne la tête en entendant le bruit de la fenêtre se fermer et observe la fille tandis qu'elle se tourne vers moi. Je remarque qu'elle tient le portable de Tess à la main, c'est donc elle qui a dû m'envoyer le message, d'où le smiley… Quelque part, ça me rassure, Tess reste Tess.
Inutile d'espérer quoique ce soit d'elle dans cet état, je me concentre donc sur sa copine. Je ne crois pas la connaître, mais ma sœur a un talent certain pour se faire de nouveaux amis rapidement, particulièrement dans ce genre de soirée. Elle me regarde gênée et reste silencieuse, ce qui réveille ma colère.
- Elle a bu beaucoup ?
- Aucune idée...
- Tu lui as donné quelque chose ?
- Bien sûr que non !
- Tu l'as vue prendre quelque chose ? Ça fait longtemps qu'elle est dans cet état ?
- Je n’en sais rien !
Je sens bien que je l'agace, mais ma sœur se retrouve complètement faite, pleine de vomi à même le sol d'une salle de bain et cette fille semble se porter comme un charme. Je crois que niveau agacement, je l'emporte haut la main.
- Comment tu peux ne pas le savoir ? je reprends sèchement.
Elle hausse les épaules comme si c'était évident.
- On a à peine échangé trois mots. Je ne la connais pas !
- Qu'est-ce que tu faisais enfermée avec elle dans ce cas ? Et comment son portable a-t-il atterri dans tes mains ?
- Elle a voulu que je t'appelle.
Je note qu'elle élude volontairement une partie de ce que je lui demande.
- Tu fais exprès de répondre de manière évasive à toutes mes questions ?
- Ça dépend. Tu fais exprès de les poser à toute vitesse pour m'embrouiller ?
Elle me toise en croisant les bras avec un air de défi. Toute trace de gêne a disparu. Sous sa casquette, ses yeux me transpercent. Impossible de savoir de quelle couleur ils sont, mais je doute que ce soit essentiel pour comprendre le message. Avec un grognement, je me retourne vers ma sœur qui semble plus paisible, presque endormie.
- Tu ferais mieux d'arrêter de traîner avec n'importe qui ! je lui lance quand même, bien conscient que ma pique ne va pas échapper à l'enquiquineuse derrière moi.
- Je te demande pardon ? j'entends dans mon dos. Répète un peu pour voir ! m’ordonne-t-elle d'une voix pleine de colère, alors que je me relève pour lui faire face.
Pas de soucis, je vais m'assurer que le message soit clair !
- Je lui ai dit qu'elle devrait arrêter de traîner avec n'importe qui ! Tess a le don de se faire des amis douteux dans ce genre de soirée. Encore une fois, ça se confirme. Je n’y peux rien si tu te sens visée par ma remarque !
Elle reste interdite une seconde, ouvre la bouche, la referme, puis me tend le portable, sans rien ajouter. Je lui reprends d'un geste sec avant qu'elle ne me contourne, furieuse.
- J'ai mieux à faire que me prendre la tête avec toi, je m'en vais !
- Ouais, merci de ton aide ! je lui lance sarcastiquement, avant que la porte ne claque derrière elle.
Deux secondes plus tard, elle s'ouvre à nouveau violemment. Je lève les yeux au ciel en la voyant revenir vers moi.
- Tu ne manques pas d'air, j'y crois pas ! Tu juges sans savoir, tu ne me connais même pas !
- Et tu es… ?
- Quelqu'un qui ne mérite sûrement pas de se faire engueuler sans raison ! Je ne la connais pas ta sœur, je l'ai trouvée comme ça et elle m'a demandé de t'appeler. Je n’étais pas obligée de le faire, ni de rester avec elle pour t'attendre, je te signale ! Alors la prochaine fois, laisse aux gens le bénéfice du doute et demande gentiment si tu veux des réponses directes ! finit-elle de me hurler dessus, en repartant aussi vite que la première fois, dans un nouveau claquement de porte.
Je l'avoue, sur le coup, je reste con. Elle est certes petite, mais fougueuse. Si je n'étais pas inquiet pour Tess et fatigué des événements de la journée, je trouverais ça charmant. J'attends en restant sur mes gardes, juste au cas où mais apparemment, elle ne compte pas revenir. Avec un soupir, je me tourne de nouveau vers Tess. Mon regard est attiré par quelque chose de jaune à côté de son visage. Je soulève doucement sa joue et ramasse un gant humide posé par terre. Je prends le temps de parcourir la pièce du regard et lorsque je vois une serviette trempée et malodorante près des toilettes, un léger malaise s'empare de moi.
Finalement, elle avait raison, je juge les gens peut-être trop rapidement…


*****


- Si je comprends bien, maintenant tu cherches aussi une inconnue que tu as engueulée sans raison ? Tes rapports avec la gente féminine sont catastrophiques aujourd'hui !
- La ferme, Tom…
Hilare, il boit une nouvelle gorgée de bière, le sourire aux lèvres. Pour ma part, je continue de scruter les danseurs dans l'espoir d'apercevoir une casquette bleue, mais la foule est dense et étant donné sa taille, je doute de pouvoir la repérer aussi facilement. Je n'ai pas non plus renoncé à retrouver l'inconnue de cette après-midi, ce qui rend ma tâche double ... et pathétique. Deux filles « perdues » dans la même journée, glorieux bilan sachant que la première ne sait même pas que j'existe et que la seconde n'a sans doute aucune raison de vouloir se retrouver à nouveau en face de moi !
