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Métaphysique des contes de fées

De
184 pages
Venant du fond des âges et de toutes les régions du monde, les contes de fées fourmillent d'indications historiques ou ethnographiques. Ne délivrent-ils pas, secrétement, un enseignement sur le devenir spirituel de tout être humain ? Cet ouvrage, après un panorama sur leur histoire et leurs interprétations, propose le commentaire de trois contes : Le Petit Poucet, La Jeune Fille aux mains coupées, et Ce que fait le Vieux est toujours bien fait.
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MÉTAPHYSIQUE
DES
CONTES DE FÉES
























Collection Métaphysique au quotidien
dirigée par Bruno Bérard et Annie Cidéron

La collection Métaphysique au quotidien entend diffuser
auprès d’un public élargi des doctrines métaphysiques vivantes ou,
d’une certaine façon, « vécues » par ceux qui les exposent.
Fondée par une démarche philosophique – ouverte, par
définition –, la collection encourage le dialogue avec d’autres
domaines de la science comme la psychologie, la physique, la
logique, la cosmologie, l’éthique…
Pour faciliter la communication, les deux modes d’exposition
principaux retenus sont le dialogue et l’ouvrage collectif.



DÉJÀ PARU :

François CHENIQUE, Souvenirs d’Orient et d’Occident, Entretiens
avec Christian Rangdreul, L’Harmattan, 2009.

Collectif, Qu’est-ce que la métaphysique ?, par Bruno BÉRARD,
Jean BIÈS, Jean BORELLA, François CHENIQUE, « Martin
HEIDEGGER », Aude DE KERROS, Kostas MAVRAKIS,
PAMPHILE, Alain SANTACREU, Wolfgang SMITH, Emmanuel
TOURPE, Jean-Marc VIVENZA, L’Harmattan, 2010.



ILLUSTRATION DE COUVERTURE :

Jardin (féérique) d’Ile de France sous la neige (décembre 2010),
photographie de Draheid.



Bruno BÉRARD – Jean BORELLA




MÉTAPHYSIQUE
DES
CONTES DE FÉES





















Métaphysique au quotidien
































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55116-9
EAN : 9782296551169






DU MÊME AUTEUR

DE JEAN BORELLA

La Charité profanée, Éd. du Cèdre, Paris, 1979, 436 p., réédition
Dominique Martin Morin (épuisé), rééd. corrigée et augmentée
par l’Harmattan en cours.

Le sens du surnaturel, Éd. de La Place Royale, 1986, réédition Ad
Solem, Genève, 1996, 248 p., épuisé (traduction anglaise).

Histoire et théorie du symbole, coll. Delphica, L’Âge d’Homme,
Lausanne, 2004, 270 p. (réédition de : Le mystère du signe,
Maisonneuve et Larose, Paris, 1989).

Ésotérisme guénonien et mystère chrétien, coll. Delphica, L’Âge
d’Homme, Lausanne, 1997, 406 p. (traductions américaine et
italienne).

Symbolisme et réalité, Ad Solem, Genève, 1997, 69 p. (traduction
italienne).

Penser l’analogie, Ad Solem, Genève, 2000, 221 p., épuisé.

The Secret of the Christian Way: A Contemplative Ascent Through the
Writings of Jean Borella, edited and translated by John Champoux
with a Foreword by Wolfgang Smith, State University of New
York Press, Albany, 2001, 205 p.

Lumières de la théologie mystique, Delphica, L’Âge d’Homme,
Lausanne, 2002, 184 p.

Le Poème de la Création. Traduction de la Genèse 1-3, Ad Solem,
Genève, 2002, 45 p.

Un homme une femme au Paradis : Sept méditations sur le deuxième chapitre
de la Genèse, Ad Solem, Genève, 2008.

La crise du symbolisme religieux, l’Harmattan, Paris, 2008, 381 p.
(rééd. corrigée et augmentée de L’Âge d’Homme, Lausanne,
1990).



En collaboration avec Dom Jean-Éric Stroobant de Saint-
Eloy :

Saint Thomas d’Aquin, Commentaire de l’Épître aux Romains,
traduction et annotation, Cerf, 1999, 651 pages.

èreSaint Thomas d’Aquin, Commentaire de la 1 Épître aux Corinthiens,
traduction et annotation, Cerf, 2002, 640 pages.

