Traumatisme
149 pages
Français

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Description

Raven, vingt ans et étudiante en commerce, a tout pour être heureuse ; la jeunesse, la beauté, un appartement loin de ses parents et un bon niveau scolaire sans fournir d'effort.


Possédée par une rage dévorante contre le monde entier, la jeune femme se coupe des relations aux autres.


Ayant quelques antécédents de violence, elle suit une thérapie depuis deux ans, mais rien n'y fait lorsque la confiance est perdue...


La vie de Raven va se trouver un brin plus compliquée avec la rencontre de Tristan. Son nouveau voisin de palier et médiateur de groupe de parole ! Un homme qui tente tout pour la rendre folle et bouscule tout ce à quoi elle croyait jusqu’à présent.



Raven parviendra-t-elle à contenir la haine qui l'anime ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 12
EAN13 9782819106395
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

ANDRAROC
 
 
 
TRAUMATISME
 
 
Tu ne sais rien de moi – 1
 
 
 
 
« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »
 
 
© 2020 Les Editions Sharon Kena
www.skeditions.fr
Table des matières
Table des matières
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34 – 1/2
Chapitre 34 – 2/2
Chapitre 35 – 1/2
Chapitre 35 – 2/2
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46 – 1/2
Chapitre 46 – 2/2
Chapitre 47
Chapitre 48
Chapitre 49
Chapitre 50
Chapitre 51
Chapitre 52
Chapitre 53
Chapitre 54
Chapitre 55
Chapitre 56
Chapitre 57
Chapitre 58
Chapitre 59
Chapitre 60
Chapitre 61
Chapitre 62
Chapitre 63
Chapitre 64
Chapitre 65
Chapitre 66
Remerciements
Chapitre 1
Lundi
 
