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Napoléon III ou le Saltimbanque couronné

De
148 pages

Quand Dieu irrité a voulu punir la France depuis un siècle, il lui a envoyé, à deux reprises différentes, un Napoléon. Chacun d’eux, aidé par une révolution sanglante, cette marâtre qui enfante inévitablement le despotisme, s’est assis sur le trône de France, si glorieusement occupé par nos rois légitimes, pendant dix siècles. Il faut toutefois avouer que, si des flots de sang sont montés jusqu’au faîte de ce trône usurpé, sous l’un et l’autre empire, ce sang généreux des Français nous a au moins valu de la gloire sous l’oncle, tandis qu’il a deux fois rougi de honte sous le neveu.

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À propos de Collection XIX

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J. Du Moulin d'Asselin

Napoléon III ou le Saltimbanque couronné

PRÉFACE

Je n’ai pas la prétention de retracer, jusque dans les plus petits détails, l’histoire de Napoléon III ; je laisse cette tâche à une main plus exercée, à une intelligence plus capable, à une mémoire plus fidèle et plus éclairée par les documents que le temps seul peut permettre de recueillir. Mais, puisque la main du despote ne ferme plus la bouche aux écrivains honnêtes, que les appréciations peuvent se produire, librement, je crois le moment propice de mettre sous les yeux plus attentifs du lecteur les principaux faits de ce règne malheureux.

Ce trône, élevé dans le sang pour la honte et le déshonneur de la France, a fini par s’abîmer dans la honte et le déshonneur de celui qui s’y est assis, et, j’ajouterai, dans les flots du sang de ses sujets. Il est bon, pour réveiller de leur indifférence les générations présentes et prémunir les générations à venir contre les menées coupables, de mettre en relief les principales infamies de ces vingt dernières années. Je les ai notées depuis assez longtemps, et c’était la rougeur au front que je les notais. Il m’arrivait parfois même de les signaler à des Français qui, souvent hélas ! m’interrompaient pour me maudire. J’avais le tort de m’adresser à des employés grassement rétribués ou à des paysans avides, tous gens pour qui l’honneur n’est rien si la bourse ne se remplit pas. Je ne veux pas être sévère pour eux ; les uns et les autres commencent à entrevoir la cause de notre honte et de nos désastres inouis. Mais il n’a fallu rien moins pour nos paysans que la levée presque en masse de leurs enfants, rien moins pour certains employés que la honteuse conduite de leur idole à Sédan, rien moins que l’odieuse reddition de Metz pour ramener leurs pensées aux sentiments d’honneur et de dévouement qui ont toujours été le caractère distinctif des Français dignes de ce nom.

O France de nos Pères ! France autrefois légitimement fière de tes enfants ! A quel état vingt années d’infamies t’ont réduite ! Le monde comptait autrefois avec-toi, et maintenant un seul Étal foule insolemment ton sol sacré, Les autres peuples rient de ton abaissement, et toutes les affaires du monde se décident sans toi. France tu te relèveras, car, si un grand nombre de tes enfants sont abâtardis, tu comptes encore bien de nobles rejetons ! ! !

I

L’ONCLE ET LE NEVEU

Quand Dieu irrité a voulu punir la France depuis un siècle, il lui a envoyé, à deux reprises différentes, un Napoléon. Chacun d’eux, aidé par une révolution sanglante, cette marâtre qui enfante inévitablement le despotisme, s’est assis sur le trône de France, si glorieusement occupé par nos rois légitimes, pendant dix siècles. Il faut toutefois avouer que, si des flots de sang sont montés jusqu’au faîte de ce trône usurpé, sous l’un et l’autre empire, ce sang généreux des Français nous a au moins valu de la gloire sous l’oncle, tandis qu’il a deux fois rougi de honte sous le neveu. Le premier empereur a eu ses faiblesses morales, ses cruautés envers les princes qu’il traînait après son char de triomphe, ses machiavéliques et impies traitements envers l’Église et son chef ; mais son génie militaire et administratif, mais sa gloire ont caché, sinon couvert ses crimes, et il est resté le héros légendaire de la France. Le second empereur a eu tous les vices du premier et bien d’autres encore, sans racheter de si honteux excès par aucun avantage, ni du côté de la nature, ni du côté de l’intelligence, ni du côté du coeur ; pas un de ses actes qui ne soit marqué au coin de la honte et de l’hypocrisie ; je n’aurai pas de peine à le prouver.

Nous allons montrer Napoléon depuis Bologne jusqu’à Sédan, et si un homme impartial voit dans tous ses actes autre chose qu’ingratitude, hypocrisie, incapacité, honte et lâcheté, je le plains ! !

II

ÉQUIPÉE DE BOLOGNE

Tout le monde sait qu’après Waterloo et la chute du premier empire, la famille de Napoléon ne put trouver asile dans aucune cour de l’Europe ; elle fut même bannie de tous les États et réduite à la misère. Un seul souverain, le pontife suprême de l’Église catholique, fidèle imitateur de celui qui sur la croix pria pour ses bourreaux, le pape, le vénéré Pie VII, autrefois prisonnier de Napoléon à Fontainebleau et maltraité par lui, Pie VII eut la grandeur d’âme d’offrir un de ses palais, à Rome même, à la famille de Napoléon, et lui fit une pension sur sa cassette particulière. Ses successeurs, Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI continuèrent leurs bienfaits à la famille.

