Vue sur le cimetière

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Les amours comme les bateaux meurent et terminent leurs vies au cimetière.



QAUND IL S’APPROCHA du cimetière des bateaux, Robert Marsouin perçut les bruits de la marée et de la mâture. Les oiseaux, figés en plein vol, l’étonnèrent. En revanche, la vision lumineuse des trois cabines le réjouit.


Que la fête commence ! s’exclama-t-il en son for intérieur.




Roland Sadaune est peintre, et c’est par petites touches qu’il conduit avec talent son récit jusqu’à sa chute. Une histoire de faux-semblants et de voyeurisme à travers le tableau des amours mortes.

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EAN13 9791023403473
Langue Français

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Roland Sadaune Vue sur le cimetière nouvelle CollectionMélanges
C’est beau une ville la nuit, avait dit quelqu’un. Et un cimetière le jour ? Rien à envier, surtout s’il est cimetière marin, se complaisait à dire Robert Marsouin. Gosse, il avait eu maintes occasions de traverser le « lieu de Repos » communal. Parce que c’était un raccourci. Parce que c’était bien de jouer aux osselets sur le marbre. Parce qu’un feu follet avait été signalé au sommet de l’incontournable cyprès. Adolescent, il avait découvert la Mer. Les navires faisant du surplace sur la ligne d’horizon. Les potences surplombant les sites de carénage. Les vastes hangars pour bateaux morts. Adulte, il avait fui le cimetière des humains. Banni le chanteur chevelu moustachu qui se vantait d’avoir des tombea ux en abondance, des sépultures à discrétion et sa petite concession dans tous cimetières de quelque importance. Lui, Robert Marsouin, avait des coques, des mâts, des cabines, plus qu’il n’en fallait. Aujourd’hui le soleil cognait fort. Ses rayons hachuraient le décor, se faufilant entre les embarcations pour délaver leurs reflets. De-ci de-là, un éclat lumineux déchirait la surface ondulante de l’eau. Robert Marsouin régla la position de son parasol, puis reporta son attention sur le spectacle se déroulant devant ses yeux.
C’est beau, de jour comme de nuit, songeait-il.
L’heure à sa montre indiquait qu’Hélène n’allait pas tarder à surgir. Il ferma les paupières et se la représenta en bikini, qui prenait possession de la plage.
La jolie brune coiffée garçonne se rendait-elle compte des dégâts qu’elle faisait autour d’elle, rien que par sa prés ence ? Mâles subjugués. Femelles envieuses. Serviettes fripées. Châteaux de sable éboulés. Pédalos à la dérive. Un mini big-bang. Nul autre qu’Hélène ne serait capable de secouer ainsi le sable. D’agiter ainsi la mer, jusqu’à en gifler la ligne de flottaison des bateaux sursitaires.
Hélène… Robert Marsouin appréciait à leur juste valeur ces instants de cataclysme ensoleillé. Il se redressa, réajusta son maillot de bain, et alla quérir une canette de bière dans la glacière portative. D’ordinaire, la première gorgée lui était salutaire. Comme à chaque fois qu’il s’apprêtait à assister à une prestation exécutée par un de ces plagistes surdoués. Pourtant, ce jour, il se sentait différent. Autre. Peu friand de bronzage et d’artifices obligés en bord de mer, il exécrait les gymnastes d’été et les maîtres nageurs l’horripilaient. La gestuelle des loups de mer lui suffisait amplement. Qu’avait-il donc ? Robert Marsouin se rassit sur son pliant, roula sa boîte de bière sur ses joues, puis sur son torse perlé de sueur. De nouveau, il regarda l’heure. Ça ne saurait tarder. Mais était-ce pour maintenant ? D’abord, avait-il choisi ? Une fois l’action entreprise, ce serait irréversible…>>>>>> Pour consulter le catalogueSKA(Romans et nouvelles) Une seule adresse : La librairie en ligne http://ska-librairie.net Et le blog : http://skaediteur.net