Un amour à double sens

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Clara, jeune journaliste, fraîchement diplômée, travaille pour son oncle à la « La gazette du milieu ». Sa nouvelle mission est de faire un reportage sur le camp Saint-Dieu, un camp de redressement pour enfants fortunés. Afin de récolter des indices sur leurs pratiques, elle va se faire passer pour une prof de fitness. Là-bas, Gautier, un autre professeur, assure les cours de musculation. D’emblée, il se montre hostile avec sa nouvelle collègue. D’insultes en coup de sang, Clara se pose des questions sur ce Monsieur Muscles qu’elle surnomme Musclor, d’autant plus qu’il se comporte tout à l’inverse de l’homme grossier qu’il est en public quand elle le rencontre dans le parc.



Dans ce labyrinthe des sentiments, le sentier de l’amour côtoiera celui du danger.


***



Extrait :


... ils auraient volontiers couru sur cette peau lisse et hâlée, tâtant les bosses et les creux de ses abdominaux de fer. Elle se traita de folle en cherchant une issue de secours. Elle ne lui donnerait pas l’opportunité de lui parler, parce que là, elle sentait que son pouvoir magique de séducteur reprenait le dessus. Un flash lui montra Clark Kent et Loïs Lane à la fête. Y avait-il un super héros derrière le fou du rameur... euh non... un zéro ! Voilà ce qu’il était ! Un type pas fichu d’une once de pédagogie, mais qui se transformait en tombeur de ces dames quand l’envie le chatouillait.

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EAN13 9791034804429
Langue Français

