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MétaWars

De
189 pages
Dans un futur impitoyable, deux factions —les Millénaires et les Gardiens— sont engagées dans une guerre brutale pour le contrôle d’un monde virtuel appelé la métasphère. Jonah Delacroix croyait savoir de quel camp il était. Toutefois, en assimilant l’avatar de son défunt père, il comprendra que rien n’est entièrement noir ou blanc, comme il l’avait cru. Il sera alors catapulté dans une course effrénée à travers les deux mondes… Mais saura-t-il découvrir la vérité?
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Copyright © 2012 Awesome Media & Entertainment Ltd Titre original anglais : MetaWars: Fight for the Future Copyright © 2013 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cette puPlication est puPliée en accord avec Hachette UK Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Traduction : Mathieu Fleury Révision linguistique : Marie Louise Héroux Correction d’épreuves : Nancy CoulomPe, Katherine LacomPe Conception de la couverture : Matthieu Fortin hoto de la couverture : © Thinkstock Mise en pages : SéPastien Michaud ISBN papier 978-2-89733-022-4 ISBN DF numérique 978-2-89733-125-2 ISBN euP 978-2-89733-126-9 remière impression : 2013 Dépôt légal : 2013 BiPliothèque et Archives nationales du QuéPec BiPliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, Poul. Lionel-Boulet Varennes, QuéPec, Canada, J3X 17 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
articipation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du QuéPec — rogramme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Norton, Jeff [Fight for the Future. Français] Se Pattre pour l’avenir (Metawars ; 1) Traduction de : Fight for the future. our les jeunes de 13 ans et plus. ISBN 978-2-89733-022-4 I. Fleury, Mathieu. II. Titre. III. Titre : Fight for the Future. Français. S8627.O785F5314 2013 jC813’.6 C2013-940960-2
S9627.O785F5314 2013
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À Sidonie. Pour avoir cru en moi.
1
La course était engagée. Jonah Delacroix donnait de grands coups de patin sur le sol et se propulsait en avant, se détachant enfin du peloton. La course de ce soir, sous le couvert de l’obscurité et en totale violation du couvre-feu national, avait attiré plus d’une centaine de coureurs des banlieues sud de Londres. Cette course de roller derby où tous les coups étaient permis couronnerait un vainqueur payé en métadollars. En fait, le prix de cette course, c’était l’équivalent de six mois de loyer, et d’autant en nourriture, pour Jonah et sa mère. Autrement dit, il fallait que Jonah gagne. Jonah était petit et mince à côté des autres coureurs. On l’aurait sans doute mis en charpie s’il ne s’était pas détaché du peloton. Il força l’allure pour maintenir une distance entre lui et les quelque 20 patineurs qui le suivaient depuis le coup d’envoi. À chaque coup de patin donné, les roues marquaient l’asphalte. Sa posture, son équilibre, son rythme, tout était parfait. Les entrepôts décrépis qui s’alignaient de chaque côté de la route de desserte désaffectée filaient sur son passage à une vitesse ahurissante. Il aurait presque cru voler. Presque. En fait, c’était ce que Jonah pouvait éprouver de plus près de cette sensation dans le monde réel. Quand il coursait, quand le vent fouettait ses cheveux, il aurait presque pu croire qu’il échappait à la réalité, qu’il n’était plus un citoyen d’un pays raté qu’on avait jadis appelé un empire. Il avait l’impression d’être de retour dans la métasphère, de retour dans le monde virtuel qui lui semblait tellement plus vrai que ce circuit, que cette nuit, que cette course. — Concentre-toi, se chuchota-t-il à lui-même. Jonah savait que s’il pensait trop, s’il laissait vagabonder sa pensée, il chuterait dans le premier nid-de-poule venu. Il avait trois fois déjà pris part à cette course, et à deux reprises frisé la première place. Mais dans ce derby, on ne couronnait qu’un vainqueur. Jonah s’était exercé chaque nuit depuis deux mois. Il connaissait chaque virage, tous les lacets, la moindre bosse et chaque nid-de-poule du parcours. Il savait où tous les lampadaires tombés et toutes les machines à recyclage débordantes qui lui barreraient la voie se trouvaient. Il aperçut l’arrêt d’autobus qui marquait la mi-parcours, et s’efforça de ne pas rire de le voir encore là, comme le vestige d’une autre époque. Cette fois, il pouvait gagner. Il fallait qu’il gagne. Il avait engagé presque tous ses métadollars pour entrer dans la course, mais le jeu en valait largement la chandelle. Avec le montant qu’il encaisserait, Jonah et sa mère mangeraient à leur faim et pourraient même louer un appartement pendant six mois, si les deux faisaient attention à ce qu’ils mangeaient. Ce