Les 25 fleurs des poètes d’Andalousie

Les 25 fleurs des poètes d’Andalousie

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Français
230 pages

Description

L’Andalousie a inspiré nombre de poètes nés dans ce pays et d'autres qui s’y sont établis. Le climat modéré de la péninsule ibérique était alors l’une de leurs sources d’inspiration, tout comme ses riches cultures, ses espaces verts et ses fleurs multicolores. Cet ouvrage se penche sur 25 fleurs évoquées dans la poésie et la prose andalouses du Xème au XIVème siècle. Malgré leur nombre limité, ces fleurs représentent une véritable matière première pour les poètes andalous qui s’en sont servis dans les grands thèmes qu’ils ont abordés, en particulier dans les rapports de la femme et de sa beauté, dans l’amour et de ses chagrins, dans le vin et dans les cercles de divertissement (voire dans les cercles bachiques), dans la nature et ses intempéries ou encore dans la description des jardins et des riads.


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Date de parution 19 novembre 2015
Nombre de lectures 60
EAN13 9782332939272
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Langue Français

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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-93925-8

 

© Edilivre, 2015

Introduction

« Le jardin d’Eden en terre d’Andalousie a une beauté captivante et une senteur exaltante

Ses matins sont d’une blancheur éclatante

Et envoutantes sont les ténèbres de ses nuits

Lorsque la brise souffle je me mets à crier Oh ma nostalgie ! Oh Andalousie ! ».

C’est ainsi qu’Ibn Khafâjah exprime son sentiment sur la beauté des jardins et riads andalous comme s’il parlait au nom des poètes de son époque. Nul doute en effet que l’Andalousie avait inspiré les poètes nés dans ce pays ainsi que ceux qui s’y sont établis de longue date venus d’Orient ou d’Afrique du Nord. Le climat modéré de la péninsule ibérique était l’une des sources d’inspiration des poètes comme du reste, ses riches cultures, ses espaces verts et ses fleurs multicolores. Les poètes qui avaient eu la chance de vivre dans ces espaces « d’Eden » devaient s’évertuer à composer un nombre incommensurable de pièces en vers dans une langue arabe pure que prédominent le style coranique et les figures rhétoriques qu’ils s’employaient à améliorer à leur façon. Ils ont en outre développé les schèmes, la métrique et les séquences, des poèmes tout en créant de nouvelles formes telle que la métrique libre ou taouchih ou encore le poème en langue dialectale zajal. Ils ont excellé dans la description des fleurs andalouses qui nous intéressent ici, mais ils n’étaient pas les seuls à être épris par ces fleurs, les rois et les princes l’étaient aussi. Leur engouement pour certaines variétés de fleurs était connu. Il en était ainsi du Régent améride Abdelmalek Al Modhaffar qui, d’après la chronique, était béat devant la giroflée au point qu’il avait proposé à ses poètes de composer des pièces en vers évoquant la giroflée et d’autres types de fleurs dans le but de faire chanter ces pièces par ses musiciennes. Cela nous confirme que l’engouement pour les fleurs était général chez les Andalous sans distinction de rang ou de catégories sociales.

Le sujet du présent ouvrage concerne les fleurs et plus précisément, les fleurs évoquées dans la poésie et la prose andalouses du Xème au XIVème siècle. Cependant, nous verrons qu’elles sont limitées en nombre, elles ne dépassent d’ailleurs pas vingt-cinq fleurs. Malgré cela, elles représentent une véritable matière première pour les poètes andalous qui d’ailleurs s’en sont servis à bon escient dans les grands thèmes qu’ils ont abordés, en particulier dans les rapports de la femme et de sa beauté, dans l’amour et de ses chagrins, dans le vin et dans les cercles de divertissement, voire dans les cercles bachiques, dans la nature et ses intempéries ou encore dans la description des jardins et des riads. Nos poètes andalous ont donné en outre une certaine vie à ces fleurs en les faisant parler à leur place et en leur nom, en les personnifiant en quelque sorte. Alors, la fleur devient la favorite, la préférée ; elle se gonfle d’orgueil, et le poète, tel un chef d’orchestre, ou un acteur sur une scène présente ses fleurs aux spectateurs, favorise l’une par rapport à l’autre ou aux autres suivant des critères qui lui sont propres. Cette manière singulière me semble-t-il, a attiré plusieurs fois mon attention, ce qui m’a donné l’idée d’écrire une anthologie destinée à faire découvrir cette belle frange de la poésie andalouse aux lecteurs francophones. Tel est l’objet de cet ouvrage que nous avons composé sous forme de titres thématiques en procédant à une lecture rapprochée du corpus littéraire arabe andalou.

