Monsieur le comte Mollien

Monsieur le comte Mollien

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Français
50 pages

Description

Grâce à une remarquable rectitude de jugement et à l’expérience que la pratique des affaires lui avait donnée, le duc de Gaëte s’était appliqué, quand, au lendemain du 18 brumaire, le ministère des finances lui avait été offert, à corriger l’œuvre de réformateurs inexpérimentés, et s’était-empressé de rétablir, du moins sur plusieurs points, le mécanisme financier qu’il avait vu fonctionner avant la révolution. Cette expérience et cette sagesse, qui furent la cause de l’élévation de M.

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Date de parution 15 septembre 2016
Nombre de lectures 3
EAN13 9782346097579
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Pierre Clément
Monsieur le comte Mollien
M. LE COMTE MOLLIEN
1758-1850
I
Grâce à une remarquable rectitude de jugement et à l’expérience que la pratique des affaires lui avait donnée, le duc de Gaëte s’était appliqué, quand, au lendemain du 18 brumaire, le ministère des finances lui avait été offert, à corriger l’œuvre de réformateurs inexpérimentés, et s’était-empressé de rétablir, du moins sur plusieurs points, le mécanisme financier qu’il avait vu fonctionner avan t la révolution. Cette expérience et cette sagesse, qui furent la cause de l’élévation d e M. Gaudin et qui le maintinrent au ministère pendant quinze ans, se trouvèrent réunies à un degré même supérieur, et jointes à des vues plus larges, plus étendues, chez le comte Mollien. Enfant de ses œuvres, comme le duc de Gaëte, doué, comme lui, d’une grande prudence, et aussi peu porté pour les aventures, le ministre du Trésor de 1806 à 1815 eut, de plus que son collègue des finances, une notion distincte et très -remarquable des vérités essentielles enseignées par l’économie politique. On peut même dire, sous ce rapport, que le comte Mollien aurait été, si les circonstances l’avaient permis, un novateur de génie. Observateur plein de bon sens, esprit à principes, respectueux et sincère tout à la fois, disant, lorsqu’il était consulté, ce qu’il croyait être la vérité, il rendit, avec un noble désintéressement, les plus grands services, commanda toujours le respect, et, dans une vie presque séculaire, n’éveilla jamais l’ombre d’une haine ou d’un soupçon. C’est cette existence calme et remplie en même temps, sobre de faits et vouée tout entière au travail qui crée et féconde, que le lecteur va voir se dérouler dans son éloquente simplicité. M. Mollien était né à Rouen, en 1758, d’un père com merçant, dont les affaires avaient prospéré, et qui prit les premiers soins de l’éduca tion de son fils. Dès le début des Mémoires qu’il a laissés, on voit percer ce bon sens inné, cette raison solide, cette sage modestie, qui ne l’abandonnèrent jamais, même penda nt qu’il occupait une des plus hautes positions dans l’État. « Le sort m’a fait na ître, dit-il, dans la classe que j’aurais préférée si j’avais pu choisir mes parents : dans celle qui ne connaît pas l’envie et qui ne l’inspire pas, qui aime à dépendre des lois, et qui ne peut dépendre des hommes que par des devoirs réciproques. » Le père de M. Mollien av ait lui-même reçu une éducation cultivée. Attentif aux premières impressions de son fils, se préoccupant de l’inquiétude et de la défiance d’esprit dont elles témoignaient, il lui recommandait de ne pas prétendre à être plus clairvoyant ou mieux inspiré que ses pères, d’honorer Dieu comme ils l’avaient honoré, de résister à la tentation de se créer des routes nouvelles, et surtout à celle de vouloir soumettre les autres à son opinion. Le jeun e Mollien n’oublia jamais ces sages conseils, et en profita. A l’âge de douze ans, on l’avait envoyé dans un des colléges de l’Université, à Paris. Il y resta quatre ans, et remporta, dans la dernière année, un prix au concours général. On croit communément que les examens imposés, depui s quelques années, aux jeunes gens qui se destinent aux fonctions publiques, sont une innovation toute moderne. On va voir qu’il n’en est rien. « Dans un temps, di t le comte Mollien à ce sujet, où les moindres emplois publics ne s’obtenaient qu’après q uelques épreuves, les administrations choisissaient plus volontiers leurs élèves parmi ceux dont les succès dans leurs premières études pouvaient donner plus d ’espérances. » M. Mollien dut au prix qu’il venait d’obtenir d’être inscrit au nombre des jeunes gens qui aspiraient à entrer dans l’administration des finances. Mais ce n’était là qu’une expectative, et, en attendant,
le lauréat de l’Université fut rappelé à Rouen, où son père lui fit faire un cours de droit, et le plaça chez un avocat qui, au bout de peu de temp s, le jugea capable de donner lui-même des consultations. Un mémoire qu’il eut occasi on de faire pour un grand personnage de la province, fut trouvé si concluant, qu’on demanda au père de M. Mollien de lui permettre d’aller plaider à Paris la cause q u’il avait si bien discutée. Cette démarche était d’autant plus flatteuse, que M. Moll ien n’avait alors que dix-sept ans. Arrivé à Paris, il fut introduit, par son noble cli ent, chez le célèbre avocat Gerbier, qui approuva et signa le mémoire, prit l’auteur en amit ié, et lui conseilla, sous l’impression des plus tristes pressentiments, de ne pas se faire avocat. « J’ai vu encore briller les beaux jours du barreau, lui dit Gerbier ; je n’ai p eut-être pas trop malheureusement parcouru cette carrière, et cependant, je regrette de l’avoir préférée... Si le grand procès qui nous menace s’engage, je ne connais pas de profession dont l’avenir soit exposé à plus de hasards et de dangers que la mienne ; j’en écarterais mon fils si j’en avais un. » Docile à la voix de l’expérience, M. Mollien suivit cet avis. Présenté, quelques jours après, au maréchal de Richelieu, il lui dut son entrée définitive au ministère des finances. Là, sans autre recommandation que son travail, il p arvint, au bout de quelques années, et fort jeune encore, à l’emploi de Premier Commis. On sait quelle était l’importance de ces commis, dépositaires des vieilles traditions. V ers la même époque, M. Gaudin en occupait un semblable dans la direction générale de la contribution foncière. Quant à M. Mollien, il fut chargé, c’est lui qui nous l’appren d, de surveiller, sous la direction d’un intendant des finances, la compagnie de la Ferme gé nérale à laquelle était confié le recouvrement des impôts sur la consommation du sel, du tabac, et de quelques autres parties des revenus publics.