Lionel Ray
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Description

Salué déjà depuis le début des années soixante-dix par son prédécesseur Louis Aragon, amplement connu et reconnu, l'éminent poète français Lionel Ray, (Comme un château défait, Syllabes de sable, Pages d'ombre, Matière de nuit, ...) poursuit avec la même énergie créatrice son avancée lumineuse dans le nouveau lyrisme qu'il a sensiblement marqué par son oeuvre d'exception.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 70
EAN13 9782296480551
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0093€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Lionel Ray

L’intarissable beauté de l’éphémère
Critiques Littéraires
Collection dirigée par Maguy Albet


Dernières parutions

Krzysztof A. Je ż ewski, Cyprian Norwid et la pensée de l’Empire du milieu , 2011.
Camille DAMEGO-MANDEU, Laisse-nous bâtir une Afrique debout de Benjamin Matip. Une épopée populaire , 2011.
Bogdan GHITA, Eugène Ionesco, un chemin entre deux langues, deux littératures , 2011.
Debroah M. HESS, Maryse Condé : mythe, parabole et complexité , 2011.
Armelle LACAILLE-LEFEBVRE, La Poésie dans A la Recherche du Temps Perdu de Marcel Proust , 2011.
Vera CASTIGLIONE, Emile Verhaeren, Modernisme et identité générique dans l’œuvre poétique , 2011.
Jean-Pierre FOURNIER, Charles Baudelaire. Quand le poème rit et sourit , 2011.
Jean Léonard NGUEMA ONDO, Le roman initiatique gabonais , 2011.
Chantal LAPEYRE-DESMAISON, Résonances du réel. De Balzac à Pascal Quignard , 2011.
Saloua BEN ABDA, Figure de l’altérité. Analyse des figures de l’altérité dans des romans arabes et francophones contemporains , 2011.
Sylvie FREYERMUTH, Jean Rouaud et l’écriture « les yeux clos ». De la mémoire engagée à la mémoire incarnée , 2011.
François HARVEY, Alain Robbe-Grillet : le nouveau roman composite. Intergénéricité et intermédialité , 2011.
Brigitte FOULON, La Poésie andalouse du XI e siècle. Voir et décrire le paysage , 2011.
Jean-Joseph HORVATH, La Famille et Dieu dans l’œuvre romanesque et théâtrale de Jean Giraudoux , 2011.
Haiqing LIU, André Malraux. De l’imaginaire de l’art à l’imaginaire de l’écriture, 2011.
Ridha Bourkhis


Lionel Ray

L’intarissable beauté de l’éphémère


Préface de Brigitte Buffard-Moret


L’Harmattan
Du même auteur


- Chutes et blessures , poèmes, Paris, Silex, 1987.
- L’amour et la colère , nouvelles, Sousse, Dar El-Maâref, 1988.
- Un retour au pays du bon Dieu , roman, Paris, L’Harmattan, 1989.
- Une fenêtre sur la mer , nouvelles, Sousse, Saïdane, 1993.
- Terre sultane , nouvelles, Tunis, Noir Sur Blanc, 2000.
- Bleu , nouvelles, Paris, L’Harmattan, 2010.
- Tahar Ben Jelloun : la poussière d’or et la face masquée , approche linguistique, Paris, L’Harmattan, Coll. "Critiques littéraires", 1995.
- Le langage de connotation , approche linguistique, Sousse, Saïdane, 2003.
- Manuel de stylistique , manuel, Louvain-La-Neuve, Academia Bruylant, Coll. « Pédasup », 2004.
- Les poètes de la plus haute tour , Sfax et Casablanca, Med-Ali Hammi et Aïni Bennaï, 2005.
- L’explication littéraire. Pratiques textuelles , ouvrage collectif, dir, Paris, Armand Colin, Coll. "Cursus", 2006.
- La phrase littéraire , ouvrage collectif, co-dir, avec Mohammed Benjelloun, Louvain-La-Neuve, Academia Bruylant, Coll. "Au Coeur des textes", 2008.
- Georges Schehadé : l’émotion poétique , essai, Paris, L’Harmattan, Coll. "Critiques littéraires", 2009.
- L’émotion poétique , colloque international, dir, Tunis, Sahar Editions et L’Institut Français de Coopération à Tunis, Coll. « Mémoire d’encre », 2010.
- Rhétorique de la passion dans le texte francophone. Mélanges offerts à Jean Déjeux, dir, Paris, L’Harmattan, 2010.
- Eléments de rhétorique , manuel, à paraître.


