N'importe où... Plein sud...

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Un père, sa fille, la meilleure amie de sa fille... Une transgression... Trois dérives...

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EAN13 9791034808281
Langue Français

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N’importe où… Plein sud…
Frédéric Bonhomme N’importe où… Plein Sud… Couverture :Maïka Publié dans laCollectionElectrons-Libres
©Evidence Editions2018
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En quelques mots:un père, sa fille, la meilleure amie de sa fille… Une transgression… Trois dérives…
« Il avait besoin que je fasse pour lui ce que les ls font pour les pères : leur porter témoignage qu’ils ont de la substance, qu’ils ne sont pas seulement une absence qui sonne creux. Qu’ils comptent pour quelque chose quand bien peu de choses comptent. » Richard FORD (CANADA)
Après une nuit dehors, Joce est toujours de mauvaise humeur. Et moi aussi. Je déteste quand elle pue le sexe à plein nez. — Merde ! Y a plus de yaourt, elle râle. Je suis en train de boire mon café, le jour dégueule sur la table de la cuisine et je me dis que je devrais changer d’eau de toilette. Celle-ci me met la peau trop à vif. — Putain ! C’est difficile de racheter des yaourts quand on a pris le dernier ? elle attaque sans me regarder. — Et refermer la porte du frigo, c’est difficile ? Elle soue en levant les yeux au plafond et la porte claque. Les portes claquent souvent entre nous. Nous ne sommes pas des voisins très discrets. Heureusement, nous nous croisons assez peu. Je sors lorsqu’elle arrive et reviens quand elle s’en va. C’est comme un accord tacite entre nous. Faute d’avoir chacun notre territoire, nous occupons notre espace commun en alternance. Je sens son parfum glisser sous la porte de ma chambre, je sais qu’elle est rentrée. Sauf lorsqu’elle rentre au petit jour. — Tu aurais pu téléphoner. Elle s’assoit en face de moi, prend un sucre dans le kilo éventré devant ma tasse et le croque : — Lâche-moi un peu ! J’ai plus dix ans ! Un peu plus du double, mais j’ai encore du mal à m’y faire. — C’est pas une question d’âge, je dis. — Dis donc, elle est grave ta cravate, ce matin, ça fait peur ! Le café est encore chaud ? — Rupture de stock sur les yaourts, mais café juste à point. Elle se lève, s’empare d’une tasse dans le placard au-dessus de l’évier et se rassoit. Ensuite, elle attrape la cafetière et se sert en bâillant. — Quand même, ça te coûterait pas beaucoup, un coup de fil. Et moi, je dormirais plus tranquille. — Pour un simple coup de <l ? Avec les détraqués qui courent les rues, les accidents de préservatif et le sida ? Il t’en faut peu ! Vraiment, cette eau de toilette est une catastrophe ! Mon visage est un vrai brasier. Et comme si ça pouvait changer quelque chose, j’ajoute un sucre dans mon café. — Tu me fais chier, Joce ! Tu me fais vraiment chier ! Elle ne répond pas. Elle fait mine de regarder par-dessus mon épaule pour guetter la journée qui s’allume de l’autre côté de la fenêtre et je l’observe à la dérobée tout en buvant mon café. Je la trouve belle. Somptueuse. Plonger le nez dans sa nuque doit être une simple merveille. Un cadeau des dieux. Quand je pense à tous ces petits cons qui lui tournent autour à longueur d’année, tous ces pauvres types prêts à n’importe quoi pour lui fourrer leur sale langue dans la bouche, sans parler du reste, ça me retourne l’estomac. Et la simple idée qu’elle les laisse faire me @anque carrément envie de lui en coller une. Sans la quitter des yeux, j’hésite entre deux ou trois remarques acides sur le sujet, retiens quelques phrases pointues en rongeant mon frein, puis choisis de m’esquiver. La journée s’annonce diĀcile et m’engueuler avec Joce me met à chaque fois sur les genoux. Inutile d’en rajouter. Je me lève donc et pose ma tasse vide dans l’évier avec le calme du Bouddha.
