Aimé Césaire

-

Français
174 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Les deux recueils, Comme un malentendu de salut et Noria n'ont jamais fait l'objet d'édition critique. Véritable fil rouge de la poétique césairienne, un lien charnel unit la conscience du poète à la nature et au cosmos. Détaché du monde, le poète se projette sur un futur indécis que baignent les brumes d'une conscience comme essoufflée d'avoir lutté sans trêve sur des parcours difficiles et rêvant d'une avalanche d'aube.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2013
Nombre de lectures 23
EAN13 9782296516502
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
RENÉ Hénane
RENÉHénane
Aimé Césaire Cavalier du tempset de l’écume
etudE thÉmàtiquE Et critiquE dEComme un malentendu de salut – Noria
Aimé Césaire
Cavalier du temps et de l’écume
Étude thématique et critique de Comme un malentendu de salut – Noria
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN :978-2-336-29098-0 EAN :9782336290980
Aimé Césaire
Cavalier du temps et de l’écume
Étude thématique et critique de Comme un malentendu de salut – Noria
par René Hénane
L’Harmattan
Du même auteur :
*Aimé Césaire. Le chant blessé – Biologie et poétique. Éditions Jean-Michel Place, 1999. *Les jardins d’Aimé Césaire. Éditions de L’Harmattan, 2003. 1 *Glossaire des termes rares dans l’œuvre d’Aimé Césaire, Éditions Jean-Michel Place, 2004. *Aimé Césaire. Dossier spécial, Autre Sud, n°29, juin 2005. *Césaire & Lautréamont – Bestiaire et métamorphose, Éditions de L’Harmattan, 2006. *armes miraculeuses d’Aimé Césaire » – une lecture critique« Les . Éditions de L’Harmattan, 2008. *Introduction à Moi, laminaire… d’Aimé Césaire – Une édition critique. Éditions de L’Harmattan, 2011 - révisé en 2012 sous le titre : *Aimé Césaire – Moi, laminaire… édition critique, en collaboration avec Mamadou S. Ba et Lilyan Kesteloot. Éditions de L’Harmattan, 2012. *Aimé Césaire, Discours à l’Assemblée nationale – Présentation – Biographie parlementaire,Éditions de L’Harmattan, 2012. *Du fond d’un pays de silence d’Aimé Césaire – édition critique de Ferrements (en collaboration avec Mamadou Ba et Lilyan Kesteloot). Éditions Orizons, 2012.
*Image de couverture :Jean-François Hénane …un dépoitraillement jusqu’au sang d’impassibles balisiers… (Espace-rapace) *Traitement et transcription diplomatique des manuscrits, avec la gracieuse collaboration deDominique Rudelle.
1 Les définitions en notes de bas de page, des termes difficiles, sont extraites de cet ouvrage.
Cavalier du temps et de l’écume(Dérisoire, Lettre à une amie lointaine)
2 Demoi, laminaireàNoria - Comme un malentendu de salut oute œuvre poétique porte la marque de son auteur et s’ouvre à son T expérience, à sa vision du monde ; elle s’inscrit dans son histoire selon un flux continu, en périodes successives et avec ses propres marques liées aux conjonctures d’un moment, risées à la surface du flot. La poésie d’Aimé Césaire n’échappe pas à cette règle et les derniers poèmes, ceux de la grande maturité, s’inscrivent dans la continuité de l’œuvre césairienne, formant des blocs bien différenciés, avec leurs propres déterminations faites d’attachement à la mémoire ancestrale, de révolte, de lyrisme, de nostalgie d’espérance, de doute, de désenchantement…  Ainsi, selon un plan certes, schématique, trois grandes périodes rythment la poésie césairienne, « … recherche convulsive vers une “ombre 3 de soi qui en soi fait des signes d’amitié…” »  La première période (1939-1946) est dominée par la révélation d’une plaie immémoriale s’exhalant en un chant blessé, le chant d’un peuple à la recherche de sa mémoire éteinte par trois siècles d’un forfait historique. C’est l’époque duCahier d’un retour au pays natal,Tropiques et de l’oratorioEt les chiens se taisaient, période marquée par la risée passagère de l’empreinte surréaliste.  La seconde période (1948- 1958) s’ouvre avec l’interrogation obstinément répétée sur ce destin pathétique et l’éruption de la violence : Où, quand, comment d’où pourquoi oui pourquoi pourquoi se peut-il que les langues les plus scélérates n’aient inventé que si peu de crocs à pendre ou suspendre le destin…(La parole aux oricous, Soleil cou coupé) C’est la période des grandes coulées de laves de la révolte :Soleil cou coupé, Corps perdu, Cadastre, période marquée par les ruptures et les fractures, intimes, politiques, notamment.
