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Francophonies du proche

De
218 pages
Qu'est-ce aujourd'hui que la "francophonie" ? Ce sont les écritures elles-mêmes, nées de pratiques et d'usages différenciés de la langue française qu'il convient de repenser, l'intérêt des écrivains ou penseurs qui s'en réclament étant à mesurer à la qualité de leurs oeuvres, davantage qu'à l'aune de leurs origines, histoire ou confession. Voici une étude de la poésie suisse romande, de la poésie belge contemporaine et une étude de l'oeuvre de l'écrivain suisse Nicolas Bouvier.
Voir plus Voir moins

43-3-2789:BNIScnEevuorutr:e10-0-186e21osur00,6guocaehetAlainClément,2artxe,rCudetisonaycrieappurN°ruse..3,4prdeahieulptsSclaef«hud’quiuaeruoje’uQc-tsgeBourjPourSerine»?arcnpoohiossrexp’edesurtaréttilsel,aedeerduenptri’nnosienaaçnrfisalobglstE».éomneibne,etrimpleurnceortaunadsne«omdnudfr«çaanlisugnanuerevillesrevanche,unecetriaeniédlogoei,erutcelal)tintralaécdeslengrnaneouqie»ussatfat(eisailavsrueteesedilivatisedClaensedsgraidneel’Hommdroitsdsed,éntaqierpelluresêmeses-mltnosetircéseèsDn.iocs,orlarçniaes,uqi’lsdelalanguefsèrtfideréféicnsuedetsa’usgeêtdntérl’ible,snmerueseldnaui’hrdouujaernseperedtneivnocreràlatàmesunetténanérlcmauiq’esnsperseusniauoésevircoucireistos,he’ts.nCssoinoefrspeettcesandseleuqevitcepdeleurqualité,adavtnsuœrvse’aleuneag’àquiroenigledsrueen‘eluochprfnaduoniehe’.proc,isniAarevuortdan-o-tvoecnsuaetrusedcseessaissepenchenustecreuqreSBgerjouaeaelppdudetiartruetaul’ùor,denychnaedrmoer«irutl’écontmedilemeissiusaleéoptuéddemeluneuPtereStneépradepréseseromanriÉleelesøLycdeniarouqalsnadelamaéatiacrsoerpponaronupoiémergnun,anen»eceesstediebelgecontemplasyeedlaopséiearoqJperMarjruo,aeiveuB-lel’œuvretudedesaBuoivedNcilonoà5941deeonéenutesruojsenBqueoétionpochprfnauqeleigeuqcedettevuœlretéitirramaeei,lsuelmioptrel’espritpoétiniol,etuotedmeisotexcifirtalqaadsne’leullurmauteequontrnaochpnoeed‘rfcept-mêmrleconiveretisrinà,po,fiurinateviruejeoBeSgr»,honencopfraarméllaM«:ecaftsopsasanDe.urjeeuropéennesetlsnfarcnpoohenslurpesduroiocttnatuaebédstabutintrimporoniutnesniteoctnuquaremrcosleabseC…’eisesylanaancophonales,frsnanitnodusetaralonFr,nsratinarapmTseéeseocttudiveSratiompadnC,eahpnonaocGidafHarpéeigridnoitcelloCsertnanstaoianel.seslittératuresORPLEHCpseiséoANFRPHCOIEONDUSaçsirfnauSsieen’expesdionressuojua,etÉiuh’drentesequgielBaïafSous la direction de / Edited by
Serge Bourjea

tiFRANCOPHONIES DU PROCHE
Les poésies d’expression française
en Suisse et en Belgique, aujourd’hui

Études transnationales, francophones et comparées
Transnational, Francophone, and Comparative Studies










Francophonies du proche

Les poésies dexpression française
en Suisse et en Belgique,
aujourdhui


« Études transnationales, francophones et comparées »
Transnational, Francophone and Comparative Studies

