Un nouveau départ

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157 pages
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Cassandra Lacour est une jeune femme au lourd passé. À vingt-deux ans, elle entre dans la vie active en faisant un stage chez Design & Co, entreprise dirigée d’une main de maître par Noah Beckham, à qui la vie sourit. Chaque nuit, ses vieux démons la hantent dans son sommeil et, chaque matin, elle s’efforce de vivre avec un fardeau insupportable. Pourtant très proche de son frère Mattéo et de son amie Barbara, elle n’a jamais réussi à se confier et n’accorde sa confiance à personne. Néanmoins, son charismatique patron va bouleverser sa vie, fissurant peu à peu la carapace qu’elle s’était forgée au fil des années. La vie l’a abattue, mais Cassie a décidé de se relever. Trouvera-t-elle son salut dans les bras de Noah, pourra-t-elle prendre un nouveau départ ?

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EAN13 9782390061021
Langue Français

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Clémence Lucas Un nouveau départ Reines-Beaux
Pour la présente édition © Reines-Beaux 2019 Reines-Beaux est un label des éditions Bookmark dirigé par Terry Milien Copyright © Clémence Lucas 2017 Seconde édition Maquette : Scarlette Victoire Illustration de couverture : Le comptoir d’e-Dantès Suivi éditorial : Terry Milien
Ceci est une œuvre de fiction. Les personnages, lieux et évènements décrits dans ce récit proviennent de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des personnes, des lieux ou des évènements existants ou ayant existé est entièrement fortuite. Tous droits réservés. Cette œuvre ne peut être reproduite, de quelque manière que ce soit, partiellement ou dans sa totalité, sans l’accord écrit de la maison d’édition, à l’exception d’extraits et citations dans le cadre d’articles de critique. Avertissement sur le contenu : cette œuvre dépeint des scènes d’intimité entre deux personnes et un langage adulte. Elle vise donc un public averti et ne convient pas aux mineurs. La maison d’édition décline toute responsabilité pour le cas où vos fichiers seraient lus par un public trop jeune. ISBN numérique : 9782390061021 www.reines-beaux.com
Dédicace À mes lectrices, merci d’avoir cru en cette histoire.
Chapitre 1 Pourquoi maman ne vient-elle pas m’aider ? Elle n’entend pas que je pleure ? Que j’ai besoin d’elle ? Pourtant, les mamans sont censées protéger leur enfant, non ? Alors pourquoi maman ne vient pas ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? — Chut, calme-toi, ma puce. Tu as encore fait un cauchemar. Je lève les yeux vers Mattéo, mon frère, qui s’occupe de moi depuis maintenant douze ans. Presque toutes les nuits, je le réveille à cause de mes cauchemars. Il me prend tout contre lui et me berce jusqu’à ce que je me calme. — Je suis désolée, Matt. Je t’ai encore réveillé, dis-je tristement. — Tu n’as pas à être désolée, ma puce. C’est moi qui le suis. J’étouffe un sanglot. Pas question de verser une larme de plus et culpabiliser davantage mon grand frère. Il n’était pas là au moment des faits, et même s’il l’avait été, je doute que du haut de ses dix-huit ans à l’époque, il aurait pu éviter tout ça. Je respire son odeur et me blottis tout contre lui pour m’apaiser et me rendormir. Il est à la fois mon meilleur ami et mon confident, mais il est avant tout la seule personne qui me reste au monde. Deux heures plus tard, je me réveille comme tous les matins, le moral dans les chaussettes et des cernes sous les yeux.Putain !