— Au cas où tu rentrerais ce soir, je balance sans la regarder, ne m’attends pas ! J’ai un briefing… — Te fatigue pas en excuses foireuses ! De toutes façons, je rentre pas ! Je reste quelques secondes en suspens à la porte de la cuisine. Une envie soudaine de revenir sur mes pas, de m’asseoir en face d’elle pour crever l’abcès une bonne fois pour toutes. Merde ! se comprendre un peu mieux est-il hors de notre portée ? De la discussion, la lumière ne jaillit-elle pas ? Un court instant, tout me semble possible, un courage inattendu à une heure si précoce m’eeure et me porte vers la franche mise au point que nous aurions dû avoir depuis longtemps. Mais un simple coup d’œil à ma montre suĀt à balayer toutes ces salutaires velléités. Je quitte la pièce sans ajouter un mot. Mauvais départ : je suis à la bourre, j’ai le visage en feu et à peine le temps de me choisir une nouvelle cravate ! *** En vérité, toutes mes journées sont diĀciles. Toujours ! Il n’est jamais simple de s’ennuyer. Surtout sur le lieu de son travail. Il faut donner le change, s’agiter en permanence, froncer le sourcil, aĀcher sa détermination… J’y parvenais mieux lorsque j’avais trente ans. On triche plus facilement vers la trentaine. Personnellement, tout le monde me prenait pour un jeune loup aux dents longues. Un crack ! Un battant ! En tout cas, un type plein d’avenir. Ça, j’aurais abusé n’importe qui. Mais, avec l’âge, tout devient compliqué : les chairs se distendent et l’âme aussi. Colin me répète sans cesse que j’ai fait mon temps, que si ça ne tenait qu’à lui, je serais sur la touche depuis un bon moment. J’arrive à peine à me souvenir comme c’était bon de travailler avant que cet abruti ne soit parachuté parmi nous avec les pleins pouvoirs. Ça devait ressembler au jardin d’Eden ou quelque-chose dans ce goût-là. Chaque jour, je regrette de n’en pas avoir assez profité. Je tourne la clé de contact et le bruit du moteur me fait sursauter. Un frisson tout le long de l’échine. Louise ! Dix heures ! Dix interminables heures, Louise ! Et encore ! Si Colin ne nous coince pas au dernier moment pour un de ses brie<ngs impromptus qui me servent si mal d’alibi face à Joce, mais n’en sont pas moins cruellement fréquents. Un de ceux qui nous jettent in extremis au café du coin pour acheter sandwichs et bières alors que le tôlier retourne les chaises sur les tables en regardant le soleil descendre derrière l’immeuble de nos bureaux. Putain, je supplie mentalement, pas ce soir ! Pas ce soir ! Et pour me protéger d’une telle malédiction, je commence à m’envoyer la bande-annonce de la soirée à venir à plein volume. C’est plus fort que moi. Même si je connais les eets néfastes de ce genre de dérive sur ma motivation professionnelle, même si le dernier regard de Joce soue encore sur les braises ardentes de ma culpabilité, les images s’enchaînent et le vertige m’empoigne à la manière d’un arrêt du cœur. Les jambes parfaitement galbées, d’abord, ensuite les reins, le cul comme un fruit… Et cette façon qu’elle a de s’enrouler autour de moi, cette gourmandise… Aussitôt, la salive me monte dans la bouche. Encore dix heures, je répète. N’y pense pas ! Mais déjà, je me sens faible, captif. Déjà, la réalité vacille derrière le soue de sa voix. Viens, je l’entends murmurer contre mon oreille. J’ai envie que tu me défonces ! Et elle peut bien se mordre les lèvres, piquer un fard comme une gamine qui vient de dire un gros mot, son peignoir s’entrouvre lentement sur sa poitrine nue et un voile blanc me tombe devant les yeux. D’un cheveu, je manque le bord du premier trottoir sur mon chemin. Aujourd’hui, j’ai envie que tu m’attaches. Tu veux bien m’attacher ? Elle enlève ses lunettes. Passe une main dans les cheveux sombres qui lui encadrent le visage, ferme les yeux. Bon sang ! Tout ce que tu veux, mais pas maintenant ! Pas maintenant, Louise ! Sois gentille, laisse-moi aller à mon boulot ! Elle rit. Remet ses lunettes pour mieux me regarder me défendre. J’adore quand elle porte ses lunettes. De petites lunettes d’étudiante, rondes avec des montures en métal. Objet, pour moi, basiquement érotique. Souvent, je lui