Thème I :
Description morphologique
des vingt-cinq fleurs

Le jardin andalou est un jardin floral par excellence. Aussi, rien d’étonnant à ce que les poètes andalous du Moyen-Âge aient été attirés par ce jardin et par ses fleurs. Mais de quelles fleurs s’agit-il ? Il ne s’agit à notre grand étonnement que de quelques vingt-cinq types de fleurs ! Ce nombre très limité par comparaison avec le grand nombre de fleurs, de plantes et d’arbustes qui poussent dans le monde est pourtant celui que l’on retrouve çà et là dans les textes de référence de la littérature andalouse. De ce fait, on peut se demander si nos poètes andalous n’avaient que des connaissances limitées en matière de botanique florale à partir du moment où ils n’évoquent dans leurs œuvres que des fleurs nommément désignées et de surcroît, en nombre restreint. Nous pensons pour notre part que cette façon de procéder n’est pas innocente, elle est plutôt volontaire et ne relève nullement de l’ignorance des poètes car les figures poétiques qui naissent et se développent dans leur imaginaire concordent le plus souvent et directement avec les types de fleurs qui les préoccupent bien qu’ils soient en nombre limité comme c’est le cas de la rose, du narcisse, de la fleur de myrte, du jasmin, de l’iris et de la giroflée.

Quoi qu’il en soit, nous avons été amenés à établir une liste de ces vingt-cinq fleurs évoquées par les poètes dans les sources littéraires andalouses. Cette liste va nous permettre de présenter morphologiquement ces fleurs une à une dans l’attente d’en faire une description poétique (v. thème II).

La description morphologique des vingt-cinq fleurs de notre liste n’apporte pas d’innovation, les auteurs des lexiques floraux tant en Andalousie qu’au Maroc ayant déjà répertorié, classé et décrit les fleurs figurant sur notre liste. On peut citer à cet égard parmi les Andalous le célèbre savant botaniste du Moyen-Âge Ibn Al Baytâr, auteur de la Touhfah sur la médication par les plantes ou encore Ibn Bassâl auteur d’un livre sur l’agriculture dans lequel il a consacré un chapitre spécial aux périodes de culture des fleurs. Nous citerons également Al Ghassâny qui a vécu entre le XVIème et le XVIIème siècle à Fès, auteur du « Jardin des fleurs » et plus près de nous, Jamal Belakhdar qui a publié en 1999 un livre sur la pharmacologie traditionnelle marocaine par les plantes et les fleurs. Ces sources et d’autres encore nous ont servi dans ce travail pour la présentation et la description morphologique des fleurs comprises dans la liste que nous avons classée suivant l’ordre alphabétique arabe comme suit :

1 – Aass : myrte, en latin myrtus

Arbuste à fleurs blanches. Il existe plusieurs espèces d’arbustes de myrtes, une soixantaine environ. Au début du XVIIème siècle au Maroc, on désignait le myrte par le terme arabe rayhâne ou basilique. Aujourd’hui, il existe deux espèces de myrtes : une espèce naturelle commune, myrtus communis et une espèce d’origine andalouse cultivée dans les jardins. Les feuilles de myrte sont des feuilles médicinales, on en extrait ainsi que de ses fleurs un parfum huileux de forte senteur dénommé myrtol.

2 – Oqhouâne et aqâh : marguerites

Les Andalous ont connu les marguerites blanches et les marguerites jaunes ; elles fleurissent sur des tiges plutôt frêles ; elles sont désignées tant en Andalousie qu’au Maroc par l’expression pied de poule. Les marguerites sont de différentes sortes ; on peut citer entre autres la marguerite jaune, les chrysanthèmes des jardins, la marguerite des teinturiers, les marguerites des prairies et la camomille jaune ou babounje signalée par Ibn Baytâr et Ibn Bassâl comme une plante médicinale.