Collection dirigée par /
Book Series Directed by
Hafid Gafaïti

Les mouvements migratoires dans le monde ont donné naissance à
des diasporas et des cultures immigrées qui simultanément
transforment les sociétés et les immigrés et contribuent à la formation
didentités et de cultures globales ou transnationales. Le but de cette
collection est dexplorer les processus à partir desquels ces phénomènes
ont donné naissance à des cultures nationales et transnationales ainsi
que danalyser les modalités selon lesquelles les diasporas contribuent à
la production de nouvelles identités et discours qui défient les modes de
pensée traditionnels sur lidentité, la nation, lhistoire, la littérature,
lart et la culture dans le contexte postcolonial. Elle vise à contribuer
aux débats sur ces phénomènes, leurs problématiques et discours à
partir dune perspective interdisciplinaire et plurilingue au-delà des
cloisonnements idéologiques, politiques ou théoriques. Elle a
également pour but de renforcer les liens entre la théorie critique et les
études culturelles ainsi que de développer les relations entre les études
francophones, anglophones et comparées dans un cadre transnational.
Cette collection tente de multiplier les échanges entre les
universitaires et étudiants francophones, anglophones et autres et de
transcender les barrières culturelles et linguistiques qui caractérisent
encore nombre de publications.

Migratory movements in the world have led to the formation of
diasporas and immigrant cultures that transform both societies and
immigrants themselves, while contributing to global or transnational
identities and cultures. The aim of this book series is to explore the
processes by which these phenomena led to the constitution of national
and transnational cultures. In addition, it studies how diasporas
contribute to the construction of new identities and discourses that
challenge traditional ways of thinking about identity, nation, history,
literature, art and culture in the postcolonial context. It aims to
contribute to the discussion of these issues from an interdisciplinary
and multilingual perspective beyond ideological, political and
theoretical exclusions. Its objective is to reinforce the links between
critical theory and cultural studies and to develop the relations
between Francophone, Anglophone and comparative studies in a
transnational framework.
This book series attempts, on the one hand, to enhance the
communication and to strengthen the relations between Francophone,
Anglophone and other scholars and students and, on the other hand, to
transcend the cultural and linguistic barriers that still characterize
many publications.

Sous la direction de
Serge Bourjea











Francophonies du proche

Les poésies dexpression française
en Suisse et en Belgique,
aujourdhui




























































© LHarmattan, 2013
5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01086-1
EAN : 9782343010861


Préface

Pour une francophonie du proche



Quest-ce aujourdhui que la « francophonie » ?
On trouvera des élémen ce ue
donne Serge Bourjea au ts pdrée sreénpt onvsoel udamnes, las opuoss tflae tiqtre
passablement ironique : « Mallarmé francophone »
[p. 179 à
201]
. Selon lauteur, si la francophonie peut effectivement
être comparée à une « lumière détoile morte », ainsi que
lindiquait un Manifeste paru dans le journal
Le Monde
en
2007
1
, cela ne signifie nullement que les littératures
dexpression française aient perdu toute importance dans un
lobalisé ». Est bien « morte », e une

cmerotnaidnee «i dgéologie du « français langue uneinv erresevlalen c»h q,ui en
organisait (et faussait) la lecture, en les déclarant gardienDneèss
des droits de lHomme et des valeurs de la Civilisation.
lors, cee ss otnrtè sl es diéfcfréituernecsi ées lledse- mlêa mleas,n gnuéee s fdrea npçraaitsieq, ueqsu eitl
dusag r
lcoinntvéireênt t deds e écrrievpaeinnsse ro u apuejnosuerudrsh uqiu i dsaenns rélceluarm eennt séetmanbtleà,

mesurer à la qualité de leurs uvres, davantage quà laune
de leurs origines, histoire ou confession. Ces diverses
écritures composent une autre littérature francophone (elles
exigent, plus exactement,
une autre façon de voir et de lire
cette
littérature), dont il convient dévaluer la place et les
es de ce
npaoguuvèorier sl,e d aCnhs aloess- tmuornbduel e»n. cque Glissant nomma
«

