La Physique amusante (Tome 5) - Rythme, chaos, mythologies

La Physique amusante (Tome 5) - Rythme, chaos, mythologies

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Français
136 pages

Description

Ce livre ne propose aucune théorie.
Son auteur n’est pas un savant,
Juste un homme incertain qui cherche, inventorie,
Dans un territoire mourant,
Ses raisons d’être au sein de cette confrérie :
L’étrange univers du vivant ;
Tout ce qui de l’étoile à l’humble bactérie,
De soi-même ou bien dérivant,
Bouge — en ordre, en désordre — et se rebelle ou prie.
Et sa façon d’être fervent
(Comme le roi David devant l’Arche fleurie,
Pleine ou vide) ne fut souvent
Que danser comme l’herbe à travers la prairie
Avec le vent.
Jacques Réda

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 novembre 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782072802577
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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JACQUES RÉDA
RYTHME, CHAOS, MYTHOLOGIES
LA PHYSIQUE AMUSANTE V
GALLIMARD
Âmes de Bronze, humains, celui-là fut sans doute, Armé de diamant, qui suivit cette route Et le premier osa l’abîme défier. JEAN DE LA FONTAINE
Entre l’assourdissant silence des étoiles Et la clameur des océans, Je ne fus que l’écho du pas de ces géants.
VICTOR HUGO
RYTHME, CHAOS, MYTHOLOGIES
Muses, qui traduisez la syllabe première En cueillant son écho dans les bois, sur les eaux ; Qui nommez aussi bien l’ombre que la lumière Et, sur tous les objets, déléguez des oiseaux Dont le chant nous paraît émaner de la chose (Mais fuyant aussitôt qu’on l’écoute de près), Donnez-moi, je vous prie, en vers plutôt qu’en prose, La faveur d’approcher encore, même après Leur envol, sans m’astreindre à l’allure du crabe, Mais sautillant comme eux de syllabe en syllabe, Leur trace. Et de la suivre ainsi, du même bond [...]
La Muse, je sais qu’elle existe, et je la reconnais Même quand elle change à loisir de visage. Elle est diverse, et nous avons l’indice ou le présage De sa présence en nous virtuelle. Mais les sonnets, Ballades, virelais, rondeaux et les longues tartines D’alexandrins que se taillait Victor Hugo Ne sont que des moules où peut venir, en son argot Lyrique, résonner sa voix qui nous chante matines Jusqu’au chevet des nuits de fièvre où s’éplore Musset. Elle s’y fixe alors comme prend une crème Suave dont elle nous oint d’un profane saint chrême Dans les recoins les plus obscurs où l’âme se mussait. Or c’est bien notre corps alors divinement lubrique Qu’elle épouse en entier, mais de l’intérieur, Imposant le silence à l’impie, au frigide, au rieur Sous le voltage impérieux de son arc électrique. Ne te demande pas qui — Dante ou Chose — la transcrit Entre les mille sourds soumis à sa dictée : C’est toujours de nouveau le même inlassable Protée Qui module la même plainte, émet le même cri À différents moments qui le trouvent tantôt fragile, Vite cendre et fumée au feu de ce courant, Tantôt rivalisant avec lui, qu’il exalte. On apprend À le nommer, selon les temps, les lieux, Villon, Virgile. Certains sont promis à la corde, un autre au pistolet Et le plus éloquent n’est pas le plus loquace Ni celui qu’une Muse trop versatile tracasse : Honore Homère sans réserve et révère Toulet ; Ne le prends pas de haut avec le rimeur funambule ; Ne t’agenouille pas devant l’enfant Rimbaud Et ne juge pas de ta voix comme fit le corbeau Quand l’ami renard en vantait le charme, sans scrupule. Chaque syllabe de leurs vers est comme un électron Entre les milliards que l’Univers agite Afin de garder son aplomb s’il donne de la gîte Parce qu’un seul lui manque (et fût-ce Campistron). Chaque langue est un océan salé qui communique Avec les autres mers par d’occultes détroits.
Certains de toutes parts bornés de rivages étroits Mais profonds et resplendissants d’un azur hellénique, Et d’autres dont l’immensité, dans un même moment, Contient tout ce qu’un flot recèle de mirages, De géants nuageux songeurs où rôdent les orages Et d’où soudain surgit la foudre ou le déferlement. Mais aussi l’horizon berceur et commun au pirate Comme au navigateur en quête d’îles d’or. La houle alors se fait plus douce et, comme un lac, s’endort. Tandis que l’horizon ourdit la vague scélérate Qui laissera vaisseaux, îles, chimères engloutis Avec le poisson-lune et l’encre de la seiche. Puis l’océan stérilisé s’évapore, s’assèche ; Le sel concentré de la vie empoisonne Thétis Dont flotte entre deux lits de vase le cadavre. Quel navire lancer maintenant sur ce plomb Fondu ? Son clapotis, pesant au livide sablon Des rives, mine tout espoir d’y refonder un havre. Ah, Muse des courants et des cratères sous-marins Vomissant la vapeur et le feu des entrailles [...]
Entre Tout et Rien l’Univers sans désemparer boite. Il invente d’abord le Temps pour suivre son chemin. Oubliant son hier, il ignore son lendemain Et va dans son présent comme Pandore ouvre sa boîte. Longtemps il a pu s’en trouver à bon droit ébahi : Tout le surprenait, l’enchantait. La marche décidée Du Hasard semblait obéir à quelque obscure idée : C’était celle de la Lumière. Enfin elle envahit L’Univers qui, sous la chaleur exquise qu’elle enfante, Sut qu’il l’avait conçue au fond du Chaos ténébreux, Puis répandue avec ce résultat malencontreux De le mettre aveugle devant sa gloire triomphante. Il devait alors à tout prix franchir un autre seuil Qui lui permît de voir ce que révélait la Lumière : Lui-même. Et, tâtonnant encore à travers la Matière, Il tira des globes astraux le modèle de l’œil. Mais la tâche d’aller au-delà du braille fut lente. Pourtant l’organe de la vue, à la longue, naquit Et s’ouvrit sur les premiers plans nébuleux de ce qui L’environnait, d’une prunelle encore somnolente. Les rayons, en l’éblouissant, ne lui consentaient pas Le loisir d’estimer la nature exacte du rôle Qu’elle avait à tenir : exercer sans cesse un contrôle Sur chaque délinéament saisi par son compas Dans l’aire qu’il embrasse et dégage de la fumée. Puis, dans le grouillement du visible, isoler des traits Susceptibles de déceler une phrase en progrès : Points, virgules, accents dont la combinaison rythmée Capture les premiers frissons d’un sens. Et, les liant Entre eux selon la subreptice attraction d’un axe, Les ordonne et les établit dans la même syntaxe Qui régit le cœur de l’atome inerte ou foudroyant. Mieux que visible, l’Univers devint alors lisible, Mais pour notre œil dont le regard, jour après jour nouveau, Fit croître démesurément l’appétit du cerveau Palpant à travers ce hublot l’advenu, le possible D’un récit promis à sa fin par son commencement. Comme si l’Univers, jamais vraiment assez au large,