èmeSaint Thomas d’Aquin, Commentaire de la 2 Épître aux Corinthiens,
traduction et annotation, Cerf, 2005, 371 pages.

Saint Thomas d’Aquin, Commentaire de l’Épître aux Galates,
traduction et annotation, Cerf, 2007.

Ouvrages collectifs

« La crise actuelle de l’Église est antichrétienne », propos recueillis
par Yves Chiron, in revue L’Age d’Or, n°5, Hiver 1986.

« Intelligence spirituelle et Surnaturel » in Éric Vatré, La Droite du
Père, Enquête sur la Tradition catholique aujourd’hui, Trédaniel, Paris,
1994.

« Spre o teorie unitatil relgilor », in Bogdan Mandache, Teofania
Interiora: Dialoguri cu teologi catolici contemporani, Editoria Presa Buna,
Iasi, 1996.

« Réponses sur la Tradition », in Arnaud Guyot-Jeannin, Enquête
sur la Tradition, Trédaniel, 1996.

« Gnoza cere posibilitati ale intelegentei care nu sint egal prezente
la toti oamenii », in Bogdan Mandache, Sensul ascuns: Dialoguri despre
esoterism, Editura Cronica, Iasi, 2005.

Qu’est-ce que la métaphysique ?, avec Bruno Bérard, Jean Biès, Jean
Borella, François Chenique, « Martin Heidegger », Aude de
Kerros, Kostas Mavrakis, Pamphile, Alain Santacreu, Wolfgang
Smith, Emmanuel Tourpe, Jean-Marc Vivenza, l’Harmattan, 2010.

Préfaces

Introduction à l’ésotérisme chrétien, abbé Henri Stéphane, nouvelle
édition, Dervy, 2006.

La quête de Raphaël, Patricia Douglas Viscomte, Éditions
Fideliter, 1983.



Lumière du Non-dualisme, Georges Vallin, Presses Universitaires de
Nancy, 1987, épuisé.

Sagesse chrétienne et mystique orientale, François Chenique, Éditions
Dervy, 1996.

Anthropologie du geste symbolique, Yves Beaupérin, L’Harmattan,
2002.

Postfaces

« De l’ésotérisme chrétien », in Introduction à l’ésotérisme chrétien, abbé
Henri Stéphane, Éditions Dervy, 1983, épuisé.

« Problématique de l’unité des religions », in Introduction à une
métaphysique des mystères chrétiens, Bruno Bérard, L’Harmattan, 2005.

Sur Jean Borella

Bruno Bérard, Jean Borella, la Révolution métaphysique, après Galilée,
Kant, Marx, Freud, Derrida, L’Harmattan, 2006.























DE BRUNO BÉRARD

Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens, en regard des
traditions des Traditions bouddhique, hindoue, islamique, judaïque et taoïste,
préfaces du Père Michel Dupuy et de Mgr Dubost, évêque d’Évry-
Corbeil-Essonnes, Postface de Jean Borella (« Problématique de
l’unité des religions »), imprimatur du diocèse de Paris n°20 (janvier
2003), L’Harmattan, 2005.

Jean Borella : la Révolution métaphysique, après Galilée, Kant, Marx,
Freud, Derrida, préface du Père Michel Dupuy, apostille de Jean
Borella, L’Harmattan, 2006.

Initiation à la métaphysique, les trois songes, préface de Michel
Cazenave, L’Harmattan, 2009.

Ouvrages collectifs :

Au commencement est le cœur, Contrelittérature n° 22, dixième année,
sous la direction d’Alain Santacreu, L’Harmattan, 2010 :
- « Jean Borella : distinguer entre intelligence et raison »,
- « René Guénon, l’ésotérisme et le christianisme ».

Qu’est-ce que la métaphysique ?, par Bruno Bérard, Jean Biès, Jean
Borella, François Chenique, « Martin Heidegger », Aude de
Kerros, Kostas Mavrakis, Pamphile, Alain Santacreu, Wolfgang
Smith, Emmanuel Tourpe, Jean-Marc Vivenza, L’Harmattan,
2010.

Articles :

« Croire, savoir, connaître, dans l’œuvre de Jean Borella », publié
sur le site de L’Harmattan, janvier 2006.

