The shadow of my dream

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242 pages
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Romance contemporaine - un soupçon de fantastique - 431 pages


Lucy, rongée par une maladie grave, se laisse lentement dériver vers cette terrible fatalité, vers cette noirceur qui l’enveloppe peu à peu.


Lorsque Andrew, captivant et mystérieux, surgit dans sa vie, la jeune femme reconnaît en lui le visiteur de ses rêves. Elle se met alors en tête de percer le sombre secret que cache cet homme espiègle, parfois effrayant... et pour la toute première fois, Lucy tombe amoureuse.


Mais qui est réellement Andrew, et en quoi peut-il l’aider dans ces douloureux instants ?

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EAN13 9791096384587
Langue Français

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The shadow of my dream THE SHADOW OF MY DREAM Cya heaven
THE SHADOW OF MY DREAM Cya heaven M entions légales Éditions Élixyria http://www.editionselixyria.com https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/ ISBN : 979-10-96384-58-7 Corrections : Nord Correction Photo de couverture : OIScher / Shutterstock.com
Remerciements Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur ; elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries.— Marcel Proust Avant tout, j’aimerais particulièrement remercier mes éditeurs : Laetitia et Didier, vous êtes des amours ! Merci pour votre disponibilité et votre patience face à mes petits caprices ou mes doutes. Également, une personne avec qui j’ai vraiment adoré travailler : Céline, ma correctrice ! Merci pour la rigueur et l’implication dont tu as fait preuve. Je garde vraiment un très bon souvenir de notre collaboration. Le point final de ce roman doit son existence à un milliard de facteurs qui m’ont permis d’achever cette histoire. Pourtant, les carburants essentiels à la naissance de Lucy et Andrew sont sans conteste mes proches, qui m’ont voué une confiance et un amour sans faille durant ce travail d’écriture. Sans ce soutien indéfectible, tous ces mots mis bout à bout ne signifieraient rien : merci maman et papa, pour l’objectivité dont vous avez fait preuve lors des relectures de mes chapitres. Merci d’avoir eu le courage de me dire lorsque je n’étais pas forcément cohérente et de m’avoir conseillé lors de mes doutes profonds. Alysson, mon bébé… je te dois tellement dans l’ébauche de cette histoire. Tu as été ma reconstruction, mon accomplissement et je sais aujourd’hui de quoi je suis capable. Inévitablement, je tiens à remercier ceux qui ont inspiré des bribes de récits, donnant un peu plus d’authenticité à mon imagination. Enfin, merci à mes collègues de travail qui ne m’ont jamais montré qu’ils doutaient de mon projet. Si vous avez pensé à un moment que j’étais folle, jamais vous ne me l’avez fait ressentir ! Et pourtant, il me semble qu’un écrivain se doit d’être un brin fêlé pour inventer ses récits déjantés. Finalement, merci à tous ceux qui m’ont soutenu et à mes futurs lecteurs ! Vous êtes la principale motivation… et je sais que mes personnages seront bien à l’abri dans votre imagination.
Chapitre 1 — Hé, la marmotte ! Tu comptes rester au lit jusqu’à la fin des temps ? s’exclama Jonathan, mon meilleur ami. Je relevai la tête de mon écran, et ôtai mes lunettes pour lui signifier que je lui accordai mon attention.Running up that hillPlacebo donnait une ambiance nostalgique à ce de début de journée. — C’est précisément le but de la manœuvre, plaisantai-je sombrement, un sourire narquois sur les lèvres. Le sien s’effaça immédiatement. — Arrête, ordonna-t-il sévèrement. On va sortir d’ici, aujourd’hui. Tonsanctuaire sera là à ton retour, je te rassure. Aller, zou ! Tu as dix minutes pour t’habiller. Pas une de plus. Sur ces derniers mots, il sortit de ma chambre d’hôpital pour me laisser de l’intimité. C’était comme ça chaque samedi depuis que j’avais été admise en unité de soins continus. J’étais autorisée à sortir uniquement pendant cette journée-là. Et pour cause, mon cancer avait pris le dessus, j’avais perdu la bataille et il n’y avait plus grand-chose à faire pour moi, à part attendre que ça se termine. « Phase terminale », disaient les spécialistes dans leur jargon médical. Je levai les yeux au ciel, agacée par tous ces termes médicaux qui avaient intégré mon cerveau en si peu de temps. J’en aurais presque fait une overdose si je n’étais pas déjà condamnée. Je m’activai pour m’habiller et me préparer, Jonathan était capable de rentrer dans la chambre lorsque les dix minutes seraient passées, que je sois à poil ou non. C’est ce que j’aimais chez lui. Que je sois malade ne changeait rien. Il