Tom pose sa bière vide sur la table et se tourne dans ma direction.
- Tu me fais pitié, mec. Redis-moi un peu à quoi chacune d’elle ressemble que je vois si je peux t'aider ? Commence par celle que tu veux ! Je te laisse le choix.
Il se fout de moi, mais je passe outre. J'hésite une seconde seulement. La sauveuse de Tess était à la fête tout à l'heure, elle peut donc être encore dans la maison. Et j'ai fait plus que l'apercevoir à la dérobée, contrairement à celle du laboratoire. Concernant cette dernière, je n'ai aucune certitude, trop de paramètres sont à prendre en compte : sa présence potentielle à la soirée, un changement de vêtements depuis tout à l'heure, un sourire aux lèvres… Pour ce soir, mieux vaut mettre les chances de mon côté.
- Assez petite, pas plus d'un mètre soixante-cinq je dirais et plus menue que Tess. Un jean foncé, des bottes marrons, une veste noire, un haut blanc en dessous et une casquette de New-York bleue.
- T'es sûr de n'avoir passé que cinq minutes avec elle ? s'exclame-t-il en se marrant, une fois de plus.
Je hoche rapidement la tête.
- Blonde ou brune ?
Je revois quelques mèches foncées autour de son visage, s'échappant de sa coiffure.
- Non, pas blonde. Brune ou châtain.
- Belle ?
Je réfléchis quelques instants à sa question. Ses cheveux étaient relevés et sa casquette lui mangeait une partie du visage mais elle avait les traits fins et un certain éclat dans les yeux, même en colère.
- Oui, très ! je reconnais dans un soupir.
- Pas étonnant que tu veuilles la retrouver ! se moque-t-il gentiment.
Je secoue la tête.
- Nan, tu n’y es pas. Elle a été sympa avec Tess et moi j'ai été un vrai connard avec elle. Je l'ai accusée de l'avoir fait boire, limite de l'avoir droguée. Je pense vraiment que je me suis planté, je voudrais m'excuser.
Après l'avoir compris dans la salle de bain, j'ai attendu dix minutes avant de me décider à bouger Tess. Je suis resté à fixer la porte bêtement, comme si ça allait la faire revenir et me donner l'occasion de reconnaître mes torts. Je l'ai aussi cherchée du regard en redescendant, mais je ne l'ai pas vue et je n'avais pas le temps de faire le tour du propriétaire.

J'ai dû m'absenter une heure le temps de déposer ma sœur à la maison. Seule, je serais restée avec elle mais ma mère ne travaille pas ce soir alors je la sais entre de bonnes mains. Je me suis douché rapidement avant de passer des fringues propres et de filer. En partant, je me suis promis, une fois de plus, d'avoir une conversation avec Tess dès la fin de sa gueule de bois.
- Sois pas trop dur avec toi même, me répond Tom, soudain plus sérieux. Tu avais toutes les raisons de croire qu'elle y était pour quelque chose, ça ne serait pas la première fois.
Il me regarde quelques secondes, puis reporte son attention sur la salle, se frottant les mains, le sourire aux lèvres.
- Mais bon, faisons amende honorable ! Si je résume : on cherche une petite brune, très belle pour ne rien gâcher…
- Qui est très belle ? demande une voix mélodieuse derrière nous.
Nous nous retournons tous les deux, surpris de cette interruption. Anna nous observe, les mains sur les hanches, une moue de fausse contrariété sur le visage. Superbe comme toujours.
- Toi, bien sûr ! lui répond Tom galamment.
- Hum… J'ai cru vous entendre mentionner une brune, ce que de toute évidence je ne suis pas. Mais je vais quand même accepter le compliment, merci !
Elle s'avance vers nous, un sourire aux lèvres. Elle fait la bise à Tom avant de planter un baiser sur ma joue en se collant à moi.
- Tu piques, j'aime bien ! me lance-t-elle, taquine.
Je lui rends son sourire, avant de passer mon bras le long de sa taille pour la garder près de moi. A la vue des événements de la journée, je suis content de la voir. Même si les choses entre nous ne sont pas clairement définies, je trouve la compagnie d'Anna toujours agréable. Elle est pleine de vie et je doute que ce soit le genre de fille à disparaître sans laisser de traces. Contrairement à d'autres… Soudain, cela me semble la qualité la plus appréciable au monde. Il y a également quelque chose de réconfortant à savoir que c'est elle qui m'a cherché et trouvé ce soir, et non le contraire.
Tom se décale légèrement pour regarder derrière nous.
- Pas de Lena ?
- Elle ne viendra, désolée. Obligation familiale.
Je souris de plus belle en voyant ses épaules s'affaisser sous le coup de la déception. Sa réaction n'échappe pas non plus à Anna.
- Promis, elle aurait bien aimé venir, mais elle ne pouvait pas dire non à ses parents. Sa sœur a fait le déplacement.
- Je vois... répond-il en réprimant un soupir. Une autre fois, peut-être !
