Des marges à remplir et autres poèmes
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Description

Emmelie Prophète fait partie des générations de femmes auteures haïtiennes contemporaines comme Yanick Lahens, Kettly Mars, Evelyne Trouillot, Edwidge Danticat.
Emmelie Prophète fait partie des générations de femmes auteures haïtiennes contemporaines comme Yanick Lahens, Kettly Mars, Evelyne Trouillot, Edwidge Danticat.
Extrait de la préface:
« J’ai rencontré les poèmes dans la voix et, dans les yeux de gens qui grignotent chaque jour le malheur, la solitude. Ils sont à eux. C’est grâce à ces souffles que la poésie demeure, transforme le quotidien et donne raison à ces effleurements, ces interprétations qui invitent à regarder la vie par les marges à remplir.
Il faut faire place au dérisoire, couper, laisser s’envoler les choses et leur encombrante utilité. Essayer de dire
l’autre parce que l’on entend ses silences malgré l’étendue de la mer, le vacarme des administrations qui forcent à remplir des formulaires dans lesquels il n’y a aucune case pour confirmer son besoin d’amour. »
Extrait du recueil:
La rue marche après nous
Nous sommes des vestiges de chemins de fer
C’est l’histoire de toute une ville
Qui nous coule dans les veines
On a besoin d’un prétexte pour être deux.
L’auteure
Née à Port-au-Prince, Emmelie Prophète est poète et romancière. Elle a étudié en littérature, en communication et en droit. Son oeuvre est publiée aux éditions Mémoire d’encrier: Le testament des solitudes, qui lui a valu le Grand Prix littéraire de l’Association des écrivains de langue française (ADELF) 2009, Le reste du temps (2010), Impasse Dignité (2012), Le bout du monde est une fenêtre (2015), Un ailleurs à soi (2018) et Des marges à remplir et autres poèmes(2018).
Elle vit à Port-au-Prince.
Extrait du recueil:
La rue marche après nous
Nous sommes des vestiges de chemins de fer
C’est l’histoire de toute une ville
Qui nous coule dans les veines
On a besoin d’un prétexte pour être deux.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 septembre 2018
Nombre de lectures 4
EAN13 9782897125844
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Emmelie Prophète
des marges à remplir et autres poèmes
MÉMOIRE D’ENCRIER
Mémoire d’encrier reconnaît l’aide financière du Gouvernement du Canada par l’entremise du Conseil des Arts du Canada, du Fonds du livre du Canada et du Gouvernement du Québec par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres, Gestion Sodec.
Dépôt légal : 2 e trimestre 2018 © 2018 Mémoire d’encrier inc. Tous droits réservés.
ISBN 978-2-89712-583-7 (Papier) ISBN 978-2-89712-585-1 (PDF) ISBN 978-2-89712-584-4 (ePub) PQ3949.2.P76D47 2018 841’.92 C2018-940900-2
Mise en page : Virginie Turcotte Couverture : Étienne Bienvenu
MÉMOIRE D’ENCRIER
1260, rue Bélanger, bur. 201 • Montréal • Québec • H2S 1H9 Tél. : 514 989 1491 info@memoiredencrier.com • www.memoiredencrier.com
Fabrication du ePub : Stéphane Cormier
de la même auteure :
Un ailleurs à soi (roman), Montréal, Mémoire d’encrier, 2018.
Le bout du monde est une fenêtre (roman), Montréal, Mémoire d’encrier, 2015.
Impasse Dignité (roman), Montréal, Mémoire d’encrier, 2012.
Le reste du temps (roman), Montréal, Mémoire d’encrier, 2010.
Le testament des solitudes (roman), Montréal, Mémoire d’encrier, 2007.
Sur parure d’ombre (poésie), Port-au-Prince, Mémoire, 2004.
Des marges à remplir (poésie), Port-au-Prince, Mémoire, 2000.
prologue
Tout a commencé un matin de mai; et depuis, rien ne peut et n’espère plus s’achever. Un jeu sans haute prétention avec des phrases écrites au crayon en espérant que le temps aura raison d’elles – obligation de pudeur –, mais elles reviennent en ressac, habitent les moindres espaces de vie.
J’ai rencontré les poèmes dans la voix et, dans les yeux de gens qui grignotent chaque jour le malheur, la solitude. Ils sont à eux. C’est grâce à ces souffles que la poésie demeure, transforme le quotidien et donne raison à ces effleurements, ces interprétations qui invitent à regarder la vie par les marges à remplir.
Il faut faire place au dérisoire, couper, laisser s’envoler les choses et leur encombrante utilité. Essayer de dire l’autre parce que l’on entend ses silences malgré l’étendue de la mer, le vacarme des administrations qui forcent à remplir des formulaires dans lesquels il n’y a aucune case pour confirmer son besoin d’amour.
Ce qui ne rapproche pas n’a pas raison d’être. Ce qui ne peut être partagé est sujet à disparaître. Et parce que la poésie est le début du partage sincère, qu’elle soit simple, qu’elle laisse ouvertes toutes les pages, toutes les portes qui mènent vers l’interdit, vers les côtés de la vie où l’on a peur ni de pleurer, ni de se taire.
On habite sa ville comme on peut. Une ville, c’est aussi une maison, un cœur qui palpite pour les mots, pour le pain et pour la main qui s’ouvre par tous les temps, par tous les désespoirs. Ô Port-au-Prince des pauvres et des sans adresse, aujourd’hui je n’ai que des mots, ils seront certainement suffisants pour parler des ressemblances à consigner, de tous ces rêves qui ricochent sur les désirs. Désirs de partir, de revenir, de beauté. Ce n’est pas beaucoup demander, après tout. Ce n’est rien demander qui ne puisse être donné par la poésie.
Emmelie Prophète
des marges à remplir
Un jour rappelle-toi
Cette ville dépecée
Entre le bruit la bêtise et la douleur
On a créé l’infidélité
Le bleu des trottoirs d’un autre continent
La folie est devenue utile
Nous nous appliquons à dessiner
Des portes de sortie.

