Une vie, à suivre...

Une vie, à suivre...

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Livres
114 pages

Description

Aurélie, pleine de vie, quatorze ans, tombe amoureuse d’Aubin, un ami de son frère. A la fin de ses études, elle devient sa femme, puis, plus tard deviendra mère de trois enfants. Cette famille élevée dans l’amour, le respect et la confiance va malgré tout devoir se confronter à la souffrance de la vie et se battre pour conserver une vie paisible.


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Ajouté le 18 juillet 2013
Nombre de lectures 11
EAN13 9782332589446
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-58942-2

 

© Edilivre, 2013

Une vie, à suivre…

 

 

Fantine CHARMET, Mamie pour les intimes, était de ces femmes au visage épanoui de gentillesse que la vie n’avait pas épargnée ; fredonnant ce petit air qui lui trottait dans la tête depuis le matin, elle préparait pour le goûter sa croustade aux pommes dont les enfants raffolaient ; un bruit de cavalcade dans la cour, la porte qui claque violemment, un tonitruant « Mamie », et l’interpellée, un doux sourire sur les lèvres, les mains enrobées de farine, vit arriver sa petite fille Aurélie ! Elle avait l’habitude de ces entrées fracassantes, mais pour la forme, elle fit mine de froncer les sourcils et se planta face à cette adolescente de quatorze ans lui signifiant de l’air le plus sévère qu’elle put prendre :

« En voilà des façons de se conduire ! Un peu de tenue jeune fille »

Au comble de l’excitation, l’adolescente lui répondit :

« Mais Mamie, c’est urgent » !

Mamie regarda sa petite fille par-dessus ses lunettes, elle connaissait bien les « urgences » de cette enfant, pleine de vie, toujours en mouvement, et si douce en même temps, et se remettant à pétrir la pâte, elle lui dit de sa voix tranquille :

« De quelle urgence s’agit-il donc ? »

Aurélie fronça à son tour les sourcils, la faisant ressembler encore plus à sa grand-mère et rétorqua de l’air bougon que prennent les adolescents pour faire d’une peccadille une catastrophe :

« Roxan joue au tennis avec ses copains, et je dois leur apporter une bouteille de limonade ; vite s’il te plait ! »

Mamie renversa sa tête en arrière, fit rouler dans sa gorge le rire cristallin qui la faisait aimer de tout le monde, et répondit :

« N’y aurait-il pas parmi les copains de ton frère Roxan un certain jeune homme « beau comme un Dieu » répondant au prénom d’Aubin, par le plus grand des hasards ? »

Aurélie aurait bien voulu répondre une méchanceté, mais le rire de sa grand-mère avait le don de la calmer ; elle sourit, puis rouge d’avoir été démasquée elle bougonna :

« Heu, oui peut-être, enfin c’est possible, mais où est-elle cette limonade ? »

La dénichant enfin, elle refit le même chemin en sens inverse, n’omettant pas de faire trembler la maison en claquant la porte !

Aurélie attacha en hâte le panier sur le porte-bagage de son vélo, et partit à grands coups de pédales ; elle souriait, elle adorait sa grand-mère, elle savait bien à quel point elle lui ressemblait ; se remémorant son doux visage toujours avenant, elle se sentit encore plus proche d’elle et se dit quelle chance elle avait d’avoir cette famille ! Elle pensait à toutes ces soirées exceptionnelles où Fantine mettait les pincettes dans les braises, préparait les bols de lait bien chaud, puis faisait couler le caramel que donnait le sucre sublimé par les pinces écarlates ; enfin, pour donner encore plus de magie à ces belles nuits, elle racontait de sa voix chaude des histoires qui les faisaient rêver !

Revenant à la réalité du moment, Aurélie arriva au tennis toute essoufflée, les joues rouges, les yeux brillants, détacha le panier, et lança plus qu’elle ne rangea sa bicyclette contre le grillage.

