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Napoléon à Brienne

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148 pages

Napoléon Bonaparte, né le 15 août 1769, à Ajaccio, dans l’île de Corse, et d’une famille noble (), mais peu fortunée, fit son entrée à l’école de Brienne, le 23 avril 1779, à l’âge de neuf ans huit mois huit jours. Dès son enfance, il avait montré un goût prononcé pour les armes ; sa mère, Mme Lætitia Ramolini, en avait ressenti un plaisir secret, et déjà l’avait destiné à la carrière militaire. M. de Marbœuf, qui se trouvait alors dans l’île de Corse en qualité de gouverneur, et qui fréquentait la famille Bonaparte, à cause du rang distingué qu’elle occupait (Charles Bonaparte, époux de Mme Lætitia, était assesseur à la cour royale d’Ajaccio), porta un vif intérêt au petit Napoléon, et lui accorda toute sa protection.

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À propos de Collection XIX

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A.-N. Petit

Napoléon à Brienne

PRÉFACE

Si nous publions un petit ouvrage aujourd’hui, ce n’est point que nous ayons la prétention de nous faire auteur. Ayant rassemblé avec soin tout ce que Brienne peut offrir d’intéressant sous le rapport de l’histoire, afin de le rattacher au souvenir de Napoléon, nous désirions, avant de publier notre livre, nous assurer un nombre suffisant de souscripteurs, pour réaliser un produit assez considérable, et pour, avec ce produit, élever un monument à Napoléon, sur l’emplacement même de l’école, où il a passé six années de son enfance. Nous avions tenté cette entreprise ; mais, voyant que l’on nous considérait comme tant d’autres, qui cherchent à placer les productions de leur travail intellectuel, nous avons renoncé avec peine à continuer une œuvre qui était toute de dévoument de notre part, et nous ne publions notre livre aujourd’hui que pour faire connaître au public les intentions qui nous animent. Nous ne lui donnons donc point le format que nous désirions, et nous ne l’ornons point des gravures nombreuses et intéressantes dont il serait susceptible.

Comme Napoléon passa son jeune âge à Brienne, où il puisa les élémens de la science militaire, et qu’il y reparut plus tard, lors de sa décadence, nous divisons notre histoire en deux parties ; et, à la fin de l’ouvrage, nous renvoyons le lecteur, 1° à des notes dans lesquelles nous donnons quelques détails sur les événemens de 1814, dans le département de l’Aube, et qui se rattachent à la deuxième partie, parce que ces événemens se lient immédiatement à la bataille de Brienne, la première affaire d’importance qui ouvrit la campagne de 1814 ; 2° à une notice, dans laquelle nous parlons de la maison de Brienne, et qui se rattache à la première partie, parce que Napoléon fut placé par cette maison à l’école de Brienne.

Aux Braves DE LA VIEILLE ARMÉE

C’est à vous, braves guerriers, qui, retirés dans vos foyers, vous reposez maintenant de vos glorieux travaux, racontant à vos neveux les dangers que vous avez courus, et les victoires que vous avez remportées sous les drapeaux de l’empire ; c’est à vous que nous faisons hommage de ce livre. Nous ne vous suivrons point dans vos campagnes, et nous ne vous retracerons point le tableau des combats que vous connaissez mieux que nous, puisque vous en avez partagé la gloire. Nous nous contenterons de vous montrer comment le héros qui vous a conduits par toute l’Europe, de victoires en victoires, passa son jeune âge à l’école de Brienne, et comment la puissance colossale qu’il édifia sur votre valeur, et qui fit trembler les rois sur leur trône, vint échouer sur les lieux mêmes où elle avait pris naissance.

