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Les yeux d'Istanbul

De
204 pages
La ville d'Istanbul est toujours jeune avec sa vieille histoire. C'est la ville-poète avec "le platane dans le parc Maçka", tant aimé par les poètes turcs. Les yeux "de ce si jeune Istanbul de dix-huit ans" évoquent le train de nuit de Haydarpasa, des notes de la musique de l'oubli, comme une poésie lyrique dans la bouche du temps. Istanbul, c'est aussi cette ville qui va au-delà du temps et le temps présent qui ne s'arrête pas à Dolmabahçe. Ayten Mutlu vit à Istanbul et Istanbul vit dans ses poèmes.
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AytenMutlu
les yeux d’istanbul
tràDUIT ET préSENTé pàr MUSTàfà balel RELU ET préfàcé pàr sEvgI tüRkeR-teRleMez
LES YEUX D’ISTANBUL
İSTANBUL’UN GÖZLERİ
Poètes des cinq continents En hommage à Geneviève Clancy qui l’a dirigée de 1995 à 2005. La collection est actuellement dirigée par Philippe Tancelin La collectionPoètes des cinq continentsnon seulement révèle les voix prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes qui feront sans doute date dans la poésie francophone. Cette collection dévoile un espace d’ouverture où tant la pluralité que la qualité du traitement de la langue prennent place. Elle publie une quarantaine de titres par an. Déjà parus 620 – Philippe GUILLERME,Tout attaché, 2014. 619 – Patricia LAIGLE,La neige sur le museau des biches, 2014. 618 – Paul Henri LERSEN,Poèmes d’Ici, 2014. 617 – Omer MASSEM,Fragments sauvegardés,2014. 616 – Umberto PIERSANTI,Lieux perdus, 2014. 615 – Thierry LASPALLES,Silence des saisons,2014. 614 – Stella VINITCHI RADULESCU,Comme un désert de roses,2014. 613 – Ban’ya NATSUISHI,Cascade du futur,2014. 612 – François DESFOSSES,Fleurs de l’inexistence, 2014. 611 – Emma PEIAMBARI,Les rosées de l’exil, 2014. 610 – Paul Henri LERSEN,Geometria. Mesure du monde,2014. 609 – Philippe TANCELIN,Seuils, 2014. 608 – Ludmilla PODKOSOVA,Le don des mots, 2014. 607 – Abdarahmane NGAÏDE,Ode Assilahienne, 2014. 606 – Maurice COUQUIAUD,Anthologie poétique. 1972-2012, 2014. 605– Daniel LEDUC,Sous la coupole spleenétique du ciel,2013. 604 – Michel Khalil HELAYEL,Ton visage mon souffle ma lumière, 2013. 603 – Suzanne MERIAUX,Visages de l’eau, 2013. 602 – Milan ORLIC,Ardent désir d’unité, 2013. 601 – Jean BAZIN et Jean-Michel LE GALLO,Lumières délavées ou l’enfance contraire, 2013. 600 – Gian Carlo PIZZI, La pauvreté, La povertà,2013. 599 – Hassan WAHBI,Le corps de l’autre, 2013. 598- Marie-Noëlle AGNIAU,Cavale, 2013. 597 – Philippe GUILLERME,Mots volés au silence, 2013.
