Ma conversion

Ma conversion

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Français
182 pages

Description

Fille d’un père voltairien et d’une mère sans conviction religieuse, j’ai vécu jusqu’à l’âge de douze ans sans savoir une prière. A cet âge, ma mère dit. à mon père devant moi :

— Félicie (c’était une de mes amies) va entrer au cathéchisme ; nous ferions bien d’y envoyer aussi Alphonsine... Qu’en pensez-vous ?

— Vous avez là une belle idée ! répondit mon père ; si vous mettez une fois les pieds dans la boutique de ces calotins (c’était Je nom qu’à cette époque, on donnait aux prêtres), vous n’en sortirez plus !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 15 septembre 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782346096992
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
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Alphonsine Masson
Ma conversion
Je crois indispensable d’avertir le lecteur qu’il t rouvera, dans l’histoire de ma conversion, certains faits se rattachant au spiritisme. Je les ai racontés dans la sincérité de mon âme, mais cela ne signifie pas que je sois u ne adepte. Je laisse à de plus éclairés que moi le soin de dégager la lumière d’un ordre de faits trop nouveau et trop surprenant pour que j’aie l’idée d’exprimer ici ma propre opinion. Mais, que dis-je ? mon opinion est irrévocablement fixée maintenant, puisq ue l’Église a prononcé sur cette question. En mère prévoyante, elle a défendu à ses enfants de s’occuper de spiritisme : je ne dois pas chercher d’autre lumière, et je me soumets entièrement à ses décisions. Cependant, je veux dire ceci : Toutes les fois qu’interrogeant l’esprit de mon père, je faisais des questions dont l’objet se rapportait au x intérêts de ce monde, elles n’obtenaient point de réponse. Quand, au contraire, je me bornais à penser : dicte à ton enfant, ô mon père bien-aimé, les choses ignorées q ui contribuent au bonheur et à la moralité de la vie, ma main inspirée traçait aussitôt les phrases détachées que j’ai mises sous les yeux du lecteur... Le calme que j’avais en écrivant ces phrases m’est une preuve évidente que c’est par exception, par une grâce spéciale et particulière d e Dieu que j’ai eu ces révélations d’outre-monde. Ma vivacité naturelle et la tournure enthousiaste de mon esprit ne devaient pas me laisser froide devant un fait aussi étrange que celui d’écrire des choses tout à fait opposées à ma manière de penser. Dans ce temps-là, je n’avais pas la foi ; je vivais sans Dieu, sans prière, et tout ce qui m’était dicté ne rappelait à mon esprit que l’utilité de servir et d’aimer Dieu, de vivre loin du monde, de ses pompes et vanités, de renoncer à t out,et à l’instant même ! Je me souviens du désappointement, mêlé d’ennui, que j’ép rouvais à la lecture de certaines phrases répondant si incomplétement à ma pensée sec rète. Ainsi, j’avais entendu dire que des esprits inspiraient des ouvrages entiers à quelques privilégiés. M. Sardou, aujourd’hui sur le chemin de la célébrité, faisait des merveilles un crayon à la main. Et cette main, dirigée, disait-il, par l’esprit de Bernard de Palissy, gravait, sur le cuivre, d’un burin aussi hardi qu’ingénieux, l’habitation du pro phète Élie, et les deux maisons symboliques de Notre-Seigneur Jésus-Christ, illustrées de pampres et d’épis (le pain et le vin). Donc, ce que j’espérais dans ces invocations, c’éta it la collaboration d’un esprit supérieur m’inspirant d’une façon originale, intére ssante et neuve. Hélas ! l’ardeur de mon désir ne changea point le sens profond des mystérieux enseignements. Et même, tout d’un coup, je perdis ma faculté de médium. Quoi que j’aie fait alors pour la ressaisir, je n’ai pu y réussir. Irritée