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Napoléon à Lyon - Recherches historiques sur ses passages et séjours en cette cité

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98 pages

C’est au mois de janvier 1779 que Lyon reçut pour la première fois dans ses murs le jeune Napoléon de Buonaparte. Mais enfant de dix ans, simple et inconnu passager, son arrivée et son séjour, comme celui des personnes avec qui il était, ne causèrent aucun bruit, ne laissèrent aucune trace ; et ce n’est qu’en s’appuyant sur d’autres faits qu’on peut citer cette apparition. En effet, on sait qu’au commencement de l’année 1779, Charles de Buonaparte partit de Corse pour se rendre en France.

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Honoré Vieux

Napoléon à Lyon

Recherches historiques sur ses passages et séjours en cette cité

PRÉFACE

Tout homme qui s’est illustré a été de la part de ses concitoyens, de ses correligionnaires, l’objet d’une espèce de culte. Tout ce qui leur a appartenu, tout les actes auxquels ils ont contribué, sont entourés d’un esprit de respect particulier. Ce concours général de peuples divers à une même idée, a quelque chose de bien remarquable : Et ce n’est pas seulement d’individus à individus, de familles à familles, de sectes à sectes qu’existe ce culte sacré du souvenir ; des cités, des populations entières, des nations sont entraînées par cette loi qui apparaît immuable dans l’histoire du monde.

C’est ainsi que nous voyons dans l’antiquité plusieurs villes de l’Asie-Mineure se disputer la gloire d’avoir donné naissance à Homère. Ailleurs, c’est une tombe que des cités revendiquent ou qu’elles étalent avec orgueil ; ou bien encore, c’est un fait, une seule action dont elles ont à cœur d’avoir été le théâtre.

La Corse a été le berceau du plus grand des capitaines, du plus célèbre des législateurs des temps modernes : Ste-Hélène a été son tombeau.

La France vit grandir le colosse d’exploits en exploits, et son passage dans l’histoire du pays a été si dignement, si glorieusement rempli, qu’il n’est pas une ville, un village, un hameau qui ne soient fiers et heureux de se rappeler les moments, les heures qu’a bien daigné leur consacrer celui qui fut un instant l’arbitre de l’Europe, et devant le nom duquel le monde s’incline aujourd’hui.

Lyon, ville des antiques Césars, devait être appréciée du César moderne ; elle le fut effectivement. Napoléon ne s’est pas contenté de donner à notre ville des marques d’intérêt, il lui a encore prodigué les preuves d’une affection qui doit nous être d’autant plus chère, que depuis l’Empire Lyon semble avoir été complètement oubliée. Et si plus tard son fidèle compagnon d’exil, le général Bertrand, dispose en faveur de notre cité de quelques-uns des objets qui lui ont appartenu, c’est qu’il veut jusqu’à la fin être fidèle à son Empereur, et remplir ses intentions en dotant la plus digne.

L’opuscule que nous offrons à nos concitoyens, est le fruit de recherches déjà anciennes. Notre but n’a pas été de raviver le souvenir de celui que personne n’a oublié. Nous n’avons pas cherché à nous faire l’historien des grandes choses que Napoléon Bonaparte consul et empereur, a fait et voulait faire pour la ville de Lyon. Nous n’avons pas voulu rappeler les droits et les titres imprescriptibles qu’il s’est acquis à la reconnaissance de notre cité : la Religion rétablie ; la ville reconstruite et se relevant de ses ruines ; le commerce encouragé, honoré, prenant un nouvel et plus grand essort ; ces projets, ces plans d’avenir qui devaient porter si loin la prospérité et la grandeur de Lyon : c’était là une trop vaste carrière, et nos forces exigeaient que nous fussions plus modestes. Nous n’avons voulu qu’apporter une pierre à l’édifice de l’histoire locale que construiront des mains plus habiles et plus robustes ; nous avons suivi, humbles disciples, la route si brillamment ouverte par des hommes que nous sommes fiers d’appeler nos maîtres1. Notre petit ouvrage n’est donc qu’un simple et rapide souvenir des temps où Napoléon, dans des phases bien différentes d’âge, de sentiments, de position et de puissance, vint s’arrêter dans nos murs.

