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Plasticité de la poésie de René Char

De
191 pages
Enluminure ? Illustration ? Il y a une vraie difficulté à désigner l'œuvre plastique qui accompagne le texte d'un poème. Char lui-même évite ces deux mots et préfère parler d'une alliance substantielle, laissant entendre qu'il n'y aurait qu'une différence de matière entre le poème et l'œuvre de l'artiste. Qu'est-ce donc que cette "plasticité" de la poésie capable de rivaliser avec la matière picturale de l'artiste sur son propre territoire ?
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Edmond Nogacki
Plasticité de la poésie de René Char
Eidos RETINA Série Collection
Plasticité de la poésie de René Char
ème Ce livre est le 109 livre de la
dirigée par François Soulages & Michel Costantini Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chile, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo, Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica),Taïwan(Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taipei) Série RETINA3 François Soulages (dir.),La ville & les arts11 Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence 12 Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui13 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur 14 Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image 17 Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage 18 Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image 30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme 31 Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain 35 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou36 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma37 Gezim Qendro,Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie38 Nathalie ReymondÀ propos de quelques peintures et d’une sculpture39 Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique40 Marie-Luce Liberge,Images & violences de l'histoire41 Pascal Bonafoux, Autoportrait. Or tout paraît42 Kenji Kitayama,L'art, excès & frontières43 Françoise Py (dir.),Du maniérismeà l’art post-moderne 44 Bertrand Naivin,Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook 48 Marc Veyrat,La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1 49 Dominique Chateau,Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative 51 Patrick Nardin,Effacer, Défaire, Dérégler... entre peinture, vidéo, cinéma e 55 Françoise Py (dir.),Métamorphoses allemandes & avant-gardes au XX siècle 56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.),Les frontières des écrans 58 F. Soulages & A. Erbetta (dir.),Frontières & migrations. Allers-retours géoartistiques & géopolitiques60 François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières des rêves 61 M. Rinn & N. Narváez Bruneau (dir.),L’Afrique en images.62 Michel Godefroy,Chirurgie esthétique & frontières de l’identité 63 Thierry Tremblay,Frontières du sujet. Une esthétique du déclin Suite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livre Publié avec le concours de
Edmond Nogacki
Plasticité de la poésie de René Char
Secrétariat de rédaction : Gilles Picarel & François Soulages © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-12773-6 EAN : 9782343127736
Mes très vifs remerciements à Madame Marie-Claude Char qui m’a offert gracieusement le droit de reproduire l’œuvre de René Char intitulée, Bulle d’air, le poème, figurant à la page 19 de René Char, La Nuit talismanique, (Albert Skira Editeur, Les Sentiers de la Création, 1972). Remerciements émerveillés par l’amitié tenace de François Soulages qui n'a jamais accepté que je lâche prise. Remerciements émus à mon fils Guillaume Nogacki, sans qui ce livre n’aurait pu voir le jour. Le dessin de René Char,Bulle d’air dans l’étang, est publié avec l’aimable autorisation de Marie-Claude Char.
Introduction Ce livre a pour ambition de rassembler un certain nombre d’articles que j’ai publiés en France et à l’étranger de 1987 à 2013 dans des ouvrages collectifs le plus souvent universitaires. La ligne directrice privilégiée ici est celle des relations de textes de Char et des illustrations qui leur ont été apportées sous le contrôle du poète. Cette orientation était déjà celle de deux thèses de doctorat soutenues à 1 l’Université de Lille III-Charles de Gaulle . Néanmoins, les réflexions, chaque fois nouvelles, étaient guidées par la nécessité de répondre peu ou prou aux sujets définis par les éditeurs et marquées en creux par les théories critiques en vogue, que j’y adhérais ou non. Il faut se souvenir par exemple, queL’aventure sémiologiquede Roland Barthes parue en 1980 reprenait des textes – à l’exception deLe plaisir du texte1973- qu’il avait publiés entre 1963 et 1973, alors de que la traduction française deLes limites de l’interprétationd’Umberto Eco devait paraître en 1992. Il n’est pas question ici d’énumérer toutes les références bibliographiques qui ont pu soutenir mes réflexions mais je m’en voudrais toutefois de ne pas citerLa Naissance d’Icare, Eléments de poïétique généraleRené Passeron en 1996 et de AisthesisJacques Rancière de 2011. Par-delà la question de
1 e Edmond Nogacki, Doctorat de 3 cycle, juin 1977,René CHAR, poésie et peinture-Doctorat d’Etat, juin 1988,René CHAR : de l'écriture à la peinture, illustrations, enluminures, poèmes objets.Toutes deux dirigées par le Doyen Pierre Reboul.
