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Je brûle ses encens, je répands ses cendres

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36 pages

Quand son père meurt, le narrateur de ce récit débute son monologue. Il a onze ans. Il commence à parler face à son vide. Il creuse son manque par la parole. Il se laisse mettre en scène, en mots, par l’absent. Ainsi, sa mort est son verbe, sa voix. Il est l’acteur qui répète, dans la distance, sa disparition, qui la lui donne, soulevé vers lui, vers elle, pour porter son ombre, pour être sa ressemblance.



Ce faisant – ce récit est cette opération, la psalmodie d’un acte impossible – il hérite de sa mort...



Il s’agit donc de répéter sa mort, de traverser son coma, de remonter jusqu’à l’énigme de lui vivant, pour garder la mémoire, pour l’aimer dans la distance, pour pouvoir survivre avec ça. De répéter sa chute pour rester debout. De frotter sa poussière, de répandre ses cendres...


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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-02872-6

 

© Edilivre, 2017

Je brûle ses encens, je répands ses cendres

 

 

Quand son père meurt, le je de ce récit commence son monologue. Il a onze ans. Il commence à parler face à son vide. Il creuse par la parole son manque. Il se laisse mettre en scène, en mots, par l’absent. Ainsi sa mort est son verbe, sa voix. Il est l’acteur qui répète, dans la distance, sa disparition, qui la lui donne, soulevé vers lui, vers elle, pour porter son ombre, pour être sa ressemblance.

Ce faisant – ce récit est cette opération, la psalmodie d’un acte impossible – il hérite de sa mort. Mais ici recevoir est être enlevé, pour partager son dernier souffle, pour expirer.

Désormais c’est lui qui ordonne. C’est sa mort qui l’informe et le forme, qui ajoute un verbe à sa phrase, qui le corrige et vérifie sa fidélité : si le je le suit bien, s’il le monologue.

Il s’agit donc de répéter sa mort, de traverser son coma, de remonter jusqu’à l’énigme de lui vivant, pour garder la mémoire, pour l’aimer dans la distance, pour pouvoir survivre avec ça. De répéter sa chute pour rester debout. De frotter sa poussière, de répandre ses cendres, de confirmer la ressemblance, en aval et en amont de sa disparition. De mettre ses habits (trop grands, trop larges). D’être le récitant de son dernier jour.

C’est le récit d’un accident une rupture d’anévrisme, un dimanche en février. D’une rupture dans l’enfance. L’histoire de la dernière Cène. Le père verse le vin, rompt le pain, devient soudain invisible.

« On a frappé les trois coups, le rideau s’ouvre, la scène est vide » L’acteur assiste à sa disparition, l’assiste avec sa mélopée avec son monologue, avec les mots que lui dicte le comédien, le dramaturge, le père.

Je est seul à cette heure d’entre la vie et la mort, malgré la mère, la sœur, la voisine. Ce qu’il décrit maintenant, c’est le fait divers.

« Sa mort est ma seconde naissance (…) sa mort est ma légende, mon père me raconte sa fable (…) Sa mort est une fiction ». C’est la naissance de la fiction, après la chute, le coma, la dispersion des cendres. « Au début était le Verbe », lui racontait le père, qui était croyant. Ce qu’il fait, c’est une autre prière, avec pour seul salut la scène de l’écriture, le monologue, « les yeux ouverts sur son absence », qu’il lui murmure, le couchant sur le papier, passant la main sur son visage.

Je rassemble ses débris – écrire – est ce rétablissement. Il compose avec les débris du père et de l’enfance. Il lui écrit. Il va dans sa bouche, il lui demande ses mots, reprend ses gestes, répand se cendres, répète sa mort, sa vie, sa mort, à l’infini.

Laurent Berger est ainsi devenu écrivain. J’aime son livre, sans commentaires, comme on aime.

Jacques Sojcher

1.

J’ai onze ans, mon père est mort, je ne me suis pas trompé, je ne fais que commencer, je prononce le monologue, je passe l’épreuve, je me lance dans son vide, je sauve notre équilibre, je rencontre l’accident, j’attrape son absence, l’acteur garde sa retenue.

Je joue le malade imaginaire, je creuse le manque, je soigne la perte, je vois la rupture, je découvre le texte, je lui murmure ma dérive, l’acteur garde sa distance.

Mon père me met en scène, je plane dans l’avion, je creuse mon écart, je soigne mes acrobaties, j’attrape son coma, je sauve notre lien, j’assume le dérapage, je contrôle le virage, l’acteur garde sa réserve.

Sa mort est mon verbe, les blancs sortent de ma bouche, la salive coule sur le papier, ma langue bouge, sa mort est ma voix, je lui adresse mes morceaux, il est mon seul lecteur, ma douleur n’est pas sage, je suis en colère, je lui en veux, je me dresse contre lui, sa mort est ma raison, je me soulève, sa mort est mon gouffre, je creuse mes cernes, je soigne mes insomnies, l’acteur garde sa discrétion.

Je lui adresse ma prière, il est mon seul confident, je suis sur une mauvaise pente, la tendance est à la hausse.

Mon père me dirige, l’acteur surveille ses gestes, je contrôle mes émotions, sa mort est ma froideur, je ne...