The Clumsy Angel

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Livres
108 pages
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Description

Il est beau gosse et c’est un ange ; elle est charmante et a toujours été mal accompagnée.


Quand l’homme le plus étourdi que le ciel ait jamais porté se retrouve coincé sur Terre et croise le chemin d’une jeune femme charitable et de sa petite chienne...


Leurs destins respectifs vont s’en trouver chamboulés à tout jamais...



En bien ou en mal, à vous de le découvrir !

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EAN13 9782378161330
Langue Français

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The Clumsy Angel
[Rose J. Kalaka]
www.somethingelseeditions.com Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisatio n collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les événements sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou utilisés fictivement, et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, des établissements d’affaires, des événements ou des lieux ne serait que pure coïncidence. © 2019, Something Else Editions. Collection Something Dark © 2019, Rose J. Kalaka. Tous droits réservés. ISBN papier : 978-2-37816-132-3 ISBN numérique : 978-2-37816-133-0 Corrections : Natacha Lachambre Conception graphique de couverture : Caly Design
Playlist
Alvaro Soler -El Mismo Sol Arjun -Vaadi Black Veil Brides -Fallen Angels Despistaos - Fisicia O Quimica Ingrid Michaelson -Light Me Up Jason Derulo -Trumpets Johnny Clegg -Umfazi Omdala Lartiste -Catchu Catchu Love And Theft -Angel Eyes Six60 -Only To Be Walk The Moon -Timebomb
Prologue Vous devez vous demander comment j’ai bien pu finir dans cette galère ? En tout cas, moi je ne me pose pas la question. Je suis la risée des anges, là-haut, et ce d’aussi loin que je me souvienne. Notre père se prend souvent la tête dans les mains lorsqu’il réalise ce qu’il a engendré – moi. Je ne le fais pas volontairement – et il le sait bien – mais je le fais. Je suis ce qu’on appelle un empoté. Et ce matin, on m’a confié l’immense responsabilité de porter un message vers les enfers. Hadès me laisse facilement passer car je le fais rire. Je fais rire tout le monde… Vous parlez d’un avantage ! Le message s’accompagnait d’un petit paquet, dont je n’ai pas regardé le contenu. Mais en faisant attention à ne pas lâcher ce que je tenais, je n’ai pas regardé où je marchais et j’ai trébuché sur un cumulonimbus en pleine croissance. Oui, oui ! Vous avez bien entendu. Je me suis pris les pieds dans un nuage. Je me suis empêtré tout seul comme un grand et je suis tombé. Sauf que si vous tombez d’un nuage, vous dégringolez. Il n’y a rien pour se rattraper là-haut. C’est logique . Quel ange portant des ailes et normalement constitué aurait besoin de se raccrocher à quelque chose pour rester dans son domaine si ce n’est moi ? Seulement voilà : en chute libre je me suis retrouvé sur le dos, impossible d’ouvrir mes ailes du fait de la vitesse et de la matière laiteuse qui m’engluait. Peut-être ma punition a-t-elle commencé à ce moment-là ? Voilà votre réponse. Et ce qui explique pourquoi je me retrouve, en pleine nuit, vêtu seulement d’un pantalon en lin, au bord d’une plage, dans un endroit que je ne saurais nommer. Une nouvelle tuile pour moi. Il ne manquait plus que ça ! jour 1 Callie Je me ballade avec ma Beagle de deux ans, Joy, sur la promenade qui longe la plage. C’est un des rituels que nous aimons profondément toutes les deu x et que je m’efforce de préserver. Plusieurs fois par semaine, le soir après le dîner, je prends ma voiture et conduis jusqu’aux Sables d’or pour une promenade rafraîchissante. Mais ce soir, la pluie commence à tomber et je suis en train de me dire que je ferais mieux de rentrer, lorsqu’une forme étrange et sombre tombe du ciel à une centaine de mètres devant nous. Mais qu’est-ce que… Joy réussit à m’échapper et s’enfuit en direction de ce qui vient de s’écraser sur le sable humide. Elle est rapide. Je mets plus de temps à rejoindre les marches, à les descendre, puis à courir dans le sable avec mes chaussures à talons – petits, les talons, mais talons tout de même ! –– Joy ! Joy ! Sale petite traîtresse ! Reviens ici veux-tu ! m’époumoné-je en vain. La boule de poils – aussi entêtée que sa maîtresse, c’est-à-dire moi – ne m’écoute pas, bien entendu. Je la rejoins tant bien que mal. Mes cheveux sont en désordre, ma respiration en vrac, et je sens le vent s’infiltrer dans mon blouson que j’avais mal fermé. La pluie tombe de plus en plus dru et je crois un instant que c’est à cause de cela que j’imagine des trucs improbables. Comment expliquer, sinon, ce que je vois ? Ma chienne, elle, ne semble pas le moins du monde étonnée et se laisse allègrement caresser par l’hom me qui se tient à genoux près d’elle. Enfin l’homme... Je dois secouer la tête, car un instant, j’ai bien cru que le beau spécimen de la gent masculine qui se tient à quelques pas de moi avec, pour tout vêtement, un pantalon trempé par la pluie, possédait des ailes... J’essuie l’eau qui commence à ruisseler sur mon visage et me rapproche lentement, en appelant encore une fois ma chienne. –– Joy ! Laisse le monsieur tranquille ! Il faut rentrer, ma fille.