Son frère Roxan éclata de rire, il était fou de sa sœur, pleine de fougue, gaie, enjouée, et, ce qui ne gâchait rien, très jolie ; il en avait pour preuve l’engouement de ses copains qui en avaient fait leur mascotte. Il la regarda arriver en courant, brandissant sa bouteille de limonade.

Il était de trois ans son aîné et ne savait pas faire un pas sans la « trimbaler » derrière lui ; il aimait la personnalité qu’elle affichait, son penchant pour l’imaginaire, sa façon d’être souvent dans les nuages, sa faculté à inventer des histoires, et surtout, à les faire mourir de rire en les racontant ; il en était sûr, elle était une artiste, en herbe certes, mais une artiste à part entière ; même sa voix lorsqu’elle chantait envoûtait son entourage !

Aurélie se planta devant lui, le gratifia d’un sourire éclatant et, lui plaquant un léger baiser sur la joue, lui murmura à l’oreille :

« Il est où Aubin ? »

« à trois pas derrière toi » dit-il sur le même ton de confidence.

Elle se retourna et, sans plus de façon, se dirigea vers celui qui avait envahi son cœur depuis quelque temps déjà ; il faut dire qu’il était beau, élégant, instruit, et savait montrer de l’intérêt pour toutes les passions d’Aurélie : la musique, la danse, la gymnastique, l’écriture ! Il y avait longtemps qu’il avait reconnu en elle ce don artistique qui la faisait rayonner en toutes circonstances.

Aubin faisait partie d’une famille de sept enfants ; il était le second. Son père, Edouard Nouvel, professeur de lettres, avait une passion inconditionnelle pour les chevaux de courses ; sa mère Edwige, la douceur et la gentillesse personnifiées, savait allier à ce caractère une poigne de fer pour tenir de main de maître toute sa progéniture ; ils avaient, par plaisir et par conviction, acheté un petit hameau en pleine montagne, pas très loin de Foix, auquel ils donnèrent le nom de « Vitarelle » ! Un paradis pour les enfants, les parents, et les chevaux qui vivaient là en totale liberté.

Aubin prit Aurélie par la main, et la fit virevolter en riant aux éclats ; il la serra dans ses bras, lui donnant pudiquement un doux baiser sur sa joue rosée, puis, tout ému, se dit qu’il l’aimait, cette douce enfant !

C’était un garçon très attachant, tendre, dur aussi, tant avec lui-même qu’avec les autres, attendant d’eux la rigueur dont il faisait preuve, mais il avait aussi au fond de lui une douceur, un amour inconditionnel pour la nature, et c’était pour tout cela qu’Aurélie l’aimait autant.

Les années qui suivirent furent consacrées aux études ; Aurélie et Aubin voulaient se donner les meilleures chances de faire ce qu’ils aimaient dans la vie ; et cela passait forcément par les bancs de l’école ; cela ne les empêchait pas de se livrer à des activités diverses et variées, des sorties entre amis ou en famille ; les parents d’Aurélie et de Roxan étaient des personnes bien en avance sur leur temps ! Certes nous étions dans les années soixante-huit mais ils n’avaient pas attendu la révolution sexuelle, les liens complexes entre la contestation culturelle et la contestation sociopolitique, les scènes décalées de la lutte étudiante et ouvrière, ainsi que l’ambivalence des réactions de l’État et des forces politiques, hésitant entre répression et réappropriation du mouvement. Non, ils avaient anticipé dans l’éducation de leurs enfants la rébellion inévitable à ce stade d’évolution de leur société !

Ils leur avaient donc donné une éducation libre, basée sur la confiance, le dialogue et le respect, de telle sorte qu’Aurélie et Roxan ne voyaient pas l’intérêt de faire les bêtises qu’on ne leur aurait pas reprochées ; ils se contentaient de vivre pleinement leur adolescence, et d’en gratifier en même temps leurs amis, qui sans le savoir, profitaient de cette entente spéciale entre parents et enfants. Une véritable révolution ! A tel point qu’il n’était pas rare que Barthélémy et Capucine Charmet aillent s’amuser en « boîte de nuit » avec leur progéniture et leurs copains qu’ils ne manquaient pas de « charrier » dans leur voiture ! Tout le monde y trouvait son compte, y compris les autres parents qui pensaient ainsi que ces jeunes étaient chaperonnés ; s’ils avaient su !