2 Dans le texte, nous désignons parMoi, laminaire… (Noria)l’ensemble des poèmes deMoi, laminaire… proprement dit et deNoria(Éditions Désormeaux, 1976) Toutes les citations d’Aimé Césaire sont en caractèresitaliques.Les titres des poèmes respectent la typographie de l’édition source. 3 Édouard Glissant,L’intention poétique, Le Seuil 1969, p.143.
La troisième et dernière période, outre l’œuvre théâtrale, s’ouvre avec l’intermède deFerrements(1960). L’amertume et la déception pointent leur nez : … tant de grands pans de rêves de parties d’intimes patries effondrées 4 tombées vides et le sillage sali… ...À peu près l’histoire de la famille rescapée du désastre…
5 Aimé Césaire le proclame , cité par Thomas Hale: « La seule différence entre son premier poème,Cahier d’un retour au pays natalet les poèmes deFerrements,précise-t-il, est dans le ton.Aujourd’hui je suis peut-être un peu moins optimiste, un peu plus amer. La révolution n’avance pas vite. »  Les poèmes césairiens publiés dans la dernière période, Moi laminaire…(Noria)etComme un malentendu de salutforment un ensemble compact, de forme bigarrée, mais d’inspiration cohérente essentiellement fondée sur le doute, le regret et la résignation, …ainsi va toute vie(prologue deMoi, laminaire…) – là, peut-être, se trouve le dessein poétique, rassembler en un tout les poèmes afin d’en faire une sorte de bilan, non pas bilan de la fureur et de la révolte contre les hommes et l’Histoire, certes, mais avec les poèmes de la déréliction, du désenchantement et de l’amertume, en bref, faire un bilan d’une vie.
 N’oublions pas qu’une composante non négligeable des poèmes de Moi, laminaire… (1982) fut composée et publiée dès 1976, sous le titre NoriadansŒuvres complètes, Éditions Désormeaux, donc écrite entre 1965 et 1970, non loin deFerrements(1960) dont la matière vive thématique est 6 fort différente . Aimé Césaire s’en explique auprès de Jacqueline Leiner : … Je vous ai raconté qu’on préparait mes œuvres dites complètes. J’ai dû ajouter des inédits. L’éditeur les mettait sous la rubrique « poèmes inédits ». Je lui ai dit non, donnez-leur, personnalisez-les un peu. Qu’est-ce que vous proposez, m’a-t-il demandé ? « Noria », ai-je répondu, « Noria », effectivement, c’est assez juste, dans la
4 Séisme. 5  Thomas A. Hale,Les écrits d’Aimé Césaire, Bibliographie commentée,Études françaises, 14, 3-4, les Presses universitaires de Montréal, octobre 1978, p.406. 6  Mamadou Ba, René Hénane, Lilyan Kesteloot,Introduction à “Ferrements” d’Aimé Césaire – une édition critique, L’Harmattan, 2012.
