//img.uscri.be/pth/08fe1b267b00283c078e217d6ec70f20f7d0de4e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Mademoiselle Grinchue

De
217 pages

MONSIEUR et madame d’Orbigny habitaient à Paris un joli appartement situé sur le boulevard St-Michel et dont les fenêtres donnaient sur le Luxembourg.

Ils avaient choisi ce quartier, l’un des plus sains et des plus aérés de Paris, à cause de leurs trois enfants dont ils s’occupaient avec la sollicitude la plus tendre et la plus intelligente.

Leur fils ainé Maurice, grand garçon de douze ans, était doux, studieux, intelligent ; sous la direction de son père, qui avait voulu lui servir ?

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Marie Laubot
Mademoiselle Grinchue
CHAPITRE PREMIER
LES ÉTRENNES
Moli appartement situé sur leONSIEUR et madame d’Orbigny habitaient à Paris un j boulevard St-Michel et dont les fenêtres donnaient sur le Luxembourg. Ils avaient choisi ce quartier, l’un des plus sains et des plus aérés de Paris, à cause de leurs trois enfants dont ils s’occupaient avec la s ollicitude la plus tendre et la plus intelligente. Leur fils ainé Maurice, grand garçon de douze ans, était doux, studieux, intelligent ; sous la direction de son père, qui avait voulu lui servir ? de répétiteur, il était devenu l’un des meilleurs élèves du lycée Saint-Louis ; chaque année l’abondante récolte de couronnes et de livres qu’il faisait à la distribution des prix, récompensait largement son père des soins qu“il lui prodiguait. Jeanne la seconde enfant, notre héroïne, est une petite fille de six à sept ans, brune, aux yeux noirs, vifs et intelligents, qui serait fo rt jolie sans un petit air grognon répandu sur toute sa physionomie et qui détruit l’ensemble harmonieux de ses traits. Hélas ! nous devons l’avouer, Jeanne n’est pas ce q u’on peut appeler une méchante enfant, mais elle est grognon, boudeuse, et qui plus est, impérieuse et volontaire ! Si elle voulait se corriger de ces vilains défauts que nous venons de signaler, ce serait une charmante enfant, elle a beaucoup d’esprit naturel et d’intelligence. Malgré son jeune âge, elle sait déjà quantité de choses ; elle lit e t écrit fort bien, fait des additions, des soustractions et sait sa table de multiplication ; l’histoire sainte et la géographie lui sont familières ; elle coud et fait de la tapisserie, comme une petite fée ; elle a commencé la musique pour laquelle elle a des dispositions rares ;joignez à tout cela une mémoire prodigieuse, et vous voyez, chers enfants, que la p etite Jeanne a été heureusement douée dès sa naissance. Le troisième enfant est un beau petit bébé rose de huit ou dix mois, il se nomme Marcel. C’est l’enfant gâté de le maison ; Jeanne e n raffolle, et vraiment elle a bien raison, car lorsqu’on regarde la mine fraîche, éveillée, souriante du petit Marcel, on n’a qu’un désir, celui de l’embrasser. Maintenant que nous avons fait connaissance avec le s principaux personnages de notre histoire, nous allons commencer. Le bienheureux jour de l’an est arrivé ; depuis plu sieurs jours déjà, la maman sortait s e u l e et rentrait chargée de paquets de toutes form es qui s’engouffraient mystérieusement dans une grande armoire. Maurice et Jeanne n’avaient pas été sans le remarquer ; mais se doutant bien que c’étaient leur s étrennes, ils y avaient mis de la discrétion, et leurs parents pouvaient croire, d’ap rès leur silence, que les enfants n’avaient rien vu. De leur côté Maurice et Jeanne avaient préparé leurs surprises. Maurice qui dessinait déjà très-bien avait fait le portrait de Marcel, et sans prétendre que ce fut un chef-d’œuvre, le ressemblance avait été si bien saisie q ue nul cadeau ne pouvait être plus agréable à la maman. Jeanne avait fait en tapisserie une paire de pantou fles pour son père et un coussin pour sa mère. Dès le matin du jour si impatiemment attendu, les e nfants habillés, coiffés, étaient venus frapper discrètement à la porte de leurs parents. La première tentative n’avait pas eu de résultat ; il faut dire qu’il n’était pas sept heures,
