Ouarda

Ouarda

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292 pages

Description

Ouarda, intelligente et belle jeune femme d'origine maghrébine qui a grandi dans les quartiers défavorisés de Nîmes, est une brillante étudiante en droit possédant tous les atouts pour réussir. Mais devenir avocate ne lui suffit pas : ce que la jeune femme veut, c'est effacer toutes les traces de ses origines et faire partie de la grande bourgeoisie nîmoise. Prise d'une ambition démesurée et d'un goût du pouvoir sans limite, elle est prête à tout: magouilles, chantage, dissimulation, manipulation et sexe sont les armes qu'elle utilise sans états d'âme pour atteindre son but. Peu lui importe de flirter avec le banditisme, de profiter d'hommes libidineux ou encore de détruire des vies du moment qu'elle parvient à se hisser au sein de cette classe sociale où a priori elle n'a pas sa place. Entre thriller hallucinant et exploration de moeurs qui n'épargne aucune classe sociale, ce roman riche en rebondissements dépeint sous une perspective étonnante une femme aveuglée par l'ambition et obsédée par l'ascension sociale. Ainsi d'une histoire politiquement incorrecte, Gilles Galant nous offre un récit alerte et à la construction machiavélique qui ne cesse de nous bluffer jusqu'à son dénouement inattendu.

