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Anthologie de la poésie berbère traditionnelle

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Toute anthologie repose sur un choix ; tout choix peut paraître subjectif, voire arbitraire. C'est pourquoi toute culture jouit de plusieurs anthologies qui sont autant de choix offerts au public qui, seul, décide de ce qu'il retiendra pour en faire un bien commun, voire un monument littéraire. La seule prétention de cette anthologie est de présenter un choix de textes poétiques dans l'immense océan de la production berbère et d'expliciter autant que cela se peut la démarche et les critères qui ont déterminé ce choix.

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Date de parution 01 février 2011
Nombre de lectures 354
EAN13 9782296446977
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Exrait

ANTHOLOGIE
DE LA POÉSIE BERBÈRE
TRADITIONNELLE
Abdellah BOUNFOUR et Amar AMEZIANE avec la participation de Mustapha EL ADAK
ANTHOLOGIE
DE LA POÉSIE BERBÈRE
TRADITIONNELLE
(Tachelhit, taqbaylit, tarifit, tamazight)
L’HARMATTAN- INALCO
© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13073-9 EAN : 9782296130739
INTRODUCTION GENERALE
La poésie berbère est un « océan incommensurable », disent les poètes chleuhs. « Nous ne faisons que puiser quelques bribes », ajoutent-ils avec la modestie de ceux qui « savent». C’est pourquoi cet ouvrage n’a d’autre prétention que d’effleurer les rivages de ces bribes océaniques. Toute anthologie repose sur un choix ; tout choix peut paraître subjectif, voire arbitraire. C’est pourquoi toute culture jouit de plusieurs anthologies qui sont autant de choix offerts au public qui, seul, décide de ce qu’il retiendra pour en faire un bien commun, voire son monument littéraire. La seule prétention de cette anthologie est de présenter un choix de textes poétiques dans l’immense océan de la production berbère etd’expliciter autant que cela se peut la démarche et les critères qui ont déterminé ce choix. Ces critères sont multiples : certains sont déterminés par la situation linguistique de la langue, d’autres par l’état de la documentation et d’autres par l’état de la recherche littéraire elle-même.
TROIS DETERMINATIONS
1.La situation linguistique
Faut-il répéter sans lasser que la langue berbère, présente dans plusieurs pays de l’Afrique du Nord jusqu’au Sahel et jusqu’en Egypte, a été soumise depuis des siècles à une dialectalisation que la recherche linguistique a souvent décrite avec plus ou moins de précision et d’objectivité. Malgré les efforts actuels de standardisation, souvent teintée d’amateurisme et d’idéologie caractérisés, on ne peut ignorer les différences linguistiques car elles sont associées à des différences littéraires. L’exemple le plus flagrantest l’immense variation et
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1 variété des dénominations génériques. C’est pourquoi la variété dialectale a été retenue comme critère d’élaboration de l’anthologie. Ce qui justifie lesquatre parties de cette anthologie : les poésies traditionnelles des variétés dialectales chleuh, kabyle, rifaine ettamazight. L’ordre dans lequel nous citons les aires linguistiques obéit au simple critère alphabétique.