Personnellement, j'en doute. Je côtoie régulièrement Anna depuis quelques semaines en soirée et jamais encore, je n'ai rencontré sa coloc. On arrive toujours trop tard, elle part toujours trop tôt, je zappe parfois les soirées où elle est là et inversement. En gros, nous ne faisons que nous louper ! Tom, en revanche, partage ce semestre un cours de maths renforcé avec elle trois fois par semaine et la drague gentiment depuis le premier jour. Malheureusement pour lui, toutes ses tentatives de rapprochement se sont jusqu'à présent soldées par un échec cuisant.
- Il n'y a pas que moi qu'on semble fuir, apparemment… lui lancé-je amusé, ne résistant pas à lui renvoyer la monnaie de sa pièce.
Anna me regarde en haussant les sourcils tandis que Tom reprend la parole, avant que je puisse lui expliquer le sens de ma remarque.
- Encore une qui n'a pas conscience de ce qu'elle perd … C'est dramatique d'avoir un charisme comme le mien et de ne pas savoir quoi en faire !
- Lucie n'est pas insensible à ton pouvoir de séduction.
Il se tourne vers elle, une lueur de prédateur dans les yeux.
- Et où se trouve la délicieuse Lucie ?
- Dans la cuisine, je crois. Mais tu vas la faire flipper avec ce regard… Elle aime les mecs gentils.
Tom lui lance un sourire ravageur, avant de faire un pas vers nous. Elle pousse un petit cri de surprise lorsqu'il s'empare de sa main et l'attire vers lui. Il s'incline légèrement, assez pour planter un baiser sur sa main. Je n’ai jamais rien vu de plus neuneu depuis que Tess m'a obligé à regarder Titanic alors qu'elle était clouée au lit par une sale grippe. Je pense bon de préciser qu’à l’époque, je venais de fêter mon quatorzième anniversaire… L'enchantement, pourtant, opère comme toujours et Anna est complètement conquise. Elle ne le quitte pas des yeux tandis qu'il se redresse.
- Tu sauras, ma chère, que je suis un mec gentil. Sur ce, veuillez m'excuser, mais j'ai apparemment rendez-vous à la cuisine. Je vais garder l’œil ouvert. Alex, fais de même !
Il se fraye un chemin à travers la foule et je le vois observer les gens sur son passage avec une concentration qui m'amuse. Anna revient dans mes bras avec un soupir.
- Quel charme il a ! Lucie pourra me remercier demain !
- Elle avait vraiment un dîner en famille ?
- Lena ? Oui, bien sûr !
Elle se rapproche davantage de moi et colle sa bouche à mon oreille.
- Elle dort chez ses parents. Cette nuit, j'ai l'appart pour moi toute seule... me susurre-t-elle avant de s'écarter légèrement pour tester l'effet que ses paroles ont sur moi.
Je comprends évidemment le sous-entendu, mais j'ai l'impression de ne pas mériter une telle proposition ce soir, sachant que deux autres filles occupent également mes pensées. Manifestement, elle interprète mal mon silence et mon absence d'enthousiasme la vexe. Je la rattrape par le bras, alors qu'elle commence à s'éloigner.
- Viens avec moi.
Elle acquiesce sans rien dire et je nous fraye un chemin sur la piste de danse improvisée. Une fois arrivés au centre, je l'attire contre moi pour que nous puissions commencer à bouger en rythme. Les chansons s'enchaînent sans que je parvienne à me détendre totalement. Je continue de jeter de brefs, mais fréquents, regards autour de nous. Anna le remarque et commence à s'agacer. Elle finit par secouer la tête tout en se rapprochant de moi, criant près de mon oreille pour se faire entendre, malgré la musique.
- Qui cherches-tu à la fin ? Une petite mais très belle brune avec qui passer le reste de la soirée, plutôt qu'avec moi ?
Manifestement, elle n'a rien loupé de la fin de ma discussion avec Tom. Ça me donne le sentiment d'être un connard fini. Si je ne suis pas parvenu à mettre la main sur les deux filles que je cherche depuis plus de deux heures, c'est qu'elles ne doivent pas être là. J'aurais vraiment voulu m'excuser aujourd'hui, mais je ne peux rien faire seul et Anna mérite mieux que la manière dont je suis en train de la traiter. Je secoue la tête négativement en lui souriant et la garde près de moi, bien décidé à ne m'occuper plus que d'elle. Deux heures plus tard, lorsqu'elle me le propose pour la seconde fois, j'accepte de la raccompagner chez elle.
Chapitre 6



Lena

Le bruit de la porte d'entrée me tire du sommeil. Il me faut quelques minutes pour trouver le courage de regarder mon radio réveil. Lorsque j'y parviens, je suis surprise de constater qu'il est presque dix heures trente. Je ne dors jamais aussi tard d'habitude, mais la journée d'hier m'a épuisée. C'est à peine si j'ai entendu Anna rentrer sous les coups de deux heures. Je jette un œil à mon portable qui n'affiche aucun message. Comme prévu, Kim fait la tête... Je râle à cette idée en m'enfouissant sous ma couette et prends cinq minutes supplémentaires pour réellement émerger. La chaleur de mon lit me pousse à ne pas me lever, mais mon estomac crie famine et je me résigne à repousser les couvertures.