8

Serge Bourjea

ranco ointant le
caraMcais la crise actue llceo nde lat « fp hmoonined »e, gplobalisé, a
csourntcoeturètnr ea niot mblspèorolesè tég eé odugurnaep hincqeoupue v dedell alena s criuénnatteirorno geant iforan nçacirs dans
itique
le « Tout-monde ». u
considérer que des liDtteé rlaotunrgese iddeanttei,t aiorne s,a peonr teeuffseets vdouunlue
expression culturelle autochtone dans la langue du
colonisateu ient naître dans les anciens territoires
colonisés pra,r lpao uFvraance, en Afrique, en Asie, dans lOcéan
Indien ou la . Or tte croyance (ou ce vu pieu) a
surtout con dCuiatr aïà bevalor, isceer outrancièrement des uvres
émmineures ou quaésli oiignnséisg ndief ilanHteexs,a goaun e, petr éqteuxetlel esq éutaeilelenst
anaient de pays
si nées dauteurs is
« egxotisme », comme sus gnde popu
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jnuésetsif idaitu ned olaunblgeume einmt pcoestétee, evt arleonrivsoatyiaont  de ftaioti r lipmaargcee
que le colonisa me de telles
littératures se tdeeuvr avieonutl aidt êster ed ocnénléebr rdéee sl udi-amnsê le ,contexte
dune sorte de salutaire  et dans le fond peu dérangeante 
« francophonie des lointains ».
Dans le même teems pcsr ésaet isoonnst ntoron uavsésiesm ilmaibnloers éàes, jusquà
pass la culture
hexaegro innaalep,e rçmuaeiss, dque leur proximité avec lHexagone
rendaient transparentes. Soit, ces uvres simposaient au
point quelles devenaient françaises comme par nature (qui
sest jamais préoccupé dune quelconque « belgitude » du
groupe
CoBrA
? qui se souvient que Cendrars fut longtemps
Sauser et Suisse de La Chaux-de-Fonds ?). Soit elles restaient
cantonnées dans leur territoire dorigine, ignorées du public
international comme de lincontournable crit
isnafuf dà édevenir objet de caricatures ou dieq udeé ppraéricsiiaetinonnes,
on es.

Pour une francophonie du proche

9

desC ae ndaléysséeqsu idliibrée,e lnat edistorsion créée par une réception et
ff r s du « proche » et du « lointain », ont
consei ddéérfaibnlietimoen nct ofhaéursesné tle adpeurncee p«t iloitnt édraets ureu fvrraens cet entravé
tout ophone »,
a fortiori
celle de la « francophonie » elle-même. La
acobsnséquence l a éptléus flagrante  et en bien des sens, la plus
uniuvrerde tés afr la constitution progressive dans les
siments aetn çdaies ecs urs(umsa iss éaciussi anglléot-asbalxisosnenmese)n, t ddee
départe p fiques,
méthodes différentes voire divergentes, upn ourm lêapproccohuer adnet
ce si
hi stoqruiique, nssoccriiovlaoitg iqpuoe uretta ntp oïédtainqsu e, dévolumtie on de la
langue et de la littérature françaises. Une coupure sest ainsi
ran
artificiellement cré ée heentre les « éttu desl es f« çéatiusedse s»
rfpreraconhpcerorecpmhheeo nnete t s d», déivtcealosunasttii(toun é:xe ase gnotenrena lelsed)s odmeaeuixn ese rresnétp toujours
arés de
quelques
zombis
célèbres (de Victor Ségalen à Jean-Marie
r u
AGiumstéa vCeé sLaei rCe)l éqzuioe, leonn pnaes ssaaintt tproap Coeù nsditruaerrs, A lexis Léger o
*

On trouvera dans les pages qui suivent trois essais qui,
rément à être co lent une
csoilnst rdibeumtiaonnd eàn tl aétsusude systématique dmepsl é«t éfsr
2
a, nsceo vpehuonies du
proche ». Deux dentre eux c ers anciens
dans de dont le
cdpaorééacsrciitetè ursre eusil sifsmrea itnrrcooopmp hahelno ad neee«t
3
s l ileetetsnsét rEraputaorrupénorspcepeeo-enrr,mttnéseo enn ctd pueald tre uesrn Pueg feltxofts er eypmart anrpySèçsscsa ihosén t»yr. doieLtséa
quils entretiennent avec la France, ont lon ccult
limportance pour
àluniversité de Mulhouse, sous le titre « Un arr,t
professeur
à .
Lauteur, dans une analyse du
de loscillation »
[p. 15 73]
ne
grande force, montre le paradoxe essentiel qui sous-tend la

