Les voix de l
44 pages
Français

Les voix de l'aube

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Description

La poésie de Babacar Sall s'ancre dans les terres meurtries du Sahel, là où une terrible sécheresse fige les espoirs des hommes, assiège les corps, rompt les équilibres sociaux. Déchiffrant le silence des mots, le poète peut remonter à rebours le cours des saisons. Le poète découvre les limites de l'univers dans lequel le poème germe. Le soleil ressemble parfois à un mirage. Le poète ne peut le révérer indéfiniment. Ici, le soleil est comme la révélation d'une ambiguïté généralisée. Le poète parvient cependant à saisir et à recréer la possibilité d'une quête et d'un renouvellement. Le poème peut naître, même si telle aube ou telle autre est douloureuse. Le poème est et sera, chaque fois, accomplissement d'un sursaut. Les voix de l'aube peuvent advenir lorsque le poète épie lui-même l'apparition du jour, la plume à la main.

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Informations

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Date de parution 01 janvier 2018
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EAN13 9782379180194
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Préliminaires
Résumé
Auteur
Dédicace
Le Cri primal
Mère
Le cri primal
Le chemin à rebours
Les boucs carnassiers
Mensonge
Je ne donnerai plus ma main
Tam-tam
Visage nouveau
Soleil ambigu
La battue
Le glaive menaçant
Xaddi
Terre des hommes
Terre meurtrie
Le ventre creux
Miroir de l’hiver
L’espoir brisé
Un homme seul
Paroles de grand-père
Le silence des mots
La peur magique
La braise
Le secret
Sommaire
Larmes de soleil couchant
Les Niayes
Sans titre
Itinéraire
A la rencontre des chemins
L’univers brulé
L’escalade
Mère !
Est-il vrai
Le Cri primal
Est-il vrai que c'est moi
Mère
Qui portais le carcan sinistre
Des durs labeurs du Pays Neuf
Qui arrosais par ma sueur
La terre stérile du Sud ?
Est-il vrai
Est-il vrai que depuis l'aube des temps
Je sème ma graine à d'autres vents
Que je fouille, bêche, trie
Sans répit et sans relâche
Que ma tête n’a jamais osé regarder
Les vautours qui passent ?
Est-il vrai
Est-il vrai que mes cils
N’ont jamais connu mes sourcils
Que ma main a trempé dans toutes les saisons
Que mon sang a servi d’abreuvoir
Lorsque les fleuves se sont taris
Et les cruches cassées ?
Est-il vrai que mes larmes
Ont provoqué des tempêtes
Que mes veines frêles ont dû résister
Aux torrents déchaînés
Que ma case ne s'est jamais dressée
Oh Mère !
Est-il vrai
Est-il vrai que mes arbres n’ont jamais fleuri
Mes fruits jamais mûri
Mes enfants jamais grandi ?
Est-il vrai ?
Dakar, 1973
Lecri primal
La vie commence par un cri
Un cri de rupture
Qui torture
Ce cri que l'on pousse
Qui n'est autre que l'écho
De la voix maternelle
Embryon !
Masse amorphe
Cette rencontre de deux bulles
Qui donne la vie
Embryon !
Masse amorphe
La mère est une double vie
De par la lucarne
Je voyais déjà des silhouettes
Aux contours indéfinis
Cherchant leur chemin
Avec une lanterne en plein jour
Je me disais que le monde était aveugle
Et j'avais raison peut-être !
Mais les aveugles n’ont pas besoin du jour
Puisqu'ils vivent dans la nuit de leur pensée
Je me disais que les silhouettes
Etaient des enfants de la nuit
Et lorsque j'aperçus une étoile filante
Je crus qu'elles jouaient
Avec un caillou ardent
Embryon !
Masse amorphe
La mère est une double vie
Vie qui alimente mon souffle intérieur
De par ta bouche ma bouche
De par tes yeux mes yeux
De par le cordon ombilical
Qui relie nos cœurs
En vases communicants
Je reçois l’empreinte de vie
L'angoisse de vivre
L'angoisse qui peuple déjà
Mon sommeil embryonnaire
Ayant rompu les sangles synchrones
Je brisai le regard vitré de la lucarne
J'avançais
J’avançais à pas prudents
Répondant au rire par le sourire
Par prudence je redoutais
Le sourire hypocrite
Qui cache l’amertume du rire
Le rire qui fend la bouche
Et qui ne puise pas son éclat
Dans l'effervescence du cœur
Par prudence je mesurai ma mémoire
Par prudence j'appris à l'esprit
D'obéir au cœur
Et au cœur d'obéir aussi à l'esprit
Mais c’est le sentiment qui domine l'idée
Ou l'inverse peut-être ?
Qu’importe !
Si l'on doit lutter pour vivre
Pour ne pas mourir de vivre
Je ressentais déjà le poids de l'énigme
A l'instant où le monde venait d'avoir
L'âge de la nuit
Et à défaut de la lumière du jour
Je cherchais dans l'œil ouvert de la nuit
L’empreinte rouge des silhouettes
Pour comprendre j'avais besoin
Dans ma démarche incertaine
Du silence accablant
Du sol froid de minuit
De la courbe fugitive de l'étoile filante
Mais sous l'ombre suspecte des tamariniers
J’entendais déjà le roucoulement funeste
Des oiseaux mécaniques
L'aile tranchante de leurs hélices vibrantes
Sabrant la tête levée des résistants
Les fantassins savaient bien
Qu’on ne devait pas battre le tam-tam
Quand la sécheresse persiste
Et pourtant
Le roulement de leurs tambours
Blessait l'ouïe fine des mânes
Et avançant
Ils laissaient leurs victimes
A la proie des flammes
Espérant fertiliser la terre
Par les cendres répandues
Comme si l'engrais était un remède miracle
Contre la stérilité des landes
Dans l'espace infini de la nuit
Je voyais denses des lueurs
Venir au secours des éperdus
Comme une corde tendue aux naufragés
Mais moi je préfère la liberté pleine
Et ferme comme une femme à terme
Je préfère la vérité qui dérange
Au mensonge qui arrange
Lorsque les hommes reviendront à eux-mêmes
Par le chemin inverse de leur aventure
Renonçant à l'instinct violent de la conquête
Paix soit avec eux
Et amour dans leur repos
Mais de grâce qu'aucun bruit
Ne vienne encore perturber leur songe
Et raviver le mensonge
Je ne veux entendre à l'aube
Ni la voix impure des bergers
Ni Je son athée des cloches
El plus rien de ce qui divise
Dakar, Juillet 1983