restait le même vis-à-vis de moi. Je ne voulais pas être prise en pitié ou être considérée comme une future défunte. J’étais encore moi, Lucy Flynn, Californienne de vingt-six ans et auxiliaire de puériculture. Du moins, je venais d’obtenir mon concours avant que l’on me détecte cette tumeur maligne au cerveau. Malheureusement, c’était inopérable. J’avais été obligée de refuser que mes parents me rendent visite aussi souvent que mon meilleur ami. Ils s’apitoyaient trop sur mon sort et je ne le supportais guère. Dans leur regard, je pouvais voir cette lueur de tristesse constante qui me rappelait trop ce que j’étais en train de subir. De ce fait, je leur avais interdit de me rendre visite plus de deux fois par mois. Deux fois par mois, je pouvais le gérer, je pouvais tenir le choc et endurer leur regard de martyr. Ils avaient énormément protesté au début, disant que je ne pouvais pas leur faire ça, que c’était déjà assez dur de perdre leur fille unique, et ça m’avait fait du mal de les tenir à distance, mais c’était mieux ainsi. Aujourd’hui, ils commençaient à comprendre que leur attitude me tuerait plus vite que prévu. Jonathan, lui, était capable de donner le change, et même si j’étais certaine que cela devait lui coûter, je savais aussi qu’il était heureux que je ne le tienne pas éloigné de mon lit de mort. Une tignasse blonde apparut dans l’entrebâillement de la porte, je me recomposai une façade optimiste pour mon ami. Jonathan était un jeune homme grand et mince. Il était
baraqué, sans toutefois l’être trop. Il avait un visage pâle et harmonieux, un regard captivant. Son nez et sa bouche étaient dans le prolongement de ses yeux magnifiques. Tout comme ses traits fins, il avait des sourcils discrets et un front dégagé, sur lequel venaient squatter deux trois mèches blondes de temps à autre. Une légère barbe blond vénitien enveloppait sa mâchoire inférieure, soulignant la carrure de cette dernière. — Je suis prête ! m’exclamai-je, faussement enjouée. Cependant, Jonathan ne fut pas dupe et il me le confirma en haussant un sourcil réprobateur. — Tant mieux, parce qu’avec ce que j’ai prévu, j’ai besoin que tu sois motivée et que tu gardes l’esprit ouvert. La façade enjouée disparut aussitôt pour laisser place à une moue irritée qui le fit ricaner. — J’en étais sûr que tu faisais semblant. Allez, patate, ramène tes fesses ! On va s’amuser, tu vas voir. J’attrapai mon sac à main sans me soucier de rétorquer quoi que ce soit. Après tout, il était là pour moi et je lui en étais assez reconnaissante pour faire toutes les folies qu’il était capable de me demander. S’il y avait bien une personne qui était au courant que l’on a qu’une seule vie, c’était moi. — On va où exactement ? l’interrogeai-je. Je voulais lui montrer que j’étais tout de même réceptive aux moyens qu’il déployait pour me permettre de m’évader et de penser à autre chose que toute cette merde. — C’est une surprise, Lucy ! Ai-je besoin de te rappeler la définition de « surprise » ? me taquina-t-il. — Gna gna gna ! boudai-je en croisant les bras sur ma poitrine alors que nous venions de monter dans sa voiture. Il ricana une fois de plus et sifflota joyeusement, inébranlable et totalement insouciant face à mon air grognon dont il avait l’habitude, depuis huit ans. Jonathan et moi nous étions rencontrés en cours de sport au lycée, autour d’une table de ping-pong. Le prof d’EPS avait décidé de former lui-même les équipes pour que l’on fasse mieux connaissance avec nos camarades. Sur le moment, j’avais trouvé l’idée pathétique et j’avais été la première à me foutre de lui auprès de mon amie Océane. Je n’aurais jamais cru que Jo deviendrait celui dont je ne pouvais plus me passer aujourd’hui. Bien évidemment, j’étais plus que médiocre au tennis de table et il m’avait mis la misère, mais si j’étais incapable de renvoyer une balle à l’aide d’une raquette, Jonathan s’était vite rendu compte que je pouvais lui renvoyer la balle oralement en réponse à ses taquineries, aussi rapidement que lui smashait ses balles. — Tu es bien silencieuse, patate. À quoi penses-tu ? m’interrompit-il. — Oh, je repensais juste à la façon dont on s’était connus, toi et moi. J’étais en train de me demander comment j’avais fait pour te supporter pendant aussi longtemps, bluffai-je. — Ne joue pas à ça, Lucy. Tu sais très bien que tu mens très mal et que je lis en toi comme dans un livre. Je fronçai les sourcils, il avait raison. Chaque fois que quelque chose n’allait pas, il le devinait et j’étais bonne pour un interrogatoire jusqu’à ce que je décide de cracher le morceau. — Parce que tu sais lire, toi ? le provoquai-je, et un sourire espiègle apparut au coin de mes lèvres.