à peine vingt-deux ans et je J’ai ressemble à une trentenaire en manque de sommeil à cause de son gamin qui passe la nuit à chialer ! Sauf que je n’ai pas trente ans et que le gamin qui pleure toutes les nuits, c’est moi ! Je me lève et file me préparer dans la salle de bains. Vingt minutes plus tard, je rejoins Mattéo dans la cuisine. Il en est certainement déjà à son deuxième ou troisième café. Je l’embrasse sur la joue et m’installe en face de lui. — Comment tu te sens, ce matin, ma puce ? demande-t-il en me tendant ma dose de caféine. Et voilà… !chaque matin, mon frère me demande comment je me sens et, Comme comme chaque jour, je lui adresse un sourire et lui dis que ça va mieux. Même si je peux encore sentirsessur moi, mains son haleine empestant l’alcool,son regard torve… Un frisson me parcourt l’échine, et je ferme très fort les paupières pour chasser ces horribles images de ma tête. Tous mes cauchemars sont les mêmes. Je revis indéfiniment le terrible drame que j’ai subi à l’âge de dix ans. Souvent, la scène se déroule au ralenti devant mes yeux et, parfois, c’est un mélange de tous les jours d’horreur que ce monstre a fait endurer à notre famille. Pourtant, il m’arrive aussi de revivre les instants merveilleux partagés avec maman et mon frère, mais son spectre surgit irrémédiablement, interrompant nos courtes éclaircies de bonheur. Mattéo termine son café et propose de m’accompagner au travail. Enfin, au travail, c’est vite dit ! Je fais actuellement un stage dans une entreprise de design où j’achève mon cursus universitaire. Dans six mois, je serai diplômée et j’entrerai pleinement dans la vie active. Pour le moment, ma plus grande responsabilité est de préparer le café de ma chef, Cathy, et de faire ses photocopies ! Visiblement, cette pimbêche d’une quarantaine d’années a du mal à saisir qu’une fois diplômée, je pourrais être sa supérieure hiérarchique, à la condition, bien entendu, queDesign & CoEt ça, c’est m’embauche. mon rêve ultime ! Cette entreprise mondialement reconnue possède des filiales un peu partout dans le monde. Si j’arrive à sortir mon épingle du jeu, je pourrais travailler pour elle et découvrir le monde en me portant régulièrement candidate pour des mutations. J’aime vivre à Paris.
Il y a tout ce qu’il faut pour être heureux, et vivre dans la plus belle capitale du monde n’est pas donné à tout le monde ! Je me sens extrêmement chanceuse d’habiter ici, mais je me demande si mes cauchemars cesseraient si je déménageais. Peut-être que vivre toujours dans la ville où tout a basculé permet à mes cauchemars de continuer à me hanter ? On dit que l’herbe est plus verte ailleurs, alors peut-être que mon esprit serait plus libre si je m’évadais ? Mattéo me dépose devant l’entrée de l’immeuble où se trouve le siège deDesign & Co et me dit de l’appeler pour rentrer si je finis trop tard. Je sors de la voiture après lui avoir déposé un baiser sur la joue et claque la portière derrière moi. Je ferme les yeux puis fais le vide dans ma tête. La Cassandra fragile et en colère doit laisser place à la douce, souriante et volontaire stagiaire qui souhaite avant tout réussir ses études. Comme tous les matins, je prends une profonde respiration et laisse mon passé derrière moi. J’ouvre les yeux, pénètre d’un pas décidé dans l’immeuble et traverse le hall menant aux ascenseurs. J’appuie sur le bouton d’appel et attends en fredonnant la dernière chanson de Walk The Moon,Shut Up and Dance. Lorsque les portes s’ouvrent, j’entre e immédiatement à l’intérieur et j’appuie frénétiquement sur le bouton du 18 étage. Je déteste prendre l’ascenseur avec quelqu’un. Je ne supporte pas de me retrouver au milieu de plusieurs personnes sans avoir d’issue de secours. Les portes se referment, bien trop lentement à mon goût, et un homme crie de retenir l’ascenseur.Désolée, mon gars, mais il n’en est pas question ! Les portes sont presque closes quand soudain une main s’engouffre à l’intérieur et les ouvre à nouveau. Désespérée, je soupire en baissant la tête ; il faut que je me reprenne. Je relève peu à peu les yeux. Il n’y a rien de si terrible à se retrouver avec un homme, seule, dans un ascenseur… Et encore moins lorsqu’il s’agit du P.