Depuis tes yeux
Le vide est à réinventer.
Tout ça se passe derrière chez nous
Du côté le plus éclairé de l’enfance
L’enfance, balayée laissée en petits tas
Derrière les fenêtres
Ils passent tous
Précautionneux
Les mains dans les poches
Pour faire taire les doigts.
L’absolu de tes yeux
Aux mirages des saisons
Une histoire de héros
D’humidité d’yeux
De seins suspendus au-dessus de tes délires.
Nos rêves étalés sur papiers mouillés
Quelles sont les dernières nouvelles de la nuit?
L’espace est balisé
On ne signe que pour l’indifférence
La solitude a pris les devants.
Le bruit des mots
Sur des rêves papiers mâchés
Le dire entre parenthèses
Le silence succède au silence
La démarcation
C’est le mouvement de tes doigts
L’usure aura bientôt raison de nous.
Accoudés à cette raison
Qui vous tire par les cheveux
Inventeurs de folies
Détruisez tout et rebâtissez
Sur les ruines
Prestidigitateurs.
Inventeurs d’aubes
L’errance est votre porte
De sortie.
Tes absences sont souvent revenues
Tirer ma mémoire de son sommeil
Une histoire de vieux livres
De tristesses sur commande
Et ça se remplit à ras bord de mes mains
Qui te suivent partout
Tu n’as jusqu’ici regardé la vie que par le bas
Des marges à remplir.
Suspendue à cette rumeur
Venue du lointain
Ici la vie commence sous les camions
Il y a des barbelés autour de tes désirs
Nos églises célèbrent la fin de l’amour
Qu’est-ce que nous avons moins mérité
Que la vie?
Écoute la prière de nos sexes
Étouffée par le poids des mots
Le trou de votre blue-jean
Est la seule fenêtre
Qui donne sur l’espoir.
On rêve tous de trottoirs
Les cris de notre nudité
Sont sans issue
Comme vos silences.
Tu avais la mention que je mets souvent sur mes désirs « Provisoire ». Je te pris par la main, dévalai avec toi tous les sens uniques. Tu étais comme la pluie. Que pouvais-je faire de toi? Comme cette ville je n’ai pas d’espace. Les maisons sont comme des dés jetés au hasard par des enfants. Tu pris à bout de cœur toutes les promesses gitanes alors que l’eau m’arrivait jusqu’aux yeux…
Je te compte sur mes doigts
Tu as pris toutes les nuits à venir
Revenir c’est une éternité vers toi
La vieillesse s’est installée entre ton désir fou
Et mon incertitude

Désormais sera nôtre le strict nécessaire.
Je te dis comme la dernière parole
Collée sur des bouches vides
C’est le non-lieu de la mort
La fête de la déraison
Reparle-moi du mauvais temps
Et du bon vieux temps du silence.