Il est dix-sept heures trente lorsque la sonnerie annonce la fin du cours de marketing. Raven Carpenter est assise à sa table, dissimulée derrière l’écran de son ordinateur portable, un air blasé sur le visage et patientant le temps que les autres élèves évacuent la salle. Elle a horreur de se mélanger au brouhaha général et encore plus de devoir frôler ses camarades, le moindre contact humain la révulse et déclenche des envies de nausées.
La jeune femme les regarde avec mépris se ruer et se bousculer pour sortir. Elle ne peut s’empêcher de trouver leurs comportements pathétiques et puérils pour des gosses de bourgeois étudiant dans une école supérieure et privée des États-Unis.
Tout dans cette institution respire l’argent, tant par la grandeur de ces salles et amphithéâtres que par l’impressionnante architecture de l’édifice en pierre. Les couloirs et les escaliers sont en marbre et d’autres nobles matériaux sont disséminés dans l’ensemble des lieux. Tout ceci lui donnant un arrière-goût ridicule de richesse distribuée à mauvais escient, gaspillée pour flatter l’ego des familles américaines.
Enfin éloignée de la troupe d’universitaires, l’étudiante descend les marches jusqu’à la grande allée où se trouve son casier. Une fois devant la porte métallique, Raven se fige. Trois filles l’observent à quelques mètres, parlant à voix basse et riant d’un air dédaigneux. Ces attitudes irrespectueuses ont le don de mettre l’étudiante en rogne. D’autant plus, de la part de « dindes superficielles » qui n’ont pas le courage de venir lui dire en face ce qu’elles pensent. La jeune femme s’amusait à les dénommer ainsi dans son esprit depuis le début de l’année.
Raven les toise de ses grands yeux verts et porte un coup avec le plat de sa main contre le métal du casier pour attirer leur attention :
— Vous avez un problème ? Une question à me poser peut-être ? Ou alors, vous souhaitez partager ce qui vous fait tant rire !
Agacée devant leur silence, Raven ne peut s’empêcher de frapper une seconde fois le mobilier, faisant sursauter les jeunes femmes malgré elles. L’étudiante tape nerveusement ses rangers contre le sol, puis s’avance dans leur direction. Restant sans voix, ses adversaires sont subitement mal à l’aise du répondant de cette fille, leurs yeux s’écarquillent et leurs visages deviennent rouges de honte. Elles lèvent les mains, reculant pour s’éloigner et mettre fin à la conversation.
Pourtant, les gens d’ici ne sont pas au courant de son passé. Raven suscite les interrogations et les moqueries de ses camarades parce qu’elle est toujours seule et que personne ne peut comprendre ni tolérer ça. Si vous vous isolez des autres, c’est que vous êtes forcément bizarre ou un paria. Mais ce sont eux, le problème, elle ne demande jamais rien à personne ni ne leur adresse la moindre parole. Ils ne peuvent pas se contenter de l’ignorer. Face à leurs regards bourrés de jugements ou leurs railleries, elle perd immédiatement son sang-froid.
Elle examine sa montre, il lui reste quinze minutes pour être à l’heure à son rendez-vous. Elle ne peut s’empêcher de faire une grimace avant de se hâter vers le parking. Ses longs cheveux couleur ébène dansent sous le rythme de ses pas pressés.
Trois fois par semaine, elle assiste à un groupe de parole pour l’aider à se contenir et gérer sa colère. Pour être honnête, Raven n’a pas constaté la moindre amélioration depuis deux ans qu’elle suit cette thérapie. À vrai dire, elle ne fournit aucun effort pour progresser, refusant catégoriquement de se lier à qui que ce soit. Si elle continue de s’y rendre régulièrement, c’est pour éviter le joug de ses parents. C’est la contrepartie pour qu’ils lui foutent la paix et financent son indépendance, ils sont allés jusqu’à choisir cette école et sa filière. Même eux, dans le fond, sont satisfaits de la situation. Leur fille violente se trouve à des centaines de miles de leur domicile et de leurs fréquentations. Au moins, si elle recommence, ils seront éloignés du scandale. Ils n’ont jamais accepté ce qui s’est produit et n’ont surtout jamais cherché à croire ou comprendre la véritable raison.
L’étudiante franchit les portes de l’établissement privé et sent sa colère monter d’un cran supplémentaire. Un mec d’une vingtaine d’années est appuyé contre la carrosserie de sa voiture, en train de faire le beau et de parler avec ses congénères.
Elle s’approche et se mord la lèvre pour se retenir d’exploser, mais le malheureux ose lui lancer un regard noir. Sans le savoir, il vient de déclencher les hostilités.
— Si tu as besoin de t’asseoir, marche trois cents mètres et utilise les bancs publics ! s’énerve Raven.
La troupe autour de lui se met à rire, alors qu’il tente de se défendre maladroitement :
— OK, désolé, ma belle. Il n’y a pas mort d’homme, je n’ai pas rayé ta voiture, détends-toi ! On peut peut-être reprendre de zéro. Je m’appelle Jack et voici mes amis.
Raven sent ses joues rougir et ses mains trembler, elle n’a aucune envie de faire connaissance avec eux :
— Premier point, je ne suis pas ta belle. Et maintenant, dégage tes fesses de ma caisse, Jack ! C’est clair ou il faut que je t’écrase pour que tu comprennes ?
L’étudiant ouvre la bouche de surprise et d’indignation face à sa réaction. Puis, tandis qu’elle monte à l’intérieur, elle l’entend la traiter de barge avec son groupe d’amis et se moquer.
La jeune femme démarre en trombe, l’homme qu’elle vient de rabrouer a tout juste le temps de s’éloigner avant qu’elle passe la marche arrière comme une forcenée.
Raven peste au volant, elle va être en retard et devra sûrement prendre la parole pour la peine. Tout ça, à cause d’une bande d’abrutis.
 
*****
 
La route défile sous ses yeux, sa gorge se resserre et elle s’en veut. Et merde, elle a encore éclaté une fois en public, étant tout bonnement incapable de maîtriser ses émotions. Ses larmes montent malgré elle, ses mains tremblent et la déception étrangle sa poitrine.
Des années plus tôt, elle ne se serait jamais comportée ainsi. Avant que tout ça n’arrive, elle était une personne bien différente.
Raven essuie les traces humides le long de ses joues et vocifère, sa voix résonnant dans l’habitacle de la voiture :
— Journée de merde, qu’ils aillent tous se faire foutre !
Chapitre 2
Même jour
 
