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Nouvelles du vent

De
86 pages

« Ce sont de petites histoires, comme des tranches de vie. Ça vous est arrivé, ou à moi, ou à d'autres... ou c'est parfaitement imaginaire. Le vent, la mer, les arbres, se penchent, vivants, sur ces histoires.
Il y a des chèvres, du vent, deux grand-mères, un chien, de la pluie, des chevaux. Il y a un grand amour d'une région, un grand amour de la nature. Il y a l'envie de vous faire partager tous ces élans du cœur et du corps.
Il y a votre regard... »


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-07660-4
© Edilivre, 2017
Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! L’air immense ouvre et referme mon livre Extrait du Cimetière Marin de Paul Valéry
Soirée venteuse
Les drisses hurlent leur détresse tout au long des mâts. Sur le quai le vent arrache aux arbres fatigués leurs feuilles qui vont, volant, tapisser les ponts des bateaux, ou colorer la surface de cette eau affolée.
Les lumières de la ville allument l’écume fantômale. Les vagues – et ce n’est que l’étang ! – ont déjà commencé à manger la plagette. Sur les enrochements elles se ruent, brisées dans leur dernier effort, et arrosent quais et boulodromes.
L’île s’efface au loin, elle recule tant le vent avance. Le vent qui essaie d’arracher mes cheveux – et ceux des palmiers.
Les bateaux sont montés à l’assaut des quais. Jusqu’où l’eau les portera-t-elle ? La plage sera-t-elle dévorée, croquée jusqu’à l’os comme l’an passé ?
Seuls les vents le savent, réserve de force, réserve de rage.
Pour le moment, les drisses hurlent leur détresse tout au long des mâts.
ère 1 partie
Poème sauvage
Déjà ma mère était sorcière. Cavale aux cheveux noirs battant le vent, Raphaëlle courait la garrigue aux pierres blanches. Sauvage comme la mer aux vagues folles, elle se laissa pourtant dompter comme, parfois, la Méditerranée – puisque je suis là. Ce dut être un centaure… Il m’en reste à la fois l’humiliation, car elle fut alors consentante, et la fierté de ma propre crinière, aux ébats farouches. Suis-je soleil ou pluie ? Suis-je farine d’air, ou bien feu ?… Druidesse ou sorcière ? Je ne sais… Je suis. Soleil et dragon, je crache la bruine comme le vent, et le vent comme le feu. L’orage est tout cela. Ma mère hanta longtemps ces landes pétrifiées de terres cuites, elle y laissa son sillage parfumé de thym, et dans les mémoires l’ombre rapide d’une brume de crins, les siens ou ceux de son cheval… Puis elle descendit plus loin dans le feu, plus avant dans les pierres, ce qui scella mon destin de plus d’une manière. Elle rit aux voix des sirènes. Elle dansa aux vents du désert, et connut d’autres écumes. Elle mêla le thym sauvage aux troublantes belles de nuit. Elle rencontra mon père… Acceptation n’est pas toujours soumission. S’en souviennent les sables et les fennecs aux oreilles de curiosité… Je naquis. Yeux de glace et cheveux de soleil. Cœur d’argile mais âme de roc. Je suis, encore aujourd’hui, sans savoir qui. J’ai l’éternité. Qui me découvrira ? Une pierre sur mon chemin vagabond ?
Rires du vent qui tournoie sur mon pays, écumes douces sur les dents des vagues, odeurs, parfums, fragrances, délices des narines ouvertes, et de l’homme chaud de l’amour aux chevaux des galops du soir, tout sentir, tout humer, et en fondre de désirs… Il n’y a pas de chemins. Qu’en faire ? Il y a les drailles aux souvenirs lourds de sabots, il y a les sentes des autres sauvages, mes frères. Il y a tous les passages anciens, ceux de ma mère, les miens, les coulées si bien nommées…
Il y a la mer au fond de mes yeux comme au fond de mon ventre. Il y a des arbres enracinés dans mon cœur. Il y a sur ma tête la crinière des chevaux que j’ai aimés. Amours sauvages dans le bruit des torrents… Ou bien est-ce de ma mère-cavale, de mon père-centaure, que je les recueillis ? Je ne suis que hasard, concrétisation temporaire, à vos yeux parfois je parais, mais que de fumées d’incendies, que de parfums de vent, et même, que de brumes bretonnes pour façonner cette éphémère apparence ! D’abord sons et musiques, d’abord senteurs, je ne suis que contre ma terre et mes rocs, sorcière de vent. Si un jour, d’aventure, le corps que vous me connaissez s’arrêtait, si vous le retrouviez sans moi, donnez-le en pâture à mon pays. Ne le brûlez pas, sans profit pour personne, et surtout ne le mettez pas dans une terre prostituée, civilisée, cultivée ! Je veux, une fois encore, m’offrir : donnez-moi au figuier et à l’olivier, au micocoulier, et surtout donnez-moi au thym sauvage et au cade, à la garrigue sans profit, à la roche farouche, que je les nourrisse pour mieux nourrir ensuite les scarabées et les cigales, les mulots et les passereaux, et, qui sait ? les rapaces de ce pays. Sorcière, je suis femme avant tout. Femme, il doit me rester quelque chose de la mère. Mère, me voilà nourricière… Le vent, seul, se chargera de porter de moi quelque chose à la mer mon amour.