Aussitôt, la différence de température me fait frissonner. J'enfile un sweet rapidement tout en étouffant un bâillement. Machinalement, je me dirige vers le calendrier au-dessus de mon bureau et m'empare d'un stylo avant d'indiquer 2035 à côté de la date du jour. Je grimace en regardant la case de la veille, presque complètement bariolée de rouge. D'ordinaire, j'attends toujours le réveil pour juger le jour précédent, une habitude qui m'oblige à prendre du recul et à considérer les choses dans leur ensemble. Mais mon embrouille avec ce gars à la fête m'a tellement énervée, en plus du reste, qu’à peine rentrée, j'ai exprimé ma frustration à grand renfort de feutres. Quel dommage, habituellement je sais être bien plus subtile ! Cette grosse tâche rouge est très moche et contraste violemment avec le reste du mois qui offre de jolies touches de vert. Pendant une seconde, ma colère envers le frère de cette Tess se ranime. Plus de doutes possibles, je le classe définitivement dans la catégorie des pauvres types ! Mais je me force à me rappeler que j'ai laissé la catastrophique journée d'hier derrière moi et je compte bien en faire de même avec cet incident ! J'espère juste que sa sœur va bien ce matin, même si j'en doute.
Je sors de ma chambre et m'attache les cheveux, tout en me dirigeant vers la cuisine. Le spectacle que m'offre mon passage dans la salle me fait relâcher le pseudo chignon que je viens de former. Des chaussures traînent près du canapé, un tee-shirt blanc repose sur le dossier et je retrouve ma superbe petite jupe en jean, tout près de la table basse...
- Ah..., d'accord...
Instinctivement, je me tourne vers la chambre de ma colocataire, mais me retrouve face à une porte fermée. Je suppose que c'est elle qui a quitté l'appart tout à l'heure. Le haut n'appartenant à aucune de nous deux, soit son propriétaire dort encore, soit il a filé en oubliant manifestement une part importante de ses fringues dans notre salon. Franchement, j'en doute. Ma meilleure amie n'a jamais prétendu aimer les exhibitionnistes !
Il s'agit forcément d'un mec présent à la fête d'hier, Alex peut-être ? Il y a fortes chances pour que cela soit lui, même si rien n'est jamais sûr avec Anna. Hormis le fait qu'elle semble quand même avoir passé une meilleure soirée que moi, ça va sans dire !
Sans un bruit, je rentre dans la cuisine et commence à sortir ce qu'il me faut pour déjeuner. J'allume la petite station sur le plan de travail en baissant le son au maximum, actionne la cafetière et commence à me presser un jus d'orange en fredonnant l'air de la chanson qui passe. Le bruit d'une porte me fait tendre l'oreille. Je compte mentalement jusqu'à cinq.
- Merde !
Je souris en entendant la voix masculine derrière moi. Sans me retourner, j'agite la moitié pressée de mon orange au-dessus de ma tête en un signe de bonjour.
- Salut !
- Euh..., salut.
La gêne avec laquelle il me répond me laisse supposer le pire.
- Avant de me retourner, j’aimerais savoir si tu es nu ?
Un rire grave me parvient.
- Non, je ne le suis pas.
Soulagée, je lui fais face en souriant et me fige presque aussitôt, les yeux écarquillés de surprise. Le gars d'hier se tient dans l'entrée de la cuisine, de ma cuisine, une expression similaire à la mienne placardée sur le visage. J'ai eu l'occasion de lui attribuer quelques traits de caractères rapides hier soir : grossier, emmerdant, ingrat… Je peux maintenant ajouter à ma liste qu'il doit aimer la subtilité parce qu'il ne porte rien d'autre sur lui qu'un boxer noir. La vache...
Le karma me déteste...
Il lui faut moins longtemps que moi pour se remettre de la surprise. Très vite, son visage exprime autre chose. Du soulagement ? En tout cas, il a vraiment l'air content. Il s'appuie contre le chambranle de la porte et m'adresse un grand sourire, apparemment peu soucieux de son absence de fringues ou de la manière dont nous nous sommes quittés hier.
- Lena, je présume ?
Je ne réponds pas immédiatement, trop occupée à me demander comment il est possible que de tous les mecs qui étaient présents à cette fête, ce soit justement celui-ci qu'Anna ait ramené à la maison ?! Et comment peut-il connaître mon prénom ? A moins que...
- C'est toi, Alex ?
Si je vois juste, franchement, je ne sais pas si je dois approuver ou contredire Anna. Parce que oui, physiquement, il n'y a rien à redire ! Son absence de vêtements laisse peu de place à l'imagination et son torse, à lui seul, semble être un véritable appel aux caresses ! Et ça ne prend pas en compte le reste du tableau qui comprend de larges épaules, des muscles bien dessinés à tous les niveaux et un visage hyper craquant. Ses cheveux châtains, complètement décoiffés, me rappellent ceux de Harry à leur manière de retomber légèrement sur son front, mais le bleu de ses yeux et la légère barbe qui assombrit ses joues stoppent immédiatement ma comparaison. Globalement, il est plutôt canon quand il se tait !
Parce que voilà, si le physique faisait tout, ça se saurait ! Et on aura beau dire, je suis nettement moins convaincue par tout l'aspect « Je m'en prends à toi parce que je suis frustré de retrouver ma sœur bourrée ! ».
Il confirme son identité d'un hochement de tête.
- T'as l'air surprise !
- Je le suis ! On t'avait décrit comme un mec par... euh sympa.