2.La situation documentaire
Toutes les régions et toutes les variétés dialectales ne jouissent pas de masses documentaires équivalentes au niveau quantitatif et qualitatif. En effet, le domaine kabyle est largement plus documenté que tous les autres. Suivent par ordre d’importance le domaine chleuh, tamazight et, enfin, rifain. Ce dernier est, avec d’aulibyennes ettres variétés (algériennes, tunisiennes, mauritaniennes), les parents pauvres de la documentation publiée. Comme nous tenions à ce que les poèmes soient, pour la majeure partie d’entre eux, accessibles au public, nous les avons choisis dans des publications connues et consacrées. Cela permet au lecteur curieux, qui veut lire davantage de poèmes, d’aller consulter ces publications qui sont souvent des recueils récents ou anciens. Ce choix nous a permis de faire un bilan de la documentation sur la poésie berbère et de constater plusieurs faits dont nous relevons deux qui nous paraissent importants : (i) Les aires linguistiques ne sont pas documentées de manière égale. Il serait important que la collecte soit intensifiée dans les régions berbérophones les moins documentées. Ce qui est d’ailleurs un des axes de recherche importants du LACNAD-CRB. (ii) Dans les aires les mieux documentées, on constate que certains genres très prisés par la population berbère sont ignorés dans les publications. C’est ainsi que le genretihwacinen chleuh, absent de la
1 Ce qui ne veut pas dire que la différence de dénomination implique une différence de genre. Ce nominalisme est hors de l’horizon de cette anthologie. Voir ci-dessous cette question de genre.
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documentation disponible, sauf erreur de notre part, a été intégré. Le genreqqenx-ac(Laoust) outiɣuniwin (Kouas) en tamazight est peu documenté. A notre connaissance, nous ne disposons que du corpus de Laoustdans lequel nous avons puisé l’essentieldes 2 poèmes de ce genre .
3.Les genres poétiques
Pour éviter un classement fondé sur la thématique qui est souvent arbitraire, nous avons préféré un classement par genre poétique. Les dénominations génériques présentées ici sont autochtones sauf dans de rares cas qui sont signalés. Quelle que soit la définition que l’on donne de tel ou tel genre, il est aumoins certain que les poèmes sont classés sous une étiquette générique par les producteurs et les auditeurs de cette poésie. Autrement dit, nous ne prenons aucunement parti sur la définition des genres poétiques car nous avons constaté trois faits majeurs : (i) Un poème donné est parfois classé sous différents genres : unizli(un distique) tamazight peut être une tamawaytou se trouver intégré dans unetamedyazt. Un izririfain est ou autonome ou intégré dans un long poème. (ii) Des genres de différentes aires dialectales portant des dénominations différentes se présentent sous la même forme et, souvent, sont dits dans des performances semblables. C’est ainsi qu‘unizririfain, unizli tamazight et unetawactchleuh ne présentent aucune différence de forme. Il enest de même d’unetamedyazt tamazight et d’unelqistchleuh. (iii) Les études de ces dénominations génériques par les spécialistes n’ont abouti, à ce jour, à aucun consensus.
2 Nous avons consultéun corpus d’une transcription très approximative et édité sans présentation pour contextualiser les poèmes, des notes souvent sans intérêt. Ce corpus est inclus dans une thèse (Aziz Kich,De la poésie berbère (tamazight) : typologie et mutations) soutenuefin août 2008 à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech.
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Autant de spécialistes, autant de définitions quand les uns ne reconduisent pas les définitions de leurs prédécesseurs. C’est pourquoi il nous a paru raisonnable de se fier au «sentiment 3 générique » des producteurs et des publications les plus consacrées. C’est à la recherche future de déterminer le(s) système(s) poétique(s), voire littéraire(s) berbère(s). Quoiqu’il en soit il n’existe aucune description systématique des genres littéraires ou poétiques dans une variété dialectale donnée. Il nous semble raisonnable d’ancrer cette description dans chacune des aires dialectales avant d’entreprendre une quelconque généralisation au domaine berbère dans son extension géographique et dialectale.
