Physiologie du curé de campagne
53 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Physiologie du curé de campagne

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
53 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Extrait : "Voyez cette petite bourgade ! La moitié de ses maisonnettes couvertes de chaume s'allonge dans la vallée aux vergers fertiles ! L'autre moitié domine le coteau, fier du rempart de ses murailles naturelles."

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 20
EAN13 9782335038224
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0006€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

EAN : 9782335038224

 
©Ligaran 2015

CHAPITRE PREMIER Sans préface

Bonjour, Monsieur le Curé !…
Voyez cette petite bourgade ! La moitié de ses maisonnettes couvertes de chaume s’allonge dans la vallée aux vergers fertiles. Quelle riante et verdoyante ceinture !
L’autre moitié domine le coteau, fier du rempart de ses murailles naturelles.
On dirait autant de petites reines qui, du haut de leur grandeur, laissent tomber un regard de dédain sur leurs sœurs de la vallée !
Pauvres sœurs, qui ne sembleraient plus jouer que le rôle de vassales !
Et cependant, rassurez-vous : ici point de vasselage, et partant point de domination. Nous sommes au village !
Notre village est bien un peu vain et orgueilleux.
Quel village ne l’est pas ?
La vallée qui se trouve riche, excessivement riche, n’échangerait pas ses grasses prairies contre tous les trésors du Nouveau-Monde. Disons d’avance que de ce Nouveau-Monde elle n’a jamais entendu parler.
Quant au coteau, debout sur ses rochers, il se drape dans sa cape de laine, comme un berger italien, la main appuyée sur sa houlette ; il se regarde comme imprenable, et plane dans l’immensité. Une étendue d’une demi-lieue, pour le village, voilà l’immensité !
Où finit cette demi-lieue doivent commencer des rivages inconnus et mystérieux, que les plus hardis oseront seuls explorer.
Et encore ces pèlerinages sont-ils fort rares ; ils font époque, et le soir, à la veillée, l’heureux voyageur ne manque jamais de parler des merveilles lointaines qu’il a découvertes.
Dites-moi, ami lecteur, n’aimez-vous pas déjà ma petite bourgade ?
Ne voudriez-vous pas y être né ? y avoir vécu, peut-être ?
L’air qu’on y respire est si pur !
Ses habitants sont de si honnêtes gens !
Patience ! vous les aimerez bientôt encore davantage quand vous aurez fait plus ample connaissance.
Nos bons villageois gagnent à être connus.
De nos citadins pourrait-on en dire autant ?
Salut, ma gentille petite bourgade ! Comme à un seul homme, je voudrais pouvoir te donner la main.
Je t’offre mon amitié, mais à une condition c’est que je pourrai compter sur la tienne. Ce traité te convient-il ? Réponds-moi.
La bourgade ne répond pas ; elle ne m’entend même pas.
Et vraiment elle a bien d’autres occupations que celles de m’écouter et de me répondre.
Mon Dieu ! que fait-elle donc ? et que se passe-t-il chez elle ?
Belle demande !
N’entendez-vous pas sa cloche qui sonne ? Et de quelle façon sonne-t-elle ?
Ô cloche villageoise ! dis-moi pourquoi ces fringantes allures qui te donnent un faux air avec le gros bourdon de Notre-Dame de Paris ?
Toutes les cloches veulent ressembler à ce bourdon-là. Jamais grand cousin n’eut tant de petites cousines.
Ô cloche, tu continues à sonner ! Moi, je continue donc à t’interroger ; et nous verrons bien si ton babil non interrompu cessera devant mes questions.
Pourquoi ces sons argentins que tu prodigues avec une telle munificence ?
Ne dirait-on pas l’argentier de quelque roi puissant qui, après avoir battu monnaie toute la nuit, le matin compterait ses écus ?
Ô cloche ! battrais-tu monnaie, toi aussi ?
Eh ! oui, sans doute.
Et cette monnaie, c’est la plus belle de toutes ; et chacun en aura sa part.
De ton balancier s’échappent chants de joie et hymnes d’allégresse.
Ô cloche ! tu fais plus de bruit que tu n’es grosse.
Mais ce n’est pas sans raison.
C’est aujourd’hui qu’arrive Monsieur le Curé !
Bonjour, Monsieur le Curé !
CHAPITRE II Arrivée au Presbytère
Notre bourgade avait bien son clocher que vous voyez là-bas, perçant l’azur du ciel de sa flèche dentelée.
Le clocher avait bien sa cloche que vous venez d’entendre, que vous entendez encore.
Le presbytère seul était sans curé.
Et, je vous le demande, sans curé qu’est-ce qu’un presbytère ?
Autant vaudrait un moulin sans eau ; mieux vaudrait encore un moulin sans eau.
L’eau peut venir.
Et Monsieur le Curé ne venait pas, pour une excellente raison : c’est que ce curé-là n’existait pas encore pour nos villageois.
Et cependant, que de vœux, que de prières pour l’obtenir !
Vœux et prières, jusqu’alors, tout avait été inutile !
Les dimanches et les fêtes, la bourgade allait visiter sa sœur, la bourgade voisine, et toutes deux priaient ensemble.
Prier chez les autres, quand il serait si doux de prier chez soi, que cette pensée est triste et humiliante !
Au milieu de toutes ces voix qui montaient au ciel, combien s’écriaient :

« Seigneur, vous êtes tout-puissant ; nous croyons fermement à votre toute-puissance ; mais nous y croirons bien mieux encore quand vous nous aurez donné un Curé ! un Curé qui soit à nous, à nous seuls !
Seigneur, donnez-nous un curé ! »
Que méritait une telle prière ?
D’être exaucée enfin.
Et c’est ce qui arriva.
Voici venir Monsieur le Curé !
Nous l’avons déjà salué de loin, comme c’était notre devoir.
Allons maintenant à sa rencontre.
Et, d’abord, une question.
D’où vient-il, Monsieur le Curé ?
D’où il vient ?
Oh ! de fort loin.
C’est Monseigneur l’Évêque qui l’envoie.
Monseigneur l’Évêque demeure dans une grande ville que l’on nomme chef-lieu.
Le chef-lieu demeure dans le plus bel endroit du département.
Pour le département, il demeure chez lui.
C’est un propriétaire qui habite sa propre maison.
Heureux département, qui n’a pas de loyer à payer !
Comme un roi qui vient à la frontière recevoir la main de sa fiancée, Monsieur le Curé s’avance, entouré de son cortège.
Ce cortège se compose de son chien et de son cheval.
Monsieur le Curé prie.
Le chien aboie.
Le cheval marche et hennit : il cumule !
C’est au devant de ce cortège intéressant que la bourgade vient d’envoyer ses ambassadeurs.
Le chien marche en éclaireur : c’est lui qui reconnaît les avant-postes, composés des jeunes filles du village, dans leur plus riche parure.
Belle entre toutes ces belles filles, c’est la gentille Marie qui a reçu ce parlementaire de nouvelle espèce.
Et pour qu’il ne puisse lui échapper, pour qu’une rivale plus heureuse ne puisse s’en emparer, elle lui passe autour du cou le ruban rose qui servait de lien à sa chevelure.


Ainsi enchaîné, le chien de Monsieur le Curé s’avance conduit en laisse.
Et la jeune fille est aussi fière qu’Androclès l’était de son lion.
Monsieur le curé vient d’être harangué par le maire et le commandant de la garde nationale.