Avant de publier le livre dont nous avons l’honneur de vous faire hommage, nous avions pris tous les renseignemens nécessaires sur les circonstances qui ont accompagné la vie de Napoléon à l’école de Brienne, dans le but de satisfaire la curiosité des voyageurs, qui tous les jours viennent saluer avec vénération les ruines de cette école, et qui s’étonnent de ne pas même remarquer une pierre en l’honneur de ce souvenir. Nous avons donc cru qu’il ne serait pas Sans intérêt de publier tout ce qui se rattache a la personne de Napoléon à Brienne. Ainsi, braves compagnons de sa gloire, vous ne serez pas, nous l’espérons, insensibles au sentiment que nous a inspiré le souvenir d’un si grand homme : c’est vous qui l’avez si vaillamment secondé dans l’exécution de ses vastes entreprises ; avec vous, que n’a-t-il point fait pour élever un si grand empire ? Que de génie n’a-t-il pas déployé pour rendre la France florissante à l’intérieur et formidable au dehors ? Il l’a tirée du cahos de la république, et son épée l’a protégée contre les cohortes ennemies, qui de toute part menaçaient de l’envahir, et les nations Vaincues payèrent à la patrie le juste tribut de votre bravoure. Après tant de hauts faits, la couronne des rois de France, que la révolution avait foulée aux pieds, reparut plus brillante que jamais sur la tête de Napoléon, qui la ramassa dans la boue. Quel homme était plus digne de la porter que celui qui avait régénéré le pays, et lui avait donné des bases nouvelles ? L’uniformité des lois consacrées dans le code Napoléon, ne fut-elle pas le lien qui devait unir tous les Français ? L’institution de la Légion-d’Honneur, qui enfanta des prodiges, et dont l’étoile brilla dès sa naissance sur le cœur de la plupart d’entre vous, n’est-elle pas pour les citoyens le plus noble mobile de leurs actions ? Qui r’ouvrit les temples ? Qui rappela dans le sanctuaire les lévites dispersés sur une terre étrangère, où ils pleuraient depuis long-temps la perte de leur patrie ? Les muses, effrayées du bruit des armes qui retentissaient chez nos voisins, ne vinrent-elles pas se réfugier sous les ailes de la victoire, et déposer leurs lauriers à côte des lauriers de Pallas ? Immortels guerriers, de combien de dépouilles, fruits de vos conquêtes, la France ne fut-elle pas enrichie ? Que d’immenses travaux, que d’ouvrages magnifiques présidés par le grand homme, sous la puissance de vos armes, pour la prospérité du commerce et de l’agriculture ; partout des canaux et des routes, pour répandre l’abondance dans la capitale et la province. Le Simplon, le mont Genèvre et le Cénis, nous ouvrent un triple accès en Italie. Enfin, braves compagnons de la gloire de Napoléon, ne voyons-nous pas, au milieu de la splendeur de la patrie, s’élever à la voix de l’empereur cette orgueilleuse colonne qui ressemble à celle de Trajan, et rappelle à jamais la déroute des Russes et des Autrichiens à la bataille d’Austerlitz, et éternise le souvenir de vos immortels triomphes ?

Eh bien ! vaillans guerriers, le héros qui exécuta tant de hauts faits a passé six années de son enfance dans la maison d’où nous vous prions d’agréer l’hommage que nous vous adressons, et il n’a pas seulement une pierre qui rappelle son séjour en cette maison, où tous les voyageurs regrettent avec nous de ne pas voir un collége Napoléon.

Cependant, nous devons nous en consoler, en pensant que les habitans de Brienne conserveront le souvenir de Napoléon, dont l’ombre planera toujours sur les lieux qui furent témoins des, jeux de son enfance.

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PREMIÈRE PARTIE.

Napoléon à l’École de Brienne

Napoléon Bonaparte, né le 15 août 1769, à Ajaccio, dans l’île de Corse, et d’une famille noble (1), mais peu fortunée, fit son entrée à l’école de Brienne, le 23 avril 1779, à l’âge de neuf ans huit mois huit jours. Dès son enfance, il avait montré un goût prononcé pour les armes ; sa mère, Mme Lætitia Ramolini, en avait ressenti un plaisir secret, et déjà l’avait destiné à la carrière militaire. M. de Marbœuf, qui se trouvait alors dans l’île de Corse en qualité de gouverneur, et qui fréquentait la famille Bonaparte, à cause du rang distingué qu’elle occupait (Charles Bonaparte, époux de Mme Lætitia, était assesseur à la cour royale d’Ajaccio), porta un vif intérêt au petit Napoléon, et lui accorda toute sa protection. Il le recommanda à M. de Loménie, comte de Brienne, alors ministre de la guerre, et obtint qu’il fût admis, aux frais du gouvernement, à l’école de Brienne, dont il devait faire un jour toute la gloire.

