Un amour de Tennessee

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À l’occasion des fêtes de fin d’année, Colin rentre chez lui. Il redoute ces trois semaines de vacances, entre une mère qu’il adore, mais à qui il cache qu’il est gay, et une sœur et sa famille qu’il déteste. À commencer par Jake, son beau-frère, qu’il considère comme un crétin. Mais ce séjour pourrait prendre un tour inattendu, car Colin retrouve aussi Grant, le beau cowboy dont il a toujours été amoureux. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir que ce dernier partage son attirance ! Toutefois, un terrible accident pourrait tout remettre en question et Colin se verra obligé de faire des choix qui changeront sa vie pour toujours.




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EAN13 9782364754270
Langue Français

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Cyriane Delanghe UNAMOURDETENNESSEE RÉSUMÉ À l’occasion des fêtes de fin d’année, Colin rentre chez lui. Il redoute ces trois semaines de vacances, entre une mère qu’il adore, m ais à qui il cache qu’il est gay, et une sœur et sa famille qu’il déteste. À com mencer par Jake, son beau-frère, qu’il considère comme un crétin. Mais ce séj our pourrait prendre un tour inattendu, car Colin retrouve aussi Grant, le beau cowboy dont il a toujours été amoureux. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir que ce dernier partage son attirance ! Toutefois, un terrible accident pourrai t tout remettre en question et Colin se verra obligé de faire des choix qui changeront sa vie pour toujours. *** PIRATAGE&DROITSDAUTEUR Quand vous piratez un livre numérique, vous violez les droits d’auteur et vous privez l’écrivain et la maison d’édition, dans cert ains cas, de revenus qui lui permettent de publier d’autres auteurs. Nous faisons en sorte de proposer nos livres sans D RM et à un prix raisonnable (5,99 € dans le cas présent) permettant à tous les acteurs du monde du livre d’être correctement rémunérés. Les distrib uteurs prennent entre 30 et 40% du prix de vente à chaque achat et le reste ser t à payer l’auteur (30%) et l’éditeur (30%) qui paie à son tour des charges. Merci de ne pas diffuser ce titre sans notre autorisation et de respecter notre travail pour permettre à celui-ci de perdurer.
AVERTISSEMENT Cette histoire est une totale fiction et ne se veut en aucun cas un reflet exact de la réalité. Je ne suis ni une spécialiste de l’é quitation western, ni du Tennessee ou du système universitaire américain. J’ ai néanmoins effectué des recherches pour assurer un maximum de véracité à mo n histoire, sans toutefois garantir que ce roman ne comporte aucune erreur. Ce rtains éléments ont ainsi dû être totalement inventés, soit pour coller à la nar ration, soit, et surtout, faute d’avoir trouvé les réponses nécessaires. Je te demande donc, ô bien-aimé lecteur, ô bien-aimée lectrice, de bien vouloir m’excuser par avance si tu tombais sur une approxim ation ou une erreur dans cette histoire.
1 Cerevenu. Je n’aisont les vacances de Noël. Un an que je ne suis pas vraiment, vraiment pas envie d’être ici, songé-je en grimpant la volée de marches qui mène sur le perron. Fichues obligations familia les. Passer trois semaines avec ma famille à faire semblant. Semblant d’être u n bon fils. Semblant de rire aux blagues vaseuses du beau-frère. L’autre ne sera pas là. Ni ma cadette, d’ailleurs. Ils sont à Paris depuis deux mois. Et H arry n’a pu avoir que quelques jours de congé entre Noël et le Jour de l’An. Pas plus mal. C’est le pire des deux. La porte d’entrée s’ouvre devant moi. Je sursaute. Un homme se tient sur le seuil. Il me tourne le dos et s’adresse à ma mère : « Merci encore, Judith, pour le pain de viande. Vous savez que j’en raffole. » Un rire lui répond. Le type se retourne. Je reçois un coup de poing dans l’estomac. Grant Cunningham. Toujours aussi beau gosse. Toujou rs aussi fantastiquement sexy. Mon amour inavoué de jeunesse . Avec la chance que j’ai, il fallait que je tombe sur lui dès mon arrivée. « Eh ! s’exclame-t-il en me voyant. Colin, comment ça va ? » Sa poignée de main virile à souhait me donne chaud. Je