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Steff S. Recto Verso Un amour à double sens Couverture :Néro Publié dans laCollection Vénus Rouge, Dirigée parElsa C.
©Evidence Editions2017
- Chapitre 1 -La nouvelle venue Clara fonçait à toute allure dans sa mini noire achetée compulsivement avec son premier salaire, le mois dernier. Tout lui souriait depuis qu’elle avait quitté son école de journalisme. Autant ses années de lycée et d’études secondaires l’avaient fait sou ffrir, autant son entrée dans la vie active lui apportait de la satisfaction. Une fois son diplôme en poche, elle avait tapé à la porte de plusieurs grosses maisons, et lasse de se battre pour dégoter un emploi, elle avait accepté celui que son oncle lui offrait à la « Gazette du milieu », un journal de potins mondains bon enfant. On y relatait des détails croustillants sans choquer personne. Clara couvrait essentiellement des fêtes, des bals, des réunions à but non lucratif. Elle intervenait aussi de temps à autre au collège Saint-Dieu, un établissement scolaire très guindé réservé à l’élite. Ses articles montraient surtout les prouesses des professeurs qui ne visaient que la notoriété et non l’excellence de l’enseignement. Elle avait très peu de contacts avec les élèves si ce n’étaient ceux qu’elle croisait dans les couloirs. Tous ses papiers, elle les signait d’un pseudo. Car elle craignait que cet te mise en bouche professionnelle ne nuise à sa future carrière. Certes, à son âge, elle avait d’au tres ambitions que d’écrire ce genre d’articles, mais elle s’y était faite. Ces sujets favoris lui plaisaient bien. Tout se passait à merveille jusqu’à ce que son oncle lui colle une mission « des plus délicates ». Selon lui, l’événement avec un grand, non un immense E… était le camp de redressement des gosses de riches. Elle se remémora ce long, très long discours de Franck en découvrant la campagne creusoise. C’était vendredi dernier, chez son oncle. — Ma petite Clara, ma nièce adorée, mon soleil de j uin au zénith. J’ai une mission des plus délicates à te confier. L’acceptes-tu ? — Mon cher oncle, si tu me disais de quoi il retourne, je te répondrais. — Alors… comment te présenter ceci sans te heurter. — Allez, Francky, arrête tes bêtises, j’ai un scoop sur le feu. Madame DeMont tromperait son mari avec le golfeur à la moustache hirsute. Si ton histoire est plus importante que ça, je t’écoute, sinon, je pars. — Bien plus importante que cette affaire ridicule. Donc, comme tu le sais, certains élèves de Saint-Dieu traversent de mauvaises passes. Pour les parents, leurs chères têtes blondes comptent plus que tout. — Viens-en au fait, tu m’endors ! — Bon, ça va ! Donc, Saint-Dieu a ouvert un camp spécial qui n’a rien à voir avec l’école. Il est géré par des étrangers à l’établissement, parce qu’ainsi, les uns n’interfèrent pas dans les affaires des autres. — Ils les punissent en les envoyant en camping ? — Non, c’est un Camp de redressement, pas un camping ! Là-bas, il y a deux sections. Celle où
leurs chers bambins se bourrent le crâne de lecture et l’autre où ils font du sport. — Cool, je prends la section littéraire. — Non, Clara. Mon ami Herbert a un fils, Jonas. En fait, je te le demande comme un service. Disons que cela s’inclura dans ton reportage. — J’y comprends rien, qu’est-ce que tu veux ? Un reportage ? Une nounou pour Jonas ? Tu n’as pas fini ta phrase. — En clair, son père me demande de veiller sur son fils pendant le camp de redressement. C’est sa femme qui a insisté pour l’envoyer là-bas, mais lui s’inquiète. — OK. J’accepte. Mais attention, je le surveille de loin, s’il fait des conneries, je ne suis pas responsable. Je te téléphone et tu vois avec son père. À quel hôtel je séjourne ? — Tu es un ange ma Clara. Euh, il y a un autre aspect qui ne va pas forcément te plaire. Tu ne dormiras pas à l’hôtel, mais dans le camp. — De quel aspect veux-tu me parler ? Quand tu comme nces à parler comme ça, c’est qu’il y anguille sous roche. — En fait, tu y vas en immersion. — Immersion ? — Oui, je t’ai dégoté un poste de prof de fitness, ainsi tu travailleras sous couverture. — De fitness ! Mais pourquoi ? Et puis je côtoie les élèves de Saint-Dieu, ils vont me reconnaître. Quelle idée ! Les profs du camp vont avoir des soupçons. Je ne peux passer de journaliste mondaine à prof de fitness, c’est impensable. Tu es dérangé parfois, mon cher oncle. — Non, ne t’en fais pas pour ça. J’ai vérifié, les enfants n’ont aucune idée de qui tu es. Et comme je te l’ai précisé, il n’y a aucun lien entre les professeurs de Saint-Dieu et le camp. Les responsables n’entretiennent aucune relation avec eux. Tu es tranquille, personne ne devinera. — Ouais, admettons. Tu m’accorderas que c’est tiré par les cheveux et que si quelqu’un me reconnaît, c’est fichu. — Donc, tout est OK, tapa-t-il sur la table de la cuisine. Tu pars dimanche. L’équipe pédagogique recevra leur nouvelle professeure de fitness. — Je ne garantis pas de résultat. Franck lui ébouriffa ses cheveux noir ébène en mouillant sa joue de salive du baiser sonore qu’il lui donnait. Dimanche était arrivé. Clara s’apprêtait à intégrer