10

Serge Bourjea

très riche création littéraire en Suisse. Lécrivain, quil soit
poète ou romancier, y participe en effet nécessairement
dune double culture (la « romande » et, toute proche, la
il utilise une n
ceci le lace d
sc«ai outfrtumaaantnmitç ouadnni seaed veà»o )id,c re opsàu a bcrd loelene u sdxsé ecpuéuelr lentfrdua iarute nnsqc.e eu tMrqouaiiis sinèem lee ddii smppleansgeu epa anqr su pi uoenusetr
id ension pour sa
création : celle de son inclusion politique dans une
ilin ue culturelle. De là
lCe ondfiéldeémramtieo n delolne-t mlêémcer iptluurre « gromeat npdleu r»i ne cesse de
témoigner e dense arfaitement sous
la forme de ts oqnu e« P
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dans une
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tradition poétique
[française]
qui lexclut du fait de son appartenance à la
francophonie
».
Une analysses eduer laà poésie belsgiteé codnet emCpleorrmaionnet, -Fpearrr aÉnridc,
Lysøe, Profe lUniver
an let de l
Scoe nsptirtoupeo lsea ndte udxie èmder egsrser d uvno panoraomuav radgee
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7]
n.
poétique en Beleg iqluà e fernacnocroep hone de 1945 à nos jlouiu rs,d Eurnice
Lysøe, soulign un paradoxe : ce
nt mais
cépureroindeduuucsteiomne nltu xduirsiaproep, oérttioonnnnaéme meenn t rveagriaéred etd fse. e rtliaLl ea, fuatiebuler
t
distingeu e agvéeocg rparpéhciisqiuoen leest dehuuxm garianne deds ul ignpeasy de force qui
organisent ce foisonnement au sortir de la Seconde Guerre
mondiale : « le surréalisme » et « un néo-classicisme ». Mais
cest pour dire aussitôt que ces deux courants doivent être
lreasdqicuaelles mnenotn t djiastminaigsu ésse rvdie dlee umrso déèqleusi vraéleelnst, s seilns oFrnat nécteé,
lécohbjaent geds eutn ed ial« orgeluaetsi.o nA »u tefrormtee, dem sootinv ant de Énombreux
søe
caractérise remarquablement cette « baenlagliytsued,e »r ic dLey la
francophonie européenne, dont on a probablement eu tort

Pour une francophonie du proche

11

décar tro vi ortance tant au plan de
la poéttieqr uoe uq udeo dueb lliae rphilops opthei le i:

mp
c
ment dune
epdOsrorpo,u adlbcouleiec n ts ijidoenenug curodléineee ldrl reuédimfreée er npeàt an urcpnoeolseel ybaip phpuoolennar iremiqssiuapse ta ilcoeeet n cdddeééurfv tceelhs oaoppmrpipree lncitteét ébrviaeairirsse ,luense
ini a
ca
sdmyéonvdeerlègoleipesp s,ee trs ,ie ns septnartonrcpe erse Lsd ipèe ghleéé,n giotiMmmoèanntsei os ned t paattBrrirsauicextineolsl,n e sem,t aidssee sr épppaubllspei rodne,
ro es
ses propres chants et contre-chants.
é létud
JoqEunetvriee l-cBeos urdjeeau, x Measîstaries , deo nC oa nfpélraecnces à leU,nipvaerr sitMé ardiee
uvie
. 75 à
Montpellier, de luvre singulière dde esN iéccorliavsa iBnos sr
[
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ut aussi  du moinsvuoaoque très réceunitses  ,l quuni
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]
.s Cipèeltutse igunlv orrreoé usd,g ue c,p so lnnjuousstn i qtsueeyu àl euugmnen ueet rnréta pietn tdreu lneison parfait, une
an re de fi divers lieux »
«
des expressions francophones, mais également entre ses
divers genres (Bouvier étant journaliste, photographe,
ssi
ibcioenn ogqruaep hroe, mmanucsiiecro loogu uep, oèctoen).f érMenarciiee r Jionqtuerenviaetil-oBnoalu, rjaeua a
lastuce de suivre, certes, la progression de luvre selon ses
principales étapes matérialisées par les livres (
LUsage du
monde