Je me félicite mentalement de m'être interrompue à temps. Inutile de lui donner plus de raisons qu’il n’en a déjà de se croire au-dessus des autres ! J'en ajoute une couche avant même qu'il n'ait rouvert la bouche.
- Et au passage, on ne peut pas dire que tu sois complètement habillé ! Je distingue environ quatre-vingt-quinze pour cent de ta peau.
Je ne sais pas pourquoi je l'attaque de cette manière, mais il m'a vraiment énervée, hier. Et même si je ne suis pas du genre prude, ça me gêne de le voir presque nu. Pourquoi ne va-t-il pas s'habiller, franchement ? Il avait pourtant l'air d'aimer avoir ses fringues sur le dos, hier !
Sans prendre la mouche, il s'esclaffe. Son amusement est à la fois charmant et agaçant.
- Ne sous-estime pas ce que tu ne vois pas, tu vas me vexer de si bon matin !
Sa répartie m'arrache un sourire. Les hommes et leur ego... Je me contente de pencher la tête et de promener mon regard une nouvelle fois le long de son corps, plus lentement que tout à l'heure. D'ordinaire, je ne me permettrais jamais de reluquer un mec aussi franchement, seulement je ne vois pas pourquoi c'est moi qui me sentirais gênée, sachant que c'est lui qui se promène quasiment nu chez moi.
- Hum..., peut-être oui. Je demanderai à Anna de confirmer mon estimation.
Je constate en relevant les yeux que son sourire ne le quitte pas. J'ignore ce qui le met de si bonne humeur, mais il semblerait que la situation soit loin de lui poser un problème. On se dévisage en silence quelques instants, avant qu'il ne se redresse en secouant la tête d'un air amusé.
- C'est dingue, je n’en reviens pas de te trouver là. Je t'ai cherchée partout, hier soir !
- Ah oui ?
J'ignore si mon scepticisme s'entend dans ma voix, il ne semble cependant pas le remarquer.
- Oui, reprend-il aussitôt, il faut vraiment que je te parle, laisse-moi une minute, je vais m'habiller un peu.
Il commence à s'éloigner, indifférent au fait que je puisse le mater sans vergogne. Quand il se retourne brusquement vers moi, je relève les yeux aussi vite que possible pour ne pas être prise en flagrant délit. C'est un échec. Son visage, pourtant, n'exprime plus le moindre amusement.
- Tu ne bouges pas, hein ?
Je m'apprête à lui répondre que ça ne risque pas puisque je vis ici, mais son expression sérieuse, presque grave, me dissuade de le taquiner.
- Je reste là.
Chapitre 7


Alex
Je suis à peine sorti de la cuisine que la voix de Lena me parvient, bien forte :
- Sur le canapé, Alex !
Elle éclate de rire en entendant mon juron étouffé et je me dépêche de récupérer ce qu'il me faut au salon avant de rejoindre la chambre d'Anna.
La hâte avec laquelle je m'habille me semble injustifiée, mais je ressens un léger malaise à l'idée que peut-être, elle ne sera plus dans la cuisine à mon retour. Malgré qu'elle me l'ait affirmé… Sans prendre la peine d'enfiler autre chose que mon tee-shirt et mon jean, je ressors pour la rejoindre en quatrième vitesse. Le soulagement qui m'envahit en la retrouvant en train d'attraper de la vaisselle frôle le ridicule.
- Est-ce que je peux t'aider à faire quelque chose ?
Elle sursaute en m'entendant et se tourne vers moi, trois bols à la main.
- Dis-donc, t'es un rapide, toi !
Je lui souris, bien décidé à lui montrer que je suis un mec sympa.
- Je peux t'aider ? je répète en désignant les bols.
- Non merci, j'ai presque tout sorti. Anna est partie acheter des croissants ?
J'acquiesce et m'installe sur un des tabourets du petit îlot central qu'elle me désigne d'un signe de tête pendant qu'elle s'empare d'une boîte de céréales. En la regardant faire, je constate avec un mélange d'hébétement et de plaisir que j'avais raison sur tous les points, hier. Des cheveux châtains clairs, pas plus grande que Tess… Très belle ! Elle croise mon regard en refermant le placard.
- Mieux vaut prendre des forces, m’explique-t-elle en se servant un bol généreux. La seule boulangerie potable se trouve à plus de quinze minutes en voiture et Anna conduit hyper prudemment, même en cas de famine. Elle en a pour un moment ...
Je note qu'elle repose le paquet près d'elle sans m'en proposer. Il est vraiment temps que je m'excuse…
- Elle va être surprise de te voir, elle te croyait chez tes parents.
- J'ai changé mes plans au dernier moment. Café ?
- Merci, oui.
J'ai donc le droit d'être affamé, mais pas déshydraté. Intéressant ! Sa réponse concernant sa présence à la fête reste une nouvelle fois relativement évasive. Je me demande si elle a conscience de s'entourer d'un certain mystère chaque fois qu'elle ouvre la bouche. Une pensée me traverse l'esprit que je me hasarde à formuler à haute voix.
- Tu es venue pour Tom ?
Elle rigole franchement en secouant la tête.
- Non, pas du tout ! Je ne cherchais pas Tom.
Elle m'observe amusée et je la soupçonne de ne pas tout me dire, mais elle ne semble pas décidée à s'expliquer davantage, alors je n'insiste pas.
- Comment va ta sœur ? reprend-elle face à mon absence de réponse.
