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Peaux

De
146 pages
Troublantes parce qu’à peine dérivées de notre réalité, les nouvelles de « Peaux » explorent autant d’univers insoupçonnés. La peau, grattée, tendue, déchirée, embaumée, admirée ou même couverte de lésions, occupe le seul vrai premier rôle de ce surprenant recueil de nouvelles.
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PEAUX
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De la même auteure :
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Saut de puce, roman, Gallimard, 1997. Métamorphoses de l’insignifiant. Essai sur l’anecdote dans la modernité, essai, BalzacLe Griot, 1997. Revers, nouvelles, L’instant même, 1998. Rap à Cambridge, roman, Gallimard, 1999. Passions du passé. Recyclages de la mémoire et usages de l’oubli(co direction), essai, l’Harmattan, 2000.
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MARIEPASCALE HUGLO
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nouvelles
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Maquette de la couverture:Anne-Marie Guérineau Illustration de la couverture: Christine Delezenne Photocomposition:CompoMagny enr. Distribution : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau Montréal (Québec) H4N 1S2
© Les éditions de L’instant même 2002 L’instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 info@instantmeme.com www.instantmeme.com ISBN PDF : 978-2-89502-793-5 Données de catalogage disponibles sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec L’instant même remercie le Conseil des Arts du Canada, le gouvernement du Canada (Fonds du livre du Canada), le gouvernement du Québec (Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC) et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec. L’auteure remercie le Conseil des Arts du Canada qui lui a octroyé une subvention pour la réalisation de ce recueil.
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Comme un livre ouvert
Comme un livre ouvert
Apokalupsis,du verbe grecapokaluptô : découvrir, enlever ce qui couvre, enlever un voile. Je vis un autre ange puissant, qui descendait d’une nuée ; audessus de sa tête était l’arcenciel, et son visage était comme le soleil, et ses pieds comme des colonnes de feu. Il tenait dans sa main un petit livre ouvert. Apocalypse, 10.
Apocalypsevous intéresse ?» luisenLt de pauvres huiles esseulées : la collection permanente. «Une salle presque vide éclairée par des puits de lumière. De part et d’autre, des enclaves sombres où Au centre, exposées sous des vitrines, les Heures, les Béatitudes, systématiquement ouvertes en leur milieu. Deux femmes se pen chent, volubiles, visiblement captivées par une enluminure de l’Apocalypse. Le cœur d’Étienne fait un petit bond dans sa poitrine. Il avance, mains dans les poches. Ces femmes pen chées sont, pour lui, l’occasion d’un bonheur secret, sensuel
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Peaux
comme le drapé des anges. Il les aborde avec un brin d’humour dans la voix, une étincelle dans ses yeux de myope qui ont beau coup trop lu. «J’ai réservé le manuscrit. Si vous voulez profiter de l’oc casion...» Dans la salle de lecture, il s’entretient avec elles à voix basse. La plus jolie l’écoute avec un plaisir évident, manifeste ment séduite par son érudition. Elle déploie des trésors d’es prit et d’attention qui lui rendent la parole aisée, l’intelligence frémissante. Ses yeux bleus se posent sur lui comme une caresse, une merveilleuse douceur se coule en lui, creuse des sources souterraines. Les heures passent. «Viviane, et vous ? Ne dites rien surtout. Laissezmoi de viner...» Elle pose sa longue main près de la sienne. Il porte la tasse à ses lèvres ; le thé brûle sa langue. Ses yeux plongés dans ceux de Viviane ne cillent pas. Enfin seuls ! L’amie les a quittés à regret, tant mieux. La cafétéria est morne, le thé insipide, le suspense fabuleux. «... Étienne, je me trompe ? – Vous êtes magicienne !» Elle sort sa fiche de lecteur de la poche de sa veste. «Je connais quelques tours...» Il rentre chez lui à pied, fume plusieurs cigarillos. En tra versant le parc, il s’assied, regarde les nuages défiler, les chiens pisser au coin de son banc, les gens. Étienne se sent vide, vide de ce qui l’attend. Rentrer. Rentrer le plus tard possible.
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«Encore un peu, on allait se mettre à table sans toi !»
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Comme un livre ouvert
Il effleure des lèvres la joue de Paule. Elle ne réagit pas, absorbée par la cuisson du risotto. À table, Jules et Jim se chamaillent pour une rondelle de saucisse. «Arrêtez ! J’ai mal à la tête. – Avec tout le temps que tu passes dans les livres», bou gonne Paule. Étienne garde les yeux dans son assiette. Le lendemain, à l’heure d’ouverture, la salle est déserte. Il marche jusqu’au bureau des réservations, glisse sa main dans son portefeuille, cherche, ne trouve pas. Cela le fait sourire. Viviane ! Sa fiche de lecteur oubliée dans la poche de sa veste ! Mais on le connaît. Cela ira pour cette fois. Il passe, s’ins talle, s’absorbe. Un jour comme un autre. Un désert, une oasis.
* * * Viviane s’assied en amazone, allume une cigarette, inhale, commande un thé, l’enveloppe instantanément d’une bulle fine comme une membrane à l’intérieur de laquelle il se laisse porter. Étienne joue les étonnés : «Tiens donc, vous ici ?» Viviane entre dans le jeu avec une agilité étourdissante : «Avec nos livres et nos thés, on a l’air d’un vieux couple ! L’apocalypse, c’est pour quand ? – Je compte les jours. – Montremoi les lignes de ta main...» Viviane s’empare de sa dextre, la retourne sur le vert pâle de sa jupe, écarte ses doigts, déplie son organe de palmipède vertébré. Une rougeur envahit ses pommettes : elle ouvre, découvre le secret tenu serré dans la main d’Étienne, son secret
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Peaux
palmé. Qu’elle s’en montre émue au point de rester muette répand sur lui une onde de joie. Ils restent en contact quelques secondes, paume contre paume, puis, lentement, se détachent, rient de leurs enfantillages. Dénouer l’émotion, dissiper la gêne, apprivoiser le charme. Ils discutent, papotent, se trouvent un ami commun, Benoît, qui vient souvent à la réserve éplucher des incunables. Viviane est en verve. Ses amis, son mari, ses recherches, son travail. Étienne l’écoute de toutes ses oreilles. Il reste discret à son sujet, évite de trop parler de lui, débite pour elle son cursus modeste ment impressionnant. Aux questions qu’elle pose à peine, il répond à regret. Paule, les enfants, la maison, glisser. Elle va partir maintenant. Il cherche désespérément à lui dire quelque chose d’un peu plus... «Avec toi, j’ai l’impression de flotter !» Viviane sourit, passe furtivement sa main dans ses cheveux, pose un paquet sur la table encombrée. «Tiens, pour me faire pardonner d’avoir volé ta fiche.» Elle l’embrasse sur la joue avant de se sauver, laissant der rière elle le paquet format inoctavo. Étienne le tripote, le tâte. Un livre, quoi d’autre ? Cela lui plaît à la folie : sa fiche de lecture contre un livre par un coup de baguette signé Viviane ! Il déchire, découvre une ancienne reliure en maroquin violine. Avec une infinie précaution, Étienne l’entrouvre : double page blanche, en vélin. Il feuillette, explore, tourne les pages vierges, sans traces, à remplir : sous l’ancienne peau, les peaux neuves ! Étienne re ferme le livre, ravi, étrangement comblé par ce qu’il laisse à dire.
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Les salles de bibliothèque sont de merveilleux lieux de ren contre. Ils s’y retrouvent sans surprise, babillent autour d’un
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