Il ne chercha même pas à répliquer, mais je savais ce que ça signifiait. Il allait se venger plus tard et j’allais certainement m’en mordre les doigts. Après vingt minutes de trajet, il se gara sur le parking d’un restaurant. J’étais sur le point de le questionner, mais il me devança. — Depuis quand n’as-tu pas mangé un repas digne de ce nom ? Je suis persuadé que la bouffe de l’hôpital te fait vraiment horreur maintenant. Je ne répondis pas. Son attention était charmante, mais j’y voyais quelque chose d’intime qui me mit mal à l’aise. Nous n’avions jamais été intimes avec Jo. Puis je vis l’enseigne du restaurant et pouffais. — J’ai pensé que c’était très approprié ! souligna-t-il en me regardant de biais. {1} En effet, le restaurant s’appelaitSpud. Mon malaise s’estompa et je compris qu’il avait encore trouvé là le moyen de me charrier. — C’est génial ! m’enthousiasmai-je. Tu savais qu’en France, il y a une chaîne de restaurants qui s’appelle La Pataterie ? Il haussa un sourcil curieux, tandis que nous rentrions dans la petite auberge d’où s’échappait une délicieuse odeur de pomme de terre au four. Nous nous étions affublés de ce sobriquet ridicule depuis notre deuxième cours de sport et n’avions plus été capables d’en changer. C’était notre délire et ce surnom étrange était devenu affectueux à nos yeux. — Tu veux qu’on aille en France ? Je suis capable de réserver un vol maintenant si c’est ce que tu veux. Un serveur nous accueillit et nous installa à une table dans un coin de la salle. De nouveau, je fus embarrassée. Jonathan avait l’air de vouloir réaliser le moindre de mes désirs, le moindre de mes caprices, quoi qu’il lui en coûte. Son empressement ne me rappelait que trop bien l’issue fatale de ce petit manège. Je sentis une boule se former dans ma gorge et priai pour qu’il ne remarque pas mon changement d’attitude soudain. J’étais troublée, et la dernière chose dont j’avais envie, c’était d’être contrainte de lui raconter la raison de ma gêne. Je cachai alors mon visage derrière la carte des plats, faisant mine d’être concentrée sur mon choix. — Je te conseille la pomme au four, raclette, saumon fumé, accompagnée de sa petite salade de saison. — Alors, adjugé ! m’exclamai-je, trop heureuse de changer de sujet. Jo commanda rapidement auprès du serveur et prit bien soin de ne pas prendre d’alcool, contre-indiqué avec le traitement que je suivais en ce moment. — Je t’ai pris un thé glacé, j’espère que ça te va. Je hochai la tête, faisant mine de m’intéresser au set de table en papier dans les mêmes tons que l’auberge. J’en tortillais un coin nerveusement, le déchirant presque. — Tu n’es pas très bavarde…, observa-t-il. J’ai dit quelque chose qui t’a blessée ? Si tu ne te sens pas bien, je peux te ramener, tu sais. Il s’inquiétait et j’en eus une bouffée de remords. J’étais incapable d’apprécier à sa juste valeur les activités que Jonathan organisait. J’esquissai un petit sourire rassurant et plongeai mon regard dans le sien pour paraître plus crédible. — Je suis un peu fatiguée, j’ai encore eu une insomnie, cette nuit. Mais je vais prendre mes vitamines pendant le repas, ça devrait aller mieux en début d’après-midi, affirmai-je. N’oublie pas que je suis une vieille croulante maintenant.