PREMIÈRE ÉPOQUE

C’est au mois de janvier 1779 que Lyon reçut pour la première fois dans ses murs le jeune Napoléon de Buonaparte. Mais enfant de dix ans, simple et inconnu passager, son arrivée et son séjour, comme celui des personnes avec qui il était, ne causèrent aucun bruit, ne laissèrent aucune trace ; et ce n’est qu’en s’appuyant sur d’autres faits qu’on peut citer cette apparition. En effet, on sait qu’au commencement de l’année 1779, Charles de Buonaparte partit de Corse pour se rendre en France. Il était député par la noblesse de son pays auprès du gouvernement à propos de dissentions qui s’étaient élevées entre M. de Marbeuf, gouverneur de l’île de Corse pour le roi de France, et M. Pelet de Narbonne. Sa mission avait pour objet de soutenir le gouverneur. Charles avait emmené avec lui deux de ses fils, Joseph, qu’on destinait à l’état ecclésiastique, et Napoléon, qu’il voulait placer dans une école militaire : il avait aussi avec lui sa fille Elisa. Pour se rendre à Paris, Charles de Buonaparte passa par Florence, afin d’obtenir du Grand Duc dont il était personnellement connu, des lettres de recommandation pour la Cour de France. De Florence il vint à Lyon, puis se rendit à Autun : il espérait y trouver l’évêque M. de Marbeuf, neveu du gouverneur de la Corse, et il était bien aise de s’entendre avec lui avant de paraître à la Cour.

Peu chargé d’argent, et autant pour épargner à son fils les fatigues du voyage que pour se débarrasser lui-même d’une partie de sa surveillance, il résolut de laisser le jeune Napoléon au collège d’Autun, c’était d’ailleurs le meilleur moyen de le préparer à la discipline d’une école militaire. Le jeune Napoléon fut donc confié aux soins du Principal du collège d’Autun, entre les mains duquel son père remit soixante et douze livres pour les frais de la halte scholastique qu’y devait faire son fils. Celte halte fut d’environ six semaines, car c’est à la fin de janvier qu’il y entra et il en sortit au mois de mars ; et c’est le vingt-trois avril 1779 que le jeune Napoléon de Buonaparte entra à cette école de Brienne où commencèrent à se révéler les germes de son génie.

C’est donc dans le milieu du mois de Janvier 1779 que Lyon, sans s’en douter, reçut dans ses murs le jeune enfant au langage étranger, à l’équipement plus que modeste, qui pourtant devait plus tard la relever de ses ruines et y revenir ensuite dans toute sa gloire, et, entouré de tout le faste de la puissance humaine, donner de nouveaux ordres pour le rétablissement de sa prospérité et l’embellissement de ses monuments.

 

 

 

Il s’écoula près de six ans avant que. le jeune Buonaparte fut, par suite des évènements, ramené dans notre ville, et ce ne fut encore qu’un passage. Nommé lieutenant en second, au régiment d’artillerie de la Fère qui tenait garnison à Valence, Buonaparte partit de l’Ecole militaire de Paris avec son collègue Demazis, promu en même temps que lui, pour aller rejoindre le régiment. Ils arrivèrent à Lyon le 25 octobre 1785 par les Turgotines, c’était ainsi qu’on appelait les voitures qui faisaient le service de diligence de Paris à Lyon, et ils prirent un modeste logement près le bureau des voitures qui était alors Port-Neuville.

Jeunes tous deux et jouissant pour la première fois d’une entière liberté, ils commencèrent dans notre ville leur vie d’officiers, bien que portant encore le costume de l’Ecole militaire. Les visites qu’ils firent aux cafés, théâtres et autres lieux de plaisir épuisèrent bien vite leurs bourses, qui bien que réunies ne présentaient pas une forte somme, et ils étaient fort embarrassés pour continuer leur route, quand heureusement pour eux ils rencontrèrent, un jour qu’ils revenaient de Fourvières, M. Barlet, ancien secrétaire de M. de Marbeuf. Il reconnut le jeune Buonaparte, qu’il avait eu occasion de revoir à Paris, et ayant appris la position des deux amis, il les emmena avec lui, les fit dîner chez lui avec plusieurs personnes à qui il les présenta, et enfin leur fournit les moyens de continuer leur route. Jouir de sa liberté est une si belle chose que nos jeunes gens, remontés dans leur finance, ne se pressèrent pas de rejoindre le régiment, et c’est presqu’aussi légers d’argent qu’avant la rencontre de M. Barlet qu’ils se décidèrent enfin à quitter notre ville : ils en partirent à pied le vingt-neuf ou le trente octobre, pour aller coucher à Vienne, d’où ils se dirigèrent ensuite sur Valence, où ils arrivèrent le deux novembre.