6
mesure où, pour moi, le mot est une sorte de « noria » qui permet de 7 racler les profondeurs et de les faire remonter au jour…
 Nous comprenons dès lors, pourquoi Aimé Césaire ayant regroupé les poèmes inédits intitulésNoria dans l’édition Désormeaux (1976) a jugé utile de les reprendre six ans plus tard pour composer le recueilMoi, laminaire…(1982).  “NoriaDésormeaux”, en effet, contenait déjà en germeMoi, laminaire…  Toutefois quatre poèmes de “Noriaéchappèrent à ce Désormeaux” regroupement dansMoi, laminaire…:Lettre de Bahia-de-tous-les-saints, Éthiopie… Le verbe marronner, Cérémonie vaudou pour Saint John Perse.  Ce choix est fort clair, car ces quatre poèmes orphelins, œuvres de circonstance, étrangères au thème dominant de ce qui deviendraMoi, laminaire…,en 1994, seraient apparus comme une rupture dans la cohérence de l’ensemble. Ils seront intégrés dans l’édition du Seuil 1994, sous le titre : Noria(poèmes non repris dansMoi, laminaire…).  Ces quatre poèmes, en effet, ont une place à part, car ils ne répondent pas au climat désenchanté deMoi, laminaire…,déconvenue de … l’homme rendu à la dure réalité et qui fait le bilan…  Deux d’entre eux,Lettre de Bahia-de-tous-les-saints etÉthiopie sont des odes ferventes à la négritude brésilienne et la négritude éthiopienne, figurées par leurs dieux, leurs hommes et leurs femmes : … Bahia des filles de saints, des femmes de Dieu… d’Ogou ou de saint Georges… (Lettre de Bahia…) … les hommes c’étaient dieux chlamyde au vent… et les femmes étaient reines / reines d’ébène polieReine de Saba… Les deux autres,Le verbe marronneretCérémonie vaudou pour Saint John Persequasi remontrances, appel à un apparaissent comme des stances, marronnage poétique, à son ami Depestre désertant les sentiers auxvoix rauquesde la poésiebatouqueetdes astres moudangs– et reproches feutrés à Saint John Perse, l’étrangerqui déserta sa terre natale. 8  Ainsi, ces quatre poèmes dont la structure et la thématique différaient totalement au regard de la texture et du thème central deMoi, laminaire…(1982) furent extraits et édités isolément, en 1994, sous le titre 9 Noria(poèmes non repris dansMoi, laminaire…)”
7 Aimé Césaire, le terreau primordial, entretien avec Jacqueline Leiner, Paris, 1975 (à propos de la réédition deTropiques), Gunter Narr, 1993, p.117. 8 En effet, ces quatre poèmes sont plus longs et plus étoffés que les autres poèmes de Noria. 9 Aimé Césaire, La poésie, Le Seuil 1994.
7
 Les deux recueils,Comme un malentendu de salutetNoriaqui n’ont jamais fait l’objet d’une édition isolée et dont les textes s’entremêlent avec ceux deMoi, laminaire…, ne peuvent se différencier au regard de la structure, ni dans la forme, ni dans la stylistique, la thématique ou même l’inspiration. De plus, ces poèmes sont d’une lecture facile, s’étant affranchis de toute rupture sémantique ou syntaxique, avec des contextes et des images métaphoriques souvent faciles à déchiffrer. Dans l’ensemble, les poèmes sont caractérisés par leur brièveté avec une typographie aérée, de fréquents retours à la ligne, marges décalées, sauts d’interlignes. Il n’existe pas de différences significatives dans la répartition entre poèmes brefs et les poèmes longs deMoi, laminaire (Noria)etComme un malentendu de salut.  Les mêmes thèmes dans les mêmes climats se retrouvent dans ces deux recueils. D’abord le regard historique sur l’homme : hommages, tombeaux aux grandes mémoires et personnages, Miguel Angel Asturias, Paul Éluard, Alioune Diop, Léon-Gontran Damas, Saint-John Perse, René Depestre, Wifredo Lam.  Ensuite, la géographie, le paysage, le cosmos, la nature, la terre, le volcan, tous éléments y tiennent une place éminente.  Véritable fil rouge de la poétique césairienne, la nature et le cosmos étendent leurs linéaments à traversComme un malentendu de salut-Noria, comme ils parcouraient déjàLes armes miraculeuses,en 1946, véritable « abandon aux forces élémentaires… adéquation essentielle de l’homme à son pays… Pourquoi cette élection de la terre ? Parce qu’elle est, dans la naissance de l’homme, la première et 10 temporairement la seule force à laquelle il peut demander force »