« Faut-il être intelligent pour être sauvé ? », publié par
Contrelittérature (URL : http://talvera.hautetfort.com/), avril
2009.



















Je crois qu’on peut, en se remettant à Dieu,
laisser tous les enfants lire d’un bout à l’autre notre livre
et les abandonner à eux-mêmes

Frères Grimm


Ne pas croire aux fées, c´est ne pas croire à soi-même

Aragon






























































SOMMAIRE



Avant-propos 13
Première Partie
Les contes de fées

Chapitre I Les contes de fées comme matériau 21
Chapitre II Interprétations des contes de fées 59

Deuxième Partie
Interprétations métaphysiques des contes de fées

Chapitre III La Jeune Fille sans mains 83
Chapitre IV Ce que fait le Vieux est toujours bien fait 129
Chapitre V Le grand ogre et le Petit Poucet 139














11













AVANT-PROPOS



Malgré ce que semble annoncer son titre, on ne
trouvera pas dans cet ouvrage une théorie générale et
complète des contes de fées, propre à en justifier
l’interprétation métaphysique. On ne peut, certes, se
dispenser d’en esquisser quelques traits : c’est l’objet de cet
avant-propos. Mais l’essentiel du livre voudrait, plus
directement, présenter au lecteur les exégèses métaphysiques
(ou spirituelles) de trois contes, choisis parmi les plus
connus, et qui permettront de juger sur pièces.
On peut d’ailleurs se demander s’il existe quelque
chose comme une théorie générale des contes. Non que
fassent défaut les tentatives en ce sens : le premier chapitre
de ce livre passera en revue les plus importantes. Mais, outre
l’incongruité qu’il y aurait sans doute à prétendre réduire la
fraîcheur et la naïveté (apparente) des contes à la sécheresse
d’une construction conceptuelle, on ne saurait méconnaître
que, mille fois interprété, mille fois expliqué, le mystère des
contes demeure, défi permanent à notre sagacité.
Il ne s’agit donc pas de faire mieux que ceux qui ont
cru pouvoir déceler leur secret, mais de faire autre chose. Et
d’abord de renouer avec ce qui est l’intention première,
l’intention immédiate du conte, sa finalité la plus évidente et
cependant la plus négligée aujourd’hui, qu’on dédaigne de
prendre en considération si l’on est un culturologue sérieux,
à savoir son intention didactique. Car enfin, le conte de fées
véritablement traditionnel, celui qui a traversé les siècles et
les contrées, n’est pas seulement un divertissement
merveilleux où l’imaginaire peut se donner carrière ou
13

rivaliser d’enchantements, c’est d’abord un enseignement. Il
veut instruire grands et petits, savants et ignorants, riches et
pauvres, les gens des villes et ceux de la campagne ; il veut
« donner à penser », il tend à délivrer une leçon de vie. Sous
le vêtement d’une histoire dont la cohérence n’est pas le
souci majeur – et c’est son droit le plus certain – une sagesse
est à découvrir. Or de cette sagesse, connue pour elle-même,
la science des contes n’a cure. Pour elle, le conte est un objet,
comme toute autre forme de la culture. En rendre raison,
c’est élaborer une théorie permettant d’aboutir à l’objet par
décomposition de ses éléments et reconstitution de leur
genèse, une théorie qui explique pourquoi ils sont ce qu’ils
sont et fournisse la clé de leur agencement. Elle n’ignore pas,
cette science, que le conte veut nous enseigner quelque
chose. Mais ce qu’il veut nous enseigner, son intention
délibérée, ressortit à une sorte de sagesse populaire fort
banale, et finalement de peu d’intérêt. Autrement significatif
lui paraît ce qu’il nous révèle involontairement, ce qu’il trahit
des causes véritables (historiques, sociologiques, psycholo-
giques, etc.) qui lui ont donné naissance. Là s’arrête sa tâche.
Mais là commence celle d’une métaphysique des contes de
fées. Ici le conte n’est pas pris comme l’objet à expliquer. Il
ne s’agit pas d’aboutir scientifiquement au conte, il s’agit
d’en partir, de le prendre pour guide, de se laisser conduire
par lui vers le pays mystérieux qu’il nous invite à explorer.
Nous croyons que le conte dit vrai et sait ce qu’il dit. Qu’il le
révèle à l’aide de tel ou tel élément, de telle ou telle figure, de
tel ou tel mode de vie ou de telle façon de faire, dont la
science des contes repère l’origine, on ne le nie pas. Mais
cela demeure secondaire, aussi secondaire au regard du sens
que peuvent l’être la forme des lettres ou la nature de l’encre
et du papier sur lequel le texte est écrit. Au demeurant, à
quoi bon dépenser dans cette recherche, tant d’efforts et
d’érudition pour rendre compte d’un objet culturel en lui-
même aussi insignifiant ? Ne serait-ce pas qu’en réalité le
culturologue a conscience, obscurément, qu’il se trouve en
14