3 – Baqillah ou Baqillâ’ : fleur de fève

4 – Banafsaj : violette

Les violettes se développent soit dans les jardins des villes soit dans les campagnes. Dans les jardins, les violettes sont des plantes rampantes, à feuilles larges et à fleurs de couleur violette tirant vers le bleu. Les violettes possèdent une petite feuille embobinée qui apparaît derrière la tige sous la fleur. Quant aux violettes des campagnes, elles se dressent avec leur couleur bleue sur des tiges maigres. Elles ont une odeur parfumée et des vertus médicales. Les violettes se développent dans des endroits ombragés. Selon Ibn Bassâl, les violettes se cultivent à la motte ou à partir de leurs propres graines. D’après Al Ghassâny, les violettes de campagne poussaient à Fès dans la région de Zouâgha.

5 – Bahâr ou chrysanthème en latin chrysanthèmus

On l’appelle aussi œil de bœuf. C’est une plante à pulpe dont la fleur possède un rondelet jaune qui apparaît au printemps. Al Ghassâny décrit le bahâr ainsi : il a des pétales en forme carrée, une tige verte surmontée d’une fleur blanche au milieu de laquelle on aperçoit une petite assiette jaune. Cet auteur ajoute que la fleur de Bahâr a une odeur très forte qui fait mal à la tête… cela dit, il existe le chrysanthème des teinturiers, le chrysanthème des champs qui n’est autre que la marguerite jaune. Pour notre part, le mot bahâr tel qu’il est rapporté par Ibn Bassâl correspond au terme latin chrysanthèmus.

6 – Joullanâr : fleur de grenadier

D’origine persane le gulnar ou joullanâr est introduit par les Carthaginois de l’Orient en Occident. Cette fleur s’ouvre sur le grenadier mâle qui est dépourvu de piquants et ne produit pas de grenades contrairement au grenadier à épines qui fleurit et donne des fruits. Rouge écarlate, la fleur de grenadier possède des feuilles touffues ; il existe aussi les fleurs de grenadier de couleur blanche et de couleur rosâtre.

7 – Habaq : basilic

Plante odorante d’origine indoue, de petite taille et de plusieurs sortes, à petites fleurs blanches ou rosâtres. Le basilic se distingue par son odeur parfumée. On le nomme aussi rayhâne en langue arabe comme on vient de le voir. Parmi ses espèces, on doit mentionner le basilico coronfoli en langue espagnole ou habaq qoronfoyi ou basilic d’œillet qui possède une tige poilue et des épis d’à peu près dix centimètres de long. Cette espèce est utilisée en tant que plante médicinale ; elle peut être multipliée dans les semis.

8 – Khouzâmâ : lavande, latin vandira vera

Plante comprenant environ vingt espèces toutes de petites tailles à feuilles filiformes et à petites fleurs bleues ou violettes odorantes que l’on conserve généralement dans des étuis en passementerie pour parfumer les vêtements. Par sa distillation, on obtient de parfum de lavande, des crèmes et huiles essentielles. Parmi les espèces de lavandes, on peut citer la giroflée de compagne Khaîry Al barr qui est une lavande à odeur parfumée susceptible d’être distillée.

D’autre part, il n’est pas sans intérêt de rappeler à l’occasion dans le genre lavande, une plante domestique dénommée khouzâm en arabe ou réséda en français. Le khouzâm possède de petites fleurs en grappes de plusieurs couleurs ; il est parfumé comme la lavande.

9 – Khaïry : giroflée

Le terme scientifique de giroflée selon Ibn Al Baytâr est al manthour auquel il ajoute un terme synonyme Qoronfoul ou œillet. La giroflée se présente en grappes de fleurs rouges et jaunes mitigées ; il existe également une giroflée de couleur jaune. D’après Ibn Bassâl, ce genre comprend huit espèces dont la culture réussit dans les terres sèches. Les Espagnoles nomment cette fleur al hili et les marocains aujourd’hui al khaïly ou encore ôud ennouâr qui veut dire clou de girofle. Le clou de girofle est obtenu à partir du bourgeon de la giroflée avant son terme et séché au soleil.