et que dans cette saison, il fait encore complétement nuit à cette heure matinale. Enfin, à huit heures, une seconde sommation eut plus de succès, et à un coup frappé avec un peu plus d’énergie que la première fois, le papa prononça le mot si impatiemment attendu : Entrez. Ce fut une véritable invasion ; on se précipita sur le lit en embrassant les parents, en faisant les souhaits d’usage et en offrant les cadeaux préparés qui furent reçus avec un vrai plaisir ; le portrait de Marcel surtout parut toucher tellement madame d’Orbigny que Jeanne en fut un peu jalouse, et que sa figure se rembrunit légèrement. Sur l’ordre du papa, la femme de chambre enleva une nappe qui recouvrait un grand guéridon placé au milieu de la pièce, et les enfant s entourant le meuble y virent les cadeaux qui leur étaient destinés. Pour Maurice, c’était de la part de son père une boite à dessin magnifique et très-complète, et de le part de sa mère un coffret contenant tout ce qui est nécessaire pour faire des tours de physique amusante. Le jeune garçon fut si content, si joyeux, qu’il re sta sans voix, il ne put que sauter de nouveau au cou de ses parents et les embrasser de toutes ses forces. Jeanne n’était pas moins bien partagée que son frère ; une belle poupée blonde, aux membres articulés, aux yeux mobiles et disantpapa etmamanétait destinée ; elle lui était élégamment habillée ; près d’elle était une p etite caisse de voyage contenant le trousseau ; enfin le papa avait ajouté à toutes ces richesses, un joli mobilier en acajou ; le lit, avec ses rideaux roses, était à faire tourner la tête à toutes les poupées du voisinage. Marcel n’avait pas été oublié. Il y avait pour lui un gros mouton blanc frisé aux cornes dorées, qui remuait la tête et faisaitbei, bei ;puis un bol âne gris dont les paniers étaient bourrés de jouets de toute espèce tels que pantins, ménage, bonbons, animaux, etc. Madame d’Orbigny s’attendait à une véritable explosion de joie de la part de sa fille, car jamais elle ne lui avait donné d’aussi belles étrennes. Quelle ne fut pas sa surprise de voir Jeanne remerc ier d’un air contraint, poser avec indifférence sa poupée sur un fauteuil et s’asseoir en boudant sur un petit tabouret au coin du feu. Qu’as-tu ma fille, est-tu malade ce matin, lui demanda sa mère d’un air inquiet ? Merci, maman, je n’ai rien. Alors pourquoi as-tu perdu ta gaieté ? serais-tu mécontente de tes cadeaux ? Non, maman ; tout est très-joli certainement ; mais si les meubles avaient été en palissandre, ils auraient été bien mieux ; toutes l es poupées de mes amies du Luxembourg ont leur mobilier en palissandre, c’est bien plus distingué. Le papa qui était prêt à se fâcher ne put s’empêcher de rire du ton empesé avec lequel sa fille prononça la dernière phrase ; cependant comme il ne perdait aucune occasion de chercher à corriger Jeanne de ses défauts, il lui dit d’un air un peu sévère : Ma chère enfant, je te conseille de nous faire une autre figure que celle que tu as en ce moment et qui n’est nullement gracieuse ; d’ailleur s si tu n’es pas satisfaite de tes cadeaux, tu n’as qu’à me les rendre ; il y a dans notre maison, au cinquième étage, la fille de la couturière de ta mère à qui je les donnerai e t qui en sera enchantée, j’en suis persuadé. — Allons, Jeanne, reprit Maurice qui cherchait toujours à ramener la bonne harmonie, dis à papa que tu ne penses plus un mot de tout ce que tu as dit ; tu n’étais pas encore bien éveillée et tes idées étaient encore troubles. D’ailleurs ce mobilier est charmant, ajouta le jeun e garçon en examinant successivement le lit, la commode, l’armoire à glace, la table, les fauteuils et les chaises, et puis si toutes tes amies ont ces meubles en palissandre, il est bien plus distingué que toi seule les aies en acajou.
Jeanne ne put s’empêcher de rire de la réflexion de son frère ; elle quitta son air boudeur, fit des excuses à ses parents, emporta tou t dans sa chambre et fut occupée jusqu’à midi à sortir le trousseau de la malle de v oyage, à en admirer toutes les pièces qu’elle rangea et dérangea bien des fois avant d’avoir trouvé la place qui lui semblait le plus convenable. Dans l’après-midi les cousins de Jeanne vinrent ave c leur mère souhaiter la bonne année à leur oncle et leur tante. Ils habitaient la même maison que Monsieur et madame d’Orbigny. Leur mère, madame de Verneuil, sœur de madame d’Orbigny, était venue s’installer à Paris après la mort de son mari, officier de marine distingué, qui avait péri dans un naufrage. Elle avait trois enfants : l’aîné, nommé Georges, é tait du môme âge que Maurice ; Paul, le second, avait un an de plus que Jeanne ; e nfin Berthe, la troisième, avait quelques mois de moins que sa cousine Les deux familles vivaient dans l’intimité la plus complète. M. d’Orbigny s’occupait autant de ses neveux que de son fils. Quant à Jeann e et à Berthe elles étaient inséparables, et pourtant les deux cousines différaient autant de caractère que de figure. Berthe était aussi blonde que Jeanne était brune ; elle était aussi douce que l’autre était impérieuse, toujours contente, toujours satisfaite, elle supportait patiemment le joug un peu tyrannique de sa cousine, prenait toujours sa défense lorsqu’on l’attaquait, enfin c’était le meilleur caractère qui pût se rencontrer. Si bien douée sous