présence de quelque chose de plus profond, de beaucoup
plus décisif qu’une fantaisie anecdotique et bon enfant, voire
malicieuse ou goguenarde, si plaisante soit-elle, quelque
chose digne des recherches longues et difficiles ?
Il y a cependant une doctrine qui s’est beaucoup
occupée des contes, et qui, par bien de ses propos, paraît
échapper à la description précédente. Cette doctrine entend
se mettre à l’écoute du conte, non seulement pour le
déconstruire et le réduire à ses causes, mais aussi pour le
prolonger et recueillir en lui ce que, à son insu, il nous révèle
sur nous-mêmes.
Il s’agit évidemment de la psychanalyse. On aura sans
doute remarqué le parallélisme du titre de notre ouvrage avec
celui de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées (trad.
Théo Carlier, Robert Laffont, 1976), encore que le titre
anglais, The Uses of Enchantment, littéralement : les Usages de
l’Enchantement (c'est-à-dire à quoi sert le merveilleux), ne
vérifie nullement ce parallélisme et corresponde d’ailleurs
beaucoup mieux à la thèse de Bettelheim. Quoi qu’il en soit,
force est de constater que ce qu’une psychanalyse attend du
conte de fées est assez loin de ce qu’en espère une
herméneutique métaphysique. Non qu’il faille nécessaire-
ment en répudier les affirmations : que le conte, comme le
dit Bettelheim, serve à l’enfant pour dire (et donc penser
d’une certaine manière) ce qu’il ne fait encore que pressentir
de la vie, n’est pas douteux (ce qui est vrai, d’ailleurs, de
beaucoup d’autres manifestations culturelles : chants, danses,
coutumes, vêtements, etc.). Mais une métaphysique des
contes de fées est en attente d’autre chose. Elle fait
l’hypothèse, autrement dit elle croit, que ce qui s’énonce
dans le conte pointe aussi vers une réalité proprement
spirituelle, et non seulement vers la formation psychologique
de l’enfant. Elle suppose donc que l’être humain est appelé à
un destin spirituel, c'est-à-dire à réaliser ce à quoi le destine
sa nature théomorphe. Car il faut enfin le dire : l’homme est
un « être-pour-Dieu » et, par rapport à cette vocation, il est
15

toujours un enfant, un novice, un apprenti. À travers les
péripéties du conte, que tout le monde peut comprendre au
niveau le plus ordinairement humain (mais un ordinaire
ponctué d’extraordinaire) s’annonce, et se dépose dans
l’inconscient spirituel de l’auditeur, le savoir le plus profond sur
les étapes et les événements de son devenir divin, sur cette
transformation mystérieuse par quoi l’âme apprend peu à
peu à connaître ce qu’il en est de Dieu en elle.
Cette hypothèse paraîtra sans doute bien lourde.
Comment doter d’une intention aussi transcendante des
histoires qui courent les rues et les champs et qui relèvent de
la « littérature » la plus populaire ? Faut-il supposer à
l’origine des contes (du moins des plus traditionnels et des
plus anciens) des collèges de maîtres, ayant autorité, qui
auraient confié à la mémoire des peuples, afin qu’elles y
demeurent, les vérités les plus hautes, les plus ignorées du
commun, et qui, pour cette raison même, pouvaient
échapper au risque d’altération ? Mais les confier pour qui ?
Des vérités cachées et transmises « par incompréhension »
ne sont-elles pas encore plus perdues que si, clairement dites,
elles avaient couru le risque d’être altérées ?
L’objection, toutefois, est moins forte qu’il n’y paraît, si
l’on admet que les diverses péripéties des histoires racontées
sont par elles-mêmes porteuses d’une dimension spirituelle
invisible, à laquelle la conscience humaine, si endormie soit-
elle, ne peut manquer de s’ouvrir quelque jour. C’est que le
dépôt reçu travaille la mémoire et développe peu à peu ses
résonances les plus élevées jusqu’à nous réveiller de notre
sommeil ordinaire et susciter en nous l’esprit qui entend.
L’erreur, et même la faute de l’interprétation psychanaly-
tique, c’est de ne concevoir qu’un inconscient psychique et
de l’imposer à notre attention comme le seul mystère qui
nous habite en profondeur. L’âme occidentale, fascinée, s’en
émerveille. Chacun devient pour lui-même un cas vraiment
intéressant : il faut s’initier à ce mystère et, par une sorte de
spéléologie psychique, découvrir notre fuyante vérité.
16