Tristan Deck est en train de scotcher les derniers cartons, lorsqu’il sent son téléphone vibrer à l’intérieur de sa poche. L’homme libère ses mains pour répondre :
— Salut, Jay. Comment vas-tu ?
— Bien, et toi ? Alors, prêt pour le grand départ ?
— Eh bien, il faut croire. Je viens de terminer l’emballage de mes affaires.
— Ce n’est pas étrange de quitter cette ville et de tout laisser derrière toi, les gars et ta famille ?
— Tu plaisantes, j’espère ! Il n’y a que toi que je laisse ici et on s’en remettra tous les deux. Tu sais très bien que j’ai délégué la direction à Teddy depuis mes ennuis, quasiment cinq ans maintenant, et les gars sont entre de bonnes mains. Cesse de t’inquiéter parce que je m’éloigne à quatre cents miles.
— Oui, mais, même si tu n’es plus le chef, tu n’es jamais parti d’ici. On savait que tu étais là, si nous avions besoin de tes conseils. Tu sais très bien que tu auras notre loyauté jusqu’à la fin et cela ne nous empêche pas de respecter Teddy. Même lui, d’ailleurs, te regrette à la tête du réseau.
— C’est un nouveau départ, vous n’avez pas besoin de moi. Seule ma mère me préoccupe, mais Lucie est là. D’ailleurs, ma petite sœur n’a plus envie de m’avoir sur le dos, je crois qu’elle est heureuse que je m’en aille.
La dernière remarque amuse son ami et il ajoute :
— En même temps, je la comprends, tu es trop protecteur avec elle. Tu prends la route quand au juste ? Parce que ça serait bien de profiter d’une dernière soirée ensemble et, crois-moi, rien de tel pour te détendre avant ton départ et ce nouveau boulot.
— Désolé, mon pote, ça ne va pas être possible, le camion arrive dans une heure.
— Tu aurais pu me prévenir que tu partais si vite. T’as intérêt à te rattraper quand tu reviendras !
— Promis, on fêtera ça plus tard et je n’oublie pas que je te dois un service pour m’avoir trouvé ce job.
— Ne t’inquiète pas pour ça, mon père est un ami de Wild, et celui-ci lui devait une faveur. C’est sûr que ce n’était pas gagné avec ton parcours atypique, mais il y a vu une force supplémentaire pour ce travail. Je pense qu’il t’en reparlera.
— Je me doutais que mon passé me collerait à la peau, mais je ferai mes preuves et ne le décevrai pas. J’espère qu’un jour tout ça sera derrière moi.
— Tristan, c’était sûr que tes antécédents judiciaires allaient te suivre. Maintenant que tu as une chance de tourner la page, ne gâche pas tout. Tu as toujours eu le don de te foutre dans la merde ! Occupe-toi seulement de ton travail et ne commence pas à fourrer ton nez partout.
L’homme reste silencieux puis acquiesce, Jay a raison. Tristan sait que les conseils avisés de son meilleur ami lui ont évité de nombreux problèmes par le passé. Et aujourd’hui, à trente ans, il veut se focaliser sur cette chance qui s’offre à lui et ne pas tout rater.
 
*****
 
Après plusieurs heures de route, Tristan se gare devant sa nouvelle résidence. Il a loué le premier appartement trouvé sur internet et il est loin de ce qu’il espérait en termes de haut standing, mais son prix est plutôt raisonnable. L’homme a toujours eu un intérêt pour le bon goût et le luxe, mais cette pensée lui évoque le mauvais souvenir de l’argent facile.
Il observe quelques secondes la bâtisse, sa façade rouge révèle un ancien bâtiment industriel, il souffle d’un air dépité avant de rejoindre le livreur. Il se persuade que l’essentiel est de ne pas dépenser toutes ses économies dans le loyer.
L’appartement a une surface très correcte, avec une cuisine moderne ouverte sur le séjour, une chambre et une salle de bains spacieuses. Il y a bien pire ! Et l’homme a connu beaucoup plus modeste durant sa détention. Désormais, le principal est son nouveau travail, parce que cela fait plusieurs mois qu’il essuie des refus. Le trentenaire prie mentalement pour que tout se passe sans encombre.
Il est plus de seize heures, lorsqu’il referme la porte derrière le déménageur. Il fixe quelques minutes les piles de cartons à défaire et le peu de courage qu’il détenait l’abandonne lâchement. Ses yeux balaient l’espace ; l’entrée donne sur un couloir qui dessert à sa gauche la pièce de vie, une cuisine moderne équipée d’un large plan de travail et d’un îlot central offrant plus loin l’espace du séjour. À droite de l’entrée se trouve la salle d’eau qui a dû être rénovée récemment, disposant d’une douche italienne. Puis la pièce suivante est une chambre uniquement meublée d’un dressing, et enfin le couloir s’achève par les sanitaires. Tristan doit bien avouer que l’appartement est plutôt agréable et bien agencé, se révélant beaucoup plus accueillant et de meilleure qualité que sur les photos du site de location.
Il est interrompu dans ses pensées par les gargouillis de son ventre qui se mettent à remuer dans tous les sens. Pour sa première soirée ici, le trentenaire opte pour une douche rapide et sortir manger, repoussant le rangement à plus tard.
Chapitre 3
18 h 15
 