Le Poisso
écoriutrur,e. Ce ne so
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uaies e)d, e msais
l im on
spes ro mmaonnst roeur sqesu er écspeuenu ie fcfaert alcat é«r ilsitetnétr aatuu rpel udsu pvroofyoangde l»e,
travail de Nicolas Bouitvsi, eqr, mais lunique trueéc ueieln de poèomaeus
«
dquoibl scupriatréa î»t dea vtooiur te lsuoi-n mêmuve re :c o
L
n
e
s

ti
Dehors et le
n
ded
y
ans

(ouvrage qui aura attendu lannée 2007 pour paraître en
France dans une collection de poche
4
). Marie-Joqueviel-
Bourjea dit magnifiquement que ce noyau est un cur, et

12

Serge Bourjea

quigl ul«a batté »e t epnlturrea lilté
u
,
n
l oetr igli
a
n
u
e
t

r
e
e
t, leainltlreeu rdseh ors et dedans,
sin ri
sera la a u poète, tant ses propos nous
semObnl enlat isproprnees apuàt rroeclae rataéctréariser ce que nous voulons
nommer ici « u lit ture » et les mo
dans un monde globalisé : yens de la lire
Ce
certsati ngersâ cve isài tHeso laqnu,e aluat anvit eq unoà usM ircehnadu x,s èoqnmutee jsia i mcoysmtéprriies uqsuese
quelles doivent prendre un se la
polpuasc iétcélataqnuti e nseo rnet ndfroarict é ljaum sfetoinrct em env i odài slienu erps torapnusi,ps aqqruueeen claen nopiru oàs lenuer

comprenons pas la transparence mais pouvons seulement la
flairer comme un limier flaire un gibier dont il sait quil nest
r le tard, conduit à écrire
pdaess ppoouèrm leusi,. nCoe ns opnatr e auàmx bqriatuiivo enm loitntté,r saiure, mais pour survivre et
mieux vivre, sachant, t rs eux, que la poésie est le seul
antidote contre la solitude et la mort.
Par lallusion à lécrivain tchèque et au créateur belge /
qui répudia la Belgique, on voit bien que ce qui préoccupe
éBcoriutvier est moins tant une question de « langue » pour son
ure, que le rôle de la poésie qui en émane  et qui, seule,
peut rendre aimable lhumaine condition.

Pour une francophonie du proche

Notes

13


1
Cf.
Le Monde
du 16 mars 2007, Manifeste « Pour une littérature-monde en
fra i né
parn 4ç4a iés c»r,i vsaoiunss lfra afnéçrauilse odue f rMaincchoepl hloe nBersi. s

et dEdouard Glissant, cos g
2
Notamment par une réflexion sur la littérature roumaine, autre pôle
traditionnel de création francophone, et une analyse actualisée de la
diaspora francophone en exil, volontaire ou consenti, en France ou en
Europe.
3
Rappelons que la « Romandie » ne désigne pas un é n
helvétique spécifique, mais lensemble des populati ocnasn tsouni soseu s upnoes rségdiaont
la langue française en partage.
4

Le Dehors et le dedans
, Le Seuil, coll. « Points », 2007.