l’équipe pédagogique du camp de redressement de Saint-Dieu situé dans un bled paumé de la Creuse. Encore quelques kilomètres à parcourir pour franchir les grilles de la prison dorée et endosser le rôle d’une prof de fitness. Son oncle tendait à la folie, il avait des idées loufoques à longueur de j ournée, mais celle-là dépassait tout ce qu’elle lui concédait. Leur amour filial l’obligeait à accéder à toutes ses folies. Heureusement, elle était totalement à l’aise dans cette discipline qu’elle pratiquait régulièrement à la salle de sport, il lui serait donc facile d’inculquer les bases aux élèves. Et pu is, elle n’oubliait pas son objectif : pister Jonas. Son prénom lui disait vaguement quelque chose, sans toutefois qu’un visage ne s’associe à ce jeune homme. Bien que Franck lui avait décrit, aucun élèv e ne lui venait à l’esprit. Pourtant l’année scolaire s’était achevée sur le traditionnel bal où la plupart des étudiants s’étaient rendus. Mais pas un Jonas dans la liste qu’elle se récitait n’y figurai t. De toute façon, lors de ces soirées, elle ne photographiait pas les invités, un autre photographe le faisait, et elle se contentait d’écouter en
enregistrant des bribes de conversations qui lui servaient à rédiger ses articles. Songeuse, elle passa l’entrée au pas en garant sa p etite voiture sur le parking réservé aux professeurs. Le camp de redressement n’avait rien de ce qu’on pouvait imaginer. C’était un ancien château à la façade soigneusement rénovée entouré d’un immense parc à la clôture magistrale. Clara pressentait que ses appartements seraient à la hauteur d’un hôtel de standing. Ce dernier article avant les vacances lui offrait un avant-goût des congés qu’elle avait bien mérités. Dès qu’elle sortit de sa voiture, un grand gaillard vint empoigner ses bagages sans la moindre politesse d’usage. Elle le stoppa en s’interposant vers la porte d’entrée, défiant son corps tout en muscles. — Je ne suis pas bagagiste, Mademoiselle Clara je-ne-sais-plus-quoi. Armelle m’a ordonné de venir vous aider. Alors, voilà, je vous aide ! — Je vous remercie, je vais me débrouiller toute seule. Dites à Armelle que son geste me touche, mais que je suis une femme libérée et que je n’ai pas besoin d’un homme pour porter ma valise. — Très bien. Il lui jeta presque la valise dans la main. Clara, décontenancée par son attitude et par le poids qui pesait dans sa main, faillit trébucher sur la marche. — Hé ! Vous ! Il se retourna à peine en lui lançant un regard mau vais. À cela, Clara ne rétorqua rien. Elle passa son chemin en suivant les flèches indiquant les bur eaux administratifs. Des voix provenaient du couloir, elle entreprit donc de se fier à son insti nct et arriva à bon port. Armelle, la directrice, se précipita vers elle. — Clara, bonjour, nous n’attendions plus que vous. Notre équipe est au complet à présent. Gautier va vous montrer vos quartiers. Sa chambre est à côté de la vôtre. Clara ignorait qui était Gautier, mais elle priait pour qu’il soit plus sympathique que Musclor. Et voilà qu’elle étiquetait déjà les gens. Une sale habitude chez elle. N’ayant pas du tout la mémoire des visages, ce qui la desservait dans son métier de jo urnaliste, elle avait développé un jeu mnémotechnique. À chaque personne, elle alliait un personnage. Madame Peperpote (Armelle), petite femme ronde aux joues roses, désigna du menton son voisin de chambre. Misère ! Musclor lui adressait un petit signe de la main. Fayot avec ça ! Il accumulait les tares ce pauvre garçon. Son tee-shirt avec l’inscription « faites du sport pas la guerre » se tendit quand il gonfla ses biceps afin de s’emparer une nouvelle fois de sa valise. Plus vite que l’éclair, elle l’attrapa et la fit rouler dans le couloir où il trottinait déjà. À gauche, l’ascenseur leur tendait les bras, mais bien entendu, il grimpa l’escalier en volant plus qu’en marchant tandis que Clara suait sang et eau à la traîne, derrière lui. L’escalier en colimaçon lui donna du fil à retordre dans les angles, et ce fut à bout de souffle qu’elle s’engagea dans le couloir menant aux chambres. Frais comme un gardon, Gautier profita de ses poumons pleins d’air pour lire à haute voix la plaque qui ornait sa porte de chambre. — Clara Vertomache — Merci, j’ai reconnu mon nom, persifla-t-elle sarcastique. — Bon séjour. C’était une blague ! Non, ce molosse de cent-vingt kilos était une blague à lui seul. Était-il misogyne ou juste mal luné ? Pourquoi la détestait-il d’emblée ?! Après avoir tourné le loquet, il la laissa seule. L a chambre, constituée d’une pièce d’une taille