La jeune femme monte les marches en pierre de l’association qui anime les groupes de parole.
Cet endroit a le don de l’agiter nerveusement et de réveiller ses angoisses pendant plusieurs heures. L’accueil est entouré de murs blancs donnant un air d’hôpital à ce lieu déjà froid et impersonnel. Et puis, rien n’a changé en deux ans, chaque détail de la décoration vient lui rappeler les raisons de sa présence ici et cela déteint sur son humeur.
Raven est incapable de se livrer sincèrement en public ou même à qui que ce soit, donc cette thérapie est une simple mascarade. Elle déteste toujours autant les gens et rien n’y fera. Personne ne parviendra à la guérir de sa souffrance. Il y a plusieurs années, elle a abandonné le suivi individuel avec son psychiatre. Son principal problème est sa relation avec les autres, donc, si elle n’en entretient pas, il est difficile de progresser sur le sujet. D’où la négociation de sa participation à ce collectif de parole pour échapper à la psychanalyse. Même ses parents y ont cru et placé leurs espoirs en cette nouvelle thérapie. Mais ici non plus, elle ne parle à personne, se contentant de suivre les séances, recluse dans sa bulle. Pourtant, son groupe est composé d’une dizaine de personnes aux âges différents ; or, l’étudiante refuse d’échanger avec quiconque. Les visages ont quelque peu changé en l’espace de plusieurs mois, mais elle est incapable de citer le prénom d’un seul membre tellement elle y accorde peu d’intérêt. Elle s’adresse uniquement à Olivia, la médiatrice, parce qu’elle y est obligée. Mais, même la professionnelle a capitulé après de nombreuses tentatives et la laisse désormais tranquille dans son coin.
L’étudiante revient à la réalité lorsque Patricia, la secrétaire, l’accueille avec un sourire vain. Mais Raven reste stoïque et silencieuse, lui répondant par un simple geste de la main en guise de salutation. La politesse est l’une des premières règles imposées dans ce centre, c’est pourquoi elle s’en tient au strict minimum. La quinquagénaire la dévisage du haut de ses lunettes qui retombent sur son nez et souffle d’un air de résignation face au mutisme de la solitaire.
Raven pousse la porte de la salle et, comme elle le redoutait, la séance a commencé. Ils sont déjà tous installés, sauf elle. Pour ne rien changer, les chaises ont été disposées en cercle pour que tous les participants puissent s’observer et interagir, au grand dam de la jeune femme. Olivia lui fait les gros yeux, lui intimant mentalement de s’excuser pour son retard. Habituée à se retrouver dans cette situation, l’étudiante sait ce qu’elle attend d’elle. Elle soupire discrètement et détourne le regard avant de s’adresser à la médiatrice en face d’elle :
— Désolée, s’exprime-t-elle d’une voix sèche.
— Bien. Tout d’abord, bonjour, Raven. Quelle est la raison de ton arrivée tardive ?
La jeune femme a conscience que si elle avoue la vérité, elle risque de passer la séance à justifier ses actes et réactions. Olivia lui reprochera son comportement avec le groupe de filles ou le garçon appuyé contre sa voiture. Elle devra ensuite pendant une trentaine de minutes expliquer pourquoi il ne faut pas réagir sous la colère et bla-bla-bla. Pas moyen d’écouter ses sermons, alors elle serre sa mâchoire quelques secondes avant de répondre :
— Un devoir supplémentaire m’a retenue.
— OK, ça va pour cette fois, prends place. J’aimerais tout de même rappeler à chacun ici que la ponctualité est une forme de respect du groupe. Bien, conclut-elle en joignant ses mains. Aujourd’hui, nous accueillons une nouvelle venue. Voici, Anna. Peux-tu, s’il te plaît, nous dire quelques mots sur toi. Nous ferons ensuite un tour rapide, pour que chacun se présente.
Raven toise la brune à la taille élancée et aux yeux noisette, de légères taches de rousseur ornent ses joues. Les deux jeunes femmes semblent avoir approximativement le même âge, mais la solitaire ne compte pas s’en faire une amie, alors perdre son temps ainsi l’agace. Cette séance promet d’être longue et ennuyante.
Patientant jusqu’à son tour, Raven détaille pour la millième fois les photographies accrochées aux murs d’un blanc mortifère. Les clichés ont des tailles de posters, imprimés en noir et blanc. L’étudiante dévisage les différents tableaux, tous mettent en scène une relation sociale ou une émotion, variant d’une poignée de main à un demi-visage en train de sourire. Ces images rebutent Raven, mais toujours moins que de devoir échanger un contact visuel avec ses camarades.
 