-D.G., Noah Beckham en personne ! — Vous ne m’avez pas entendu, Mademoiselle Lacour ? Je sursaute quand il prononce mon nom et me redresse complètement. Je suis stupéfaite ! Je suis dans la boîte en tant que stagiaire etlesait comment je patron m’appelle ! Il attend visiblement une réponse de ma part et me toise, bras croisés, pendant que l’ascenseur commence son ascension. — Désolée, Monsieur Beckham, j’étais perdue dans mes pensées. Il hoche la tête, prend son portable dans sa poche et ne me jauge plus. Je me cale contre la paroi de l’ascenseur, j’ai les jambes tremblantes et la gorge sèche. Non seulement je ne supporte pas d’être enfermée, mais l’être avec le P.-D.G. le plus séduisant et charismatique du design français n’arrange en rien ma situation. L’ascenseur s’arrête enfin, et telle une personne essayant de se sauver d’un immeuble en flammes, je m’élance pour sortir de cette boîte qui m’oppresse et bouscule, au passage, mon patron. — Désolée…, bredouillé-je, intimidée, en regagnant mon open space au pas de course. Noah Beckham me suit des yeux. Je peux sentir son regard posé sur moi et je me sens encore plus gênée. Ce n’est pas vrai ! Il va sérieusement falloir que je trouve une solution pour lutter contre cette phobie afin de ne plus passer pour la tarée de service. Sinon, jamaisDesign & Cone m’embauchera. J’arrive à mon bureau et me mets directement au travail. Pas question de perdre une minute de plus, autant me faire discrète pour le reste de la journée. Barbara, la deuxième stagiaire qui travaille avec moi, me fait un signe de la main pendant qu’elle continue de téléphoner à sa mère qui vit à l’autre bout de la France. C’est son rituel. Tous les jours, elle l’appelle en douce avant que notre boss tyrannique Cathy n’arrive. En parlant du loup, aujourd’hui Madame Pimbêche a sorti l’artillerie lourde : mini-jupe rouge, chemisier noir dont les boutons sont ouverts jusqu’à son soutien-gorge en dentelle
rouge, chaussures à talons vertigineux et rouge à lèvres écarlate. Je vérifie rapidement son emploi du temps et je constate que c’est le jour de la réunion hebdomadaire avec le P.-D.G. Je comprends mieux son attirail aguicheur. Comme toutes les filles de l’entreprise, notre chère boss en pince pour le patron et fait tout pour se mettre en avant à chaque fois qu’elle en a l’occasion. Mais, visiblement, Noah Beckham reste insensible à son charme tapageur, puisqu’elle revient toujours avec un air penaud. Cathy nous salue d’un bref hochement de tête et va s’enfermer dans son bureau. Il est tout juste neuf heures. La réunion est prévue dans une heure. Je n’ai qu’à lui apporter son café et prendre ses photocopies, et elle me laissera tranquille jusqu’au déjeuner, à moins qu’elle ne soit prise d’une lubie. Je me rends dans le coin cuisine aménagé non loin de mon open space et je prépare le café de Cathy, avec un nuage de lait et deux sucres. Enfin le nuage ressemble au plus gros cumulus qui existe… Quelle horreur ! Ça s’appelle du caramel, et non du café ! Pour moi, rien ne vaut un café noir, sans rien qui modifie son arôme. Je me sers une tasse aussi et me dirige vers le bureau de Cathy. Je dépose au passage ma tasse sur mon espace de travail avant d’aller frapper à sa porte. — Entrez ! crie-t-elle sans quitter des yeux son écran. J’entre la tête haute, mon plus beau sourire de façade fixé aux lèvres. Je la déteste, mais elle ne doit surtout pas le savoir. Je ne suis qu’une simple stagiaire et, sur sa demande expresse, je pourrais être virée du