Un art de loscillation

Trois approches concentriques
de la poésie romande

Peter Schnyder

ESpnéjeciux ptoéést iq uHeis dune minorité dans un petit pays :
fici stoire

SuiLssa e Sruoismsae nddee
1
x p rae sdsioonnn éf ra ndçaoinsen e ngaéisnséarnalcee mà euntn ea pppoeélséiee
et
rpealraftoiivse mmeênt peu connéugei oenns ,d emhaoisr s qduei se fsrt,o nctoièmrems e doun plae yvs eert-
me de ses r
ruman,a en dda uuptnraeer tgiqcruiaipn eld uàei lfeaosrce eàt non sanes n cçouarliitsgueir)n,e a sl(ilatané .r oLméaauntedue)r erto à-
fois sa propr
tq uper ocà hlea (laC ofrnaféés ngliger son
identification politire dans unde trraatidoitni.o nS opno édileume mque,i
cest son implication entiè tiq
lexclut du fait de son appartenance à la francophonie.
Du pointl itdtée rvue historique, lémergeanice et la reconnais-
sance de la ature dex
soi avant le
XIX
e
siècle : pcreesssti oqn ufer,a njçusqsue naua llCaioenngt rpèas s ddee
tVoiiernesn ef,r alan cSoupishsoen feust, entièrement alémaniéqueo. nPaouux r elt elsa treerlrii--
les us et coutumes r gi
agivoann t ctoonustt. itAuparieèsnt len tcrréeuset dduens e élcirtitvéariantsu ràe êdtréed idfiec abtioonns
le e des cantons romands dans la Con-
fHéedlévrèatteios na, plau fvaovloonté de bienttér
riser une li ature patriotique volontiers

16

Peter Schnyder

uin épeu facile, avec, en filigrane, des thémnaetsi qsuueiss steesl,l elsa qcruie-
l d alisation de la vie saine des montag
ti
tPiqaruies ) deet lua nce oerrxualptatoion n ddesu gsruabnlidmese vqilulie sf a(iesani t pbarotni cumliéenr agdee
avec le sentiment religieux
2
. Depuis le
XVI
e
siècle, le protes-
reli ion domina tons de
tGaenntièsvme e ect ondset itNuee ulcahâtelg et il lest antuej oduarnds hleuis céagnalement
dans le canton de Vaud. Les populations francophones des
cantons de Fribourg et du Valais, comme celles du canton du
Jéurriav, asionns t seonn t redvesa ntchhéeo lomgaijeonrsit apirroetmesetnatn ètctsae, ts hd: oellsia qpuphleiuls.op saCoretp hqdeeussi,
frappe, cest le nombre restreint de po
c
des pédagogues, des moralistes, des critiques, parmi lesquels
Alexandre Vinet exerce une influence durable. On pourrait
sattarder sur Édouard Tavan, Louis Dndu clhhoséailt a(gper oscyhe de
Baudelaire), Henri Warnery (qui repre r mbo-
list ou e une maladie
epoméeps)oi, er tlay rài q2n1uc eao crneos )ï su rr éesA,u leimcneo Snuds iees ts Ces ihramompmlbiafrniioedrne ,s ( aeqvnu edc ilsea nnto que la
ncid uveau
siècle. Ce un hasard si Charles Ferdinand Ra-
muz prop onsee,s t à ai2n5 sianpsa, sdes vers libres à un libraire respecté
de Lausanne :

« Le pays »

Cest un petit pays qui se cache parmi
ses bois et ses collines ;
il est paisible, il va sa vie


isrpdlo aaeasnrs e sdgcs esrhe eaatb n pjmedarapsueu ssnc xs aedevrser r e dtésrrsaogè neufmlrss es al sleeee sttas rpddnrreeao élnbysug,eeréassu ;;x c, hamps de blé,
zerne

il monte vers les bois, il sabandonne aux pentes

Un art de loscillation

vers les vallons étroits où coulent des ruisseaux
et, la nuit, leurs musiques deau
sont là comme un autre silence.
Son ciel est dans les yeux de ses femmes,
la voix des fontaines dans leur voix ;
on garde de sa terre aux gros souliers quon a

opno usré saerne aalluexr dans la campagne ;
et doùg le lac p asreanîtt,i elras mqouin tnaeg vnoe,n lt ens unlelie gpeas rt
et le miroitement des vagues,
et, quand on sen revient, le village est blotti
autour de son église,
parmi lespace dombre où hésite et retombe
la cloche inquiète du couvre-feu
3
.