Elle revient vers moi après avoir léché la main de l’homme et s’être frottée à sa jambe. –– Vous ne devriez pas rester ici non plus, dis-je en m’adressant au beau ténébreux qui se redresse à présent. –– Merci. Mais je suis un peu perdu. Je ne sais pas où aller. –– Vous n’êtes pas d’ici ? lui demandé-je sans vraiment avoir envie d’entendre la réponse. Je veux juste aller me mettre à l’abri. Je commence à avoir un peu froid. L’étranger lève la tête et regarde en direction des étoiles – bien que cachées par les nuages de plus en plus nombreux – tout en me répondant : –– Non. Je viens de très loin, et je ne sais pas où je suis. Mais qui part en vacances loin de chez lui sans préparer quoi que ce soit ? Il ne sait même pas le nom de la ville dans laquelle il se trouve ! –– Quel est le nom de cet endroit ? reprend-il sans lâcher le ciel des yeux. Cela confirme bien ce que je viens de dire. –– Nous sommes à Anglet, à La Chambre d’Amour. L’une des nombreuses plages que compte le littoral. –– C’est sur quel continent ? Quel cont… C’est une mauvaise blague ? –– Nous sommes sur le continent européen. En France. (Comment peut-il se demander où il est, alors qu’il me répond en français et sans aucun accent.) Vous allez bien ? ne puis-je m’empêcher de m’enquérir. Il doit s’être échappé de la clinique psychiatrique la plus proche ! Je ne vois rien d’autre. Il ne sait pas où il est, il ne porte presque aucun vêtement, et je ne peux pas m’enlever de l’esprit que j’ai cru apercevoir des ailes dans son dos. Ne serait-ce pas plutôt moi qu’il faudrait enfermer, alors ? Joy s’est assise à côté de moi et jappe de contentement en remuant la queue. Ce n’est pas un chien de protection mais elle a toujours eu un bon instinct. Lorsqu’elle sent un danger, elle aboie et grogne pour me défendre. Elle fait tout le contraire en cet instant. Elle semble apprécier cet homme et je décide de faire confiance à son jugement et à la petite voix dans mon cœur qui me dit que je ne crains rien de lui. –– Voulez-vous passer la nuit chez moi, le temps de vous organiser ? m’entends-je lui proposer. Je mets ma main sur ma bouche pour me faire taire mais il est trop tard, les mots sont déjà sortis. L’inconnu se tourne vers moi et son regard me fige. Je suis incapable de bouger ne serait-ce que le petit doigt. Un mélange d’étonnement, de peur et de fascination s’est emparé de moi. Je ne suis pas faite de bois et je ne peux rester de marbre sous l e regard gris perçant et constellé d’étoiles de cet homme mystérieux qui me fixe. *** Gabin Je ne fais pas partie de ces archanges qui sont sou vent envoyés sur Terre pour des missions, des expériences ou même pour vivre un peu la vie des hu mains en récompense de leurs bons et loyaux services. J’espionnais les hommes de temps en temps et me repaissais des histoires de mes frères, certes, mais rien de plus. Je sais donc ce qu’est u n chien et j’ai déjà vu de belles femmes, mais le duo qui se tient devant moi est assez unique. Que ce soit l’animal ou la maîtresse, ils sont tous les deux magnifiques et ils n’ont pas peur de moi. Je me doute bien que mon apparition paraît étr ange. J’ai réussi à cacher mes ailes dès mon atterrissage et j’ai évité la mer de justesse, mais je n’ai pas pu faire mieux. Je dois avoir l’air d’un fou. Je n’avais même pas réalisé que je m’étais mis à parler français naturellement. Un de mes instincts d’ange. J’observe la jeune femme qui vient de m’inviter chez elle. Elle tremble. La pluie froide qui nous tombe dessus de plus en plus fort doit y être pour beaucoup, mais je pense que la peur y a aussi son rôle. Elle se rend compte de ce qu’elle vient de me proposer et elle regrette, c’est certain. Je m’attends
