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Un jour de neige

De
416 pages
Maureen est aux anges  : cette année, elle va organiser le spectacle de Noël d’Avalon, sa ville natale, où tout le monde la connaît et l’apprécie. Tandis que les premières neiges de décembre tombent sur le lac des Saules, elle met un point d’honneur à offrir aux habitants d’Avalon la plus extraordinaire des fêtes. Aussi est-elle furieuse d'apprendre qu'elle va devoir travailler avec Eddie Haven, un homme aussi séduisant que provocateur, qui se moque de son projet.  Mais, plus que tout, Maureen est furieuse contre elle-même. Car, dès le premier regard que lui jette Eddie, son cœur s'emballe. Encore sous le choc d'une récente et douloureuse rupture, elle n'aspire pourtant qu'à se tenir loin de toute présence masculine.  Alors comment refréner ce dangereux espoir qu'elle sent s'éveiller en elle ?

A propos de l'auteur :
Professeur diplômé de Harvard, Susan Wiggs a écrit plus de vingt-cinq romans, tous empreints d’une émotion et d’une finesse psychologique qui lui ont valu d’être plébiscitée par la critique et d’émouvoir, mais aussi de faire sourire ses lectrices dans le monde entier.
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ÀPROPOS DE L’AUTEUR
Professeur diplômé de Harvard, Susan Wiggs a écrit plus de vingt-cinq romans, tous empreints d’une émotion et d’une finesse psychologique qui lui ont valu d’être plébiscitée par la critique et d’émouvoir, mais aussi de faire sourire ses lectrices dans le monde entier.
Aux nombreux bibliothécaires de ma connaissanceparmi eux : John, Kristin, Nancy, Charlotte, Wendy, Cindy, Rebecca, Elizabeth, Suzanne, Melanie, Shelley, Stephani, Deborah et Cathi — ainsi qu’à toutes celles et tous ceux que je ne connais pas… Vous n’imaginez pas combien vous enrichissez la vie des autres. Ou peut-être que si. Je l’espère en tout cas. Merci.
Première partie
« Bénie soit la saison qui entraîne le monde dans la conspiration de l’amour. »
HAMILTON WRIGHT MABIE (1846-1916), essayiste américain.
1
Le jour tombait lorsqu’il arriva aux abords de la v ille. Un crépuscule d’hiver qui absorbait progressivement un paysage exsangue de champs et de forêts aux teintes étouffées. La saison des neiges n’avait pas encore débuté, mais l’air était d’un froid mordant. La route se rétrécit en une voie unique, courant sur un pont couvert, soutenu par des piles anciennes en galets de rivière. Au fil des ans, sa structure s’était dégradée sous l’effet des intempéries et avait été remplacée, planche par planche, sans pour autant que son architecture d’ensemble en soit véritablement modifiée. Le long des berges de la rivière, les roches éboulées et la végétation flétrie étaient bo rdées d’un délicat souffle de givre, et les arbres des bois et des vergers environnants avaient depuis longtemps perdu leurs feuilles. Le paysage semblait figé en une sorte d’attente glacée, décor planté en prévision d’un drame à venir… Le jeune homme était animé d’une calme résolution. Sa tâche, ici, ne s’annonçait pas simple, il le savait. Il y aurait des cœurs brisés, des vérités révélées au grand jour, et tout cela n’irait pas sans prise de risques. Mais ainsi allait la vie, songeait-il en marchant, à sa manière désordonnée, imprévisible, joyeuse, blessante et rédemptrice. Un blason vert et blanc, à l’entrée de la ville, annonçait : « Avalon. Comté d’Ulster. Altitude : 1 325 mètres. » Plus loin, un panneau d’affichage regroupait les salutations du Rotary Club, du Kiwanis et d’une bonne douzaine de groupes paroissiaux et d’associations municipales. Le message de bienvenue décrivait Avalon comme une petite ville nichée au cœur du site préservé de la forêt des Catskills. Un autre panneau exhortait les visiteurs à se rendre au lac des Saules, « joyau des montagnes ». Ce qualificatif un tantinet hyperbolique aurait pu s’appliquer à toutes les villes en bord de lac situées dans la partie nord de l’Etat de New York, mais celle-ci possédait le charme et la gravité d’un lieu chargé d’Histoire. D’ailleurs, à ce moment précis de l’histoire, passé et présent étaient sur le point de se télescoper, mais peut-être ce jeune homme n’était-il pas censé savoir pourquoi. Peut-être lui suffisait-il de connaître son objectif : réparer une ancienne injustice. Comment s’y prendrait-il au juste pour accomplir cette mission ? C’était pour lui une autre inconnue. Cela lui serait révélé petit à petit, en temps utile. La principale caractéristique d’Avalon était une jolie esplanade en brique, entourant le lourd bâtiment de style gothique qui abritait le tribunal et les bureaux de la mairie. Tout autour se dressaient divers commerces et restaurants aux devantures nimbées de lumières. Les réverbères en fer forgé qui bordaient la place s’ornaient des premières guirlandes de Noël et des illuminations de saison. Au loin s’étendait le lac des Saules, vaste nappe indigo sous le ciel maussade, sa surface laquée par une couche de glace qui s’épaissirait au fil de l’hiver. A quelques rues de la place principale se trouvait la gare ferroviaire. Un train venait d’arriver ; il déversait sur le quai un flot de pas sagers rentrant des agglomérations plus importantes où ils travaillaient — Kingston, New Paltz, Albany et Poughkeepsie. Certains poussaient même jusqu’à New York. Les gens se pressaient vers leur voiture, impatients d’échapper au froid, impatients de regagner le foyer où les attendait leur famille. Il y a tant de façons de former une famille… et tant de façons de la perdre. Mais la nature humaine est pétrie de pardon, et un mot ou un geste de bonté suffirait peut-être à renouer des liens. Il lui semblait si étrange de revenir ici après tout ce temps. Etrange et important. Que les gens en aient conscience ou non, une réalité était en péril. Et lui éprouvait le besoin de leur