raisonnable et d’une salle d’eau, donnait sur le parc. Tout de suite, Clara s’y sentit chez elle. Elle déposa son sac à main sur une console, rangea sa va lise dans l’armoire, puis redescendit par l’ascenseur. Armelle lui proposa une boisson rafraî chissante qu’elle accepta volontiers. Juillet commençait à peine, et déjà le thermomètre grimpait même ici. — Bien, mes chers collaborateurs, débutons la réunion de pré-rentrée. Nous allons faire un tour de table afin que chacun se présente. Brigitte, s’il te plaît. Brigitte énuméra ses diverses tâches au sein du cam p. Cuisinière, infirmière, gestionnaire, elle combinait un peu toutes les fonctions d’une maman d e remplacement, et avait le physique de l’emploi. De taille moyenne, elle arborait une silhouette banale avec un petit truc en plus qui lui conférait un air délicat. Puis ce fut le tour de Ro dolphe, professeur d’équitation, tout à l’image du sport qu’il enseignait, il était élégant, fin, un peu maniéré. En bout de table, Musclor triturait un crayon dont la mine se brisa. Puis vint le tour de Clara qui résuma son parcours, fictif. Malgré tout, une part de son récit était vrai : Je sors à peine d’un cursus qui ne m’a pas vraiment plu. Comme le fitness est un sport que je pratique 4 à 5 fois par semaine, votre annonce m’a interpellée. De plus, mon expérience d’animatrice en centre de loisirs pendant trois ans me conforte dans l’idée que je suis faite pour enseigner. — On n’enseigne pas ici ! s’exclama Musclor. On les remet sur le droit chemin, on les oblige à sortir leurs tripes à l’air, à aller au-delà de leurs limites. La mâchoire de Clara en tomba. Il savait construire des phrases ! En même temps, elle préférait ne pas trop prêter attention à son discours militaire. — Ce que veut dire notre cher Gautier, c’est qu’au camp de Saint-Dieu, les parents nous envoient leurs enfants pour leur redonner la pêche. C’est vrai, nous les poussons à se dépasser physiquement et mentalement. Chacun fournit des efforts en vue d’ob tenir, en fin du cycle, des points qui leur permettront de prendre un bon départ pour l’année suivante. — De quel cycle parlez-vous ? Sur la plaquette, vou s vantez les lieux, les installations, mais vous ne précisez pas dans quelles conditions sont formés les élèves. — C’est au cas par cas, Clara, nous étudions les do ssiers les deux premiers jours de juillet, puis mettons en place un programme adapté aux participants. Nous employons « participant » et non élève. Car nous ne sommes pas professeurs, mais formateurs. Le sport fait partie du premier cycle pendant lequel les participants entraînent leur corps avant leur esprit. Certains reviennent tous les ans de leur scolarité, d’autres sont poussés par leurs parents et ne fréquentent le camp qu’une année sur deux ou moins. — Souvent des petits grassouillets, intervint Gautier. — Gautier, enfin ! Nous devons le respect à nos participants. — Tous les participants s’adonnent-ils aux mêmes activités ? questionna Clara. — Oui. Tous. Cet été, nous en avons 9. C’est ici no tre capacité maximale de remplissage. Passons au planning. Miss Perperpote déroula une longue liste de noms su rlignés de couleurs fluorescentes. Clara remarqua que son nom apparaissait en orange à plusieurs reprises, et ce, juste à côté de Musclor.Mon Dieu ! Faites qu’il ne soit pas avec moi, faites qu ’il ne soit pas avec moi !Priait-elle muettement. Mais les cieux ne lui accordèrent aucune grâce. Elle était prostrée pendant que la directrice expliquait de long en large les avantages qu’ils avaient à travailler au coude-à-coude dans la même salle de gym. Si le concept n’enchantait guère Clara, Gautier s’en amusait ouvertement. Son sourire carnassier
semblait s’illuminer lorsqu’il la regardait. La réunion finissait à peine que le téléphone de la journaliste sonnait dans sa poche de pantalon de toile beige. Elle s’isola dans une cuisine jouxtant la salle en décrochant rapidement. — Alors, ma puce, tout va bien ? C’est magnifique, n’est-ce pas ? Le père de Jonas m’a dit que si tu voulais un bon bol d’air pur, c’est là-bas qu’il faut aller. Franck, dont le débit de paroles avoisinait les cen t kilomètres par heure ne donna pas une ouverture à sa nièce, mais celle-ci le connaissait par cœur, elle savait qu’il n’y avait qu’une façon de le faire taire. — Bien, papa. Oui, je suis bien arrivée, sois rassu ré. Je t’embrasse, voilà, embrasse maman de ma part. — Ah, je vois ! Tu n’es pas seule. — C’est bien cela. Oui, embrasse maman. De retour, elle lança à l’assemblée un petit sourire d’excuse. — Clara, vous avez quartier libre jusqu’à demain ma tin. Nous formerons les groupes des participants. Pour vous restaurer, vous disposez de la cuisine. Servez-vous, faites comme chez vous ! Sur ces bonnes paroles, chacun prit des chemins différents. Brigitte et Rodolphe s’enfoncèrent plus loin, dans le fond du parc où l’on distinguait un cabanon. Armelle ferma son bureau et Gautier gravit quatre à quatre les marches jusqu’à sa chambre. Clara, quant à elle, hésita entre remonter en prenant le risque de croiser Musclor ou fureter alentour. Le descriptif de la structure s’avérait attractif po ur les enfants qui la lisaient et sécurisante pour les parents. Jusque-là, rien ne sautait aux yeux de la jeune journaliste. Fidèle au dépliant, le parc s’étendait sur des milliers de mètres carrés, tondus à la perfection, des allées le découpaient au travers desquelles des bancs accueillaient les promeneurs. Un calme olympien se répandait en procurant des envies de farniente plutôt qu’un besoin irrépressible de se dépenser dans ce lieu. Les pas de Clara la menèrent aux abords du château. Les remparts, vieux de plusieurs siècles, lui donnèrent des frissons...