à ce qu’elle change d’avis dans la seconde. Alors, avant que cela n’arrive, je vais me montrer égoïste, au moins pour ce soir, et accepter son offre. Je me ferai tout petit et demain matin je chercherai comment repartir là-haut. Mais cela ne va pas être si simple. Je viens en effet de recevoir par télépathie un petit message de mon père. Cette fois, ma maladresse est loin de le faire rire. Il est en colère contre moi. Non seulement je n’ai pas accompli ma tâche, mais en plus, mon manque d’attention m’a conduit dans un beau pétrin. « Tu vas rester un peu en bas, Gabin. Toi qui en rêvais… M ais ne te repose pas sur tes lauriers, ce ne sont pas des vacances. Si tu n’as pas accompl i une bonne action pour te rattraper d’ici douze jours, je te couperai les ailes et tu perdras tout. Tu devras rester parmi les hommes, je t’enlèverai tes pouvoirs, et tu n’auras aucune poss ibilité de retour. Plus jamais. N’oublie pas. Douze jours. Et aujourd’hui en est le premier. »Entends-je. Je ne peux pas lui répondre de la même façon, mais j’ai envoyé vers les cieux un regard que je voulais le plus explicite possible. Être qui je suis n’est-il pas déjà une punition assez grande en soit ? Il faut en plus qu’il en rajoute une couche ! Je réfléchirai à tout cela demain. Il faut que je me mette à l’abri, pour l’instant… –– Je veux bien, oui, réponds-je avec la voix la plus douce possible à la jeune femme. Je me doute bien que vous n’invitez pas tous les inconnus à venir chez vous et je vous remercie de me prendre en pitié. (Car il ne peut s’agir que de cela.) Je saur ai me faire tout petit et vous ne vous rendrez pas compte de ma présence. Ce n’est que temporaire. Je m’appelle Gabin ! ajouté-je en lui tendant la main. –– Callie. Et vous avez fait la connaissance de Joy. Je suis en voiture. Allons-y, m’offre-t-elle après un moment d’hésitation. Je la suis sans me faire prier, après un dernier regard pour le ciel et ma demeure. Le trajet jusqu’à l’appartement de Callie se fait assez rapidement, mais dans un silence à couper au couteau. Elle doit regretter son geste. Pour ma par t, je suis trop concentré sur la route, sur les sensations que le vrombissement du moteur et les nids-de-poule provoquent en moi, pour penser à ce que je pourrais lui dire. La conductrice est prudente, mais c’est une expérience nouvelle et assez unique pour moi. Mes trajets se déroulent habituellement à pied ou en vol, et je suis toujours dans le contrôle. Je prends sur moi, me disant que si mon séjour ici se prolonge, je vais me retrouver souvent obligé d’utiliser ce moyen de transport. Elle habite dans un quartier calme et il me semble que nous n’avons pas changé de ville. Elle se gare dans le sous-sol de son immeuble, puis me demande de la suivre. À peine a-t’elle refermé la porte d’entrée donnant sur son salon qu’elle se précipite dans sa chambre pour en ressortir avec quelques affaires. –– Vous devez être frigorifié. Allez prendre une do uche. Il me reste quelques habits que mon ex-petit ami a oubliés, vous pourrez vous changer. Mais faites vite, s’il vous plaît ! Je hoche la tête et m’exécute. La pièce est jolie : blanche, simple, avec quelques touches de rose qui prouvent que c’est bien une femme qui habite ici. Je reste un petit moment dubitatif devant la cabine de douche. Je n’ai jamais utilisé ce genre de chose là-haut. Il va falloir que je trouve tout seul comment la faire fonctionner. Je retire mon pantalon, puis ouvre la porte en plas tique de la cabine avant de m’engouffrer à l’intérieur. Je me saisis du pommeau de douche, vise le mur et allume le jet. Je teste pendant un moment la puissance et la température de l’eau. Je dois reconnaître que c’est agréable de se réchauffer après être resté sous la pluie. Je ferme un moment les yeux et profite de l’instant. Lorsque je les rouvre, je me rends compte qu’il y a de nombreux flacons posés devant moi. Ah oui ! Du savon. Je dois en utiliser, je crois. J’ai déjà entendu parler de cela et vu quelques humains s’en servir. Je me rappelle d’une fois où une fontaine avait été remplie de mousse. Lequel dois-je prendre ? Il y en a tellement que je suis perdu. Elle utilise vraiment tout ça, Callie ? Je me saisis d’un flacon et ouvre le capuchon. C’est visqueux mais assez liquide et coloré, aussi. Et pouah ! Ça sent fort ! Mais je serais bien incapable de choisir lequel serait le plus adapté pour moi.