10 – Addîdî : arbre de Judée

Selon Jamal Belakhdar qui en donne le nom latin cercis siri quastrum, c’est un arbre dont les branches produisent des fleurs rosâtres tirant vers le pourpre. Le dîdî ou arbre de Judée était connu en Andalousie, à Grenade et au Maroc, à Fès. De par sa couleur originale, la tradition a voulu que le mot dîdî s’applique à la couleur pourpre et ce, par référence à la fleur de l’arbre de Judée.

11 – Rayhâne : habaq ou basilic

Les Andalous et à leur suite les Marocains, se sont habitués à désigner par rayhâne toute plante, arbre, arbuste ou fleur qui dégagent une odeur parfumée.

12 – Zinbaq : Lys

Le lys est une plante bulbeuse dont la tige est droite et munie de feuilles, il a de grandes et de belles fleurs odorantes. D’après les spécialistes, il existe quelques 35 espèces de lys dont en particulier le lys blanc. Le lys blanc a une hauteur variant entre quatre-vingt-dix et cent-vingt cm et des fleurs mesurant entre 5 et 8 cm embellies d’une touche de kermès. Il existe aussi un lys rouge, le lys orange et… le lys des vallées qui rappelle le lys dans la vallée du romancier Honoré de Balzac.

13 – Zahra et Zahar : la fleur d’oranger

La fleur d’oranger possède 5 pétales allongés de couleur blanche, elle est odorante ; elle s’ouvre au milieu de feuilles assez longues garnissant les branches de l’oranger. Cet arbre a une hauteur variant entre 6 et 11 m ; son fruit est l’orange, il a été importé par les Portugais de Chine et il s’est développé par la suite dans la presqu’île ibérique et en Afrique du Nord.

14 – Zahrat annârinj : fleur de bigaradier

Cette fleur est signalée dans les sources arabes à commencer par Ibn Al Baytâr. Son nom latin est citrus orantium. On prétend que les Arabes l’avaient importé de Chine et qu’il fut par la suite développé en Afrique du Nord et en Espagne. Contrairement aux orangers, les bigaradiers sont épineux ; ils produisent une sorte d’orange à grosse pelure et à goût acide. Le bigaradier ressemble en revanche à l’oranger tant dans sa hauteur (3 à 7 m) que dans la forme et la disposition de ses feuilles ainsi que dans la couleur blanche de ses fleurs à cinq pétales. Ce sont justement les fleurs de bigaradier que l’on distille pour obtenir le fameux mâ zhar très répandu au Maroc.

15 – Saouçane : Iris

L’origine de l’iris dans notre contexte est espagnole ; on le nomme azecena en Espagne. Les espèces d’iris se reconnaissent à leurs couleurs ; on peut les classer suivant Al Ghassâny en :

a – Iris bleu ou irisa chez Ibn Al Baytâr : Cette espèce d’iris est azurée ismanjouny ; cette fleur ressemble à des feuilles de papyrus entrecroisées au milieu desquelles se dresse une tige lisse couronnée d’une grande fleur en trois pétales ronds teintés en blanc et en noir, un trait jaune parcourt ces feuilles, ce qui donne à l’ensemble l’allure de l’arc-en-ciel.

b – Iris blanc : il se décline en iris des jardins et en iris des compagnes. L’iris des jardins est connu par la beauté de ses formes. Al Ghassâny lui consacre une description minutieuse : « il a une tubercule blanche à étages disposés les uns sur les autres ; ses feuilles sont longues et larges, lisses et humides au milieu desquelles se dresse une tige d’une coudée ou plus à partir du sol sur laquelle s’ouvre une fleur de couleur blanche a trois pétales en forme de cloche au milieu de laquelle on trouve une languette comme il en existe dans les carillons et dans les fleurs de bigaradiers avec toutefois quelque chose de couleur jaune ». Cette fleur est odorante, elle apparaît au printemps. Quant à l’iris des campagnes, il se développe de la même façon.

c – Iris rouge : il existait à l’époque d’Al Ghassâny sous deux formes : la première s’appelait sillykha et la seconde queue de renard.

d – Iris jaune : il s’agit d’une espèce du genre des narcisses.

Selon Ibn Bassâl on peut cultiver l’iris soit à partir de son tubercule au mois de mai, soit à partir de ses graines contenues dans sa languette au milieu de la fleur.

16 – Chaqîq ou chaqâ’iq annou’mâne : coquelicot ou encore anémone rouge.