Ma tentative d’humour fonctionna et il se dérida. J’avais réussi à lui mentir. En général, je n’avais qu’à évoquer mon cancer pour qu’il hésite à remettre en cause ce que je disais. — T’as intérêt, patate. La journée est loin d’être finie, et j’ai prévu plein d’autres choses. Le repas fut excellent. Je n’avais rien mangé d’aussi bon depuis des mois et j’étais reconnaissante envers mon meilleur ami de me sortir de mon trou à rat. En début d’après-midi, il m’emmena à la fête foraine de Sacramento. Il faisait encore bon au mois de septembre en Californie et je supportai à peine mon petit gilet. L’après-midi fut tranquille, Jo m’initia au tir à la carabine, ce qui fut un carnage total. — Tu devrais te retrancher sur la pêche aux canards…, rigola-t-il bêtement alors que je le fusillai du regard. — Va au diable ! fulminai-je en partant. Il me rattrapa sans mal et tenta d’avoir l’air contrit : — Oh, patate ! Excuse-moi, tu sais que c’est plus fort que moi quand tu es aussi peu douée… Mon regard le dissuada de finir sa phrase. — C’est ta façon de t’excuser ? demandai-je. Il se contenta de me faire un clin d’œil et de hausser les épaules, en réponse à ma question, l’air de dire : « Hey, c’est ma façon de procéder ». Par moment, j’étais incapable de lui résister et ses clins d’œil en faisaient partie. Jonathan était un jeune homme plus que séduisant avec son regard bleu pétillant et sa tignasse blond doré en désordre. Pourtant, je n’avais jamais rien éprouvé de plus que de l’amitié pour lui. Et c’était d’ailleurs le cas pour tous les hommes que j’avais pu fréquenter. Jamais je n’avais réussi à nourrir de sentiment amoureux, à mon plus grand désarroi. Une de mes rares amies m’avait déjà suggéré que j’étais peut-être lesbienne, mais j’étais certaine que ce n’était pas le cas. Les femmes ne m’avaient jamais attirée. Un homme pouvait m’attirer et j’étais loin d’être frigide lorsqu’il s’agissait d’apprécier un beau spécimen. Voyant que je m’étais radoucie, il saisit sa chance et me fit face, les mains de chaque côté de mes épaules. — Aurais-tu envie d’un tour de grande roue ? suggéra-t-il et mes yeux s’illuminèrent comme ceux d’une petite fille. — Tu es déloyal et tu connais mes faiblesses ! Je suis bien contente de t’avoir comme ami et non comme ennemi. Cependant, sache que je suis toujours furieuse contre toi. — Nous allons attendre qu’il fasse nuit. Un tour de grande roue est plus grandiose lorsque tout est illuminé autour, annonça-t-il en ignorant ma dernière tirade. Nous allâmes nous asseoir sur une grande étendue d’herbe pour contempler le coucher du soleil. Lorsque ce fut l’heure, Jonathan alla nous acheter des hot-dog et nous papotâmes de tout et de rien comme nous avions toujours eu l’habitude de le faire. La musique foraine et folklorique nous berçait et, de temps à autre, nous pouvions observer des enfants disparaissant quasiment derrière la peluche géante qu’ils avaient gagnée, marchant à tâtons pour ne pas tomber. Une petite fille aux cheveux blond vénitien avait le visage barbouillé de sucre de barbe à papa et admirait son père jouer aux machines à sous, les yeux brillants. Nous ne pûmes nous empêcher de rire face à cette image attendrissante. — Comment se passe ton boulot ? demandai-je.