retire ma main prestement, avant qu’elle ne devienne moite et que ça soit embarrassant. « Je vais bien. Et toi, Grant ? — Comme tu peux le constater, dit-il en me montrant le pain de viande emballé dans un torchon, ta mère me chouchoute. » L’intéressée vient me serrer dans ses bras. « Tu as mauvaise mine, commente-t-elle tout de suite. — M’man, grommelé-je. Commence pas. — Tu ne trouves pas, Grant, qu’il a l’air tout pâli chon ? Je suis sûre qu’il travaille trop et qu’il ne dort pas assez. » Grant s’esclaffe, pour éviter de répondre. Moi, je suis pivoine. Je fixe mes chaussures pour ne pas croiser son regard. « Je vous laisse, Judith, annonce-t-il en passant d evant moi. Mon père va se demander ce que je fabrique. — Oh ! pourquoi ne viendrais-tu pas manger à la maison cette semaine ? Ça ferait plaisir à Colin. » Colin, il peut s’exprimer tout seul, juré-je intérieurement. Elle me fiche la honte, comme si j’avais dix ans et besoin d’inviter des co pains à mon anniversaire pour ne pas avoir l’air d’unloser.sens qu’on me fixe et, n’y tenant plus, je lève le Je nez vers Grant qui me regarde d’une drôle de manière et sourit. « Ce sera avec plaisir. Je vous passe un coup de fil, Mme Steele. — Judith ! Je t’ai déjà dit de m’appeler Judith. » Grant la salue d’une main portée à son chapeau, pui s s’éloigne en sifflotant. Moi, j’en profite pour mater son derrière. « T’es vraiment un ours, me reproche ma mère. Il va croire que tu ne l’aimes pas. »
Je manque d’en avaler de travers. Si elle savait… « Toujours pas casé ? demandé-je d’une voix tremblante d’espoir. {1} — Non, aucune fille de Greenford n’a réussi à lui mettre la main dessus, me confirme ma mère. Un si joli garçon. Quel dommage ! » Oui, quel dommage, approuvé-je. Si j’avais mes chan ces avec un type pareil, je n’hésiterais pas une seule seconde. Ma mère me prend par le bras. « Entre. Ta chambre est prête, tu peux y monter ton sac. » Je retrouve ma chambre d’adolescent. Elle n’a pas c hangé depuis mon départ pour Knoxville. En haut de la bibliothèque chargée de livres sur les chevaux, mes trophées d’équitation western. Je ne me débrouillais pas trop mal. Mais je n'en fais plus depuis que j’ai quitté la maison. Les cen tres équestres dans la grande ville sont trop chers, trop déprimants et je manque de temps, à mon grand désespoir. Si je veux atteindre mon objectif, somme toute assez ambitieux, je dois m’en donner les moyens. J’étudie pour devenir vétér inaire. Je préfère soigner les gros animaux : le bétail, les équidés. Même si a pr iori, ça n’a rien d’évident. Je suis né dans un patelin où le cheval est roi. On a d'ailleurs une race qui porte le {2} nom de l’État, à l’allure si particulière. Ma mère a été championne deplantation {3} pleasure. Moi, je me suis plus illustré dans lewestern pleasurej’étais quand môme. On avait troisquarter horses à la maison, en plus du Tennessee Walker de ma mère, mais à la mort de mon père, il a fallu les vendre. Il ne reste que Grinch, le hongre de ce dernier, trop vieux pour intéresser qui que ce soit. Depuis la fenêtre de ma chambre, je vois le box aménagé da ns le bâtiment face à la maison. Grinch vient de sortir sa tête et de la vap eur s’échappe de ses naseaux alors qu’il regarde le blanc manteau neigeux. Grinc h était une vedette autrefois, j’ai appris à monter sur son dos. Mais cela me rapp elle que mon père n’est plus là. Je redescends dans la cuisine où ma mère termine de ranger ses ustensiles. Elle m’adresse un sourire. « Ta sœur arrive dans une heure. Sois gentil avec J ake. » Jake. Le beauf super lourd jamais sorti de son trou, mais qui croit tout savoir. Je me contente d’un hochement de tête qui n’engage à rien, puis je l’aide à terminer ses tâches, avant de me diriger vers le sa lon et de m’installer devant la TV. Je zappe sans faire attention aux chaînes que j e regarde, l’esprit encore préoccupé par ma rencontre avec Grant. Gamin, j’adu lais ce bel athlète qui me mettait régulièrement des raclées dans les compétitions. Grant était intouchable. Le genre de mec qui flottait parmi les étoiles et q u’on admire de loin, sans oser l’approcher. On s’est fréquentés un temps, parce qu e je l’aidais en maths où il était moins doué qu’ailleurs. Je me souviens de son rire quand il m’a avoué ne rien capter aux équations du second degré, se grattant l’arrière du crâne en se traitant de « bête à manger du foin. » Je n’étais pas d’accord avec lui : il avait une autre intelligence. Il s’y connaissait très bien en bétail et savait si un veau était malade, si un taurillon allait charger. Mais il éta it juste impossible pour moi d’envisager autre chose que de tourner en orbite lo intaine autour de lui. Lorsque j’avais compris que je préférais les garçons, c’éta it sur lui que je fantasmais le