Le coquelicot, c’est cette fleur qui pousse dans les champs de blé ; c’est aussi cette fleur rouge des jardins, appelée en français anémone qui ressemble plus ou moins au coquelicot. Les Marocains ont coutume d’appeler coquelicot bella’mâne. Le coquelicot fait partie du genre pavot qu’Al Ghassâny décrit comme étant une fleur rouge à tige courbée verte et poilue sans feuilles. Sur sa partie supérieure, on trouve des bourgeons saillants comme des graines entourant ses pétales ; Al Ghassâny indique encore qu’un point noir entouré de blanc est placé également sur la partie supérieure de la tige et qu’une particule noire que surmontent des poils se trouve au centre de la fleur.

17 – Qoronfoul : œillet

Les œillets se présentent sous deux formes, les œillets des jardins et les œillets des campagnes. En forme de petites couronnes multicolores, les œillets dégagent une senteur parfumée. Il existe environ quinze types d’œillets des jardins.

18 – Narjiss : narcisse

C’est la fleur du personnage mythologique Narcisse. Fleur jaune à tubercules ; ses pétales ressemblent à ceux du safran. Le narcisse se courbe du côté du sol, sa tige dont la hauteur varie entre 10 et 15 cm est de couleur verte sans feuilles ; la tige se termine par deux ou trois ramifications au bout desquelles nous trouvons des boutons de forme triangulaire que couronnent les narcisses jaunes, penchés sur la tige. Les pétales des narcisses sont circulaires avec au milieu une petite crête jaune parfumée. Le narcisse apparaît à l’approche du printemps. Il existe également un narcisse de couleur blanche qu’Al Ghassâny a décrit dans les mêmes termes tout en ajoutant que son parfum est tellement fort qu’il fait mal à la tête, et que certaines gens de Fès l’appellent le chrysanthème et d’autres le lys.

19 – Nisrîne : fleure d’églantier ou en latin rosa mosureta ou encore rosa canina

Ibn Al Baytâr a signalé cette fleur qu’il a dénommée la rose des haies ou encore gul nisrîne ou rose d’églantier. On l’appelle aussi nisrîne grimpant ôllîq car il se développe en hauteur et s’étale en largeur, aidé en cela par ses épines. Sa fleur s’ouvre sur trois ou quatre pétales odorants. On trouve le nisrîne en Andalousie et au Maroc.

20 – Niouâr allaouz : fleur d’amandier

Cette fleur s’ouvre dans les amandiers. Les amandiers sont de deux sortes : ceux de campagnes et ceux que l’on cultive, les premiers donnant des amandes amères et les seconds des amandes douces. Ces deux types d’amandier procurent des fleurs blanches à stries rosâtres au milieu de l’hiver.

21 – Niouâr al kattân : fleur de lin

Le lin est soit une plante de campagne soit de culture à espèces multiples avoisinant la centaine. Les plantes de lin, bien que frêles se dressent en hauteur avec des feuilles allant ascendant et des fleurs par grappes de cinq. Le lin possède différentes couleurs dont le blanc, le bleu, le jaune, le rose et le rouge. Ses graines sont utilisées en médecine.

22 – Nylofar : nénuphar

C’est le crabe de l’eau, la graine de la mariée selon Ibn Al Baytâr. Le nénuphar est un mot persan ; c’est une plante à tubercules, elle pousse dans et à la surface de l’eau où elle flotte. On distingue plusieurs sortes de nénuphars parmi lesquelles le nénuphar jaune à couleur safran ou dorée qui possède des feuilles rondes comme des éventails de couleurs allant du vert au jaune ; ce nénuphar s’étale dans l’eau sur des sortes de bras longs au milieu desquels se profile une tige tel un roseau d’où émerge la fleur jaune du nénuphar. Cette fleur fut comparée par Ibn Al Baytâr et Al Ghassâny à la moitié d’une pomme coupée latéralement dans laquelle scintillent des pépins jaunes. Le nénuphar dégage une bonne odeur ; il s’ouvre le jour et se referme la nuit. D’autre part, il existe aussi le nénuphar blanc qui ressemble dans sa morphologie au nénuphar jaune.