jour au lendemain avec perte et fracas. Je ne validerais pas mon cursus et devrais répéter mon année. Mon Dieu ! Même pas pour rire, je retourne encore un an à la fac ! J’ai déjà fait plaisir à Mattéo en poursuivant mes études et j’ai la chance d’avoir une mémoire photographique. J’apprends tous mes cours en les lisant une fois et je suis capable de réciter mot pour mot ce que j’ai lu, même des mois plus tard. La fac est une énorme perte de temps pour moi. Pas besoin qu’on m’explique mille fois les choses, j’assimile très rapidement et les journées de cours me paraissent une éternité. Je pose la tasse delattele bureau de Madame Pimbêche. Je prends la pile de sur dossiers posée sur le coin de la table, et je m’apprête à sortir quand Cathy m’interpelle : — Au fait, Sandra, vous m’accompagnerez à la réunion ce matin. — C’est vrai ? demandé-je, tout excitée et sans prendre la peine de rectifier mon prénom. Elle sait très bien que je m’appelle Cassandra, mais elle fait toujours comme si elle ne s’en rappelait pas. — Oui, c’est vrai. Pourquoi mentirais-je ? — Je ne sais pas, Madame. — Fort bien. Notre P.-D.G. souhaite que nous impliquions davantage les stagiaires dans la vie de l’entreprise, et vous êtes la première à tenter l’expérience. Je vous préviens, ne vous montrez pas ridicule. Tenez-vous bien tranquille sur votre chaise, et n’intervenez que si on vous en donne l’autorisation. Je ne souffrirai pas le moindre écart de conduite que l’on me reprocherait immanquablement. Dépêchez-vous de me faire les copies en dix exemplaires des cinq premiers dossiers. Nous en aurons besoin pour la réunion. Je la regarde sans un mot ; j’assimile tout ce qu’elle vient de me dire. Le P.-D.G. a inopinément décidé de faire participer davantage les stagiaires, comme par hasard le jour où je me retrouve nez-à-nez avec lui dans l’ascenseur. Et s’il y avait un lien de cause à effet… ? — Eh bien, Alexandra, que faites-vous encore ici ? Dépêchez-vous, les photocopies ne vont pas se faire toutes seules ! Je m’excuse en lui adressant mon plus beau sourire d’hypocrite, et je quitte son bureau.
Je vais immédiatement raconter tout ça à Barbara qui n’en croit pas ses yeux et espère être la prochaine à assister à la réunion. Non pas pour apprendre des choses, mais pour pouvoir mater pendant quelques heures notre beau gosse de patron ! Mon petit moment potin terminé, je cours jusqu’à la photocopieuse qui se trouve à l’autre bout du couloir. Je commence mes photocopies et je me rends compte que j’ai oublié mon café sur mon bureau ! Pas le temps d’y retourner sans prendre le risque que Cathy m’aperçoive et me donne une autre mission. Tant pis, je ne boirai pas mon café ce matin, même si je le prendrais bien en perfusion pour me remettre les idées en place. Soudain, je sens un regard posé sur moi. Je tourne la tête, mais je ne distingue personne en train de m’observer. Je m’attaque au deuxième dossier quand une main se pose sur mon épaule et me fait crier de surprise. — Vous êtes toujours aussi stressée, Mademoiselle Lacour ? me demande Noah Beckham. — Euh… Non, mais vous avez le chic pour me surprendre lorsque je suis plongée dans mes pensées. — Ah oui ? Vous êtes plongée dans vos pensées plutôt que dans votre travail ? Je m’empourpre immédiatement. Je veux lui répondre quelque chose, mais aucun son ne sort de ma bouche. Je suis parfaitement ridicule ! — Rassurez-vous, Cassandra, je vous taquine. Je sais très bien que faire les photocopies pour Cathy n’est pas vraiment gratifiant, mais ne vous inquiétez pas, bientôt tout cela va changer. Et sans me laisser le temps de lui répondre quoi que ce soit, il dépose ma tasse de café à côté de la photocopieuse et se dirige vers le bureau de ma chef… Mais c’est quoi ce délire ?!