AYTEN MUTLU
LES YEUX D’ISTANBUL
İSTANBUL’UN GÖZLERİ
POÈMES
Traduit et présenté par Mustafa BALEL Relu et préfacé par Sevgi TÜRKER-TERLEMEZ
Du même auteur
Poésies Dayan Ey Sevdam(Résiste, Mon Amour),  Vaktolur(Ce Jour Viendra),  Seni Özledim(Tu me manques),  Kül İzi(Trace de Cendre),  Denize Doğru(Vers la Mer)  Çocuk ve Akam(L’Enfant et le Soir),  Ta Ayna(Miroir en Pierre),  Yitik Anlam Peinde(À la recherche du Sens Perdu),  Atein Köklerinde(Aux Racines du Feu),  Uzun Gemide Akam(Le Soir Dans le Bateau Long, traduit par Mustafa Balel),  Eikte(Au Seuil)  İstanbul’un Gözleri(Les yeux d’Istanbul), 
Essais Söz Uçar iir Olur (La parole s’envole, devient poésie)
Traductions Ölü Canlar (Les âmes mortes), Gogol,  Sen Sanırdım Her Baharı  Çağda ngiliz air Kadınlar Seçkisi (Je croyais que c’était toi chaque printemps – Anthologie des poésies des poétesses anglaises),  (avec Dr. Figun Dinçer) Ölümün Anayurdu (Le Pays natal de la mort – Poésies), Dragan Dragojlović,  (avec Dr. Figun Dinçer) Neredeyse Siyah (Presque NoirPoésies), Niculina Oprea,  Sana Bakıyorum (Je Vous RegardePoésies), Maram Al Masri,  Kükreyi ve Sessizlik (Rugissement et le SilencePoésies), Nedeljko Terziç,  Yağmur Yağabilir (La pluie peut tomber), Ashis Sanyal, poésies, 
Ayten MUTLUNée à Bandırma, en Turquie, diplômée de la Faculté de Management de l’Université d’Istanbul, Ayten MUTLU se lance dans les études d’ingénieur en construction avant de les abandonner en troisième année. Très jeune, ellese réjouit de voir ses poèmesd’où se dégageune atmosphère lyrique, et ses récits courts paraitre dans des journaux locaux et dans des revues littéraires (Varlık, Hürriyet Gösteri, etc.). La poésie condensée en images de Ayten Mutlu est traduite en plusieurs langues, et publiée en Roumanie, en Serbie, en Grèce, en Corée, en France, en Suède, en Allemagne, en Espagne, en Russie, en Syrie, en Azerbaïdjan, en Inde, au Sénégal et au Maroc. Elle reflète une lutte intérieure, tandis que se dévoile un monde où l’horreur et la beauté s’entremêlent de façon harmonieuse. Invitée par plusieurs organisations des festivals internationauxde la poésie (Turquie, Bulgarie, Serbie, Syrie, Jordanie, Allemagne) son expérience poéticopolitique s’enrichit par la rencontre des poètes de cinq continents. Lauréate de plusieurs prix, Ayten Mutlu publie des recherches sur « poètesfemmes depuis l’Antiquité à nos jours » tout en prenant un rôle actif dans l’émancipation de la femme. Elle participe également à plusieurs colloques traitant le même thème.
Mustafa BALEL Traducteur, écrivain, auteur dramatique turc, lauréat de plusieurs prix, publie « Öykü », l’une de toutes premières revues littéraires de la Turquie, destinée aux amateurs de récits courts ; collabore à la rédaction de plusieurs encyclopédies ; traduit Ayten Mutlu, Michel Tournier, Jorge Semprún, Philippe Toussaint, Yann Queffélec, Pascal Bruckner, Panaït Istrati, Dragan Babić, Marlène Amar (etc.). Mustafa Balel publie des romans, nouvelles, pièces de théâtre, récits de voyages. Ses œuvres sont traduites en plusieurs langues
Sevgi TÜRKERTERLEMEZ Écrivaine, nouvelliste, traductrice, secrétaire du Conseil des Citoyens Parisiens ExtraCommunautaire (CCPEC) de la Mairie de Paris , membre du comité de la rédaction de la revue bilingue Oluum/Genèse et du Cahier de Poétique (du Centre International de Créations d’Espaces Poétiques (CICEP), Sevgi TürkerTerlemez est aussi coréalisatrice du festival de la poésie İİRİSTANBUL.
Poésie turque
PRÉFACE I
L’histoire de la poésie turque remonte  penseton  à dix mille ans. L’Anatolie dont la poésie devient l’expression la plus naturelle est le carrefour des civilisations (des Hittites aux Ottomans en passant par les Grecs, les Romains et les Byzantins, l’Anatolie est marquée de multiples métissages culturels, provenant autant de l’Europe que du ProcheOrient) où s’épanouissent pendant des siècles plusieurs cultures. Elle inspire longtemps la légende occidentale.
Les poèmes, même dans les petits villages d’Anatolie, vivent dans le cœur, dans la mémoire, dans les paroles des hommes. Les poètes, légendes ou réalités, peu importe, illuminent le cœur humain et le remplissent d’affection. Le poème vit parmi les hommes, les herbes, les fleurs et les roses et dans l’amour.
Tandis que la dynastie des Seldjoukides (Selçuklular) règne en Anatolie, et que sévit l’oppression du Moyenâge dans le monde, unbonhomme jeune et vieux de sept cents ans,un homme simple et extraordinaire de légende, un poète de génie, un certain Yunus Emre  dont la philosophie exige le besoin de se connaitre soi même, ettient l’homme pour la plus grande réalisation de la création et pour l’essence de l’univers, -devient artisan de la langue turque et père de la Chanson Populaire turque.