23 – Ouard : rose, latin rosa

La rose est une plante domestique connue de par le monde. En langue dialectale marocaine, on désigne par ouard toute fleur sans distinction. C’est que les espèces de roses sont nombreuses, elles atteignent la cinquantaine d’après les spécialistes et ce dans différentes couleurs. Il en existe celles qui se dressent sur leurs tiges et d’autres qui grimpent et s’étalent en largeur. En général, les rosiers sont épineux. La rose ne possède pas un nombre de pétales fixe ; ses pétales varient de quatre à cinq si non à plus. L’origine de cette fleur n’est pas connue de façon définitive, mais il est très probable qu’elle soit d’origine persane. Par ailleurs, on prétend qu’une espèce de rose dite rose pâle fût importée au XIème siècle du Caucase au Maroc et en Andalousie. C’est probablement cette espèce qui fût développée au Maroc dans les régions du Dadès et de Tinghir où on procède à sa distillation. A Sijilmassa, au Sud-est du Maroc, une autre espèce de rose existait au Moyen-Âge. A cette époque, Sijilmassa carrefour caravanier pratiquait les cultures étagères où on faisait pousser des rosiers très prisés (v. Sijilmassa in le livre des pays de Yaqout Hamaoui). Cela dit, les rosiers se multiplient par les greffes et les boutures, la rose elle-même peut être distillée pour en extraire l’eau de rose (mâ ouard).

24 – Yâssamine : jasmin, en latin Jasminium

Belle petite fleur blanche, jaune ou rosâtre des jardins à quatre ou cinq pétales, odorante de jour et de nuit. Les fleurs de jasmin s’ouvrent dans des arbustes à longues branches susceptibles de grimper et de s’étaler sur des supports. Les branches de ces arbustes peuvent atteindre jusqu’à neuf mètres de longueur avec profusion de ramifications de feuilles et de fleurs. Le jasmin blanc est le plus connu et le plus prisé en Andalousie comme au Maroc ; on en extrait des parfums et des crèmes. La fleur du jasmin rosâtre est également très odorante, on l’appelle jasmin d’Espagne. Quant au jasmin jaune, sa senteur est moins parfumée. A côté de ces trois variétés, on trouve une espèce de jasmin jaune qui fleurit comme les premiers mais sans senteur ; il s’agit d’une sorte de jasmin de campagne que l’on rencontre un peu partout sur les montagnes et dans les bois.

On peut rapprocher de ces variétés de jasmins un arbuste appelé galant de nuit ou jasmin de nuit parce que ne déployant son parfum que de nuit. Les marocains l’appelle misk allîl ou musc de nuit.

25 – Fleur de ghâlibah :

Il s’agit d’une fleur d’origine andalouse qui ressemble à la fleur de jasmin, elle est signalée par Aboul Oualîd Habîb dans son ouvrage Al badîe’. Toutefois, nous n’avons trouvé dans nos sources ni description morphologique de cette fleur ni même le nom de ghâlibah en tant que tel. Ne serait-ce pas l’équivalent de foull ou jasmin oriental qui se présente comme un arbuste à feuilles très vertes avec de petites fleurs blanches odorantes ? Ces fleurs sont en effet de deux sortes : L’une d’elles se distingue par de grandes fleurs à pétales composés, l’autre par de petites fleurs à cinq pétales. Nous pensons donc que le foull serait cette fleur ghâlibah qui avait retenu l’attention de certains poètes andalous.

Telle est la liste des vingt-cinq fleurs évoquées par les poètes d’Andalousie dont nous avons effectué la présentation et la description morphologique. Bien que limitées en nombre comme on vient de le constater, il nous semble intéressant de se poser la question de savoir comment les poètes andalous se sont-ils comportés à l’égard de ces fleurs ?

Thème II :
Description poétique
des vingt-cinq fleurs

Signalons de prime abord que nous entrons de plein pied en abordant ce thème dans les figures de rhétorique employées à profusion par les poètes andalous pour présenter et décrire leurs fleurs figurant sur notre liste. Observons toutefois que du point de vue littéraire, cette liste de vingt-cinq fleurs comporte deux catégories : la première est consacrée aux fleurs qui ont emporté la prédilection des poètes tandis que la seconde qui arrive à égaler la première en nombre, ne représente toutefois qu’une catégorie de fleurs complémentaire à la première, ce qui dénote que nos poètes étaient plutôt intéressés par un nombre déterminé de fleurs répondant-on s’en doute – aux stéréotypes imaginés par les poètes andalous.