Chapitre2 Je bois mon café, qui a visiblement été réchauffé, et continue ma tâche en me replongeant dans mes pensées. J’ai pris mon poste il y a quinze jours. J’ai rencontré le P.-D.G. le jour de mon arrivée, et l’ai croisé tout juste quelques fois. Jusqu’à maintenant, jamais il ne m’avait adressé plus de deux mots, alors pourquoi un tel revirement de situation aujourd’hui ? Barbara me rejoint en courant, les yeux écarquillés : — Tu ne devineras jamais ce qui vient de se produire pendant que tu faisais tes photocopies ? — Ben, accouche ! Je ne vais pas me tuer à chercher si tu penses que je ne trouverai pas ! — Pffff ! Parfois, t’es vraiment nulle comme copine. Enfin, c’est un tel scoop que je ne pouvais pas attendre une seconde de plus pour te le dire. — Vas-y, raconte, tu m’intéresses ! — Beckham vient de virer Madame Pimbêche ! — Quoi ?! — Je ne sais ce qu’ils se sont dit, toujours est-il que Madame Pimbêche est en train de ranger ses affaires dans un carton et que Beckham est remonté un max ! Mince, le voilà. Je file reprendre mon poste. Je ne veux pas être la prochaine à dégager ! Barbara repart aussi vite qu’elle est arrivée. Noah Beckham passe devant moi, me sourit, puis disparaît dans le couloir. Pour quelqu’un d’énervé, il me semble plutôt cool. Ce type est vraiment une énigme… Je retourne à mon bureau puis classe rapidement les dossiers que Cathy m’avait confiés. Barbara est au téléphone et me fait de grands gestes en direction du bureau de la pimbêche qui termine de ranger ses affaires. Elle n’arrête pas de me lancer des regards noirs que je suis incapable d’interpréter, mais comme je la déteste et qu’en plus elle vient d’être virée, je ne me gêne nullement pour les lui rendre. Cathy sort de son bureau, un carton rempli d’affaires sous le bras, et me fusille une dernière fois du regard. Elle traverse l’open space, les cliquetis de ses talons résonnent, marquant la fin de son règne, puis elle disparaît au bout du couloir. Je crois que, pour la première fois de la journée, j’arbore un véritable sourire. Finalement, cette journée n’est pas si mauvaise que ça ! Mon téléphone se met à sonner. Je vérifie le nom de l’interlocuteur avant de décrocher et prends une profonde inspiration en voyant son nom apparaître. — Oui, Monsieur Beckham ? — Cassandra, veuillez prendre avec vous les dossiers que Cathy vous avait confiés et rejoignez-moi immédiatement dans la salle de réunion. Nous vous attendons. Il raccroche sans me laisser le temps de lui répondre. Il me faut quelques secondes pour reprendre mes esprits et m’activer. Je récupère les dossiers, fais un coucou de la main à e Barbara et me rends au 19 étage où se trouve la salle de réunion. Comme mon poste se situe à un étage de là, je décide d’emprunter les escaliers. Pas question de risquer d’être à nouveau coincée dans l’ascenseur… Une fois dans la journée, cela me suffit amplement. Lorsque j’arrive, Noah Beckham m’attend devant la porte, bras croisés, un sourcil relevé. Il m’invite à entrer et me propose de m’installer sur le siège qui lui fait face en prenant place sur son fauteuil. La salle de réunion est pleine à craquer. Toutes les branches deDesign & Cosont présentes, et je ne comprends toujours pas pourquoi le P.-D.G souhaite que j’assiste à l’ordre du jour. Noah Beckham remercie tout le monde d’être ponctuel puis cède la parole à son bras