Captive d’elle-même, comme Narcisse amoureux de son
image qu’il croit voir au fond des eaux alors qu’elle n’est
qu’un reflet de surface, l’âme veut se rejoindre et ne peut que
1se noyer . En vérité, la psychanalyse usurpe son nom de
psychologie des profondeurs : elle ne se meut qu’à la surface.
Ce qui en nous est le plus profond, le plus enfoui, le plus
oublié, c’est l’esprit qui n’est rien d’autre que le sens de Dieu.
L’inconscient, ou plutôt l’inconscience qui nous habite, est
de nature spirituelle et c’est à ce sens inné du divin et du
transcendant que le conte veut parler et auquel il s’adresse à
demi-mot. Il le veut et il le doit, parce que le mystère divin
2qui est en nous représente aussi notre destin véritable . Il est
en attente de son accomplissement, il appelle à se connaître
et à se reconnaître, il espère la parole qui le fera naître à lui-
même et lui donnera forme et vie.
Bien des données positives des contes ici relus nous
paraissent indiquer, avec discrétion, certes, qu’il s’agit peut-
être d’autre chose que de ce qui est dit en apparence. Nous
avons souligné quelques-unes de ces données. Elles
prouvent qu’une interprétation métaphysique et spirituelle de
ces récits n’est pas absolument hors de propos et qu’elle peut

1 Dans Pour vivre en YOGA. Introduction à la pratique de la sagesse hindoue
(Éditions de l’EPI ; Desclée de Brouwer, 1970, p. 120), Pamphile, à
l’encontre de Freud qui voit, en Narcisse se noyant, le symbole de la
réalisation de la pulsion de mort inhérente à l’Éros, interprète cette mort
comme l’effacement du moi dans la réalité ultime du Soi. Cette
interprétation est assurément métaphysique et rompt avec le
« psychologisme » freudien. Est-elle pour autant topique ?
2 Que le conte de fées dise notre destin n’est peut-être pas sans appui dans
l’étymologie du mot fée. Ce terme, en effet, dérive du latin fata qui
désigne la « déesse des destinées ». Fata est la forme féminine de fatum, le
destin divinement « énoncé », qui se rattache au verbe fari, parler. Fatal,
fable, ineffable viennent de la même racine. (Dictionnaire historique de la
langue française, sous la direction d’Abel Rey, le Robert, 1998, t. II, p.
1408). En ce sens, et selon notre interprétation, tout conte véritable est
un conte-de-fée en tant qu’il énonce symboliquement une destinée
spirituelle, même, ce qui est le cas des trois contes ici retenus, lorsque les
fées n’y apparaissent pas.
17

correspondre aux intentions du conte, du moins à certaines
d’entre elles, car il est non moins certain que l’interprétation
la plus élevée n’est pas la seule et que le conte peut et doit se
lire à plusieurs niveaux. Mais pour ce qui regarde la genèse
historique des contes et la réalité effective des organisations
de sages qui auraient délibérément procédé à leur confection,
nous ne savons rien. Et quelles que soient les théories
élaborées à ce sujet, nous croyons que la genèse des contes
de fées garde son secret. Ainsi ils continuent de promener, à
travers les siècles et les continents, leur énigmatique parole.


Jean Borella
8-11 février 2011
18