Comme M. de Loménie répondit avec tout le zèle d’un père à l’intérêt que M. de Marbœuf portait lui-même au jeune Napoléon, nos lecteurs seront sans doute curieux d’avoir quelques notions sur la famille de ce comte et sur la ville de Brienne ; et nous pensons qu’après avoir parcouru les circonstances qui ont accompagné la vie de Napoléon à l’école militaire, ils ne suivront pas avec moins d’intérêt le récit des événemens de 1814 à Brienne et aux environs, puisqu’ils y verront Napoléon empereur, déployant ses colonnes sur ces lieux mêmes qui furent témoins des jeux de son enfance. Nous allons donc laisser pour un instant Napoléon à l’école de Brienne, où nous viendrons le retrouver, quand nous aurons jeté un coup-d’œil sur la maison de son protecteur, M. de Loménie, et sur Brienne-le-Château.

Cette petite ville de Champagne, dont la population n’excède pas deux mille habitans, la plupart vignerons et laboureurs, n’a aucune importance par elle-même, quoiqu’elle soit située dans une vaste plaine unie comme une glace, ayant une étendue d’environ cinq lieues de long sur deux de large ; quoiqu’elle soit voisine des bords de l’Aube et environnée de riches pays agricoles ; quoiqu’elle soit le point central de sept routes aboutissant aux quatre points cardinaux. Elle doit donc toute sa renommée à l’histoire de ses comtes, au séjour de Napoléon durant ses études, et aux événemens de 1814.

L’origine de Brienne se perd dans la nuit des temps, et semblable à celle des nations, l’histoire de cette ville est obscure dans son principe. Sous le régime féodal, l’existence des habitans était intimement liée à celle du château, qui possédait tous les biens, et dont la juridiction s’étendait sur tous ceux qui résidaient en ce pays ; aussi, l’importance du château faisait toute l’importance de Brienne. (Voyez note 1re.)

A partir du Xe siècle, nous apercevons la chaîne non interrompue des comtes héréditaires de Brienne. Jusqu’alors les rois de France établissaient dans celte terre, comme en beaucoup d’endroits du royaume, des comtes non héréditaires, mais révocables à leur gré, à qui ils donnaient la jouissance de cette terre, et qui étaient à l’égard des rois ce que nos fermiers sont à l’égard de leurs propriétaires. Au Xe siècle seulement commença l’hérédité.

Depuis cette époque, quatre familles se sont succédé dans la possession de celte terre ; de sorte que ces quatre familles, s’alliant les unes aux autres, n’en forment pour ainsi dire qu’une seule. En effet, pendant une suite de huit siècles, la terre de Brienne n’a pas été aliénée une seule fois ; elle a passé successivement, par héritage ou mariage, de la première à la quatrième de ces familles.

La première est désignée sous le nom de Brienne, la seconde sous celui d’Enghein, la troisième sous celui de Luxembourg, la quatrième sous celui de Loménie ; c’est de cette dernière famille que nous voulons nous entretenir un instant.

Louise de Béon, fille de Bernard de Béon et de Louise de Luxembourg, épousa Henri - Auguste de Loménie en 1623, et fit passer ainsi la terre de Brienne dans la famille de Loménie.

Celte dernière famille, plus que les autres, semble avoir pris à cœur les intérêts de la petite ville de Brienne. Nous voyons Louise de Béon-Luxembourg fonder, en 1625, un couvent de l’ordre des Minimes, consacré d’abord à l’éducation primaire des enfans du pays ; puis converti, en 1730, en petit collége où les religieux enseignaient le latin. La même comtesse fit bâtir un hôpital, dont elle confia l’administration à des directeurs et à quatre sœurs de la charité, dites sœurs grises. Henri-Auguste de Loménie, qui fut ministre et secrétaire d’état, cessa de vivre le 5 novembre 1666, et laissa le comté de Brienne à son fils, Louis-Henri de Loménie, qui naquit en janvier 1636.

Il avait à peine seize ans qu’il fut aussi, comme son père, ministre secrétaire d’étal. Il fit beaucoup de voyages, dont il nous a laissé les relations avec des mémoires. Il mourut le 14 avril 1698, à la suite de chagrins de cour,. qui avaient altéré sa santé sur la fin de sa vie.

Le comté de Brienne passa successivement au pouvoir de Henri-Louis de Loménie, qui mourut en 1743, et de Nicolas-Louis de Loménie, son fils. Leur fortune, considérablement diminuée par les dépenses de Louis-Henri, les contraignit de passer leur vie sans éclat dans leur terre, et l’on ne connaît guère que leurs noms. Nicolas-Louis de Loménie eut deux fils, Charles-Etienne et Louis-Marie-Athanase. Charles-Etienne céda son droit d’aînesse à son frère, et embrassa les ordres. Ainsi, Marie-Athanase devint comte de Brienne.