Ma sœur Henriette

Ma sœur Henriette

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Livres
144 pages

Description

Ma sœur Henriette naquit à Tréguier le 22 juillet 1811. Sa vie fut de bonne heure attristée et remplie d’austères devoirs. Elle ne connut jamais d’autres joies que celles que donnent la vertu et les affections du cœur. Elle tenait de notre père une disposition mélancolique, qui lui laissait peu de goût pour les distractions vulgaires et lui inspirait même une certaine disposition à fuir le monde et ses plaisirs. Elle n’avait rien de la nature vive, gaie, spirituelle que ma mère a conservée dans sa belle et forte vieillesse.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 08 décembre 2016
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EAN13 9782346130184
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Langue Français
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À propos deCollection XIX
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Ernest Renan
Ma sœur Henriette
ERNEST RENAN
D’après une peinture d’Henri Scheffer (1860).
Cquette qu’Ernest Renan fitet opuscule est la réimpression textuelle de la pla imprimer et tirer à cent exemplaires, en septembre 1862, sous le titre suivant : HENRIETTE RENAN ; Souvenir pour ceux qui l’ont conn ue.On y relève, dès les premières lignes, la phrase suivante:« Ces pages ne sont pas faites pour le public et ne lui seront pas livrées. » En 1883, dans la préface de sesSouvenirs d’Enfance et de Jeunesse,Ernest Renan s’exprimait ainsi: «La personne qui a eu la plus grande influence sur m a vie, je veux dire ma sœur Henriette, n’occupe ici presque aucune place. En se ptembre 1862, un an après la mort de cette précieuse amie, j’écrivis, pour le petit n ombre des personnes qui l’avaient connue, un opuscule consacré à son souvenir. Il n’a été tiré qu’à cent exemplaires. Ma sœur était si modeste, elle avait tant d’aversion p our le bruit du monde, que j’aurais cru la voir, de son tombeau, m’adressant des reproc hes, si j’avais livré ces pages au public. Quelquefois, j’ai eu l’idée de les joindre à ce volume. Puis, j’ai trouvé qu’il y aurait en cela une espèce de profanation. L’opuscul e sur ma sœur a été lu avec sympathie par quelques personnes animées pour elle et pour moi d’un sentiment bienveillant. Je ne dois pas exposer une mémoire qu i m’est sainte aux jugements rogues qui font partie du droit qu’on acquiert sur un livre en l’achetant. Il m’a semblé qu’en insérant ces pages sur ma sœur dans un volume livré au commerce, je ferais aussi mal que si j’exposais son portrait dans un hô tel des ventes. Cet opuscule ne sera donc réimprimé qu’après ma mort. Peut-être pou rra-t-on y joindre alors quelques lettres de mon amie, dont je ferai moi-même par ava nce le choix. » Enfin, dans un codicille à son testament, en date d u 4 novembre 1888, Ernest Renan autorisa la présente réimpression, en disant : « Ma femme réglera le mode de publicité à donner à mon petit volume de souvenirs sur ma sœur Henriette. » La présente réimpression fut, en effet, préparée par m adame Cornélie Renan. Le choix des lettres d’Henriette Renan n’a pas été fait par son frère. Ces lettres ne peuvent, vu leur nombre, trouver place à la suite de cette publ ication, et donneront un jour lieu à une publication spéciale.
HENRIETTE RENAN
D’après une photographie.
MA SŒUR HENRIETTE
La mémoire des hommes n’est qu’un imperceptible tra it du sillon que chacun de nous laisse au sein de l’infini. Elle n’est cependa nt pas chose vaine. La conscience de l’humanité est la plus haute image réfléchie que no us connaissions de la conscience totale de l’univers. L’estime d’un seul homme est u ne partie de la justice absolue. Aussi, quoique les belles vies n’aient pas besoin d ’un autre souvenir que de celui de Dieu, on a toujours cherché à fixer leur image. Je serais d’autant plus coupable de ne pas rendre ce devoir à ma sœur Henriette que seul j ’ai pu connaître les trésors de cette âme élue. Sa timidité, sa réserve, cette pens ée chez elle arrêtée qu’une femme doit vivre cachée, étendirent sur ses rares qualité s un voile que bien peu soulevèrent. Sa vie n’a été qu’une suite d’actes de dévouement d estinés à rester ignorés. Je ne trahirai pas son secret ; ces pages ne sont pas fai tes pour le public, et ne lui seront pas livrées. Mais ceux qui ont été du petit nombre à qui elle se révéla me feraient un reproche si je ne cherchais à mettre par ordre ce q ui peut compléter leurs souvenirs.
I
Ma sœur Henriette naquit à Tréguier le 22 juillet 1 811. Sa vie fut de bonne heure attristée et remplie d’austères devoirs. Elle ne co nnut jamais d’autres joies que celles que donnent la vertu et les affections du cœur. Ell e tenait de notre père une disposition mélancolique, qui lui laissait peu de g oût pour les distractions vulgaires et lui inspirait même une certaine disposition à fuir le monde et ses plaisirs. Elle n’avait rien de la nature vive, gaie, spirituelle que ma mè re a conservée dans sa belle et forte vieillesse. Ses sentiments religieux, d’abord renfe rmés dans les formules du catholicisme, furent toujours très profonds. Trégui er, la petite ville où nous sommes nés, est une ancienne ville épiscopale, riche en po étiques impressions. Ce fut une de ces grandes cités monastiques, à la façon galloise et irlandaise, fondées par les e émigrés bretons du VI siècle. Elle eut pour père un abbé Tual ou Tugdual . Quand e Noménoé, au IX siècle, voulant fonder une nationalité bretonne, t ransforma en évêchés tous ces grands monastères de la côte du No rd, lePabu-Tual,ou monastère e e de Saint-Tual, fut du nombre. Au XVI et au XVII siècle, Tréguier devint un centre ecclésiastique assez considérable et le rendez-vous d’une petite noblesse locale. A la Révolution, l’évêché fut supprimé ; mais, après le rétablissement du culte catholique, les vastes constructions que la ville possédait en refirent un centre ecclésiastique, une ville de couvents et d’établissements religieux. La vie bourgeoise s’y est peu développée. Les rues, sauf une ou deux, sont de lon gues allées désertes, formées par des hauts murs de couvents, ou par d’anciennes mais ons canoniales, entourées de jardins. Un air général de distinction perce partou t, et donne à cette pauvre ville morte un charme que n’ont pas les villes de bourgeoisie, plus vivantes et plus riches, qui se sont développées dans le reste du pays.
MAISON NATALE D’ERNEST RENAN A TRÉGUIER