plus. Mais ici, on était dans une trop petite ville pour pouvoir se permettre ce genre d’écart. Ma mère n’avait vraiment pas besoin de ça. J’ai attendu de partir pour avoir ma première expérience sexuelle. Rien de très brillant. Un mec rencontré à une soirée du campus. Bon en technique, mais nul en sentiment. Ensuite, j’ai enchaîné les aventures, sans grande c onviction. Si je passais des moments agréables en compagnie de mes amants d’un s oir, je ne désirais pas aller plus loin avec eux, sachant dès le début à qu oi m’en tenir. Mais ça avait l’avantage de me distraire et d’assouvir mes appéti ts. Cela ne m’apportait pas grand-chose d’autre et le temps faisant, j’ai fini par espacer ce genre d’expériences. Je cherchais autre chose. Je chercha is l’absolu. Je cherchais un Grant Cunningham. Et le hasard a voulu que je tombe sur lui dès mon a rrivée chez moi et que ma mère m’apprenne qu’il est toujours célibataire. Voilà qui promet quelques rêves érotiques bien salés sur mon matelas qui en a vu d’autres. Sally débarque comme convenu, avec son mari calamiteux et sa marmaille à baffer. Deux gosses tout droit sortis de l’enfer qu i, à peine le seuil franchi, commencent à courir partout. Si j’avais une massue à ma disposition, je m’en servirais sans remords. Mais il me faut rester stoïque, histoire d’éviter une des trois questions qui fâchent. Jake s’installe avec m oi devant la télé, sans m’adresser plus de trois mots courtois, à peine art iculés. Ma sœur me claque deux bises et s’en va aider ma mère en cuisine. On passe à table, mes neveux, la bouche pleine, s’arrêtent enfin de crier. La con versation se déroule sans heurts, sur les sujets habituels : le temps, Mme Je nkins et son chat, (un odieux greffier qui s’accroche à la vie comme une teigne, alors qu’il a largement dépassé, à mon sens, la date de péremption), la pro chaine foire qui aura lieu dans trois mois et à l’occasion de laquelle aura li eu le concours annuel d’équitation western. Là, je lève une oreille. D’autant qu’il est question de Grant. « Il est passé me voir tout à l’heure, explique ma mère, pour réparer une fuite au lavabo à l’étage. Il a une très jolie jument pie qu’il va présenter aux épreuves dereiningdebarrel racing, le printemps prochain. » J’opine intérieurement. Lereining est une des compétitions reines de l’équitation western, destinée à montrer les qualités d’obéissance du cheval, mais aussi celles du cavalier qui n’a le droit de tenir ses rênes que d’une seule main. J’imagine un instant Grant en selle, guidant sa jum ent sans effort et lui faisant effectuer des pirouettes au quart de millimètre. Lebarrel racingune demande dextérité différente et surtout un cheval rapide et capable de virer très sec autour des trois barils qui permettent de former une figur e en forme de trèfle, le plus vite possible. Cela nécessite un bon équilibre, une monture possédant d’excellents appuis et sachant freiner très court. « Ça me botterait de voir ça. » Je réalise aussitôt que je me suis exprimé à voix h aute. Ma mère me regarde et sourit. « Il m’a dit qu’il s’entraînerait demain matin. Tu devrais passer le voir et profiter du spectacle. »