Personne n’ignore cela ; mais ce que tout le monde ne sait pas, c’est l’ingratitude des Napoléon et surtout des deux fils de Louis Bonaparte, ex-roi de Hollande et de l’ex-reine Hortense, Louis-Charles et Charles-Louis Bonaparte, envers leurs bienfaiteurs. Depuis longtemps ils s’étaient affiliés à la secte des Carbonari, société secrète qui a pour but de renverser tous les souverains d’Italie et en particulier le pape, parce qu’il tient en main le sceptre du pouvoir civil et du pouvoir ecclésiastique : par là ils voudraient détruire la royauté et la religion personnifiée dans son chef suprême. Inutile de dire que ces deux Napoléon, âmes basses et hypocrites, faisaient aux souverains pontifes les plus perfides démonstrations de soumission, de reconnaissance et de respect. Judas ne trahit-il pas son bienfaiteur et son maître par un baiser ! Les nouveaux Judas, souvent, allaient baiser l’anneau du pape et lui demander sa bénédiction. Oui, si Judas ne s’était pas pendu une fois, je lui dirais de se pendre ; il a été dépassé par cette race impie et sacrilége des Napoléon. Il n’a trahi qu’une fois, lui ; mais le triste et lugubre héros de notre histoire a renouvelé la trahison cent fois par la plus sombre des hypocrisies.

En retournant la pensée du poète, on peut dire que, « dans une âme mal née, la lâcheté et la scélératesse n’attendent pas le nombre des années. » En 1831, les deux fils de l’ex-roi de Hollande avaient, l’un vingt-cinq, l’autre vingt-deux ans à peu près. Leur inexpérience des hommes et des choses leur fit croire qu’ils avaient réussi à former un parti révolutionnaire puissant dans le Bolonais surtout, et le succès de leur folle entreprise leur parut assuré. Ils auraient dû savoir que tous les conspirateurs sont des lâches qui n’ont de courage que dans leurs ténébreuses réunions. Les deux Bonaparte arment leurs sicaires et choisissent Bologne pour théâtre de leurs premiers exploits.

Les Bolonais, habitués à la vie paisible, fiers seulement de leur belle cité qui cultive avec tant de succès les sciences et les arts, furent un instant frappés de stupeur à la vue de ces forcenés et n’opposèrent aucune résistance. Mais le pape Grégoire XVI, informé de l’attentat par le gouverneur, envoie un détachement de troupes à Bologne.

A la vue des miliciens, nos braves conspirateurs s’enfuient dans toutes les directions. Seul Louis-Charles Bonaparte montra quelque courage et se fit tuer sur la brèche. L’autre Bonaparte Charles-Louis, qui devait être plus tard empereur des Français, commença cette série de fuites dont il vient de, donner une nouvelle représentation dans la Lorraine, en Champagne jusqu’à Sédan.

A la faveur d’un déguisement, il sort de Bologne, s’esquive par des sentiers détournés, court toute la nuit, arrive de grand matin au palais épiscopal d’Imola ; il demande un entretien avec le prélat.

L’évêque d’Imola ne se fait pas longtemps attendre, et, pour la première et certainement la dernière fois de sa vie, le fugitif fut franc. Il raconta son aventure, eut l’air d’être repentant et reçut la promesse que le prélat s’intéresserait à lui.

Cependant l’affaire s’instruisit, et les juges, faisant consciencieusement leur devoir, condamnèrent à mort, par contumace, Charles-Louis Bonaparte. Grégoire XVI, s’il n’était pas tout à fait un Jules II, n’entendait pas la plaisanterie quand il s’agissait de sauvegarder les droits du Saint-Siège : il confirma la sentence et fit poursuivre l’ingrat révolté. Toutefois, il continua de prodiguer ses bienfaits au reste de la famille Bonaparte.

L’ex-roi de Hollande et l’ex-reine Hortense se hâtèrent de faire amende honorable au pontife, et le supplièrent de pardonner au jeune étourdi, en représentant que déjà son aîné frère avait reçu le châtiment d’ailleurs mérité. Grégoire XVI fut inflexible, sa fermeté fut inébranlable.

Un jour cependant on voit arriver au Quirinal l’humble évêque d’Imola. Audience lui est accordée immédiatement à cause de l’urgence des communications qu’il dit avoir à faire au souverain pontife. L’évêque d’Imola plaide avec chaleur la cause de son protégé, représente la jeunesse du coupable, l’ascendant irrésistible que son frère plus âgé a exercé sur lui, et dépose aux pieds du pontife les larmes de repentir du coupable. « Il est de la secte, dit le Saint-Père, ses larmes sont hypocrites comme ses paroles, la loi a prononcé, elle doit avoir son cours ; je lui pardonne comme pontife, mais laissez passer la justice du roi. »

L’évêque d’Imola se jette aux pieds de Grégoire XVI qu’il arrose de larmes et le conjure de faire grâce, « qu’il répond du coupable vie pour vie ! » Le cœur du pontife s’émeut de tant de grandeur d’âme, et, relevant le prélat, il lui remet le coupable, il commue la peine capitale en un exil perpétuel. Le saint évêque remercie avec effusion Grégoire XVI et part comme un trait annoncer cette bonne nouvelle à son hôte, qui prendra désormais le nom de Louis Napoléon.

Il n’est peut-être pas inutile de dire que l’évêque d’Imola d’alors est aujourd’hui le saint pontife Pie IX. Le reste de l’histoire nous apprendra si Louis Napoléon s’est montré reconnaissant envers son sauveur.

III

MASCARADE DE STRASBOURG

Louis Napoléon se retira en Amérique. Là, dans cette terre de liberté, rien ne modifia ses idées de despotisme auquel il aspirait au moyen, comme toujours, d’une révolution.