demande de les garder même pour faire l’amour. Louise, je bégaye, je vais être en retard. Viens ! elle murmure. Oh ! Louise ! Petite sainte perverse… Ma renaissance et ma torture… Le peu de sang qui me reste dans le corps se tient à température grâce à toi… Grâce à tes dents dans mon cou, à tes ongles qui me labourent le dos. Aux doigts que tu te glisses entre les jambes pour me cruci<er à distance… Je ne veux pas voir ça ! Je ne dois pas voir ça ! D’ailleurs, je ne vois rien. Le peignoir cache tout de ce qui se dit entre sa main et son bas-ventre. Et c’est pire que si j’avais le nez dessus. Merde, Louise, est-ce que tu vas m’écouter ? Mais la caresser ! La caresser ! Poser ma paume sur cette peau qui n’en <nit pas d’être lisse et brune. La caresser à peine, d’un soue ! Mon Dieu ! c’est comme passer la main dans une @amme et la regarder rôtir. Derrière moi, un type klaxonne furieusement quand je laisse un feu vert virer tranquillement à l’orange sans bouger un cil. Je lui montre mon majeur esthétiquement pointé vers le ciel juste avant de griller un rouge pour me lancer sur le périphérique. Bien sûr, c’est la grande congestion et je pile un quart de poil avant de rentrer dans le cul d’une camionnette Darty. Je peste. Surtout pour m’empêcher de penser. D’ici, il me faudrait moins de cinq minutes pour me retrouver devant sa porte. Pour la voir apparaître, tout engluée de sommeil, comme une abeille dans son miel, la sentir incrédule une demi-seconde, puis l’entendre m’orir d’une voix légèrement fêlée une tasse de café que je ne boirai pas et que nous renverserons en basculant sur sa moquette. Car Louise est ainsi. Aux doutes, elle préfère les certitudes, aux questions, les réponses. Toujours, la vie contre elle se débat comme un torrent. Même si elle ne sait que murmurer comme l’eau tranquille des fontaines. Même si, depuis bientôt six mois que je la baise, les seuls moments où je l’ai entendue élever la voix sont… Laisse tomber ! Laisse tomber ! Laisse tomber ! A<n de faire diversion, j’entreprends de guetter la <lle dans la voiture à côté de moi. Une qui pro<te de chaque arrêt pour se pommader frénétiquement dans son rétroviseur. J’essaye de témoigner un quelconque intérêt à la chose. De trouver tout ça charmant. Louise, elle, ne se maquille jamais. Ne se parfume qu’à peine. N’en a pas besoin. Son odeur naturelle mélange cannelle et vanille de façon si subtile que j’en ai la tête qui tourne aussitôt que je l’approche. J’aime la boire. La laper comme un bol de lait. J’aime parcourir l’intérieur de ses cuisses avec la pointe de ma langue et glisser mon index dans la raie tiède de ses fesses. Avant elle, j’ignorais les caresses, j’ignorais le désir, les nuits blanches, les soupirs et les cris. Je croyais savoir ! Je pérorais avec mes collègues de bureau, échangeais de bonnes plaisanteries, prenais des airs entendus, mais je ne savais rien ! C’est Louise qui m’a appris. Louise est la source. C’est elle qui m’a enseigné, guidé, elle qui m’a montré une à une toutes les limites pour mieux m’apprendre à les dépasser. J’étais comme un enfant entre ses mains, au début. Un vrai puceau. J’avais honte de mes maladresses, mais ne sourais d’aucun orgueil. Elle pouvait tout exiger, tout obtenir, je ne demandais qu’à progresser. Et moi qui, au fond, avait toujours tenu le sexe pour une séance de gymnastique, bien moins excitante que toutes les histoires qu’on raconte à son sujet, j’ai pu en<n admirer les océans sauvages de la luxure, m’y engloutir avec délice, m’y noyer corps et âme, puis marcher sur leurs eaux, les survoler sans eort, quand je ne les voyais pas s’ouvrir tout simplement devant moi. Oh ! Louise ! Éveil de mes sens et cernes sous mes yeux, les images de nos nuits m’apparaissent à travers d’étranges brouillards, comme celles d’un <lm regardé en dépit de l’heure tardive. Un <lm X. Le genre dont je n’aurais jamais pensé être un jour l’acteur principal. Arrête tes conneries ! La sortie du périphérique qui mène à mon boulot ricane dans mon rétroviseur pour quelques mètres de rêve en trop ! À cette heure, revenir sur mes pas me prendra minimum une demi-heure. Autant dire que je vais m’envoyer une bonne heure de retard. Et les remarques de Colin en pleine <gure. Avec l’âge, on accepte de plus en plus mal de jouer les subordonnés. En<n, moi, je l’accepte de plus en plus mal. Viendra le jour où je les enverrai tous se faire foutre, Colin, ses seuils de rentabilité, son éloge de la