venir en aide. Non loin de la gare se trouvait la bibliothèque mun icipale, une bâtisse ramassée, à l’architecture inspirée de la Grèce antique. Sa première pierre avait été posée quatre-vingt-dix-neuf ans plus tôt, très précisément. Le garçon portait en lui cette date marquée au fer rouge. La bibliothèque se dressait au cœur du magni fique parc municipal, bordé d’arbres dénudés et strié d’allées. Elle occupait le site de l’ancienne bibliothèque qui avait été entièrement détruite par le feu un siècle auparavant — un incendie accidentel, avait-on dit à l’époque. Peu de gens connaissaient les circonstances exactes de ce qui s’était passé, non plus qu’ils ne comprenaient l’impact qu’avait eu l’événement sur la vie même de la ville. Fondée à l’origine par une riche famille consciente de la valeur d’une telle institution, la bibliothèque avait été reconstruite après l’incendie. Bâti en pierre de taille et littéralement ignifuge, le nouvel édifice avait vu défiler presqu e cent ans, dans une alternance de folle prospérité et de misère noire, de guerre et de paix, d’agitation sociale et d’harmonie. La ville avait changé, le monde avait changé. Les gens ne se connaissaient plus et, pourtant, quelques constantes subsistaient encore, ancrant chaque chose à sa juste place, et la bibliothèque était l’une d’entre elles. Le jeune homme poussa un soupi r qui blanchit l’air, tandis que se pressaient à sa mémoire de vieux souvenirs aussi obsédants qu’un rêve inachevé. Un siècle plus tôt, la première bibliothèque avait été détruite. Aujourd’hui, c’était le bâtiment actuel qui était menacé, non par le feu, mais par quelque chose de tout aussi dangereux. Peut-être était-il encore temps de la sauver. La bibliothèque présentait des rangées de hautes fenêtres sur toutes ses faces, ainsi qu’un atrium éclairé d’en haut par une verrière, afin que l’espace soit inondé de lumière. A travers elles, l’adolescent pouvait voir les rayonnages de chêne, les tables et les box où les gens étudiaient, la tête penchée sur les ouvrages. Il apercevait également la partie réservée au personnel. Dans le halo d’une lampe de travail, une femme étai t assise à un bureau encombré, absorbée par sa tâche. Elle avait le teint pâle et ses traits reflétaient une vive inquiétude. Elle se leva brusquement et, lissant le devant de sa jupe marron, elle se dirigea vers un casier d’où elle sortit son manteau. Puis elle se blinda contre le froid qui tombait rapidement — bottes fourrées, cache-nez, bonnet, mitaines. Malgré la présence de nombreux usagers de la bibliothèque, elle semblait très seule et quelque chose de brusque, dans sa gestuelle, disait qu’elle était affolée. Le jeune garçon était parvenu à l’entrée de l’édifice, une majestueuse arche de pierre ornée d’un bas-relief gravé de maximes. Il marqua u ne pause, le temps de déchiffrer les citations des différents érudits, Plutarque, Socrate, Juda ibn Tibbon, Benjamin Franklin. Ces mots empreints de raison ne manquaient pas d’attrait, mais le garçon ne se fiait qu’à son cœur. Il était temps d’agir. Dans sa hâte à quitter le bâtiment, la femme emmitouflée faillit le percuter. — Oh ! s’exclama-t-elle, en reculant précipitamment. Je vous demande pardon. Je ne vous avais pas vu… — Ce n’est rien, répondit l’adolescent. Quelque chose dans l’intonation de sa voix dut la s urprendre, car elle le dévisagea quelques secondes derrière les verres épais de ses lunettes de vue. Il tenta de se voir tel qu’il lui apparaissait : un garçon de pas encore seize ans, au regard sombre et sérieux, au teint olivâtre, et dont les cheveux avaient besoin d’une bonne coupe. Il portait un blouson cargo kaki du surplus de l’armée, et un pantalon large, tous deux élimés mais propres. Les vêtements d’hiver dissimulaient la plupart de ses cicatrices. — Est-ce que je peux vous aider ? lui demanda-t-elle, légèrement essoufflée. Je m’en vais, mais… — Je crois pouvoir trouver moi-même ce que je cherche, je vous remercie, répondit-il. — La bibliothèque ferme à 18 heures, ce soir… — Je ne serai pas long. — Je ne crois pas vous avoir déjà rencontré, dit-elle encore. J’essaie de connaître tous les usagers de la bibliothèque. — Je m’appelle Jabez. Jabez Cantor. Je suis… nouveau, par ici. Ce n’était pas un mensonge. Pas vraiment. Elle lui sourit, mais l’inquiétude persistait dans son regard. — Et moi Maureen Davenport. « Je sais, pensa-t-il. Je sais qui vous êtes. » Il saisissait l’importance du rôle de cette femme, bien qu’elle-même ne s’en rendît pas compte. Elle avait tant fait pour cette ville. — Je suis la conservatrice de cette bibliothèque annexe, lui expliqua-t-elle. J’aimerais vous la faire visiter, mais on m’attend ailleurs… Cela aussi, il le savait. — Au plaisir de vous revoir, Jabez.