Jonathan était kinésithérapeute et il venait d’achever ses études pour commencer à travailler dans un cabinet renommé. — Plutôt bien, si l’on exclut la secrétaire qui passe ses journées à me lancer des œillades. Je crois qu’elle me drague, avoua-t-il en jaugeant ma réaction. — Ce ne serait pas étonnant, Jo. Tu es vraiment canon et tu dois bien être le seul à ne pas remarquer toutes ces femmes qui te reluquent à longueur de temps. Il eut l’air satisfait de ma réponse et se déplaça dans l’herbe pour se positionner derrière moi en tailleur. — Mademoiselle Flynn, vous allez avoir droit à votre massage hebdomadaire du samedi soir. Ses massages étaient prodigieux et mon dos se détendit en un temps record. Il commençait à faire frais avec la nuit qui tombait et je frissonnai lorsque Jonathan fit courir ses doigts le long de ma nuque. Je me relevai précipitamment, subitement mal à l’aise. Je n’aimais pas ressentir ce genre de sensation auprès de mon meilleur ami et je ne supportais pas que mon corps me trahisse. — On va se le faire, ce tour de grande roue ? demandai-je, impatiente. Mon meilleur ami m’attrapa par la main et me guida à travers la foule qui s’était amassée devant les stands forains. Il m’aida à fendre la cohue lorsque je n’arrivais pas à m’immiscer entre les gens et, bien vite, nous arrivâmes à la billetterie concernée. — Prête ? demanda-t-il avec un sourire de gamin. — Je suis excitée comme une puce ! rétorquai-je avec le même sourire de gamine. — Un vrai sourire ! se réjouit-il. Je suis content d’avoir enfin trouvé quelque chose qui ne te laisse pas indifférente. Une fois de plus, le remords me submergea. Je ne lui montrais pas assez à quel point je lui étais reconnaissante de s’occuper de moi avec autant de détermination. Il faisait preuve d’imagination et chaque samedi était différent. Le temps d’une journée, j’oubliais tout. — Merci d’être autant là pour moi, ma grosse patate ! soufflai-je, essayant d’insuffler toute la gratitude que je pouvais dans ma phrase. Je le pris alors dans mes bras, pendue à son cou, la tête posée sur son torse. Il se raidit de surprise avant de m’encercler de ses bras baraqués, nichant son nez dans mes cheveux. — C’est nouveau ça, chuchota-t-il étonné. Je relevai la tête pour croiser son regard ébahi et fiévreux. — Oui, avouai-je. J’ai décidé d’être plus affectueuse avec les gens que j’aime. Je haussai les épaules pour donner moins d’authenticité à mes paroles. Je ne voulais pas voir la lueur d’espoir dans ses yeux. Ce que j’avais dit était sincère, mais ça n’avait pas le même sens pour lui que pour moi. Nous montâmes dans une nacelle de la grande roue et nous installâmes confortablement, ma tête posée sur son torse. Jonathan remarqua que j’enroulais mes bras autour de moi pour me préserver du froid et il m’enlaça aussitôt pour partager un peu de sa chaleur. — À cet instant, je peux mourir tranquille ! dis-je. Ma tirade le fit sursauter et il grogna. Je sus que j’avais gâché ce moment. — C’est très égoïste ce que tu dis, patate. Tu ne te rends pas compte des cœurs que tu vas briser en partant, gronda-t-il. Tu n’es pas la seule à éprouver des sentiments.
— Je sais, avouai-je. Je suis désolée. Ensuite, nous ne dîmes plus rien, profitant de l’élévation de notre nacelle pour oublier les dernières minutes embarrassantes. Lorsque nous arrivâmes en haut de la grande roue, Jonathan resserra son étreinte autour de moi. L’air était plus frais en hauteur. Nous profitâmes de la vue nocturne sur la ville de Sacramento et des illuminations en contrebas. C’était magnifique et j’étais en bonne compagnie. — Tu vas me manquer atrocement, susurra-t-il près de mon oreille et il renifla faiblement. Je n’osai pas me retourner pour voir son expression tourmentée et ses yeux brillants. Mon cœur se tordit de douleur. Finalement, Jonathan me ramena à l’hôpital et je regagnai ma chambre, mon châtiment. Il attendit quelques minutes, hésitant. Je savais qu’il aurait aimé que je l’invite à rester encore un peu. Au lieu de cela, je le congédiai gentiment, ne voulant pas créer plus d’ambiguïté entre nous. Même si j’avais ressenti quelque chose de plus fort pour lui, je ne me serais jamais laissé aller. Je me serais fait violence. Que lui resterait-il lorsque je m’éteindrais ? Sa souffrance serait deux fois plus dure à supporter en tentant de faire le deuil de sa meilleure amie doublée de sa petite amie. — Merci encore pour cette journée. Tu as le don de me changer les idées comme il se doit. J’ignore ce que je serais devenue sans toi. Il me fit alors un signe de tête entendu, tourna les talons et quitta la chambre sans plus de cérémonie. Tout de suite après, je m’effondrai en larmes sur le sol en PVC moucheté. Je ne supportais pas de lui faire autant de mal. Je pouvais sentir à quel point il prenait sur lui. Lorsque mes jambes furent de nouveau aptes, je me relevai. Je me mis en pilote automatique et allais prendre ma douche. Je me brossai les cheveux et les dents sans y penser et me faufilai sous les draps pour m’endormir aussitôt, espérant que ma nuit serait moins courte que la précédente.