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Informations

Publié par
Date de parution 31 mars 2014
Nombre de lectures 13
EAN13 9782342020816
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Gilles Galant
Ouarda
Société des Écrivains
Sur simple demande adressée à la Société des Écrivains, 14, rue des Volontaires – 75015 Paris, vous recevrez gratuitement notre catalogue qui vous informera de nos dernières publications. Texte intégral © Société des Écrivains, 2014 Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Vendredi 25 mai Anne commençait à fatiguer: elle arrivait à l’entrejambe du pantalon et déjà, ce travail fastidieux lui pesait. Au début, ses boucles rousses la gênaient pour coudre, à tel point qu’elle avait dû attacherses cheveux en queue-de-cheval. Quel boulot, pour permettre à Olivier de monter une plaisante-rie qu’elle jugeait douteuse, voire irréalisable et dont elle n’arrivait pas à imaginer le déroulement. C’est bien parce qu’elle s’y était engagée qu’elle continuait à coudre ces petites pustules tous les centimètres carrés. D’un autre côté, elle était assez curieuse de constater le résultat lorsque ce serait terminé. Mais c’est sûr, ce ne serait pas pour de-main : il lui avait fallu une semaine entière pour arriver là où elle en était. Même si elle travaillait désormais nettement plus vite, elle ne voyait pas avancer l’ouvrage. Elle avait préparé avec soin le réceptacle des batteries, sous les pieds. Cela lui avait pris du temps, il avait fallu faire plusieurs es-sais, mais le résultat était satisfaisant. Pourtant, à la fin de la semaine suivante, elle avait terminé. D’une part, le plus difficile avait été réalisé en premier et d’autre part elle avait acquis une dextérité à faire pâlir une couturière pro-fessionnelle.
Samedi 2 juin
Or, professionnelle, elle ne l’était point: son métier, c’était l’immobilier. Elle gérait depuis deux ans une petite agence qui commençait à être connue à Nîmes et dans la région, spécialisée dans les résidences de villégiatures destinées aux clients fortunés
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du nord de la France et de l’Europe. Ses parents l’avaient aidée financièrement pour le démarrage et elle s’était vite imposée comme une excellente gérante de société. Son mari Gaël, le concepteur, s’employait à imaginer toutes les hypothèses, à calculer, à essayer, voire à brutaliser les éléments de l’équipement. Et il s’en trouvait plutôt satisfait. Lorsqu’il appela Olivier, le samedi soir, il était plein d’enthousiasme : — Viens quand tu veux, c’est bon ! — Déjà ? Demain, ça va ? — D’accord. Viens plutôt vers le soir, on fera des essais de jour et puis de nuit. Le lendemain, Olivier trépignait d’impatience de voir le résul-tat : — Anne, tu es super ! Je n’aurais jamais pensé que cela puisse aller aussi vite. — Eh ! J’apprends vite, tu ne savais pas ? Tu prends un apéro ? — Non, non. J’ai hâte de voir ce que ça donne ! — Dansun quart d’heure, dit Gaël, tu vas te retrouver comme le chevalier Duguesclin dans son armure ! Allez, on monte… Dans le bureau, le vêtement les attendait, en trois pièces, comme prévu : cagoule, haut et pantalon. — Voilà ! Tout est dans les semelles : non seulement les batte-ries, mais quelques processeurs et diverses bricoles. C’est solide, tu peux marcher avec sans crainte, bien à plat… Mais attention ! El-les, elles sont repérables. Pas très visibles, mais repérables. — Mais elles n’alimentent que le pantalon ? — Non, non. L’ensemble du costume. Le fait de superposer les différentes pièces crée la connexion. Il y avait sûrement d’autres solutions, mais ça marche comme ça. Alors, on essaye ? — Allons-y ! — Alors, à poil ! — Comment, à poil ? — Si tu gardes quoi que ce soit, cela se verra. On ne l’avait pas dit ? Même ton alliance ! — Je ne l’avais pas compris comme cela… On y va !
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En deux temps trois mouvements, Olivier était nu comme un ver. — Commence par le pantalon. Je t’aide… Olivier commença à enfiler lentement la pièce de vêtement, l’ajustant d’abord bien au pied droit, puis au pied gauche, remon-tant le tout jusqu’à la taille. — Il ne faut pas qu’il fasse froid dehors ! C’est très fin ! Et en fait, pas très lourd ! — C’est fait pour. Lève-toi ! En se redressant, Olivier ressentit une impression curieuse sous la plante des pieds, mais les « chausses » avaient l’air de s’adapter très bien à sa pointure. Pas de gêne excessive. Il fit un pas. Effecti-vement, il fallait adapter sa marche au socle plantaire rigide. — Parfait pour la taille ? Ça me va bien ? — Ça, je n’en sais rien : je te signale que pour l’instant, tu es un homme tronc. Regarde-toi dans la glace ! Gaël ayant transporté un grand miroir sur pied de son dressing. Effectivement, lorsqu’Olivier jeta un coup d’œil furtif, il se vit en buste, sans rien qui le rattachât au sol. Il fixa son regard, scrutant le miroir : — Extraordinaire :je suis pourtant prévenu, j’attends ça, mais je suis étonné de la simplicité… enfin, de la simplicité apparente ! — Bluffant,non ?D’un autre côté, heureusement que ça mar-che, avec le mal qu’on s’est donné ! — D’accord, mais c’est réussi ! Je ne vois rien du tout. Réelle-ment ! — Pastout à fait. Regarde tes pieds: les semelles sont un peu sombres. Sur une moquette blanche, ça serait un peu voyant. En revanche, sur toute surface foncée,no problem… Allez! Enfile le maillot ! Olivier s’emberlificota dans les manches et Gaël dut lui venir en aide pour trouver les bons emplacements pour les doigts. La chasuble lui collait au corps comme une seconde peau, avec la sensation de revêtir une matière flasque, comme s’il avait enfilé un tee-shirt de satin. Seuls les capteurs, à l’intérieur, le démangeaient
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légèrement à un endroit ou à un autre. Désormais, une tête se bala-dait dans le bureau, glorieuse réchappée d’un échafaud quelconque. La porte du bas claqua, annonçant l’arrivée d’Anne. Gaël lan-ça : — Viens voir ! — Une seconde. J’arrive ! Olivier avait déjà enfilé la cagoule et se promenait de long en large dans le bureau. Et où qu’il fût, seul le bruit du déplacement était perceptible. Gaël jubilait. — Tais-toi et ne bouge pas trop. On va voir ! Anne arrivait : — Vousvouliez me voir? Ah! J’ai compris: vous avez com-mencé l’essayage. Alors, voyons si je le repère vite : rien devant la lampe, rien à côté de l’armoire, rien en face de la bibliothèque. Olivier est dans cette pièce ? — Peut-être… Certainement, même ! — Jesais que je devrais distinguer les semelles. Mais sur le parquet sombre, ça ne doit pas être évident. Les yeux, je sais que ça sera difficile, avec le voile à la Duchnoc que tu lui as collé dans les orbites… À ce moment, la lampe bougea. — Mais si. Devant la lampe, j’ai cru distinguer quelque chose ! Anne frémit furtivement : — Ça,alors !Jusqu’au dernier moment, je pensais que je tra-vaillais sur une connerie grosse comme moi. Alors, comme ça, ça marche ? — Commetu vois, lui répondit une voix un peu sourde. Pour moi, le seul inconvénient, c’est pour parler et pour respirer… À part ça… Gaël, au jugé, repéra où se trouvait Olivier. Il s’approcha, tira doucement la cagoule et découvrit la tête. Anne ne put refréner un cri, lorsqu’elle aperçut la tête flottant dans la pièce. — Ah, ça ! Encore plus spectaculaire que le corps entier ! Si tu veux leur faire peur, à tes potes de bureau, tu restes comme ça ! — Non. Je vais enlever le haut. Quant au bas, vu que je suis à poil dessous, tu me permettras de rester invisible.
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