 

 

 

Pendant son séjour à Valence, Buonaparte fit avec le fidèle Demazis qui ne le quittait guères, un voyage au Mont-Cenis en Bourgogne1, et de cette course, qui eut lieu sans doute au printemps de 1786, qu’il appelait plaisamment son voyage sentimental et qu’il voulait décrire à la manière de Sterne, Lyon fut nécessairement la première et dernière station. Il est à regretter que la narration qu’il projetait n’ait pas été faite ou ait été tout au moins perdue ; il eut été curieux de voir ce premier écrit du futur législateur de la France.

Nous voici arrivé an premier et aussi au plus long séjour que fit jamais Buonaparte à Lyon, et ce fut par suite d’une malheureuse circonstance qu’il y vint comme soldat pour rétablir l’ordre troublé.

De nombreux soulèvements, mais qui heureusement n’avaient pas eu de grandes suites, avaient eu lieu à différentes époques dans la ville de Lyon, surtout depuis le règlement du premier octobre 1737, relatif à la fabrication des étoffes de soie. Il s’agissait toujours d’une demande d’augmentation du prix des façons, et rarement les autres ouvriers de la ville laissaient passer les réclamations des ouvriers en soie, sans y joindre les leurs. Leur position cependant n’était pas la même, bien que généralement il n’y eût entre le maître et l’ouvrier ni la liberté qui permet à chacun de travailler par qui et comment il l’entend, ni un pouvoir fixe pour régler le salaire. Depuis quelque temps les ouvriers chapeliers avaient un tarif généralement adopté, les ouvriers en étoffes de soie façonnées en avaient également un ; mais depuis le commencement de l’année 1786, les ouvriers se plaignaient que les prix étaient trop bas et demandaient une augmentation. En avril, il y avait eu des attroupements d’ouvriers en soie et de chapeliers, en juin c’était le tour des ouvriers maçons ; il ne fallait donc qu’une circonstance pour donner essor à la fermentation qui existait dans tous les esprits, et amener les ouvriers à formuler sérieusement leurs prétentions. Cette circonstance arriva.

L’Archevêque de Lyon avait conservé de ses anciens droits féodaux le droit de banvin : c’était un impôt annuel que devaient lui payer au mois d’août de chaque année tous les marchands de vin ou cabaretiers. Au mois d’août 1786, M. de Montazet2, alors archevêque, exigea l’acquittement de ce droit et le payement de tous les arrérages qui pourraient être dûs. Les cabaretiers refusèrent de se soumettre à un droit qu’ils disaient aboli, et fermèrent leurs établissements ; mais le Consulat, par une ordonnance du trois août, enjoignit aux débitants de continuer la vente pendant le ban d’août comme par le passé, à peine pour les contrevenants de se voir retirer la permission de vendre du vin.

Cette ordonnance ne pacifia pas les choses : les cabaretiers disaient qu’ils aimeraient mieux ne pas vendre que de payer les arrérages demandés, et le Consulat se sentait sans pouvoir contr’eux ; d’un autre côté, il craignait que la fermeture des débits de vin n’amenât une disette de cette denrée et que le peuple n’en profilât pour se soulever. Ce qu’il craignait ne manqua pas d’arriver. Une vive fermentation régnait, comme on l’a dit, parmi les ouvriers qui réclamaient une augmentation de salaire. Le dimanche six août, il fut décidé qu’on ne travaillerait plus ; et le lundi de grand matin, les ouvriers de diverses professions se réunirent en troupe, forcèrent et bousculèreut la garde du Consulat et les détachements de milice bourgeoise qui s’opposaient à leur passage, parcoururent toute la ville en chantant, et après avoir commis quelques dégâts à l’hôtel Tholozan et devant l’Hôtel-de-Ville, ils se rendirent tous aux Brotteaux et aux Charpennes, où ils s’installèrent dans les cabarets et guinguettes, décidés à ne rentrer au travail que lorsque les maîtres auraient adhéré aux demandes qu’ils avaient formées.