serait leur premier coup de chance depuis des années. Jonah était à quatre patineurs de la première place, et il les talonnait de près. En fait, il n’avait jamais aussi bien patiné. Mais soudain, en tentant un dépassement, Jonah vit du métal scintiller sur la veste de cuir du coureur devant lui. Des fils barbelés ! Le coureur s’attaqua furieusement à Jonah, abattant sur lui son bras droit et des lames tranchantes comme des rasoirs. Jonah croisa les patins et s’accroupit. Le bras meurtrier passa au-dessus de sa tête et Jonah s’écarta à gauche d’un puissant coup de patin. Je ne peux pas perdre ce soir. Il fonça plus encore, distançant le coureur avec le rouleau de barbelés autour du bras. Droit devant, il vit la grande enseigne lessivée d’un magasin-entrepôt « FVM », une quincaillerie « Faites-le vous-même » aux volets de fer fermés. C’était le dernier droit de la course. Jonah gardait un souvenir clair mais lointain d’être entré dans ce commerce avec son père. Il se souvenait avoir été debout dans un panier, filant au-dessus du plancher ciré tandis
que son père le poussait dans l’allée principale, entre les rangées de cuvettes et d’outils divers. Il s’était senti voler. Quand Jonah atteignit l’enseigne, blanchie et craquelée par le temps, il trouva à s’encourager de son slogan : « Menez tous vos projets à bien ! » Il poussa plus fort encore sur ses jambes endolories. Il suffisait d’un dernier sprint et la victoire était à sa portée. Il négocia un virage particulièrement serré et arriva derrière les trois meneurs, réduisant toujours l’écart. Pour la première fois depuis très longtemps, Jonah pouvait espérer. Mène ce projet à bien ! Ne sachant rien de la course de patins de rue qui s’apprêtait à passer par là, deux personnes rôdaient furtivement à l’extérieur du magasin condamné. Sam, la plus jeune et la plus petite des 2, une fille de 17 ans aux cheveux roux et courts, ne savait pas ce que « FVM » voulait dire, mais trouva une manière d’encouragement dans le slogan que l’enseigne défraîchie arborait : « Menez tous vos projets à bien ! » C’est ce qu’elle comptait faire, malgré l’illégalité et les dangers du projet qui l’amenait ici. Vêtue d’une combinaison moulante noire, un sac anthracite sur le dos, Sam se fondait dans les ténèbres en faisant le guet sur le côté de la rue déserte. À quelques pas derrière Sam, un homme plus âgé malmenait la porte de l’entrepôt avec un pied-de-biche : un outil de la vieille école pour un bon vieux travail de casse. L’homme avait des cheveux grisonnants, une barbe hirsute et le regard intense. Il portait une combinaison noire, comme Sam. Il s’appelait Axel, mais pour Sam, il portait un autre nom. Pour elle, Axel, c’était « papa ». Dans un bruit de planche éclatée, la porte s’ouvrit toute grande. Axel fit signe à Sam de le suivre à l’intérieur. Elle tira une lampe torche de l’une de ses multiples poches et on entendit un petit déclic quand elle l’alluma. En mettant le pied dans l’entrepôt sombre, elle sentit l’air froid peser sur ses épaules. Des grandes formes anguleuses se dressaient devant Sam, des rangées et des rangées de ces formes. Dans la lumière de sa torche, elle pouvait voir leurs surfaces grises et ternes, la monotonie qu’elles avaient. De gros ordinateurs. Des unités centrales. Tout était vieux, datant des dizaines d’années passées, mais pourtant toujours fonctionnel. C’était étrange d’entendre tous ces ordinateurs bourdonner et cliqueter tout seuls. Sam n’avait pas anticipé une telle chute de température. Un courant d’air froid lui glaçait le cou. L’air venait de la bouche des climatiseurs accrochés au mur. Malgré la fraîcheur de l’endroit, le magasin était lourd de poussière et le nez lui piquait sans qu’elle n’y puisse rien faire. Dans un coin au plafond, elle avait repéré un voyant rouge qui clignotait. Elle prit Axel par le bras, dirigeant son regard vers l’objet. Il hocha la tête. — Des détecteurs de mouvements, dit-il tout bas, et ils nous ont déjà repérés. Mais nous nous y attendions. — Quand bien même, dit Sam, nous ferions bien de nous y mettre. Elle s’empressa d’ôter son sac à dos et dans sa hâte, elle se prit dans les bretelles. — Il n’y a pas le feu, petite, dit Axel. La police est à l’autre bout de la ville, occupée par la diversion de Bradbury. Nous aurons tout fini avant qu’ils n’envoient leurs motos jusqu’ici. — C’est ce que tu espères, répondit Sam, mais s’ils n’ont pas mordu à l’hameçon ? Et s’ils avaient laissé une patrouille dans les environs ? Parfois, elle avait l’impression de devoir jouer les adultes avec Axel, comme si son père n’avait jamais quitté l’adolescence. Le père de Sam était impulsif et fonçait tête baissée. Aux yeux de Sam, ne pas réfléchir, c’était dangereux, surtout dans leur domaine d’activité.