Nous allons donc nous pencher sur ce nombre restreint de fleurs que les poètes andalous ont mis en exergue, enguirlandées de figures rhétoriques bien andalouses.

1 – Al aass ou myrte

Aboul Oualîd Habîb rapporte dans son livre al badîe’ que depuis les temps anciens, la fleur de myrte était la plus préférée parmi toutes les catégories de fleurs et que « de beaux poèmes exaltant cette préférence furent composés ». C’est que, ajoute Habîb « l’arbuste se confond avec la fleur et lui ajoute une beauté supplémentaire ». Attestation on ne peut plus claire sur cette belle fleur qui se distingue dans son genre par la dualité de sa dénomination : fleur ou arbuste. Aussi, rien d’étonnant à ce que les poètes andalous lui aient consacré de l’importance au point de se l’offrir mutuellement en cadeau. C’est ainsi qu’Ibn Maslama (Abou ‘Amer) avait offert à un ami à lui un plant afin de le cultiver chez lui ; il fit accompagner évidemment son cadeau par quelques vers où il rappelait que le plant de myrte envoyé fût choisi minutieusement dans son propre jardin et que le myrte qui allait embaumer sa demeure était également une fleur de bon augure « qui dispersera les ennemis et guérira les blessures ». Superstition ou non, la fleur de myrte représentait chez les Andalous cette main de Fatma arborée contre le mauvais sort. Elle procure également « du baume aux cœurs ébréchés » ainsi que le souligne un autre poète Ibn Messaoud qui ajoute que contrairement à d’autres espèces, le myrte fleurit à chaque saison et qu’il se présente tel « un compagnon noble comme s’il venait de l’Eden ».

2 – Aqâh ou ouqhouâne : marguerite

Nous savons que les marguerites sont de plusieurs couleurs et en particulier le blanc et le jaune. Ce sont ces deux couleurs qui constituent l’essentiel des poèmes andalous sur cette fleur, poèmes remplis de métaphores surprenantes comme celles-ci :

✓ l’argent métal pour les marguerites de couleur blanche : la blancheur des marguerites ressemble à une ceinture en argent s’imagine Isbagh Ibn Abdelaziz ;

✓ la rosée sur les marguerites blanches ressemble à des larmes en argent ou encore à des perles d’après Ibn Istijjy ;

✓ les perles pour les pétales et la soie pour les branches : c’est ainsi que la marguerite apparait à Aboul Hassan Ibn Ali « une fleur couronnée de perles assise dans une robe en soie et dégageant une senteur discrète ».

D’autres poètes préfèrent abandonner la description figée des marguerites au profit d’une description active. Il en est ainsi d’Othmane Al Açamm qui présente une image chatoyante des guirlandes de marguerites dans le jardin :

« S’étirant vers les rayons du soleil avec des yeux étonnés »

Il ajoute pour compléter son image :

« Si jamais la rosée les caresse secrètement, elles pouffent de rire à grands cris ».

3 – Banafsaj : violettes

La violette est une fleur courante en Andalousie. Plusieurs poètes en ont fait l’éloge à cause de sa belle couleur violette ismanjouny, qui d’après Ibn Hânie’, dépasse en beauté la couleur de l’hyacinthe (Saphir bleu).

Nous savons que la violette possède une sorte de languette qui apparait derrière la tige sous la fleur. Cette languette a largement intrigué les poètes andalous comme du reste, les poètes d’Orient tel Abou Hilâl Al Askary. Aussi l’ont-ils décrite sous toutes les couleurs et en ont-ils fait même des sobriquets ; on trouve d’ailleurs dans la musique andalouse marocaine un passage chanté où il est dit dans un vers que « la violette était si orgueilleuse qu’on lui avait tiré une langue de sa nuque ». Cette blague si on ose l’appeler ainsi, a traversé les siècles puisqu’elle a accompagné la malheureuse violette jusqu’à présent et de surcroît, dans le chant andalou ! Malgré cela, la place privilégiée qu’occupe la violette parmi les autres fleurs est demeurée inchangée ainsi qu’il apparaît dans les sources littéraires andalouses.

4 – Al bahâr : chrysanthème