Le statut quo  lédition

17

eÀ uprsa rqtiur ednu Fmraonmcee, nitl oreùj ouinn t élcerivain vit, travaiélrlea teutr ep furbaline-
aill cercle de la litt
cophcoonpeh oonui, eps ludse epxraocxtiemmiteén tq, udi ei ncteé rqeuses elnot ne peuét naépraple lmero ilness
fran n g
du Nord, A s).
le lecittéeur fran ntciçlolaneisss ,t haqpanuarteley e lss qe-csuA riflé rbfoaaelinerttc oqCpuIilhen oegnnrii aed,s é éJlcaoorciiunvqltaueai einusns ne seMd e(ie srAogcflraraaintqnitooudnnee
relativement des c
qual , comme C
ou Catherine Colomb restent en France de grands inconnus.
tains jouissent plu s
Grâce aue esty sltèémève se sacpioeléuatim raeei nnftr siad neuçnan iesp ,r eelxneissd treaen uccteeo unprnosa uirsm sléaet nrcomepo, oielnins-
nominal l
lire des ext r es. Dans le domaine
utant lus vaste
qédluee evl aél eesp nor Seéscuiruiease,i sitllesse, eialtts ey pranroneaut i snuoq nnud to ipipg rapinsxao srn daloeen murcreebs vr eieliesuvtn xrt dàg atérnaévrearlsepment plus
er les fron-

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Peter Schnyder

tières. Bien entendu, cette retenue de la plus grande commu-
nauté linguistique exerce une certaine influence sur les
poètes e endant
limpact, ucxa-r mpêlumse sd. uIln npPeo hèiftlaei uprtp oec meJapancdc opttubliep aasu jeo nué rgedaxlhaeugmié ereennrt
France (on peut citer et, mais
Janc qéues Ce huensse erxe, Vahé Godel, ou encore Pierre Chappuis). Il
feaibrlirs uàl tun mommeinst e deonn qnué elstiidoenn taictéc rudee s qpuio, èstie se,l lsee am pblue alfa-
renfGorâcceer àd edpeusi sé udint ecuerrts aiinn vteenmtipfs.
r
tives aux époé ètcecsé, dgrâceu jào udreds hpusai ,s àsg elruaâr csep odàé éssdiieen str éorremevsausnéesds, e aitlq tueensitl-
pnleu ls afvaaciilt e tdaquiner aô La publication douvrages
ze ans plus t t.
actuels induit un effet « boule de neige » stimulant la réédi-
iens, ou inaccessibles, sans négli e s
téidointi odne st eexnt elsi vprleu sd ea npcux livres illustgr le
voie de conséquence, ocecthtee, éevt olleust iboena se double dunreé sa
4
.u tPraer,
positive elle aussi : la poésie romande se manifeste plus lar-
gement dans la presse, dans les médias, et luniversité lui
semble plus acquise quautrefois
5
. Cette prise de conscience
la valeur dun l » facilite lorientation du
cteur
6
. Toutes ces étude mo nent de la vitalité dune
lapdeuoej éosuier dqhuiu is ienvestpier odmduéuient pd«s ra nentaséstt iisgoaen i agnmoond neégligeable.
st affir stie même et se voit

Présentation

Comment présenter une poésie aussi diverse ? À une
iél pdoeqvuiee nqt uim nalea isseé t ideen td pélguasg àe r udne cs acnriotnè rpers édexoisrtgaannti saaut ipoonè. mUen,
s n-
tphaèrsceosu rds Ahlifsrteodr iqBuerec hsteomldb,l ed te ouMjaonufrrse jdu dGisctieeiugxe r; eotr , dlee sR oyger

Un art de loscillation

19

lFar alintctiélrloatnu rper odpeo sSaunt déjà des approches historiquelsa dpe otéosuitee,
upnare vCloaieu de yCalael a: lmae,in stPsheh oillrioopgmipeea nJ dadceéc
7
,o mtitla errtc,e hsetM acaithr,i ooipsnoi euG rrr éacf eemt Jmoesnét-
ro
Florel eTs,a papu yt
8
.r aDvearus trdesu naep pcraoracchteésr issotinqt ubei epno éetnotlenduu ee ncvoisnas--
geab ogiq
tante, tel lessai élucidant udne dDéonris Jiankautebuerc sur la variation
9
.
On peut enfin chercher om commun autour
dune donnée de base. Un type de mobilité inhérent à cette
il s i
pmooéusivee mexeinstt e,d e basaeg ta ddme etltaosnct illpaltnuitsoein e.é uvrLso loupstcaiirvlcleao teuitro snd, eàse st mléie--
chemin entre une structure récurre th
matiques diverses. La poésie de Suisse romande oscille en ef-
fet entre plusieurs pôles parfois extrêmes  aussi avons-nous
choisi dorgallnaitsieor nlsa, pqeutiitttee pàr érseennotnactieor nà qêuti va suivre autour
de trois osci re exhaustif, mais
en rpéednusant tq uà e qluoenl qsuaiessi-tu nmsi eduex suens péhléénmoemntès nre ecporméspelexe en
le isan ntatifs.
sEna voici la rtic ulel ation : (1) la tentation de se renier ôo us cees llpe de
t ay-
maigèfefriser,
1

