Mémoires d'un enfant de vaincu

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240 pages
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Ce n'est pas à une reconstitution plate, sage et docile de l'enfance que se prête le récit d'Albert Géron. Plus précisément, cette dimension autobiographique se voit surbordonnée à une approche plus thématique de la société française durant la Seconde Guerre mondiale et après. En cela, "Mémoires d'un enfant de vaincu" se prête plus à une auscultation sociale et des mentalités d'alors que du simple propos personnel... La religion et l'école, les réactions face à l'occupant et la Résistance... autant de sujets sur lesquels se bâtit donc – et souvent avec une distance tout iconoclaste – l'ouvrage d'Albert Géron qui, à travers ses yeux d'enfant, nous restitue avec force et authenticité toute l'atmosphère française d'alors. Souvent mordant, porté par un esprit volontiers frondeur et libre, "Mémoires d'un enfant de vaincu" se hisse dans le même temps au-dessus des discours politiquement corrects et angéliques... et s'impose par les tonalités adolescentes – en ce que l'adolescence peut avoir de provocateur – de son auteur.

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Date de parution 29 avril 2014
Nombre de visites sur la page 116
EAN13 9782342022278
Langue Français

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Mémoires d’un enfant de vaincu
Albert Géron Mémoires d’un enfant de vaincu
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0119489.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2014
Avant-propos Le projet de mon roman, à l’origine, était simple, hon-nête, et banal à souhait. Je me suis dit : « Mon vieux, tu vas quitter cette épo-que, sa grisaille, son ennui endémique, sa routine insupportable ; ce monde où ta liberté de citoyen s’amenuise chaque jour. Tu partiras exhumer des souve-nirs de l’immédiat après-guerre, où l’herbe était plus verte et – pour parodier le poète – le soleil plus brillant qu’aujourd’hui. » Je revoyais en pensée la vie – certes très dure sur le plan matériel – que menaient mes compatriotes, mais sur-tout l’immense espoir en l’avenir, si caractéristique des fins de guerre. Je me souviens qu’en ce temps là on pou-vait encore croiser des quidams qui riaient dans les rues : c’est tout dire ! Pour corser le tout, j’imaginais une juvénile histoire d’amour qui s’épanouirait dans ce décor d’espérance. Bref, je pensais avant tout à me faire plaisir – ce qui est le premier devoir de tout homme normalement constitué. Voila pour mon côté fleur bleue. Il me fallait, pour ce faire, imaginer un narrateur, retrai-té, vieux monsieur au ventre rond, au maintien paisible, promenant son chien le matin, saluant poliment ses voisins de palier, et craignant son concierge. Pourtant j’aurais dû me méfier… Alphonse Daudet m’avait prévenu : les personnages qu’on invente nous échappent souvent et prétendent mener leur vie propre. Par précaution, je passai une solide laisse au cou de mon narrateur, le serrai contre moi, et lui murmurai en guise d’avertissement : « si tu bronches je t’étrangle ! »
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Que n’avais-je pas déclenché !… Sous mes yeux, d’abord incrédules, puis carrément hor-rifiés, je vis cette chose naguère tapie au fond de mon subconscient, se réveiller, franchir mon néocortex et s’étaler toute ricanante sur la feuille blanche, les babines gonflées d’ironie. Avant même que je puisse réagir elle avait déjà rédigé un chapitre. Et, Grands Dieux, quel chapitre !… Ne voilà-t-il pas que ce monstre mettait en doute les fondements mêmes de notre Sainte Église et blasphémait le petit Jésus ! La sale bête !… Toutefois, je ne me laissai pas faire et il m’arriva sou-vent, tirant violemment sur la laisse, de lui crier : « Reste politiquement correct… reste politiquement correct… pense aux éditeurs, malheureux !… » Et aussitôt je reprenais la main. L’ouvrage terminé et relisant le manuscrit, je m’aperçus avec surprise que mon narrateur félon, mécréant notoire, était de surcroit un anti-communiste primaire (mais cela, je le lui pardonne bien volontiers !) et un contempteur in-vétéré. Ce qui me chiffonne un peu c’est son attitude envers les Américains, qu’il critique outrageusement. Critiquer ce peuple humain et particulièrement désintéressé, a-t-on idée ?… vraiment ce bonhomme me déçoit ! Chaque fois que je l’ai pu, je me suis occupé de mon petit Jacques, sujet initial de ce roman et, avec lui, j’ai pleuré la mort de son camarade Gino. C’était un enfant curieux et éveillé, bien que candide. J’ai gardé beaucoup de tendresse pour lui. Il me vient, à ce propos, une phrase d’Anatole France qui, parlant du gamin qu’il était, confessait à ses lecteurs : « C’est un innocent que j’ai perdu, il est bien naturel que je le regrette. » Je pourrais reprendre cette phrase à mon compte.
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