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du sens qui peut être donné à un texte poétique se posait celle, quasi obsessionnelle, de celui de l’œuvre graphique assujettie au poème et au final à cette entité nouvelle formée par le texte et l’image désormais indissociables. Il me semblait que les réponses qu’on pouvait apporter à ces problématiques se révélaient partiales et très insuffisantes par le fait même de l’étrange diversité des acteurs de ces créations. Comment pouvait-on, d’un même élan, établir un discours qui convienne à des « duos » aussi contrastés que Char-Kandinsky, Char-Giacometti, Char-Ernst, Char-Picasso, Char-Braque, Char-Vieira da Silva ou Char-Wifredo Lam pour faire état seulement de quelques-uns de la quarantaine d’artistes plasticiens convoqués pour une « conversation souveraine » ? Par nature, je suis réticent aux systèmes : donc l’enjeu était moins de trouver un mode d’approche qui convienne à tous les cas de figure, que de comprendre la cohérence sous-jacente qui les réunisse. Il me semblait que je ne pouvais envisager de solution qu’en interrogeant le socle de la collaboration, c’est-à-dire, le poème dont l’illustration – terme évidemment inadéquat ici – révélerait les accointances avec le parcours esthétique, philosophique, symbolique, sémiologique… infléchi, sans reniement, par le plasticien désigné « allié substantiel » par le poète. Il fallait d’abord évacuer les tendances héritées des traductions littéraires afin de ne plus considérer les travaux plastiques étudiés comme des « traductions », même belles infidèles, du poème impliqué. De la traductologie & de ses fantasmes Avant d’aborder le phénomène particulier de la traduction en art, qui relève de ce que Jakobson appelait la « traduction intersémiotique », un détour s’impose par l’étude, même sommaire, des aléas de la traduction littéraire 2 comme discipline de la Linguistique Appliquée . Traduire un texte linguistique d’une langue en une autre langue
2  Extrait deL’art et ses traductions, textes réunis par Mohamed Mohsen Zérai, Université de Gabès, Série Arts 8, 2009, pp. 91-111.
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revient, en dernière instance, à fabriquer une œuvre qui dispensera de la lecture de la première. Ainsi le lecteur étranger au pays, à l’époque, à la langue, à la société, aux préoccupations psychologiques et artistiques de l’écrivain du « texte-source », va s’accaparer l’œuvre nouvelle et la considérer comme équivalente à la précédente. Jakobson proposera de faire appel à un système de signes non linguistiques, picturaux par exemple pour traduire les signes linguistiques d’un texte, comme relevant, selon Jean René Ladmiral « d’une extension métaphorique du concept de 3 traduction » . Henri Meschonnic mettra en lumière ce subterfuge de « l’équivalent […] qui reste un alibi linguistique sans linguistique. L’équivalent suppose une 4 paraphrase, c’est-à-dire un synonyme. » C’est bien encore le fantasme des « systémiques » de vouloir superposer des systèmes là où, au contraire des littéralités, doivent être posées les questions de littérarités, c’est-à-dire d’esthétique. Dans le cas qui me concerne ici, j’aurai la tentation de considérer comme interprétation plutôt que comme adaptation ou traduction l’œuvre créée par un plasticien confronté à un poème ou un recueil poétique, tant celle-ci s’apparente à celle du linguiste chargé de moderniser un texte ancien ou écrit dans une autre langue. La traduction, donc, qui prendrait à témoin le sens reviendrait à morceler le texte-source en ses différentes unités sémantiques et donc à promouvoir la discontinuité. C’est déjà, rappelle Henri Meschonnic dans le texte précédemment cité, ce que récuse Cicéron dans sonDe optimo genere oratorum lorsqu’il fait la distinction entre le traducteur et l’orateur et qu’il propose l’adaptation bien plus que la traduction. Le fonctionnement à la manière de Cicéron repose sur une continuité semblable à celle admise pour l’interprétation notamment en musique. On convient de la richesse des interprétations, voire de leur nécessité, et nul n’en voudra, bien au contraire, à Munch ou à Karajan d’avoir marqué de leur style les symphonies de Beethoven, tout en reconnaissant, et c’est là un point essentiel, que l’écriture en
3 Jean-René Ladmiral,Revue d’esthétique, 1980, p. 7. 4 Henri Meschonnic,Alors la traduction chantera, p. 76.
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