Pour Roxan et Aurélie, sortir avec leurs parents était la certitude d’une excellente soirée, d’une bonne partie de rigolade et de complicité ; lorsqu’ils rentraient, quelle que soit l’heure, Barthélémy allumait le barbecue, faisait griller des saucisses, confectionnait des omelettes énormes pour toutes ces jeunes bouches à nourrir et cela finissait au petit matin par un bon café, puis tout le monde allait se coucher, sachant bien qu’ils auraient la journée pour se remettre ; c’était ça aussi, leur particularité, comprendre qu’il fallait donner pour recevoir !

A dix-neuf ans maintenant, Aurélie était une belle jeune fille, épanouie, souriante, heureuse ; elle n’avait rien abandonné en route, la musique, la gymnastique qu’elle pratiquait et enseignait bénévolement dans un club, l’écriture, l’amour inconditionnel qu’elle vouait à son frère qui le lui rendait bien, l’admiration sans borne pour sa douce grand-mère Fantine, si présente au quotidien, la tendre osmose avec ses parents, et l’amour pour son petit ami qui avait su se faire une place dans cette famille.

Aurélie et Aubin formaient déjà un couple uni, franc, simple ; de deux ans son aîné il savait donner à sa belle la sagesse et la pondération qu’il lui manquait parfois ; il avait opté pour le métier de menuisier charpentier « compagnon du devoir » et il en suivait le chemin complet ; cette association assurait à des jeunes gens, à partir de l'âge de quinze ans, une formation à des métiers traditionnels, basée sur l’apprentissage, la vie en communauté et le voyage appelé tour de France, accompagnés dans leur parcours par des hommes et des femmes qui les guidaient en toutes circonstances, les nourrissaient, les cajolaient comme les parents qu’ils avaient laissés, si jeunes, l’auraient fait ; la femme en charge d’eux était d’ailleurs appelée « la mère » ; leur devise : « union, vertu, génie, travail » ! Rien à ajouter !

Cette orientation professionnelle n’était certes pas un hasard, Barthélémy était lui aussi menuisier charpentier, compagnon du devoir comme il se doit, et avait sans nul doute influencé dans son choix celui qui, il en était sûr, serait un jour son gendre ; Capucine était comptable, elle avait toujours su soutenir son mari, travaillant avec acharnement à ses côtés, lui enlevant ainsi le poids de la gestion, afin de le laisser se consacrer à son art, car c’en était un !

Toute la famille Charmet vivait dans la petite commune de Péreille, en compagnie de Fantine qui, veuve très jeune, avait mis à la disposition de son fils, sa belle-fille et ses petits enfants la maison familiale où elle-même avait vu le jour ; c’était un petit village convivial où chaque famille vivait en bonne entente avec ses voisins ; ils étaient tous de tradition paysanne et avaient conservé les habitudes ancestrales ; ils se retrouvaient tous les ans pour tuer le cochon, préparer les pâtés, saucisses, saucissons, de grands repas pris en commun sur d’immenses tables recouvertes d’étonnantes nappes blanches ; le traditionnel plat de haricots blancs accompagné de la « padénade », plat de viande en sauce confectionné avec le cou, le cœur et le foie du cochon, aussi appelé la fricassée, très particulier à la région ; et cela se reproduisait toutes les semaines jusqu’à ce que chaque famille ait pendu dans le grenier les derniers chapelets de salaisons à sécher !

Le jeune homme n’en oubliait pas pour autant sa douce aimée, et à chaque retour à la maison, Aurélie et Aubin passaient le plus clair de leur temps ensemble. Ils avaient les mêmes centres d’intérêt, et se retrouvaient bien souvent dans un sous-bois à chercher des champignons, ou en balade sur les terres immenses de la famille Nouvel, promenant tranquillement le chien de chasse et le fusil. Parfois Aubin s’en servait pour un lièvre ou un lapin sauvage qu’il voulait apporter à Fantine pour le cuisiner et le partager dans la convivialité de la famille et des amis.