0
m.( e3Or), nl( a2v )errerca hbqeeruscoe hisnei lddoeuxmnab lrtéeeq r dulieel viibperaney t se unontuer ec poloumtmpborsea nette de
s lu-
cette poésie de plus en plus maîtrisée, une troisième voie ap-
spiaerda îbti efinn àa lceetmtee npt o: élsai e
p
q
é
u
n
i
o
és
m
ér
b
e
r
m
e
r. àI nmstearnvceei intermédiaire qui
ancipe de plus en plus de ses
racines propres pour sint g lle dans le concert
des lettres européennes à un moment-clé de la prise de cons-
cienÀce du pat rili fmaouitn sea cluuletru rel du vieux continent
11
.
ce titre,
É
t
lentreprise que dirige Serge Bour-
jelaa bplourà les
udes transnation
p
a
a
le
s
s
a

é : ccrodiuetets su pmproeé suder en ttceaontitnoefrén rsde res eàd mléa--
b es celle-ci ne sont-elles
ppaosésseire lse usitsasteu td aetxypprieqsusei oqnu fer lanoçnaise, au lieu de la trait er à

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Peter Schnyder

part entière comme un enrichissement de la poésie, pour lors
de la culture française ?

La poésie romande entre repli sur soi et affirmation de soi

Quen est-il du fameux repli sur soi oètes romands
du début du
XX
e
siècle ? Lisolemenét , pdû dàe su npe viel ecmuletnutr telelre-
et littéraire de peu dattrait, accélér ar le morcel
ritorial, rendu plus difficile encore par labsence de richesse
quon note dans lespace urbain et le ha
fdeenmt, aan fdreaiitn éq lueàs êmroeu vlueem, eanptsp raéscciéeen, dadsi nsétcscu dténugnee s pqouéis ise yq ugir enfe-
e. Tiran a
è es t
àcd elu esb uiàlr a séneg sad rpédfra)é v:d o é r caebstlsee, uPrsh i(lqipupelel eJ aqcucoatitte tp ua éêtvrité les pit pgrti edne-
e son admiration

t comme un en-
sLveèa rmeS b;ul ilesi sedeu ex f rjaaprrndoçitaénisgs eéf sea, rusmirlaée sné ctoiéeù ulovx,ne igallvaeeitmc pluesn c[.eh..sa]prrmite sdoem tbous, lseés-
re
n -
jdaersdsiunss , lems ahisa ieosù, iels ta rrrairvee. Lqiueuoxn pértooupfifcee,s oàù éultniéoec hpaoégsiee, spoalri-
tahiroen dêont les v ertus maen, le sérieux,
« poli », dtée, «l asoipgunrée t»é, ; jqlueuser leqsd uésfeefarouoitnss t, llala a cdtoiisncmtrriadcittiéon jusquau
l n te , lexcès de
silence
12
.

er olution de la poésie en
Suisse roman e les menaces corollaires : com-
npCloea midiaen, gce,e ttrcieos qmdautpet,aiaitsthu-siiodlor esdn ?êdm terê Àe m rfelaatt earnle ucàe h leéarvvchaiet dpee rsma isp rào Gustave
sanc pre auto-
Roud, à Pierre-Louis Matthey, à Edmond-Henri Crisinel de
déjouer le déur aépaiggoe nvers les ics oGnsutsrtuacvtie oRnso uidd ylliques ana-
chroàn ilqéuces opales. Masera toute sa
vie art de la société ; Matthey opposera à une société