- Elle dormait quand je suis reparti de chez ma mère hier, le plus dur avait l'air d'être passé. J'irai la voir tout à l'heure. Merci de le demander et... merci aussi pour ton aide.
-Tant mieux si elle se sentait mieux, me répond-elle simplement.
Pas un mot sur le début de mes pseudos excuses, rien. Il semble nécessaire que j'y aille plus franchement ! Autant en profiter maintenant vu que le sujet a été abordé.
- Si j'avais su que c'était toi hier, j'aurais pu dire à Anna que je t'avais vue.
- Si tu avais su que c'était moi hier, tu m'aurais sûrement laissé le bénéfice du doute avant de supposer le pire ! me répond-elle du tac au tac en haussant les épaules.
Voilà, c'est dit. Je ne lui tiens pas rigueur de ne pas y mettre les formes, elle n'en a pas besoin. Je me redresse légèrement et me passe une main dans les cheveux avant de commencer à m'expliquer.
- Oui, je voulais justement te parler de ça. Je... Écoute, franchement, je suis désolé. Tu avais raison. Je n'aurais pas dû juger la situation trop rapidement, seulement ma sœur ne passe pas de très bonnes soirées ces derniers temps et je l'ai déjà retrouvée plus d'une fois avec de gens vraiment douteux. Je sais que j'ai été un vrai con avec toi ! J'avais clairement passé une sale journée et j'étais très inquiet pour Tess avant de recevoir ton texto. Ça n'excuse pas mon comportement, j'en suis conscient, mais j'ai vraiment essayé de te retrouver hier après être revenu à la fête, j'y ai même passé une bonne partie de ma soirée !
Elle ne m'interrompt pas une seule fois, mangeant lentement et ne me quittant pas des yeux tout le long de ma tirade. Je ressens un profond soulagement à l'idée d'avoir réussi à m'excuser auprès d'elle, quand bien même elle continuerait à me considérer comme un sale frimeur à l'ego surdimensionné ! Elle semble réfléchir quelques instants à la marche à suivre puis, à ma grande surprise, pousse doucement le paquet de céréales vers moi. Je me sens sourire sans pouvoir m'en empêcher. Apparemment, je suis pardonné !
- J'étais partie, reprend-elle pendant que je me sers, mais c'est gentil de m'avoir cherchée.
Le silence s'installe entre nous. Elle s'en amuse et attend, sachant parfaitement ce que je vais lui demander. Je la dévisage tout en buvant une gorgée de café, avant de me lancer :
- Alors... euh, hier soir...
- J'étais là, me répond-elle aussitôt, mettant fin à mon supplice.
Et merde ! Ça n'est vraiment pas la réponse que j'espérais.
- Tu nous as entendus ?
- Comme la plupart des habitants de l'immeuble, je suppose.
Je sais qu'elle en rajoute, mais ça me met néanmoins mal à l'aise de savoir que, contrairement à ce que je pensais, elle était dans l'appartement. En rentrant, nous sommes restés un petit moment dans le salon et n'avons pas particulièrement prêté attention au bruit que nous faisions dans la mesure où nous nous pensions seuls.
- Vraiment, je suis désolé. Anna m'avait dit que tu ne serais pas là.
- Ne t'en fais pas, j'ai perdu le fil et l'envie d'écouter aux portes à la fin de votre quatrième ébat enflammé !
- Quatrième...
Je m'interromps lorsque je remarque qu'elle tente de cacher son sourire derrière sa tasse de café. Ses yeux pétillent de malice.
- Tu mens ! je comprends dans un soulagement.
Elle tente de garder son sérieux, mais éclate de rire au bout de deux secondes.
- C'est exact, et très mal en plus, comme d'hab ! Vu que tu ne me connais pas, j'espérais te faire marcher encore cinq bonnes minutes avant que tu ne t'en rendes compte ! Pour être honnête, j'ai dormi comme une souche jusqu'à ce matin, je vous ai à peine entendus rentrer.
- Ce n’était pas cool ! je lui fais remarquer bien qu'au fond, elle m'amuse beaucoup.
- Non, mais marrant quand même ! Qu'est ce qui m'a trahie ? Le quatre ? Vous vous êtes arrêtés après trois ébats ? J'ai toujours tendance à être trop optimiste à propos de l'endurance masculine sauf bien sûr concernant les détenteurs de viagra parce que là je crois que...
- Je n'ai pas couché avec Anna cette nuit, je lui explique calmement en mettant fin à son monologue.
Elle plisse les yeux sous l'effet de la surprise et me considère en silence un moment, cherchant sans doute à déterminer si je suis à mon tour en train de lui mentir. Mon sérieux répond pour moi.
- Oh...
Si je doutais jusqu'à présent de voir cette fille perdre un peu de son assurance, c'est désormais chose faite ! Elle rougit légèrement et baisse les yeux sur son bol, toute mignonne de confusion. Je ne résiste pas à l'idée d'en rajouter un peu.
- Et bien, je déclare en croisant les bras avec un air satisfait, qui juge sans savoir, maintenant ?
Elle se tortille sur sa chaise, mal à l'aise.
- Oui... désolée.
Si elle espère s'en tirer avec ça !