*****
 
19 h 45
 
À la fin de la séance, alors que la jeune femme se rue vers le porte-manteau pour extirper sa veste et s’enfuir rapidement, Olivia leur demande quelques secondes d’attention. Raven soupire à nouveau sans chercher à masquer son agacement et patiente le temps que la médiatrice crache sa Valda.
— Comme vous le savez, je suis enceinte. Je dois prendre mon congé plus tôt que prévu pour des raisons de santé, c’était donc notre dernière réunion avant mon retour. Allons, ne faites pas ces têtes ! Mon remplaçant arrive demain. Vous ferez sa connaissance mercredi, lors du prochain temps d’échange. Je vous souhaite à tous une belle progression et accueillez comme il se doit le nouveau médiateur. Prenez soin de vous et n’oubliez pas, nous devons toujours rester maîtres de notre colère ! conclut-elle en lançant un regard soutenu à Raven. Bonne soirée à vous.
Les participants s’approchent d’Olivia, peinés par son départ. C’est vrai que la médiatrice est plutôt appréciée, elle s’attire naturellement la sympathie des autres, excepté celle de cette jeune femme récalcitrante.
Anna observe le groupe, puis Raven et ne peut s’empêcher de lui demander à voix basse :
— Tu n’es pas attristée par son départ ?
Elle hausse les épaules et lève les yeux au ciel :
— Pourquoi devrais-je l’être ? Elle part pour donner naissance à son enfant, elle ne va pas au bagne. Rien à plaindre ni à pleurer, lâche-t-elle d’un ton glacial.
— Ce n’est pas faux, ajoute Anna en enfilant sa veste. Bonne soirée.
L’étudiante ne répond pas et fixe cette fille jusqu’à ce qu’elle disparaisse de sa vue. Pourquoi est-elle obligée de lui adresser la parole ?
Chapitre 4
21 h
 