METHODOLOGIE
1.Sources documentaires
Les considérations précédentes nous invitent à privilégier deux sources documentaires : les textes publiés et les corpus des 4 chercheurs du CRB. 5 La collecterépond au double souci d’offrir du nouveau –les textes édités remontent souvent à plusieurs décennieset de montrer par la même occasion qu’on est loin d’avoir documenté de manière méthodique et systématique la production littéraire traditionnelle. Le choix des publications ressources obéit à certains critères : (i)La notoriété de l’éditeur des textes : c’est ainsi qu’il est difficile de contourner un Justinard, grand connaisseur
3 Critère calqué sur celui des linguistes qui parlent du « sentiment linguistique » du locuteur natif. 4 Centre de recherches berbères, structure désormais intégrée depuis septembre 2006 dans une équipe qui englobe des chercheurs en arabe maghrébin et en judéo-arabe, LACNAD(Langues et cultures du nord de l’Afrique et diasporas), équipe d’accueil de l’Inalco. 5 En matière de collecte, nous nous sommes appuyés essentiellement sur celle de A. Bounfour (tiwacinetaqid) et de F. Bahloul (tanggift)pour le domaine chleuh.
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de la poésie chleuh, malgré les problèmes de transcription, par exemple, que nous devions affronter pour la lisibilité des poèmes. Il en est de même de Stumme, de Roux, et de bien d’autres. La qualité et la notoriété des textes : peut-on imaginer une anthologie de la poésie chleuh sans les poèmes de Fadma Mansour, de Hemmou ou Namir, oul’œuvre d’un Lhaj Beloid, par exemple? Peut-on imaginer la poésie kabyle sans Si Mohand ?
2.Le classement des textes
Le classement des textes obéit lui aussi à certains critères. Comme nous l’avons dit plus haut, le premier principe est celui de l’aire dialectale. Le second principe opère dans chacune des aires. Il s’agit d’un classement par genre tel que nous l’avons circonscrit plus haut. Néanmoins, nous ne prétendons pas représenter tous les genres, mais les plus connus et les plus en usage encore dans les communautés berbères qui les produisent et les consomment. C’est pourquoi il nous a semblé utile que: (i) Tout genre doit être représenté par au moins un poème : en chleuh, il a été décidé de présentertiwacin (pl. detawact, distique),aqid(poème long à thèmes variés),lqit(poésie narrative), ettanggift(poésie rituelle en contexte de mariage) ; en tamazight :izlan(pl.izli, distique);timawayin(pl. detamawayt, souvent des tercets),tiɣuniwin(pl. detaɣuni, énigmes versifiées), timedyazin(pl. detamedyazt, longs poèmes à thèmes très variés) ; en tarifit :izran(voirizlanen tamazight) et timeddyazin(poésie de combat à tonalité épique). L’ordre des genres obéit à un principe enusage dans les manifestations collectives de cette poésie dans les sociétés berbères : du plus léger au plus sérieux et au plus dense. (ii) Le poème et / ou son auteur doivent avoir une notoriété évaluée par son aire de diffusion et la
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capacité des gens à le réciter ou, au moins, à connaître son existence et à en parler à défaut de le réciter. Tous les grands thèmes de cette poésie doivent être représentés: l’amour, la satire morale, sociale et politique, la religion, le rituel, etc.. A cela il faut ajouter des critères esthétiques que nous concentrons dans trois aspects de cette poésie : une langue qui s’écarte de sa structure d’usage au point d’enfreindre les règles fondamentales de la grammaire (règles d’accord, ordre des mots, le privilège accordé à certaines structures syntaxiques, etc.), une rythmique sans laquelle il n’y a pas de poésie traditionnelle (versification, jeux de langage atteignant la structure phonique de la langue), une stylistique et une rhétorique dont la charge métaphorique est la caractéristique la plus importante.
LE PARATEXTE
Trois points méritent quelques explications : la transcription, la traduction et les notes.
1.La transcription
La transcription en caractères latins est conforme aux normes du CRBde l’INALCOavec une simplification importante pour adopter la même graphie pour les quatre variétés dialectales considérées ici. (voir le tableau du système de transcription en annexe). Certaines notations sont spécifiques au texte poétique. En effet, certains sons, particulièrement des consonnes, sont souvent supprimés pour des raisons métriques, rythmiques et tout simplement de débit de la parole : nous les avons restitués entre parenthèses pour faciliter la lecture et la recherche lexicale dans les dictionnaires.