le rapport du cœur, Berthe l’éta it moins du côté de l’intelligence ; elle n’avait pas cet esprit vif qui caractérisait Jeanne, sa mémoire était rebelle, ce n’était qu’à force de travail et d’assiduité qu’elle pouvait se maintenir au môme niveau que sa cousine. Les embrassades et les souhaits de nouvel an termin és, les enfants causèrent tout naturellement des étrennes qu’ils avaient reçues. Georges et Paul avaient eu de magnifiques volumes i llustrés, des voyages, sorte d’ouvrage pour lesquels ils avaient une prédilection marquée. Berthe avait reçu, comme Jeanne, une poupée et un mobilier complet. La première parole de Jeanne fut celle-ci : En quoi sont les meubles ? — En bois, répondit naïvement Berthe. — Je le pense bien, reprit Jeanne en haussant les épaules, mais en quel bois ? — En acajou. C’est très-joli, et je suis bien contente. — Ce motacajourasséréna complétement la physionomie de la petite d’Orbigny. — Et les tiens en quoi sont-ils, demanda Berthe. — En acajou aussi. — Alors nos poupées doivent être aussi pareilles. — Tu n’as pas apporté la tienne ? — Non, mais je vais vite l’aller chercher pour te la montrer. — L’étage qui séparait les deux appartements eût été bien vite monté, puis descendu par le petite fille qui apporta une poupée exactement semblable à celle de Jeanne quant à la grandeur, à la chevelure et aux yeux, mais dont le costume, au lieu d’être en taffetas, était en velours noir. Jeanne eut d’un coup d’œil apprécié cette différence et en fut mortifiée ; pourquoi, se disait-elle, maman ne m’a-t elle pas donné une aussi jolie poupée qu’à ma cousine ? La raison en était bien simple, on n’avait pas trouvé deux toilettes semblables chez le marchand ; les mamans avaient alors pris les deux p lus jolies, en avaient habillé les poupées au hasard, se promettant de faire, par la s uite deux autres costumes, afin que
les poupées, comme les deux petites cousines, fussent mises de même. « Les mamans n’avaient encore rien dit de cette inten tion, l’occasion ne s’en étant pas encore présentée. Tout-à-coup, quittant Berthe, Jeanne vint avec son impétuosité ordinaire parler à sa mère, se souciant peu d’interrompre une conversatio n engagée, ce qui est très-malhonnête. — Maman, dit-elle, pourquoi ma poupée n’a-t-elle pas une robe de velours ? de quoi a-t-elle l’air en hiver avec sa robe de taffetas ? il faut en aller acheter une autre, car je ne sortirai certainement pas avec elle tant qu’elle sera costumée ainsi. — Est-ce à moi que tu parles ainsi ma fille ?  — Mais maman, balbutia Jeanne un peu interdite par l’air sévère qu’avait pris madame d’Orbigny.  — Il n’y a pas de mais, mademoiselle ; comment au lieu d’être heureuse et contente des attentions qu’on a pour vous, vous ne trouvez à dire que des impertinences, et cela un premier jour de l’an ? Je suis très-mécontente ; ce matin je vous ai fait grâce une fois déjà, il n’en sera pas de môme ce soir. Madeleine, dit-elle à la bonne, serrez tous les joujoux reçus aujourd’hui dans ma grande armoire. — Même la poupée et son mobilier, madame ? — Surtout cela, Madeleine ; quant à vous, mademoiselle, reprit madame d’Orbigny à sa fille, retirez-vous dans votre chambre, vous y d înerez seule, cela vous donnera le temps de réfléchir aux conséquences de votre mauvais caractère. — Jeanne se préparait à obéir ; elle avait tant d’amour propre, que malgré tout le dépit et le chagrin qu’elle éprouvait de cette punition, elle retenait ses larmes et cherchait à prendre une contenance indifférente. Oh ! ma tante, s’écrièrent tous les enfants de Verneuil, je t’en supplie, pas de punitions aujourd’hui, Jeanne a bien certainement regret de c e qu’elle a fait, elle va demander pardon, promettra de ne plus recommencer, et tout sera oublié. — Non, mes enfants, ma fille a besoin d’une leçon, voici trop de fois que je pardonne et que ma bonté l’encourage dans ses fautes ; voyez ce que m’a valu ma patience ? rien. Aussi serai-je inflexible aujourd’hui. Maman, pardonne encore une fois, je t’en prie, dit Maurice. Toute notre soirée sera gâtée s’il manque l’un de nous autour de la table, et personne ne mangera de bon cœur. Je veux bien réduire la punition de moitié à votre prière, mes chers enfants ; Jeanne restera et dînera avec nous, mais les jouets seront serrés dans l’armoire, et n’en sortiront que lorsque ma fille sera devenue plus raisonnable. Personne n’osa insister davantage ; on sentait que ce que disait la maman était parfaitement juste et sensé. Jeanne remercia sa mère ; en cet instant son cœur g onflé déborda, et-elle courut cacher ses larmes dans les bras de Berthe qui trouva dans son amitié et son bon cœur des paroles de consolation pour la petite affligée.