Tristan sort du restaurant italien qu’il a trouvé à seulement quelques rues de son nouvel appartement. Son incarcération a changé beaucoup de choses en lui et ça ne le dérange plus de manger seul en public. Tout compte fait, quand on s’assume, ça gêne surtout les autres et, ça, il s’en moque éperdument. C’est même assez drôle d’observer le comportement des importunés, leurs yeux remplis de condescendance et de malaise.
Le trentenaire décide de poursuivre sa marche, n’ayant pas envie de rentrer tout de suite à son appartement. Toutes ses affaires sont encore emballées, il n’a rien de mieux à faire que de ranger et ce plan ne l’attire pas du tout.
Un peu moins de dix minutes plus tard, l’homme repère un pub et la joie s’inscrit immédiatement sur son visage. Il va enfin pouvoir prendre un verre et se détendre avant de commencer son nouveau travail demain. Qui sait, avec un peu de chance, il va peut-être trouver une compagnie féminine pour passer la soirée. Depuis sa libération, il profite sans limites de ce plaisir retrouvé. Mais Tristan ne s’attache jamais à ces rencontres, il s’assure toujours qu’elles ne se développent pas et il les pulvérise dès le lendemain si sa partenaire émet le désir de poursuivre.
Il a au moins le mérite d’être honnête immédiatement avec ses conquêtes et, malgré ses attentes égoïstes, nombre d’entre elles cèdent à ses avances. Il est plutôt bel homme et il le sait. Ses yeux bleus, ses cheveux châtain clair et son corps bien entretenu en ont séduit plus d’une. Sa grande taille et ses larges épaules donnent l’impression aux femmes d’être en sécurité dans ses bras. Alors que cette idée est complètement fausse, parce qu’il ne bougera le petit doigt pour aucune d’elles, même un canon de beauté. Les seules qu’ils protègent sont sa sœur et sa mère, depuis la mort de son père.
Il pousse la porte du bar, l’endroit est peu fréquenté, ce qui s’explique peut-être par le début de semaine. En jetant un œil rapide au décor, l’établissement semble digne d’un véritable pub irlandais. Le bois est omniprésent, donnant un ton chaud au lieu, de nombreuses plaques métalliques vert foncé sont accrochées aux murs, promouvant différentes bières et slogans publicitaires. D’énormes tireuses de bières au métal rutilant ornent le vaste bar. Il y a quelques fauteuils en cuir dans l’arrière-salle non loin du billard. Puis le trentenaire dénombre une dizaine de personnes en tout et pour tout, employés compris.
Tristan souffle intérieurement, ce n’est sûrement pas ce soir qu’il va rencontrer une femme. De toute manière, ça aurait été compliqué de la ramener à l’appartement. Même son lit est en kit, il n’a pas eu le courage de le monter. Il opte mentalement pour dormir sur le canapé cette nuit. Après cette bonne résolution, il tire un tabouret et s’installe au coin du comptoir avec vue sur la rue, se tenant à plusieurs mètres des autres clients.
— Bonsoir. Je suis Jerry, le propriétaire de l’établissement. Vous êtes nouveau dans le coin ?
— Bonsoir et enchanté, moi c’est Tristan. Oui, je viens d’arriver aujourd’hui.
— Vous buvez quoi ?
— Un whisky, s’il vous plaît.
— Entendu. Et je vous l’offre en guise de bienvenue dans cette ville, lâche Jerry, un grand sourire sur les lèvres.
Le concerné lui adresse ses remerciements pour ce geste amical.
Tandis que Jerry s’affaire à préparer la boisson, un autre homme attablé au bar s’adresse à Tristan :
— Vous avez du flair pour avoir trouvé ce bar dès votre premier jour, plaisante un quinquagénaire, assis plus loin. Moi, il m’a fallu deux ans pour tomber dessus et depuis je viens ici quotidiennement.
Le trentenaire sourit et reste silencieux. Génial, il va avoir le droit à une grande discussion avec les habitués qui en tiennent déjà une bonne.