J’ai besoin de tout mon sang-froid pour ne pas piqu er un fard devant le sous-entendu innocent de ma génitrice. Bien sûr, elle ne se rend pas compte de ce qu’elle dit et à ce jeu-là, j’ai très vite appris à cacher mes sentiments. Il n’empêche que j’ai tout d’un coup très chaud et qu’ une partie de mon anatomie se sent plutôt à l’étroit. Le reste du dîner se passe sans autre incident nota ble, à part les deux mômes qui se mettent à geindre qu’ils veulent aller regarder la télé avant que nous ayons fini. Avec ma sœur, on aide ma mère à débarrasser, puis je monte dans ma chambre, prétextant la fatigue du voyage. En fait, je n’ai pas très envie de rester avec eux, redoutant le moment où mon beauf mettra i nvariablement les pieds dans le plat. Après un rapide passage dans la salle de bains, je me glisse dans mon lit en caleçon et commence une recherche sur internet à pr opos de Grant. Je trouve des vidéos de lui en compétition. Il est aussi géni al que je l’imaginais, une maîtrise parfaite de sa monture dont j'envie la pla ce. Ah ! me retrouver entre ses cuisses et jouir en caressant ses muscles saillants . Je prends des risques à ce jeu-là. Mon cerveau continue de turbiner, une fois la lumière éteinte et derrière mes paupières closes , c’est un véritable festival dans lequel Grant me fait des strip-teases d’enfer et me sort le grand jeu. Je me réveille en gémissant, avec une érection monumentale. Ma prédiction se réalise et je me soulage en soupirant. Bon sang, ces vacances prennent un tournant tout à fait inattendu. Et pourtant, le lendemain matin, après avoir avalé un rapide petit-déjeuner aux aurores ou presque, je me rue jusqu’aux écuries où je sais pouvoir trouver l’objet de mes fantasmes. Quand j’arrive, Grant est en train de harnacher sa jument pie. C’est une superbe bête qui tourne vers moi un regar d empli d’intelligence. L’équivalent d’une Rolls Royce chez les chevaux. Dè s qu’il m’aperçoit, Grant m’adresse un large sourire, termine de sangler sa s elle et s’approche de la barrière où je me tiens. « Colin, ça fait plaisir de te voir. Tu es bien matinal, dis-moi. » Il retire ses gants pour me serrer la main. Un courant électrique me parcourt de la tête aux pieds. « Besoin de prendre l’air, marmonné-je. Très belle jument, le complimenté-je. — Merci. Elle est adorable. Depuis qu’elle est née, elle me suit partout comme un petit chien. Une vraie perle. Ça te dirait de ve nir faire une balade avec moi ? Il faut que j’aille vérifier des enclos au nord de nos terres. — Ça fait un bail que je ne suis pas monté en selle , je dois être rouillé, le préviens-je. — Pas grave, ça sera une promenade tranquille. Pas question de risquer l’accident. — OK. T’aurais un cheval pour moi ? » Il m’accompagne au milieu des stalles, sa jument le suit sans qu’il ait besoin de la tenir par les rênes. Effectivement, un vrai toutou. Grant me présente Sullivan, un gentil hongre bai qui vient se frotter contre mo n manteau quand je m’approche. Je le caresse derrière l’oreille et il semble apprécier. Il a l’air plutôt
cool. Je le flatte et entre dans son box, tandis qu e Grant m’apporte son harnachement. En un tour de main, je lui mets bride et selle. « Tu n’as pas perdu la main », approuve Grant. Une fois dehors, il saute prestement sur le dos de sa monture et rassemble ses rênes avant de lancer sa jument au petit trot. Mon hongre suit docilement et nous quittons la ferme pour nous engager sur un che min forestier. C’est plutôt agréable, je ne m’attendais pas à commencer la jour née aussi bien. L’accueil de Grant me fait chaud au cœur. Il aurait pu me traite r comme un étranger et me laisser derrière la barrière, au lieu de ça, il m’o ffre un sacré bon moment à discuter et à galoper tranquillement lorsque le ter rain le permet. Les sabots de nos chevaux soulèvent un petit nuage de neige. L’air sort de leurs poumons en deux panaches clairs. Grant m’interroge sur mes étu des, moi sur le concours. On dirait deux vieux potes contents de se retrouver. On s’arrête à proximité d’une clôture sur laquelle un bouleau s’est écroulé sous le poids de la neige. J’aide Grant à dégager l ’arbre. Il récupère quelques outils dans les fontes de sa selle et répare promptement les dégâts. Je le regarde faire en caressant les chevaux et en profitant auss i du paysage. Je me rends compte que tout ça me manque. À la fac, j’ai la tête dans les livres la plupart du temps, ou je suis enfermé dans les salles de cours. J’ai hâte de pouvoir faire mon stage et de sortir de ce quotidien