Je m’autorise donc à tricher pour la première fois depuis que j’ai atterri sur terre. D’un claquement de doigts, je demande au récipient approprié de s’o uvrir. Je l’attrape et vérifie le nom du produit : Savon doux, douche et bain, 0%.L’odeur est douce et peu entêtante. Cela fera l’affaire. Je me frotte et fais mousser le produit avant de me rincer. Je dois être un peu trop long car Callie frappe à la porte. –– Je voudrais profiter de l’eau chaude aussi, s’il vous plaît ! Mince… Je n’avais pas réalisé que le temps passait si vite. Je coupe l’eau, sors de la douche, me sèche en toute hâte et m’habille. Les vêtements qu’elle m’a fournis sont un peu grands mais je suis à l’aise dedans et ils me conviendront pour le moment. Je sors de la pièce et tombe sur mon hôte qui fait le pied de grue devant la porte, les bras croisés sur la poitrine. Callie est vraiment belle, même avec son petit air outré. Je comprends mieux pourquoi mes frères se battent pour avoir des missions parmi les humains. Il y a certains avantages à être sur Terre, certains plaisirs qui ne nous sont pas accessibles au paradis. Une certaine liberté apportée par le fait d’être seul ici. Je me contenterai de garder en souvenir l’image de cette belle jeune femme qui m’aura rendu service. Je vais avoir assez à faire pour être réhabilité au paradis, je ne pense pas avoir le temps pour des expériences superflues. Je la contourne et pars m’asseoir sur le canapé. –– Je vous ai préparé du thé. Le sucre est à côté. Ne connaissant pas vos goûts, j’ai choisi mon préféré, me lance-t-elle avant de s’engouffrer dans la salle de bains à son tour. Il ne se passe pas plus de trois secondes avant que je ne l’entende hurler : — Ah !!! Mais qu’est-ce qui s’est passé ici ? Je suis peut-être un ange un peu raté, mais j’en reste un tout de même, et notre côté protecteur est un peu notre marque de fabrique, alors je me précipite pour secourir la jeune femme. Le regard noir qu’elle me lance en dit long sur la personne contre laquelle elle veut être protégée, mais signale aussi qu’elle va pouvoir s’en sortir seule. –– Mais qu’avez-vous fait ? me demande-t-elle. Je prends conscience que j’ai un peu trop abusé du produit lavant. Non seulement j’ai vidé tout le flacon, mais en plus, j’ai – semblerait-il – laissé la pièce en grand désordre. — Non ! Ne me répondez pas ! Et sortez, s’il vous plaît ! Je vais nettoyer. Mais faites-moi plaisir, demain matin, vous trouvez une solution et vous quittez mon appartement ! Ne voulant pas la contrarier davantage, je m’exécute et retourne dans le salon où je me saisis de la tasse qu’elle m’a gentiment préparée. Je vais me fa ire discret. Elle me prépare le thé et moi je transforme sa salle de bain en piscine ! La chaleur du récipient est bienvenue et agréable. Je porte à mes lèvres le mug pour découvrir ce qu’il contient. Car non, je n’ai jamais bu un tel breuvage. L’enthousiasme me fait aller un peu vite et je me brûle le bout des lèvres. Le liquide est bouillant, âpre et fort en goût. Callie ne m’avait-elle pas parlé de sucre ? Il est bien censé adoucir les mets ? J’en rajoute donc un peu, ainsi que de l’eau froide du robinet. Je renouvelle l’expérience avec un peu plus de retenue, et cette fois-ci j’y prends beaucoup de plaisir. Je laisse ce fameux thé couler lentement dans ma gorge et toutes ses saveurs titillent mes papilles. J’aime beaucoup. Il me réchauffe de l’intérieur et de l’extérieur et son bon goût me met de bonne humeur. J’en oublie pendant quelques instants la galère dans laquelle je suis. *** Callie Mais qu’est-ce qui m’a pris ? Je regrette un peu pl us ma décision et mon élan de générosité à chaque minute qui passe. Cet homme est vraiment étrange. Mais qui peut se retrouver en pleine nuit, sous la pluie, seulement vêtu d’un pantalon ? Qui peut paraître apeuré de monter dans une voiture ? Qui peut transformer la douche en machine à bulles sans réaliser ce qu’il vient de faire ? Cet homme me semble vraiment louche. Pourtant, mon instinct de protection ne s’est pas mis en branle, ni celui de Joy. Il y a quelque chose