Il ramène sa boisson vers lui et la porte à ses lèvres en fixant l’extérieur à travers la vitrine.
Ses doigts se figent autour du verre, lorsque son regard s’arrête sur une jeune femme en train de marcher, un sachet à la main. Tristan ignore ses collègues de comptoir en train de parler entre eux et détaille un peu plus la silhouette dehors.
À première vue, il a du mal à estimer son âge. Peut-être entre vingt et vingt-cinq ans. Il hésite et sa tenue vestimentaire ne lui donne pas plus d’indications. Elle est de petite taille, comparée à lui, vêtue d’un jean moulant, d’une veste courte en cuir et chaussée d’une sorte de rangers. Tristan préfère de loin des robes près du corps et des talons qui élancent les jambes. Mais il doit bien admettre qu’elle porte plutôt bien ce style rebelle, un peu rock. Son imagination commence à lui inventer une vie, c’est peut-être une musicienne en quête de gloire. Ses longs cheveux noirs sont détachés dans son dos et le vent les soulève par moments. Les traits de son visage restent flous à cette distance, mais, grâce à son œil de lynx, il devine un corps très avantageux.
Tristan ignore pourquoi, mais il sort son téléphone afin de zoomer. Il ouvre l’application et s’emmêle les pinceaux dans les réglages fastidieux de l’appareil photo et lance sans le vouloir un enregistrement vidéo.
Il se fige un instant lorsqu’il remarque deux hommes s’avancer derrière elle. Ils semblent lui parler, mais la jeune femme poursuit sa marche et resserre sa prise sur son sachet.
Le trentenaire a un drôle de sentiment et ne quitte pas les images des yeux. L’un des gars se rapproche d’elle rapidement et lui touche les fesses sans aucune hésitation. Alors, la victime s’arrête net et se retourne lentement, les poings serrés et tremblants. Son assaillant rit à gorge déployée, puis cesse lorsqu’elle ouvre la bouche.
Tristan est frustré de ne pouvoir entendre leur conversation. En quelques secondes, les yeux de son interlocuteur s’écarquillent sous l’effet de surprise, la jeune femme lève sa main libre et la remonte brutalement en plein dans le nez de son agresseur.
L’homme recule et recouvre immédiatement son visage pour contenir le flux de sang. Son acolyte le rejoint, avec un air mitigé entre l’inquiétude et l’énervement. Tristan comprend qu’il insulte la boxeuse avant de tirer le blessé par le bras et de s’éloigner.
Celle-ci reprend sa route et ne semble pas choquée par ce qui vient de se passer. Cette fille a réussi à piquer sa curiosité.
Chapitre 5
Il est quasiment vingt heures quand Raven quitte le centre. Elle monte en voiture et reprend le chemin de son domicile.
Ses parents lui payent un appartement confortable dans un quartier calme, entouré de commerces.
Elle dispose de presque quatre-vingts mètres carrés, au dernier étage de la résidence. Depuis plusieurs mois, elle bénéficie des lieux pour elle seule puisque les deux autres logements du palier sont vacants.
L’étudiante referme sa porte d’entrée et se déchausse avant d’aller plus loin. Une fois à l’aise dans ses larges pantoufles à tête d’animal imaginaire, elle part à la conquête du frigo criblé d’aimants, tous collectionnés grâce à sa grande consommation de céréales. Hélas, son excitation redescend, lorsque le garde-manger lui rappelle qu’elle n’a fait aucune course depuis des lustres. Il n’y a rien à l’intérieur hormis une brique de lait et c’est le même constat dans les placards, ni boîte de conserve ni paquet de gâteaux.
La jeune femme n’a pas envie de jeûner jusqu’au lendemain et jette un œil à l’horloge murale. Il est trop tard pour des courses de dernière minute, alors autant aller commander à manger.
 