Yunus Emre est ce poète d’origine paysanne, le poète mystique, le poète légendaire dontla légende le veutillettré, dont la tradition orale conserve ses poèmes, parle plusieurs langues sans oublier le persan et l’arabe.
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Je ne suis pas venu sur la terre pour y semer la discorde,/L’amour est la mission de ma vie/L’ami a un refuge dans chaque cœur,/Je suis venu ici pour le construire(trad. du turc par Nimet Arzık).
e Ainsi, Yunus Emre, qui aurait vécu vers la fin du XIIIsiècle, est considéré comme le véritable fondateur de la poésie populaire turque. Sa grande influence sur la société se nourrit de sa langue dépouillée et bouleversante et de sa prise de position visàvis des événements injustes de son époque.
Bien que les œuvres en prose soient rares dans la littérature turque, le verbe poétique, populaire, mystique, savant est animé de siècle en siècle et éclot aux lèvres en chanson d’amour, de joie, de souffrance, d’espoir, de révolte. Les poètes nomades, les poètes mystiques, les poètes savants, les derviches, les poètes « fous », les poètes se donnant pour fous pour mieux jeter à la face des puissants, des indifférents, des insensibles, des tyrans, des oppresseurs, des dominateurs leur mécontentement, ont continué à exister, à chanter et chantent encore et toujours dans ce pays de poèmes.
La poésie populaire, poésie de « clan » qui existait bien avant l’islam  avec la musique dusaz,ses thèmes éternels, son inspiration, ses ballades et ses chants – a été en honneur en Turquie parallèlement à la poésie classique, celle de « cour » ou « classique »du « Divan »,avec sa métrique tonique marquée d’influence arabopersane nommée « aruz ». Peu sont ceux qui ne se laissent pas influencer par la poésie de « cour », du « Divan ».Pir Sultan Abdal en fait l’exemple.
Né dans un petit village (Banaz) de Sivas, Pir Sultan Abdal se fait pendre suivant l’ordre du Gouverneur de la ville de Sivas Hızır Pasha qui l’accuse de soutenir les séfévides (Safevi). Pir Sultan Abdal est cet autre grand poète populaire et mystique, le poète révolté contre l’intolérance, l’injustice. Poète Pir Sultan Abdal est un dervishe (dervi). Il chante l’amour humain, la fraternité, l’égalité, la paix et l’unité de l’homme avec Dieu dans ses poèmes.
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Il chante également la souffrance du peuple dans une langue propre à lui en se basant sur les expériences de la poésie verbale. e Et il marque profondément la société turque du XVIsiècle. De son vrai nom Haydar, le poète traité en sage par ses compatriotes voit en rêve Hadji Bektache (Hacı Bekta), fondateur de la secte des Bektachi (Bektai). Le dernier lui décerne le nom depir sultan(qui veut dire sage). Ô mon tambourin jauni,/Pourquoi gémir sans répit ?/ - « Mon bois est creux, ma peine est grande, /Et pour cela je gémis. »(trad. par Nimet Arzık). Un autre genre profane de la poésie populaire, la poésie des troubadours (Aık) la poésie amoureuse  se fait entendre par Köroğlu et Karacaoğlan. Leurs chants épiques, une sorte d’harmonie de la parole et de la musique s’élèvent comme le symbole de l’insoumission contre les inégalités sociales. Ils chantent l’héroïsme, la bravoure, l’amour, la nature. Karacaoğlan d’une vie aventureuse devient le plus grand représentant de la poésie amoureuse (Aık). Mon lot c’est la douleur, j’en vends, j’en achète,/ Je grésille fumant tout comme les phalènes…/ Je demanderai des comptes au jugement dernier,/ Aux brutaux qui auront saccagé nos rosiers. (trad. par Nimet Arzık). La poésie populaire amoureuse (Aık)poursuit son chemin avec des poètes comme Dadaloğlu, Aık Veysel de Sivas et tant d’autres. Aık Veysel, poète mal voyant nomade va d’un village à l’autre, d’une ville à l’autre sonsazà la main. Il chante ses poèmes de l’âme triste, de l’âme déçue. Considéré commeMaître de plusieurs poètesconteurs nomades, il marque la nouvelle période de la poésie populaire turque. Moi, je m’en irai, toi, tu resteras sur terre,/ Ne révèle mon secret à personne, veux-tu ?/ Que ton chant soit muet, tais-toi, Ô mon saz, / Ne chante pas la douleur comme le rossignol.(trad. par Nimet Arzık).
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