qui me touche chez lui. Un je-ne-sais-quoi de naïf et d’ingénu qui m’interdit de le mettre dehors à coups de pied comme je rêve de le faire. Je vais laisser la nuit nous porter conseil à tous les deux, mais demain… Demain je lui parle et il devra me rendre des comptes. L’eau qui coule sur ma peau me fait un bien fou et m’apaise. J’ai fait entrer un inconnu chez moi, je dois assumer – et prier pour que ce ne soit pas un serial killer. Je me prépare pour la nuit tout en réfléchissant à ce que je vais bien pouvoir lui proposer pour le repas. Lorsque je retourne dans le salon, bien réchauffée et calmée, je retrouve ma chienne qui se prélasse sur le dos, au pied du canapé, réclamant des caresses à mon invité. Quelle dévergondée ! –– Joy ! Tu as assez profité pour la soirée. Va te coucher ! lui ordonné-je d’un ton ferme en lui désignant son panier. Ma chienne, mais aussi Gabin, me lancent un regard triste, avec la même petite moue. –– Non ! Vous ne m’aurez pas tous les deux ! Elle en a eu assez pour aujourd’hui. Il ne faut pas trop la gâter. Et il est temps pour nous de manger. Je pensais commander une pizza. Cela vous convient-il ? Il me regarde d’un air dubitatif, avant de me sourire et de me répondre : — Oui, pourquoi pas ? Peut-on en commander plusieurs pour que je puisse tester différents goûts ? Plus la soirée avance, plus cet homme me désarçonne. Est-il tombé du ciel, pour paraître aussi étonné par chaque chose que je lui propose ? Peut-ê tre s’est-il échappé d’une secte ? Cela expliquerait bon nombre de ses réactions mais ne me rassure pas du tout. Plus ça va, et plus mes suppositions à son égard me font peur. Et si je prenais mes jambes à mon cou pour m’enfuir ? M ais tu es chez toi ! Tu ne vas pas battre en retra ite ! Tiens jusqu’à demain et pose-lui la question. Je lui montre le dépliant de la pizzeria à laquelle j’ai l’habitude de passer commande. Il l’étudie avec le plus grand soin, comme s’il s’agissait de la huitième merveille du monde. Parfois il fronce le nez, parfois il se passe la langue sur les lèvres. Au bout d’un moment qui me paraît interminable, il se décide enfin, à mon grand désarroi. –– Quatre fromages, tartiflette, saumon fumé et landaise. –– Rien que ça ! Mais il y en aura pour tout un régiment ! –– Prenez-en des petites et nous les finirons demain. Devant mon air désespéré et mon soupir, il rajoute : — S’il vous plaît ? Il arbore une nouvelle fois la petite moue qu’il semble avoir emprunté à ma chienne. Comment ne pas craquer ? –– Très bien. Mais vous en mangerez jusqu’à ce qu’i l n’en reste plus une miette, vous êtes prévenu ! Il me prend de court en me serrant fort dans ses bras. –– Si vous saviez combien cela me touche que quelqu ’un prenne en compte mon avis. C’est assez rare d’où je viens. Son humeur passe d’espiègle à triste en un temps record et mon cœur se serre un peu. Je repousse cette sensation. Je ne le connais que depuis une heure ou deux, je ne sais rien de de cet homme, je ne peux pas m’enticher de lui. Non, non, non ! Pour me focaliser sur autre chose, je récupère le dépliant et passe l’appel afin de commander notre repas. Une fois cela fait, je nous sers une bière e t l’invite à s’installer devant la télévision pour patienter. À cette heure-ci, il n’y a pas grand-chose, si ce n’est les informations. Mon invité semble s’y intéresser fortement, alors je le laisse regarder en me concentrant sur mon téléphone. J’envoie un message à ma meilleure amie Lucie, pour lui raconter mes péripéties. Je me rends compte, en regardant mon écran, que mon ex est revenu à la charge. Mais quand va-t-il comprendre qu’il n’y a plus rien entre lui et moi ? J’ai réalisé que je ne l’aimais pas comme je devrais aimer l’homme de ma vie, et en plus il m’a allègrement trompée. Combo gagnant !