Ils profitèrent de cette période d’apprentissage pour voyager ensemble ; en effet dès qu’Aubin arrivait dans une nouvelle ville, Aurélie le rejoignait durant le week end, sans pour autant oublier ses cours à étudier.

Ensemble ils profitaient de ces moments privilégiés pour découvrir les régions, s’imprégner des us et coutumes, visiter les monuments, les musées qu’Aurélie affectionnait tout particulièrement, et en même temps se découvrir plus intimement l’un l’autre.

Il lui montrait les divers chantiers sur lesquels il travaillait, lui demandait son avis sur l’œuvre qu’il devrait présenter à la fin de son tour de France, et à laquelle il travaillait sans relâche (chaque apprenti compagnon du devoir devait à la fin de son apprentissage présenter à un jury de compagnons un « chef- d’œuvre » qu’il avait élaboré durant tout ce temps, et s’il remportait l’assentiment de ces experts, il était membre à part entière du milieu très prisé des compagnons du devoir) ; grâce à ces escapades, ces instants de vie privilégiés, ils partageaient la passion d’Aubin, et Aurélie se sentait fière de lui, de la confiance qu’il lui témoignait, de l’attention qu’il lui vouait, et de l’amour qui les unissait.

Lorsqu’il revenait en Ariège il leur arrivait également, avec leurs frères ou amis d’aller dévaler quelques pentes, skis aux pieds, mais c’était pour l’amour de la nature, toujours l’un derrière l’autre, les joues rouges, le sourire aux lèvres, ils s’aimaient sans fioriture ni fausse pudeur, le montraient et se le disaient. Les jours passaient en douceur, leur adolescence leur allait bien, ils étaient heureux et ça se voyait !

En ces temps confus où les jeunes avaient du mal à trouver leur place, le genre de parcours professionnel qu’avait choisi Aubin était très recherché par les chefs d’entreprise, aussi il eut tôt fait de trouver du travail dans un petit atelier de menuiserie, près de Foix, dès la fin de son tour de France.

Malgré les grèves, manifestations, troubles et perturbations diverses, Aurélie avait réussi à obtenir son bac, et fut reçue sans difficulté au très redouté concours d’entrée au CREPS, école supérieure de sport pour les futurs professeurs d’éducation physique. Elle y fit des études couronnées de succès et diplôme en poche, CAPES obtenu, fut nommée avec beaucoup de chance au collège de Mirepoix, tout près de son village natal !

Avec son amoureux Aubin, elle vivait en osmose, entre la maison des Charmet et celle des Nouvel ; la semaine, Aubin faisait les trajets pour Péreille, et les week-ends c’est Aurélie qui le rejoignait à Vitarelle. Là, en dehors de l’amour qu’ils se vouaient avec la bénédiction des deux familles, ils s’adonnaient, avec frères et cousins, à toutes sortes d’activités, plus ou moins appréciées par les parents d’ailleurs, mais c’était tellement amusant de faire de la moto sur les clôtures en bois, du stock-car dans les immenses champs ; il y avait aussi l’équitation qu’Aurélie avait découverte avec passion grâce à Edouard qui lui avait tout appris, les balades superbes dans la montagne avec ces chevaux habitués aux grands espaces, les soirées bien arrosées au grand dam d’Edouard et Edwige, où l’on sacrifiait un agneau pour un méchoui, musique à fond, ce qui avait pour effet de faire lever immanquablement un Edouard furibond, ordonnant de sa voix de stentor :

« Moins fortes les basses ! »

Ils obtempéraient, sans discuter !