droit, Richard Emerson. J’essaie de me concentrer sur ce que raconte le bras droit, mais je sens le regard insistant de M. Beckham posé sur moi.À quoi joue-t-il, bon sang ?! Je me mets à griffonner distraitement sur un coin de feuille. La musique de Lost Frequencies,Reality, berce mes pensées et me permet de faire abstraction de son regard. Il n’y a que comme ça que j’arrive à m’enfermer dans ma bulle pour que rien ne vienne me perturber. Quand j’avais quinze ans, mon psy m’avait dit que c’était le moyen qu’avait trouvé mon cerveau pour me protéger et faire barrage à la pression extérieure. Un moyen comme un autre de ne pas faire face à la réalité… — Et vous ? Qu’en pensez-vous, Cassandra ? Quoi ?Je relève la tête et remarque que tous les yeux de l’assemblée sont braqués sur moi. Emerson me dévisage, la responsable du personnel tape frénétiquement des ongles sur la table et Noah Beckham me sourit, une lueur amusée dans le regard. Je réfléchis rapidement. Emerson parlait d’un projet concernant la création d’un building aux États-Unis. Que disait-il, déjà ? — Mademoiselle Lacour, vous êtes toujours avec nous ? demande le bras droit du P.-D.G. — Voyons, Richard, Mademoiselle est stagiaire. Je ne crois pas qu’elle ait une opinion sur cette question…, intervient Muriel Landro, la chef de projet Innovation. — Détrompez-vous, Muriel, je suis curieux d’avoir le point de vue de Cassandra, la coupe aussitôt Noah Beckham. J’inspire profondément et prends mon courage à deux mains. — Je pense que vous faites fausse route avec ce projet. Jack Kent est connu pour être un mégalo narcissique. L’immeuble que nous lui proposons est, certes, de haut standing, mais qu’est-ce qui différencie notre projet des autres ? — Notre prestige ! répond la chef Innovation, visiblement agacée. — Bien entendu,Design & Coest la plus grande boîte de design, et son prestige n’est plus à démontrer, mais ce n’est pas ça qui importe à Kent. C’est le genre d’homme qui peut signer un contrat avec la plus petite entreprise qui soit, pourvu que celle-ci lui présente un projet à la mesure de son ego ! — Et que proposez-vous pour pallier ce problème, Cassandra ? — Mais voyons, Noah ! Vous ne pensez pas qu’une simple stagiaire puisse trouver une solution, quand même ! C’est n’importe quoi ! Je suis la responsable Innovation de l’entreprise et… — Et moi, j’en suis le P.-D.G. ! Je suis curieux d’écouter les idées de Mademoiselle Lacour, et je dois avouer que jusque-là, je suis plutôt d’accord avec elle. C’est tout à fait le genre de Kent de vouloir toujours plus grand et plus prestigieux. Il se passe la main dans les cheveux et soutient mon regard, puis il se lève et décrète que la réunion est terminée. Toutes les personnes présentes ramassent leurs affaires et quittent la pièce dans un silence total. Je m’apprête à faire de même quand Noah Beckham interrompt mon geste : — Non, restez encore un peu, Cassandra. J’aimerais discuter de vos idées sur ce projet. Je me sens soudain terriblement mal à l’aise. Le P.-D.G souhaite que je lui fasse part de mes idées, alors qu’en réalité, je n’en ai aucune. Et pour la troisième fois de la journée, je vais encore sombrer dans le ridicule. J’attrape mes dessins et les dissimule sous la pile de dossiers. Puis je tente de prendre une attitude plus convenable et professionnelle. Noah Beckham desserre le nœud de sa cravate et se réinstalle dans son fauteuil. Il sort plusieurs plans d’un dossier et s’arme d’une feuille vierge et d’un stylo. — Je sais que vous avez brillé pendant toute votre scolarité, et vous êtes une stagiaire