La nuit me trouble de murmures. C’est l’heure des pèlerinages. C’est la lune des errances.
Des loups de l’hiver aux sources du printemps, du rossignol de l’été aux galops des vents d’automne, toujours c’est la lune, le trouble, la possession. Magie. Nuit complice de tous mes sortilèges. Je scande mes incantations. Je danse, solitaire, dans un silence glacial. Je ris de vos peurs. Je crie des langues inconnues, en stances âpres, en ballades auxquelles on ne résiste pas. Je parle la langue des chênes et celle des torrents ; je chante l’idiome des vagues et celui des couleuvres ; je crie des rires que comprennent les loups et les chevaux et auxquels répondent les vents !
… Et pourquoi voulez-vous tant que la solitude soit une triste fatalité ?… Les sorcières ne se retrouvent qu’aux sabbats.
Combien de pas de la mer au sommet de mes Cévennes ? Un seul, s’il est assez grand… Un seul crin de ma jument, s’il est assez long… Une seule corde de la harpe éolienne de ce pays, un seul chant de cigale, une seule course de cavale… C’est mon pays et il est un… Mais quelle richesse dans cette petite vastitude ! Montagnes et mers sont plurielles, les rencontres animales innombrables, les senteurs végétales infinies,… et des sorcières se cachent derrière chaque chêne vert, sous chaque pierre blanche, dans chaque buisson de thym. C’est tout petit, une sorcière. Et c’est immense. Ce sont leurs cheveux qui tiennent les brumes du soir, quand elles sont vieilles (mais, est-ce que ça vieillit, une sorcière ?), et les rayons du soleil, quand elles ne le sont pas. Et les chants égarés au large des garrigues, là où vous ne trouvez ni cigale ni oiseau, elles encore… Ma mère fécondée était rentrée chez elle. Je suis née dans le courant d’air du printemps, dans la mouvance des bourgeons, dans des odeurs d’iode, de poissons et de goudron, sous des bouffées de vent des garrigues. Blessée aux poumons, pour toujours, de ce printemps trop parfumé, j’errai longtemps… Perdue dans des nords divers, le magnétisme pour moi était au sud. Plus au sud. Encore plus au sud. Toujours plus au sud…
J’y suis. Et c’est moi que parfois vous entendez pleurer d’émotion, la nuit, ou bien gémir d’espoir sur l’avenir, puisqu’il sera chez lui…
Est-ce que les sorcières ont un avenir ? Puisque le présent les suit… Mais elles ont un passé, pourtant. J’en suis témoin, porteuse inguérissable. Les années ne pèsent rien. Mais il a fallu les vivre.
Je suis milan royal aux ailes de portance… Je suis hirondelle tenant le soleil… Je suis sirène à l’avenir d’écume… Je suis algue ondoyante, et goélette légère… Je suis corde vibrante, et poussière d’air…
Ma mère était cavale, et mon père centaure. Il ne pourrait en être autrement.
Il pleut dans le passé. Il pleut sur l’avenir. Mais le présent est comblé de lances de feu. La liberté brûle aux frontières des peuples entravés, et l’étalon lance des flammes par les naseaux, pressé de s’élancer enfin.
Les sorcières savent aussi se rendre invisibles. Il en court à vos côtés, vous ne les voyez pas, vous ne les savez pas – sans elles vous ne seriez pas partis. Des rires fusent de chaque souffle des vents, la garrigue tout entière vous chuchote, avec des mots inconnus, les incantations aux dieux farouches qui vous feront vaincre, et vous croyez apercevoir au loin comme l’ombre rapide d’une brume de crins… Grande est l’ivresse de l’oiseau dans l’orage. Flue et reflue la mer dans l’éternité, chargée de toutes mes passions.
Et des vôtres, si vous le voulez…
La table est sombre de patine. Le pain durci par quelques jours – pas ici d’humidité-, l’âtre bourré de cendres jusqu’à la gueule, le lit plus ou moins tempétueux… : l’on vit ici, cela se sait. Le bonheur a-t-il une odeur ? Lavande, thym, chèvrefeuille et jasmin sont pour moi les messagers du bonheur. Mais si je devais dire vraiment l’odeur du bonheur ? Le pain et le feu, le linge propre et le ruisseau, le soleil sur la pierre et la lune sur l’arbre, et surtout homme et chevaux… La lumière tombe de la fenêtre comme pour mieux mettre en valeur l’ombre fraîche et complice de la maison. Dansent les poussières et les mouches. C’est un silence de paix, un silence anti-mort. Pourquoi l’absence de l’habitant ? C’est que la paix est plus grande encore dehors, dans les mille vibrations de la vie cachée. C’est que le ciel y est plus haut, le sang plus ardent, et la tendresse universelle dans ce pays qui paraît dur pour mieux trier ses vrais amants. Un chat dans l’ombre, velours sur le velours… Pays de lumières aveuglantes et d’ombres fraîches, pays d’odeurs riches et de sensualité, pays des voyages vagabondés au fil de l’histoire des simples et des bergers, pays des sorcières, pays où je suis née, pays que j’aime… De tout mon corps…
ème 2 partie
Nuages
C’est un plateau nu et aride. Le ciel est vide au-dessus. Seul le vent l’anime. C’est un plateau désert et désolé...