« Oui, songea-t-il, tandis qu’elle s’éloignait d’un pas pressé. Vous allez me revoir. »
2
Maureen sentait ses joues picoter d’avoir marché d’un pas vif. Elle avait beau raffoler de ce petit air frisquet, elle accueillit avec reconna issance le chaud refuge qu’offrait la boulangerie-salon de thé de Sky River. Otant successivement son cache-nez, son bonnet et ses gants, elle balaya du regard le petit groupe de personnes massées autour des présentoirs à pâtisseries et les couples installés à l’écart, dans les box. De toute évidence, il n’était pas encore arrivé. C’était une sensation particulière et assez gênante que d’attendre quelqu’un qui ignorait à quoi vous ressembliez. Elle songea à commander un grand mug de thé ou de chocolat chaud, mais la file d’attente, au comptoir, l’en dissuada. Elle s’assit donc à l’une des tables bistrot et ouvrit le livre qu’elle était en train de lire :365 jours par an : comment Noël inviter les fêtes dans votre quotidien. Elle lisait toujours quelque chose. Toute petite déjà, elle trouvait joie et réconfort dans la lecture. Pour elle, une histoire représentait bien plus que de simples mots imprimés sur une page. Ouvrir un livre était comme ouvrir une porte sur un autre monde. Une fois le seuil franchi, elle était transportée ailleurs, elle devenait quelqu’un d’autre. Elle dévorait toutes sortes d’ouvrages : des romans, des essais et des témoignages, de la littérature enfantine, des manuels pratiques… En sa qualité de bibliothécaire, les livres constituaient le cœur même de son métier. En tant q ue personne qui aimait lire comme d’autres aiment manger, les livres étaient toute sa vie. Elle s’efforça de ne pas trop se laisser absorber par sa lecture, en raison de l’imminence de son rendez-vous. Imminence de plus en plus retardée d’ailleurs : Eddie Haven était en retard. Les minutes s’écoulant, Maureen envisagea plusieurs scénarios. S’il avait décidé de ne pas venir, finalement ? S’il lui faisait faux bond ? Pouvait-elle le licencier ? Non, impossible… Il était bénévole et on ne peut pas, à proprement parler, « licencier » un bénévole. En outre, il avait été contraint de travailler avec elle sur l’ordre d’un juge. Sinon, pour quelle raison un homme tel qu’Eddie Haven aurait-il eu affaire à elle ? Il fallait bien une décision de justice pour l’obliger à côtoyer cette catégorie de personnes ordinaires à laquelle Maureen appartenait. Pensée humiliante dont elle devait cependant tâcher de ne pas se formaliser. Leur disparité fondamentale tenait à deux choses : l’apparence et la notoriété. Avec son physique à la perfection ravageuse, Eddie Haven était la coqueluche des femmes et des jeunes filles et, en tant que musicien de talent, il était en passe d’acquérir une indiscutable célébrité. Des dizaines d’années plus tôt, sa frimousse avait fait le tour du pays. Il avait été l’un de ces enfants stars et avait très jeune connu une ascension fulgurante, avant de voir son étoile pâlir. Il était cependant parvenu à rester présent dans les mémoires grâce au rôle qui lui avait valu son unique succès au cinéma, grâce aussi aux multiples rediffusions proposées par les chaînes du câble en continu.L’Escapade de Noël, un mélo réconfortant qui avait captivé le monde entier, était devenu un incontournable des fêtes de fin d’année. Le nom d’Eddie Haven était associé à celui de bon nombre de femmes du milieu du spectacle, et, de temps à autre, un magazine people le montrait en compagnie d’une starlette ou d’une bimbo de la jet-set. Pendant une longue période, il avait totalement dis paru de la scène médiatique, mais il baignait désormais dans une nouvelle aura de gloire . Depuis la récente sortie du DVD