plutôt morne. Gr ant termine de fixer un barbelé et revient vers moi avec sa pince dans les mains. Ses yeux brillent. Il a les yeux les plus bleus que je connaisse et sous son chapeau dépassent quelques boucles de sa tignasse claire. Une barbe de quelque s jours assombrit ses joues. Il est sexy en diable. J’ai envie de tendre la main et de le toucher. Je détourne rapidement le regard pour éviter qu’il n’y voie ce désir interdit. « Tout va bien ? T’as l’air bizarre tout d’un coup ? » J’invente un mensonge. « Je crois que j’ai une poussière dans l’œil. » Je me frotte la paupière pour faire bonne mesure. « Montre voir », m’enjoint-il après avoir rangé son matériel. Toutes mes alarmes se déclenchent.Danger ! Warning ! Alerte rouge !le Je repousse en secouant la tête. « Non, non, ça rira. — Sois pas idiot, montre ! » Il écarte mes mains et j’ai du mal à lui résister. Il me considère avec attention, tire sur la paupière en bas, puis en haut. « Je vois rien », confirme-t-il. Et pour cause. Cette poussière imaginaire m’a encor e plus mis dans l’embarras. Il s’éloigne un peu et me regarde un moment sans rien dire. Je suis incapable de faire le moindre geste. Et je dois avoir l’air s tupide, la bouche ouverte comme ça. Tout d’un coup, il fait un pas vers moi, s’empare d e mon visage entre ses mains gantées et m’embrasse. Un vrai baiser, plein de fougue, qui me fait perdre la tête. Je m’agrippe à ses épaules, sans trop savo ir si je veux le repousser ou le retenir. Sa langue sollicite le passage et je ne lu i résiste pas. J’en ai trop rêvé. Il
ne s’écarte que lorsque je laisse échapper un gémis sement. J’ai juste besoin de respirer. Je m’attends à ce qu’il recule d’un bond, en jurant qu’il s’agit d’une lamentable erreur. Au lieu de quoi, il soupire : « Dieu que j’en avais envie ! » Je cligne des yeux comme un hibou. Ai-je bien enten du ? Grant Cunningham, envie de moi ? Comme je reste sans rien dire, il s’inquiète : « Toi aussi, pas vrai ? — Je… euh… » Que répondre d’intelligent à ça ? Je manque de lui balancer : « C’est maintenant que tu t'en soucies, après avoir failli me faire avoir une crise cardiaque ! » Mais je me tais et j’essaie surtout d e calmer mon cœur qui bat la chamade. « T’es tellement sexy quand tu rougis. » De nouveau, il m’adresse un sourire resplendissant. Je dois rêver. Je me pince à travers mon manteau et grimace de douleur. « Eh, doucement ! » proteste-t-il en prenant mon br as et le frottant avec un air compatissant. Des frissons me parcourent tout entier et je consta te que non, c'est bien réel. Grant Cunningham vient de m’embrasser. Mon amour de jeunesse. « T’es… t’es gay ? » m’exclamé-je. Il opine, le visage sombre. « Mais comment tu fais pour… ? — Le cacher à tout le monde ? Pas le choix. Bien pour ça que tu es parti, non ? Mais moi, je peux pas. Mon père a besoin de moi à l a ferme. Je ne pourrais jamais le laisser tout seul. » Il s’appuie contre sa jument, l’air songeur. Je pose une main réconfortante sur son épaule et il place la sienne dessus. « T’as réussi à le cacher pendant tout ce temps. — Ça devient de plus en plus difficile. Les gens s’ étonnent que j’aie pas encore de fiancée. De plus en plus de filles me cou rent après et je ne sais plus comment leur échapper. C’est plus vivable, me confie-t-il. Surtout que j’ai des… des besoins. » Il serre ma main avec force. Je lui rends son étreinte. Je comprends de quoi il parle. Mais moi au moins, en partant à Knoxville, j ’ai pu trouver un moyen de satisfaire mes appétits. Ici, ses choix doivent être limités. Très limités. « Des cowboys de passage, me confirme-t-il. Ou quan d je vais faire des foires à l’autre bout de l’État ou dans le Kentucky. Loin. Le plus loin possible d’ici. » Il soupire à nouveau, à fendre l’âme. « Mais c’est pas ça que je cherche. C’est même pire… après. » Il se tait un court instant avant de m'avouer : « Quand je t’ai vu, j’ai tout de suite ressenti… un courant entre nous. Pas toi ? » J’opine vigoureusement. Sauf que pendant longtemps, je pensais que c’était à sens unique. Il retire son chapeau, passe une main dans ses bouc les dorées et s’esclaffe. « Dieu que ça fait du bien ! »