*****
 
Raven sort du restaurant à emporter et tient le sachet contenant son repas. Elle salive déjà en humant l’odeur de son hamburger et de ses frites. Les deux cannettes de bière qu’elle a également achetées s’entrechoquent à chacun de ses pas. Elle a délaissé sa voiture pour profiter de l’exercice physique et détendre ses nerfs. Le rappel de l’accouchement d’Olivia l’a quelque peu bouleversée. Pourtant, ça fait des mois qu’elle travaille à ne pas associer Olivia et « ça ». Mais son traumatisme l’emporte sur sa raison, comme bien trop souvent.
La colère, la rage et la frustration cohabitent de manière permanente dans son esprit et son cœur. Ces sentiments se traduisent la nuit par des crises d’angoisse, des spasmes, des cauchemars et des réveils en pleurs alors que, durant la journée, ils se transforment en agressivité et en violence.
Elle n’arrive pas à sortir et extirper cette putain de douleur qui la ronge depuis presque trois ans. Elle n’a plus connu aucun instant de répit depuis le jour où elle a appris la vérité. Celle qui a engendré le drame de sa vie. Dès lors, elle n’a plus été elle-même et ne le sera jamais plus. Elle aussi est morte ce jour-là.
Deux voix masculines retiennent son attention. Les sons proviennent de derrière, mais ils semblent encore à plusieurs mètres. Raven regarde rapidement à droite et à gauche et remarque le pub irlandais, mais personne ne traîne à l’extérieur.
Leurs pas se rapprochent brusquement et l’un d’eux s’adresse à elle :
— Hé, ma jolie, tu veux partager un verre avec nous ? Ça serait dommage qu’une femme comme toi passe sa soirée seule.
L’étudiante expire plusieurs fois pour rester silencieuse et continue à marcher. Elle ne doit pas exploser en pleine rue. Si elle s’attire encore des ennuis, elle aura ses parents sur le dos et devra reprendre la psychanalyse. Mais bon, Raven doit bien avouer qu’au fond d’elle, elle meurt d’envie de défouler ses nerfs sur eux.
Ils la rejoignent et son interlocuteur insiste lourdement. À son intonation, elle devine qu’il est alcoolisé :
— Allez, viens avec nous ! hurle-t-il en portant brusquement une main à ses fesses.
Ce geste glace le sang de Raven et elle s’arrête immédiatement, choquée par cet affront. Puis, la rage bouillonne et sa chaleur se répand dans tout son corps, elle serre les poings et se retourne face à l’homme :
— C’est quoi, ton problème, connard ? Quand une fille ne te répond pas et t’ignore, c’est que ta tronche ne lui revient pas. Qui aurait envie de partager quoi que ce soit avec toi ? Tu m’as énervée, bordel ! Et ton putain de geste… Espèce de…
Elle s’interrompt et perd la raison, son bras se lève dans un geste vif et précis en direction du nez de son adversaire. La jeune femme sent l’os se briser contre l’intérieur de sa paume. Efficace ! Elle se félicite mentalement d’avoir suivi des cours de boxe et d’autodéfense quelques années auparavant. Bon, normalement, ils étaient un moyen pour elle de canaliser sa colère, et non d’attaquer des individus. Mais utiles, tout de même !
Un rictus diabolique s’affiche sur son visage, tandis que l’autre homme, resté en retrait jusqu’à maintenant, se manifeste et accourt vers son acolyte.
— Ça va, mon pote ? Tiens, prends ce mouchoir.
Puis, il la toise froidement avec un regard plein d’amertume :
— Putain, mais t’es complètement malade, tu lui as pété le nez ! s’indigne-t-il.
— La prochaine fois, il réfléchira à deux fois avant de toucher une femme sans son consentement. Et je te conseille de ne pas la ramener, parce que tu vas te retrouver dans le même état.
Son interlocuteur lève les yeux au ciel et décide de ne pas répliquer. Raven resserre son sachet intact, resté dans son autre main. Elle respire plus fort pour se calmer et ne pas exploser davantage. Le problème, c’est que quand sa colère dépasse un certain seuil, il lui est difficile de reprendre le dessus. Cependant, elle se canalise, s’il y a des témoins, ils préviendront peut-être la police et cette possibilité va tout d’abord retarder son repas, mais surtout contrarier ses parents.
Elle se retourne en direction de son appartement, laissant les deux hommes derrière elle.
Chapitre 6
Après la scène à laquelle il a assisté, Tristan est toujours stupéfait. Il termine son deuxième verre en une gorgée et demande l’addition.
Cette altercation a anéanti ses envies de faire une rencontre pour la nuit. Autant rester méfiant, les femmes sont peut-être toutes redoutables dans cette ville.
Il repense à la tête de ces deux mecs, quelques minutes plus tôt, complètement démunis par la situation. Tristan affiche un sourire en coin en se remémorant cette jeune femme plutôt intéressante.
Le trentenaire arrive devant la résidence et cherche le badge dans sa poche.
Une fois trouvé, il active le mécanisme et remarque que la porte vient juste de se refermer. Quelqu’un est entré peu de temps avant lui.
L’homme ignore ce détail et avance vers l’ascenseur. En traversant le couloir, il entend le cliquetis d’une boîte aux lettres. Il jette un œil dans cette direction, mais ne distingue pas la tête de la personne, cachée par la petite fenêtre métallique. En revanche, il reconnaît rapidement ce jean moulant, cette paire de rangers et le sachet posé sur le sol.
Son cœur se met à palpiter plus fort sous l’effet de surprise. Cette fille habite dans la même résidence que lui ?
Il se décide à appuyer sur le bouton d’appel de l’ascenseur, lorsqu’elle le rejoint devant les portes. Tristan la salue pour ne pas sembler impoli, elle hoche simplement la tête en guise de réponse. Il la dévisage discrètement et remarque ses yeux verts au regard mauvais, les traits fins de son visage et ses lèvres charnues pincées par l’agacement.
Ils montent à l’intérieur et l’homme s’apprête à lui demander à quel étage elle se rend. Il n’en a pas le temps, elle appuie nerveusement sur le chiffre 4. Il la fixe et ne peut s’empêcher d’ajouter :
— Nous allons au même étage.
Ses traits changent immédiatement et elle le toise d’un air d’incompréhension.
— J’ai emménagé aujourd’hui. Je m’appelle Tristan Deck.
Elle marmonne sans le regarder :
...

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