de mon impuissance inattendue, et ne sachant à quoi l’attribuer, peinée de cet abandon de l’esprit de mon père, il m’est arrivé (et je considère cela comme une grave infraction aux lois de l’Église) de prier un médium de mes amis de demander à l’Esprit qu’il invoquait, po urquoi mes relations d’outre-tombe avaient cessé si inopinément, il lui fut répondu ceci : « Madame Masson n’a plus besoin du spiritisme pour croire ; elle est heureuse. Non, la facultémédianimiquebonne que pour ceux qui ne croient à rien, e  n’est t qui ont besoin de ces manifestations pour être ramenés à Dieu. » Et demandant pourquoi mon père ne me me répondait plus : « Dieu s’est servi du père de cette femme sincèreme nt pieuse pour la ramener à la religion ; qu’elle persévère dans cette sainte voie , et un jour elle en sera récompensée par un bonheur éternel. » Et, certes, à cette heure, pour rien au monde, je ne tenterais de nouvelles évocations. Cette fois, je craindrais de trouver l’esprit de té nèbres au lieu de l’esprit de lumière. Je suis chrétienne convertie, et les révélations réunies des esprits de tous les mondes ne
sauraient altérer ni ma foi, ni grandir mon amour pour Celui qui m’a sauvée ! Je sens, je crois, j’aime, que m’importe le reste ! Je repris donc, triste et seule, ma plume un instant abandonnée, et je continuaià faire des romans :Louise, les Trois Amies, Fleurette, la Perle noire,parurent etc., successivement en feuilletons dansl’Estafette, le Siècleautres journaux et de Paris. En laissant publier mes œuvres profanes, Dieu me voula it, peut-être, préparer à combattre plus tard pour sa gloire. Sollicitée d’écrire, pend ant nombre d’années, par des amis éminents dans les lettres, je ne cédai, en quelque sorte à leurs prières, que pour prouver que c’était au-dessus de mes forces. La femme du monde résistait à l’idée de ce travail opiniâtre, jugé par le public ; c’était se mettre en scène, et elle y répugnait. Cependant, le succès m’enhardit en me révélant ma tardive vocation. Mais j’en ai dit assez. Ce qu’on va lire prouvera une fois de plus, combien les desseins de Dieu sur sa créature sont impénétrables. Tout lu i sert, tout lui est bon, dans les ténèbres mêmes il puise la lumière. Je ne dirai jam ais assez haut la reconnaissance inaltérable et profonde qui m’anime maintenant pour Lui, mais la reconnaissance n’est rien, si elle ne se prouve. Je suis heureuse, heureuse au delà du bonheur que l a terre donne. J’ai pensé qu’écrire simplement et en vérité l’histoire de ma conversion, pourrait, peut-être, ramener à Dieu quelques âmes égarées, ignorantes ou tièdes dans leur foi, et j’ai écrit. Mon Dieu, mon doux et généreux maître, Jésus, dirig ez et bénissez la plume qui va plaider pour vous !... ALPHONSINE MASSON.
I
PREMIÈRE ENFANCE ET PREMIÈRE COMMUNION
Fille d’un père voltairien et d’une mère sans conviction religieuse, j’ai vécu jusqu’à l’âge de douze ans sans savoir une prière. A cet âge, ma mère dit. à mon père devant moi : — Félicie (c’était une de mes amies) va entrer au cathéchisme ; nous ferions bien d’y envoyer aussi Alphonsine... Qu’en pensez-vous ? — Vous avez là une belle idée ! répondit mon père ; si vous mettez une fois les pieds dans la boutique de ces calotins (c’était Je nom qu ’à cette époque, on donnait aux prêtres), vous n’en sortirez plus !  — Mais, ajouta ma mère, Alphonsine ne peut pourtan t pas rester sans faire sa première communion ?  — Vous avez raison, car je réfléchis que, pour la marier, ce serait, plus tard, une affaire fort ennuyeuse. — Alors, vous consentez à ce qu’elle aille au catéchisme ? — Non, je ne veux pas qu’Alphonsine pendant deux ans (n’est-ce pas le temps qu’ils exigent ?) se farcisse la tête des absurdités que l es prêtres enseignent aux enfants ; vous irez tout simplement à Marcillac, chez votre t ante Dufaure, car il faut bien se débarrasser de cette première communion ! Là, vous vous adresserez au curé ; en lui promettant un cadeau, il fera tout ce que vous voud rez : il est avec le ciel des accommodements ! Un mois suffira pour que tout soit bâclé, de cette façon, nous aurons évité, pour notre enfant, l’influence du prêtre. Je ne fus point étonnée de ces paroles ; c’était le langage habituel de mon père, quand il était question de religion. La pensée de quitter Paris, de parcourir une longue distance en chaise de poste, me charmait. J’allais revoir mon pays !  — Est-ce que vous me conseillez de partir maintena nt ? demanda ma mère à son mari.  — Oui, tout de suite ; vous serez de retour pour l e temps des chasses, vous savez que vous m’êtes indispensable pour recevoir nos amis. Nos préparatifs furent bientôt faits ; je les hâtai de toute mon impatience. En nous quittant mon père me dit assez sérieusement :  — Ah çà ! j’espère bien que tu ne te laisseras pas endoctriner par M. le curé et consorts, il ne faut croire que la moitié de ce que disent ces messieurs-là. Ne l’oublie pas. Une fois en voiture, j’interrogeai ma mère sur la p arente chez laquelle nous allions : « Elle sera bien ennuyeuse, disais-je, n’a-t-elle p as au moins quatre-vingts ans ? » Ma mère me rassura en m’affirmant qu’elle était aimable et bonne, et moins âgée que je ne le croyais. Enfin, au bout de trois jours, nous avi ons atteint Marcillac, petit bourg qu’habitait notre tante. La voiture s’arrêta devant une maison dont l’aspect, assez triste, m’inquiéta. Tout était fermé sur la rue. Une grande porte cochère s’ouvrit pourtant ; et bientôt nous vîmes madame Dufaure qui nous attendait sur le perron, Ma mère se précipita dans ses bras ; moi je la regardai, après quoi je lui sautai au cou, car son air vif et gai m’avait plu tout de suite. L’intérieur de la maison ressemblait à celle qui l’occupait. Tout avait là sa raison d’être ; il résultait de la noble simplicité de l’ameublement un aspect de grandeur qui charmait le regard.
Après un excellent déjeuner et dès qu’on eut indiqu é à ma mère son appartement, je me mis à parcourir toute la maison, m’informant du nom des domestiques, dont je sus bientôt les attributions respectives. La journée se passa à rappeler des souvenirs commun s aux deux familles. Comme nous étions très-fatiguées de nos trois jours de vo yage, madame Dufaure nous dit aussitôt après le dîner :  — Je vous laisse libres, chères enfants, car vous devez avoir besoin de repos ; Mélanie va vous accompagner, je la mets à vos ordre s. Dormez bien ; demain, nous causerons plus longuement. Ma mère, impatiente de se mettre au lit, remercia et quitta notre tante, non sans avoir reçu d’elle un cordial baiser. Le lendemain, levée bien avant ma mère, je demandai à Mélanie si sa maîtresse était matineuse, et si déjà je pouvais entrer chez elle. — Certes, oui, mademoiselle ! Il y a belle heure que madame est sur pied ! C’est elle qui est toujours ici la première levée ; à l’âge de madame, on ne dort guère. J’entrai doucement chez ma tante. Elle lisait, je c rois plutôt qu’elle priait, car elle ne m’entendit pas d’abord. Son grand lit, en damas rouge et à baldaquin, était déjà fait. Le premier objet qui attira mon attention, en entrant dans cette chambre, fut un crucifix en ivoire, appliqué sur un fond de velours noir, et suspendu au milieu du lit. Je me souviens encore du sourire moqueur qui effleura mes lèvres e n le considérant ; je fis tout haut la remarque que c’était une drôle d’idée que celle de représenter ainsi ce grand vilain corps maigre, capable d’effrayer ceux qui le regardent ! et je dis à ma tante :