- Non mais tu déconnes, là ? « Désolée ?! », tu n'as rien de mieux à me dire ? Mes excuses étaient sincères, justifiées et particulièrement pertinentes. Les tiennes sont nulles ! Je n’ai même pas le droit à une phrase complète : sujet, verbe, complément !
Je tends le bras et m'empare de son bol.
- Hé ! Elle proteste en essayant de le reprendre alors que je l'éloigne davantage d'elle.
- Vu l'aisance que tu as à partager ton point de vue, et j'en sais quelque chose, tu peux clairement faire mieux ! Je t'écoute.
Elle lève les yeux au ciel mais, à son sourire, je vois bien qu'elle accepte de jouer le jeu. Je ne crois pas avoir déjà un jour autant apprécié un petit dej' ! Sa timidité semble s'être envolée face à la perspective d'un défi. Elle s'éclaircit la voix et se redresse, bien droite. Ça promet d'être instructif !
- Très cher Alex, commence-t-elle d'une voix douce, je te prie de me pardonner pour l'impertinence de mes propos ainsi que pour la rapidité avec laquelle j'ai supposé que tu avais couché avec ma meilleure amie hier soir et ici même. Et quand j'entends ici, je veux dire ici, dans l'appartement et non pas ici sur cette table parce que, soit dit en passant, je mange trois fois par jour dessus et, si vous en veniez un jour à souiller ce lieu sacré, j'aurais du mal à me concentrer sur mes céréales la prochaine fois ! Considère ça comme une demande officielle, jamais dans la cuisine ! Cela étant dit, je suis désolée et, te concernant, je te promets de faire preuve d'un meilleur jugement à l'avenir. Puis-je récupérer mon bol maintenant ? Je dépéris sans ma nourriture...
Elle tend son bras le long de la table en attendant ma réponse avec une petite mine boudeuse. Cette fille est hilarante ! Je fais semblant de réfléchir en haussant les épaules.
- Je n’en sais rien ! Mine de rien, j'ai un peu perdu le fil, tu vois ! C'était sans aucun doute les excuses les plus longues et mal construites que je n’ai jamais entendues !
- Il y a deux minutes, tu critiquais mon manque de compléments ! se plaint-elle en se redressant vivement.
- Peut-être mais là, il y en avait un peu trop !
Je lève la main alors qu'elle ouvre la bouche pour répliquer et poursuis :
- Malgré tout, j'apprécie l'effort et le message est passé : rien d'indécent dans cette cuisine !
Je rigole en lui tendant son bol qu'elle reprend avec un sourire.
- Pour info, inutile de t'auto flageller, je ne suis pas un saint même si je ne couche pas non plus avec la première venue. Tu dois le savoir, Anna partage mon cours de littérature avancée. On se connaît depuis plus d'un mois.
- Je ne supposais rien.
- Tu es sûre ?
Son regard ne me quitte pas tandis que j'attends sa réponse. Elle prend son temps pour mâcher ce qu'elle a dans la bouche, semblant réfléchir à ce que je viens de dire et pendant une seconde ses lèvres attirent mon regard. Me reprenant aussitôt, je relève les yeux et la vois pointer sa cuillère dans ma direction.
- Gentleman, donc ?
- Je peux l'être.
- Tu t'adaptes aux attentes des demoiselles ?
- Je ne suis pas si malléable, non. Tout dépend d'elles, de moi, de nous.
- Anna t'aime bien.
Je sens derrière cette remarque une sorte de test, malgré la nonchalance avec laquelle elle l'a dite.
- C'est réciproque.
Elle hoche la tête, comme rassurée par ma réponse et continue à manger en silence. Moi, je me surprends à envier ses amis parce qu'en dépit du fait que je ne sais absolument rien d'elle, deux rencontres ont suffi pour me persuader qu'il s'agît de quelqu'un de très fidèle. La manière dont elle a pris soin de Tess prouve qu'elle a bon cœur et elle a beau se montrer douce et accueillante envers moi, elle n'hésiterait sans doute pas à me faire payer le moindre mal infligé à Anna avec toute la férocité dont elle semble capable. Penser à ma sœur me rappelle un détail qui m'a intrigué, hier.
- Pourquoi quatre ?
- Quatre ébats passionnés ? me demande-t-elle sans comprendre mon allusion.
- Mais non espèce d'obsédée ! Ton message à la fête disait de taper quatre fois. Pourquoi quatre ? T'as un problème avec le deux et le trois ?
Elle repousse son bol vide, s'accoude à la table et appuie son menton contre sa paume ouverte avant de me répondre.
- Instinctivement, les gens vont frapper trois fois maximum à une porte. J'avais décidé quatre, j'aime bien quatre.
- Tu m'aurais ouvert sans ça ?
- Aucune chance, non ! me répond-elle avec un grand sourire.
- Vraiment ?
- Alex, voyons ! On était deux filles sans défense, dont une complètement bourrée, enfermées dans la salle de bain d'une maison pleine de gens alcoolisés. Il est évident que si je n'allais pas laisser ta sœur seule, ça n'était pas non plus pour permettre à n'importe qui de rentrer ! Je ne tiens pas à me faire agresser ou violer !
Elle hausse les sourcils en me voyant sourire à sa remarque.
- Quoi ?
- Rien, je me disais seulement que je ne t'aurais pas classée dans la catégorie sans défense. Tu as du caractère, j'ai pu le constater hier !
- Le caractère ne sert à rien quand un mec de soixante-seize kilos tente d'abuser de toi !