La famille Nouvel avait aussi pour habitude de beaucoup recevoir ; leur salle à manger était conçue pour une bonne vingtaine de convives, et les filles de la maison, Aurélie comprise bien entendu, sous les ordres clairs, nets et précis d’Edwige, aidaient à la préparation de repas extraordinaires, de fêtes envoutantes, de concerts improvisés, dans lesquels on pouvait rencontrer un panel de personnalités incroyable ! Des peintres, des poètes, des musiciens, des hommes politiques, des médecins, mais aussi des sans abris qu’Edouard ne pouvait s’empêcher de recueillir ! Mais quelle école, quelle richesse, quel apprentissage ! Tout était harmonie, bonheur, douceur !

S’il y avait l’eau courante dans la maison elle n’était pas potable, et tous les jours il fallait aller chercher à grand renfort de seaux, des litres d’eau à la source, à quelques centaines de mètres ; il fallait aider à rentrer ou sortir les chevaux qui avaient des boxes, apporter de l’eau, du foin, de la paille à ceux qui étaient en liberté, tant de tâches qui pouvaient paraître rébarbatives, mais qui aidaient, au final, à l’apprentissage de la vie ; et tous les acceptaient, ponctués de rires et de plaisanteries !

Aurélie s’était complètement intégrée à cette famille, elle s’adonnait aux tâches qui lui incombaient sans aucune difficulté, et s’entendait très bien avec ses futurs beaux frères et belle sœur ainsi que beaux parents qui, sans la ménager, lui montraient à quel point ils l’appréciaient ; aussi c’était toujours dans les rires et la bonne humeur qu’elle se mettait avec sa belle sœur à repasser des paniers entiers de linge, peler des tonnes de pommes de terre et dresser une bonne vingtaine de couverts ; ces repas hors du commun étaient une source de richesse pour chacun, parents, enfants, ou invités ; des deux grandes tables bondées fusaient mots d’humour, phrases et pensées philosophiques, débats politiques, mais aussi beaucoup de malice, d’espièglerie, de fous rires à peine dissimulés pour ne pas s’attirer les foudres de la maîtresse de maison qui entendait que sa progéniture fasse honneur à leurs hôtes !

Hélas, le malheur vient souvent étouffer dans l’œuf l’insouciance de la jeunesse ; l’année d’après, le frère aîné d’Aubin trouva la mort dans un tragique accident de voiture ; cela a bien failli coûter la vie à Edouard, déjà fragilisé par une insuffisance pulmonaire de longue date ; Aubin n’oublierait jamais l’image de son père, prostré dans le grand escalier, en larmes, ainsi que le cri inhumain qu’il avait poussé à l’annonce de la nouvelle par les gendarmes.

Edwige, elle, se murait dans une tour de souffrance, uniquement accompagnée par la révolte d’avoir perdu ce fils à l’aube d’une vie qu’il ne connaîtrait jamais. Comment se résigner ? Seule la colère arrivait à la soulager ! Et puis l’amour, celui dont son cœur de mère débordait pour ses autres enfants, celui d’une femme qui voulait donner à son homme la force de renaître ; la douleur avait pris la place de ce qui était naguère ; la souffrance se lisait sur tous les visages, les cœurs brisés ne savaient plus à quels saints se vouer, et pendant deux bonnes années, le petit village de Vitarelle qui était habitué à la joie et l’insouciance s’endormit pour laisser à cet affreux tourment le temps de s’effacer afin de laisser place à la peine qui jamais ne s’évanouirait !

Pour qui regardait de l’extérieur, on aurait pu croire qu’un immense nuage s’était posé sur ce charmant petit village le dissimulant à la vue, l’enveloppant d’une chape de souffrance qu’il fallait laisser à l’avenir le temps de s’estomper, puis disparaître ; tous l’espéraient, nul n’y croyait ! Le silence avait investi l’immense maison, les jeux de cartes, les plaisanteries de toutes sortes avaient quitté ces lieux privés de lumière ; le village s’endormit pour oublier la plaie qui désormais le recouvrait !

Aubin se sentait investi d’un nouveau rôle, celui de frère aîné, et la perte de celui qui l’avait accompli...