Cependant, elle devait admettre qu’Axel avait de bons instincts. Elle sortit le premier explosif de son sac à dos et le lui donna. C’était du plastic, blanc cassé, de la grosseur et de la forme des briques dont on fait les maisons. Axel commença à le placer dans l’entrepôt tandis que Sam déroulait le fil du détonateur. Ses mains tremblaient. En usant de volonté, elle réussit à arrêter les tremblements. Tout irait bien, pourvu qu’elle garde son sang-froid. De toute manière, même si elle l’avait voulu, il était trop tard pour revenir en arrière. Sam et Axel étaient des Gardiens. Pour plusieurs, cela signifiait qu’ils étaient des terroristes  ou des « insurgés de l’Internet » — mais Sam connaissait la vérité. Elle savait que les Gardiens luttaient pour la liberté de tous. Et Sam croyait en cette cause pour laquelle elle se battait. Mais était-elle prête à mourir pour ses idées ?
2
La terre trembla sous les patins de Jonah, un bruit d’explosion lui fit tinter les oreilles et une vague de chaleur vint s’abattre sur lui depuis la gauche. Jonah perdit l’équilibre. Il tenta d’éviter la chute, mais son corps le trahit. Ses bras et ses jambes se soulevèrent en avant dans une gesticulation maladroite. Ses patins l’envoyèrent culbuter cul par-dessus tête. Jonah atterrit sur le dos. L’impact lui avait coupé le souffle. Il leva les yeux sur le magasin en flammes, un grand panache de fumée s’élevant en tourbillons qui obscurcissaient la lune. L’enseigne géante soufflait des étincelles, se boursouflant jusqu’à ce que les mots d’encouragement soient à jamais perdus. Le hurlement d’une sirène d’alarme perçait la nuit. Jonah ne savait pas si l’explosion était le fruit d’un accident ou le travail de terroristes, mais en ce moment, c’était le cadet de ses soucis. D’autres coureurs avaient été arrêtés dans leur course — le grand costaud avec les fils barbelés saignait là où ses décorations mortelles s’enfonçaient dans sa veste — mais les trois meneurs filaient encore en tête. Tant bien que mal, Jonah se leva sur ses patins et reprit de la vitesse en y mettant toutes ses forces. Il ne pouvait pas abandonner. Se dessinant contre la lueur orangée de l’immeuble en feu, Jonah aperçut du coin de l’œil la fuite de deux silhouettes. Elles s’échappèrent en courant dans la rue, directement devant lui. Il brusqua un croisement de patins pour éviter la collision, mais cogna plutôt un grand coureur costaud qui le repoussa aussitôt droit sur l’une des silhouettes. C’était une fille. Jonah la heurta au corps et s’agrippa à elle pour ne pas tomber. Il remarqua ses cheveux roux et courts et ses yeux verts qui s’écarquillaient d’inquiétude. Elle était belle, pensa-t-il — mais elle était aussi dans son chemin. La deuxième silhouette — un homme en combinaison noire — apparut et tira la fille vers lui. Ils se précipitèrent de l’autre côté de la rue pour disparaître dans le noir. Jonah reporta son attention sur la course, mais c’était trop tard. Il pouvait voir le premier des coureurs, patinant devant la rangée de machines à recyclage qui marquaient la ligne d’arrivée. C’était terminé. Jonah avait perdu. Encore. Il patina jusqu’aux organisateurs — une clique de quatre adolescents à l’air menaçant, pas beaucoup plus vieux que lui — pour protester. — Vous allez tout de même demander qu’on recommence la course ? Ils secouèrent la tête pour l’écarter. Le vainqueur, une grosse brute de garçon, qui, à en juger par ses patins à six roues neufs, n’avait pas besoin d’argent, s’esclaffa au visage de Jonah en glissant sa carte bancaire dans le petit terminal portable. Des milliers de métadollars furent instantanément virés sur son compte. — Mais l’explosion ! s’écria Jonah. Ce n’est pas juste ! J’étais sûr… J’aurais pu gagner ! Si vous saviez au moins combien j’avais besoin de… Sa voix s’évanouit peu à peu. Personne n’écoutait. Les joues de Jonah brûlaient de l’absolue injustice qu’il endurait, mais il ne pouvait rien y faire. Les coureurs se dispersaient déjà, allant se perdre dans les ombres nocturnes, et un garçon plus âgé vint en roulant derrière Jonah et lui suggéra d’en faire autant. — C’est probablement une autre attaque terroriste, dit le garçon, alors tu te doutes que la police se ramènera d’une minute à l’autre. Tu devrais retourner chez toi avant de te faire pincer. Il avait raison, bien sûr. La dernière chose dont Jonah avait besoin en ce moment, par-dessus tous ses malheurs, c’était d’être pris à enfreindre le couvre-feu. Sam fonça en laissant derrière elle le garçon énervé sur ses patins à roulettes. Elle jeta un seul