- Soixante-seize kilos ? je répète.
Je ne sais pas d'où lui vient cette manie de citer des exemples si précis, mais je trouve ça mignon.
- Ouais ... en dessous, je pense que je pourrais encore m'en sortir !
Une nouvelle fois, j'éclate de rire et elle se cache le visage avec la main en secouant la tête, adorable de naturel.
On se fige tous les deux en entendant la porte d'entrée s'ouvrir. Moins de trente secondes plus tard, Anna entre dans la cuisine, deux sacs de viennoiseries à la main. Elle s'arrête au pas de la porte, visiblement surprise de nous trouver ensemble, attablés autour d'un petit déjeuner.
- Lena ?
- Salut !
Elle s'avance vers nous, dépose les sachets sur la table et m'embrasse rapidement sur les lèvres.
- Bonjour toi, me murmure-t-elle tout sourire, avant de se tourner vers Lena qui nous observe sans un mot.
- Tu as réussi à t'échapper de chez tes parents après le dîner ?
Je tends l'oreille sans m'en rendre compte, désireux moi aussi d'en savoir plus.
- En vérité, j'ai zappé le repas, répond son amie. Je ne me suis pas sentie bien avant de partir, alors j'ai décommandé.
Je fronce les sourcils en entendant son explication. Bizarre, elle m'a pourtant semblé en pleine forme quand on s'est croisé à la fête ! Anna s'installe à côté de moi en s'esclaffant.
- Ta mère devait être ravie !
Lena hausse les épaules tout en se levant pour rincer sa tasse et son verre dans l'évier.
- Maman, tu sais bien qu'elle s'inquiète plus qu'elle ne se fâche dans ces cas-là.
- Et Kim ?
- À ton avis ?
J'ignore qui est cette Kim mais même de dos, Lena semble plus tendue à son évocation. Pourtant, sa voix reste joyeuse quand elle reprend la parole.
- Elle aurait encore fait plus la tête si j'avais vomi pendant le dîner. De deux maux, il faut choisir le moindre, surtout avec elle !
Anna rigole, me regarde puis fronce soudainement les sourcils.
- Mince, j'espère qu'on ne t'a pas réveillée ? Surtout si tu étais malade ! Je n'ai pas vu ta voiture en rentrant.
Lena se retourne vers nous en s'appuyant contre l'évier. Elle me jette un petit coup d'œil amusé.
- Pas de soucis, je n'ai rien entendu, promis ! Je me suis couchée tôt, j'ai dormi quasiment d'un trait jusqu'à ce matin.
Elle n'évoque pas son passage à la soirée. J'ignore si cette omission est volontaire, mais le regard qu'elle me lance furtivement me fait clairement comprendre de ne rien dire. Elle secoue très légèrement la tête pendant qu'Anna se sert un croissant et j'acquiesce, sans trop savoir pourquoi je m'engage à la suivre dans cette voie.
- Tu manges des Krispies ? me demande Anna, m'arrachant à mes réflexions.
- Lena m'en a proposés. J'avais faim.
- Lena t'en a proposé ? répète-t-elle, en se tournant vers elle. Tu lui as proposé des Krispies ?
- Il était affamé, le pauvre ! Il fallait bien que je le nourrisse en attendant ton retour.
Je ne comprends rien à ce qui se passe. Elles se regardent en se souriant, mais aucune ne m'explique. Je repense à la manière dont Lena a partagé ses céréales avec moi, les gardant d'abord jalousement pour elle pour ensuite me les tendre gentiment une fois mes excuses présentées. Apparemment, ça se mérite des Krispies dans cet appart ! Je me sens soudain flatté et la regarde avec douceur. Je crois que j'aime vraiment bien cette fille !
Bien décidé à profiter de l'honneur qui m'est fait, je tends la main vers la boîte de céréales, mais elle se fait plus rapide que moi en les rangeant dans le placard à une vitesse hallucinante !
- Tu as autre chose à manger maintenant ! Ne gaspillons pas les réserves ! m'explique-t-elle devant mon air perplexe en me tendant le sachet de viennoiseries.
Je me rabats sur un croissant, faute de Krispies encore à disposition. Remarquant mon air penaud, Anna éclate de rire et vient s'asseoir sur mes genoux pour pouvoir nicher sa tête dans mon cou. Ses doigts caressent mes cheveux avec tendresse.
Je croise le regard de Lena en relevant les yeux. Elle m'adresse un petit signe de la main avant de quitter la pièce. Je suis déçu de la voir partir. Ce réveil avec elle était vraiment sympa. Si on m'avait dit ça hier soir... Je repense à la manière dont j'ai ressassé les évènements de la journée pendant des heures, même une fois Anna endormie à mes côtés. Je songe également à cette fille si triste dans le laboratoire. Ça me fait réaliser que si je me suis excusé auprès de Lena, je ne lui ai pourtant pas dit le principal. Je repousse doucement Anna en me levant rapidement.
- Je reviens, je vais chercher mon portable.
Lorsque j'arrive dans le couloir, Lena sort de sa chambre pour aller dans la salle de bain, des affaires à la main.
- Lena ? je chuchote au moment où je la rejoins.
Elle se retourne vers moi, surprise. Les mots sortent tout seuls, presque dans un murmure.
- Je suis vraiment content de t'avoir retrouvée !
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