 Les exemples abondent de ce lien charnel unissant la conscience du poète au paysage, aux éléments cosmiques, telluriques, naturels, le soleil, les étoiles, la géographie, la terre, le volcan, la montagne, l’arbre, l’oiseau… Frère je t’ai instruit en oiseau / oiseau ganga… oiseau coliou(Stèle obsidienne pour Alioune Diop) … sécheresses aux tétons flasques des pitons… (Passage) il scrutait le paysage… / le tout morne / le tout volcan… (Références) il m’arrive de créer des îles à partir de caldeiras comblées de vergers d’orangers(Rumination) Combien de fleuves de montagnes de mers… le lion au nord qu’il éructe ses entrailles… de tout ce que de montagne il s’est bâti en toi…(Parole due) … parmi les bancs de sable et la divagation des îles… nouvelle
10  Édouard Glissant, « Aimé Césaire et la découverte du monde »,Les lettres nouvelles, 34, janvier 1956, pp.44-54.
8
gerbe de constellations… à l’arraché du soleil…(Dyali) … impassibles balisiers… / tronc brûlé des simarubas… (Espace-rapace) frère l’arbre résolu / mon frère le vent… / mon frère mon l’écœuré volcan… (Conciliabules)  mer en mer… / chant du sang des flamboyants / … solstice / troupeau de volcans … routes humides d’amaryllis… (Comme un malentendu de salut) renversement des cécropies… / la colline qui s’éboule… le plus puissant des ceibas arbre fétiche… / angoisse… au cœur des balisiers … frêle miconia…(Rumination de caldeiras), etc.
 Cet appel à la nature reste l’ultime ressource promise à l’homme déçu dans ses espérances, l’abri sûr au sein duquel il pourra « demander force » (Édouard Glissant ». C’est toujours dans le mythe que la conscience blessée du poète retrouvera ses racines perdues. C’est dans la nature, le paysage, la montagne, la mangrove, le volcan, que la mémoire du poète, mémoire privée d’arrière-pays, éperdue devant les blessures de l’histoire, se cherche des points d’ancrage. Aimé Césaire, à défaut de vivifier 11 l’atrophiement monstrueux de la voixse réapproprie symboliquement son soleil, ses étoiles, la terre qui l’a vu naître. Le poète se recrée dans son imaginaire poétique la faune, la flore que la colonisation avait dénaturées, … 12 pays en rupture de faune et de flore…  L’animal et le végétal, pullulant dans toute son œuvre et que l’on retrouve, obstinées et toujours vivaces, dans ses poèmes de la maturité, Comme un malentendu de salut – Noria,toujours le support restent métaphorique de la vision césairienne avec cet éclat singulier, ce « miroitement en dessous » (Mallarmé)  L’écriture aussi présente une spécificité. Elle change, devient moins opaque, le sens plus perceptible, plus ouvert au sens : « … coexistence d’une langue-instrument de connaissance et d’une langue-instrument de communication avec Ferrements,dit nous encore Aimé Césaire,il s’agit d’un prébilan mais d’un prébilan 13 souvent assez sombre…»
Les poèmes portent la marque de la brièveté, de la condensation des images. La phrase est incisive, concise, dense, hachée avec de nombreux décalages typographiques :
11 Aimé Césaire, « Présentation »,Tropiques, Jean-Michel Place, 1978, p.5. 12 ibid 13 Jacqueline Leiner,Aimé Césaire, Présentation du disque RFI, Archives sonores de la littérature noire, Hatier, 1989.
9