rigueur et son foutu esprit d’entreprise. Viendra le jour de l’éveil. Combien sommes-nous donc à attendre ce jour-là ? À espérer ? Et à savoir parfaitement que rien n’arrivera jamais ? Parce que rien n’arrive jamais. Il faut ruser, composer chaque jour avec la vie pour lui trouver un minimum d’intérêt. À chacun sa petite astuce. Son rêve en douce. Moi, mon rêve en douce, c’est Louise. Louise, mon second soue, ma vocation tardive. Louise dont dix heures d’insoutenable placard me séparent encore. Je quitte le périphérique pour tenter de l’emmancher au plus vite dans le sens inverse. Me retrouve sur les boulevards extérieurs. Invivables, comme prévu. Pourtant, je suis résolu. Respire à fond par le nez, fermement décidé à remettre ma journée et mes idées dans le droit chemin. Celui du labeur appliqué, du salarié méritant. Mais c’est compter sans le type à côté de moi qui se cure le nez avec acharnement, une narine après l’autre, d’un doigt expert, à la recherche de la meilleure prise. C’est compter sans la main qu’il agite pour expulser les prisonniers par la fenêtre. Le regarder faire ne tarde pas à me @anquer la nausée et au bout de deux insupportables feux en sa compagnie, je prends le mors aux dents et m’échappe par la première rue sur ma droite. Direction strictement contraire à celle de mon bureau ! La voie étant libre, je m’ore un sprint façon grand prix, puis freine à mort derrière un camion-poubelle qui choisit de se jeter sous mes roues au lieu de continuer à sommeiller placidement le long du trottoir. Et Louise me reprend. Me saisit à la gorge et par les couilles. Les deux mains blanchies sur le volant, j’ai le goût poivré de sa sueur au bout de la langue. Je vois son corps onduler au-dessus du mien, le sens qui m’aspire un peu plus à l’intérieur de lui à chaque coup de reins, comme s’il voulait m’absorber tout entier. Et moi, à bout de soue, les ongles accrochés dans la chair ferme de ses fesses, je ne peux que me cramponner à une idée désagréable pour me refroidir les sens. L’idée la plus désagréable possible. Colin par exemple. C’est fou ce qu’il m’est utile dans ces moments-là, ce con ! Que Louise passe à l’attaque, lance la machine à toute vapeur, et hop ! je glisse Colin entre elle et moi pour ternir sensiblement mon enthousiasme et me permettre de tenir la distance. Si Louise s’émerveille souvent devant mon espérance de vit, c’est en partie à Colin que je le dois. Comme quoi rien n’est jamais complètement inutile… Cependant, tout a une <n. Et c’est lorsque nous frôlons celle-ci, que nous l’appelons de tous nos vœux dans une même respiration incandescente, un pas à peine avant de nous jeter dans l’extase, que Louise aime nous pétri<er tous les deux sous le plomb, plantant parfois ses dents jusqu’au sang dans mon épaule s’il m’arrive de m’agiter une seconde de trop. Oh ! ce gémissement de pure douleur qui suinte entre ses lèvres serrées tandis que le plaisir se retire d’elle à la manière d’un sparadrap lentement arraché à la peau. Oh ! cet éblouissement qui m’emporte alors que je sens son sexe palpiter autour du mien. Cet air brûlant qui irradie mes poumons… Une fois encore ! Encore une fois ! La tête me tourne un peu. Mélange d’épuisement et de <erté. Pas mal pour ton âge, mon grand ! Pas mal tout court, même. Combien de temps résistaient-ils à ce petit jeu, mes prédécesseurs, tous ceux qui m’ont chaué la place ? Pas certain qu’ils s’en soient mieux sortis que moi… Et même les plus jeunes… Même ceux de l’âge de Louise… Mais je n’ai guère le loisir de m’épancher sur ma performance. Déjà, Louise reprend sa danse, paupières closes, muscles encore tétanisés d’avoir frôlé de si près le délice du naufrage. Déjà, elle repart au combat, soue court et dents serrées. Et c’est la frousse qui me poignarde dès le réveil du roulis. La frousse de ne pas survivre à un nouvel assaut, de lâcher prise bêtement, là, avant de l’avoir menée au bout, avant de l’avoir vue s’engloutir de haut en bas et rendre le plaisir par tous les pores de sa peau. Immédiatement, je rappelle Colin. L’espère, plus sournois que jamais, plus laid et méchant que nature. Mais il refuse de venir. Je l’insulte, le maudis, sans résultat. Ce salaud me laisse tomber et la cadence s’intensi<e à chaque seconde. J’aimerais tellement tenir un round de plus ! C’est sans espoir : cette fois, mes forces m’abandonnent et je sens passer le cap du non-retour. Sans doute Louise le sent elle aussi. Nous avons assez joué. Il ne lui reste à présent qu’à nous conduire au large avec une ferme assurance, à la fois vague et navire, voile et marée. Je la suis sans plus la toucher. Con<ant. Dans un instant,