En couverture : peinture de Jo Ann Morning


© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56004-8
EAN : 9782296560048

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
A ma femme Amirissa
A mes filles Yasmine et Tej El Molk,
Lumières par-dessus les étoiles
Pour la vie, pour l’intarissable poème, pour le rire !
Préface
Le poète Lionel Ray est pour moi indissociable de la Tunisie où je l’ai rencontré à l’occasion d’un colloque sur « l’émotion poétique », organisé à Sousse par Ridha Bourkhis qui vient de lui consacrer cet ouvrage. Deux souvenirs que j’ai de lui me semblent illustrer parfaitement l’homme et le poète : le premier est celui de Lionel Ray lisant quelques-uns de ses poèmes à la nuit, dans le cadre enchanteur du musée El-Khoba, dans la Médina de Sousse. Dans la pénombre pleine de choses anciennes s’élevait sa voix qui, sans emphase, au service d’un langage dépouillé de tout artifice, faisait naître soudain la lumière. Dans mon second souvenir, Lionel Ray, dans la grande clarté d’un après-midi, est sur la plage d’Hammamet où flânent pour quelques instants les participants au colloque ; de retour d’une visite au centre culturel de la ville, il tient à la main son chapeau débordant de citrons frais, cueillis dans ces lieux, et les offre à la ronde…
Un poète qui dit « je » et un homme tourné vers les autres, un être multiple et un, à la fois plongé dans la « matière de la poésie » et ouvert sur le monde : voilà donc Lionel Ray, luttant contre la nuit qui vient et le temps qui dévore tout, en leur opposant ses mots pour traduire son amour de la vie et son goût des plaisirs simples s’offrant généreusement à qui veut bien les saisir… Et voici maintenant Ridha Bourkhis lui rendant hommage, avec toute l’admiration, le savoir et la modestie d’un lecteur fervent et perspicace qui s’est nourri sur le long cours de cette œuvre qui se poursuit toujours…
Ridha Bourkhis a choisi de faire un portrait complet de Lionel Ray. En quelques pages, il livre l’essentiel de sa biographie : on y voit l’homme, le professeur, le poète avec ses pseudonymes qui finalement le révèlent plus qu’ils ne le cachent. On perçoit déjà combien la question de l’identité est au centre de l’œuvre de Lionel Ray, qui oscille sans cesse entre le « je » et le « tu » : pour se démultiplier, se mettre à distance, dialoguer avec lui-même ?…
Ridha Bourkhis, en linguiste qu’il est, donne la part belle à l’étude de style et il s’attache à montrer comment se fabrique « l’état chantant » auquel tend le poète : jeux autour de la ponctuation, que Lionel Ray abandonne ou reprend, de la même façon qu’il mêle vers réguliers et vers libres et revisite les formes fixes comme le sonnet ; respirations que créent les blancs typographiques, mélodie créée par le retour lancinant des sonorités… Ridha Bourkhis rend également sensibles la « vitesse d’écriture » à laquelle croit le poète et la « difficile simplicité » que d’aucuns ont souligné tout au long de l’œuvre.
Enfin, peut-être parce que la rencontre avec Lionel Ray s’est faite sous le signe de l’« émotion poétique », mais surtout parce que l’œuvre du poète est marquée par « l’irréparable blessure », « l’inimaginable absence », les « morts indéchirables » et qu’elle décrit un monde où tout « s’efface », « s’amenuise », « s’[…] éteint à jamais » pour citer Lionel Ray, que Ridha Bourkhis s’attache aux « mots ouverts comme des blessures » par le biais d’une étude approfondie du lexique, des figures, mais aussi de la place même de ces mots sur la page et dans le vers. Parallèlement se dessine la géographie de l’univers du poète, cet « ici » complexe, à la fois espace et temps, lieu visible et invisible, ici-bas et ailleurs, Tout et Rien…
La lucidité et la quête de la transparence sont au cœur de la poésie de Lionel Ray, écrit Michel Durazzo. Ces qualités ne sont pas non plus étrangères à l’essai que vous allez lire, et elles s’allient de plus à la modestie de l’auteur qui convoque tous les critiques qui se sont intéressés à l’œuvre de Lionel Ray et confronte les points de vue de manière fructueuse. Et surtout, il sait laisser le devant de la scène au poète puisque le livre se clôt sur un long entretien qu’il a eu avec Lionel Ray, et sur la communication de celui-ci au colloque de Sousse. Grâce soit rendue à Ridha Bourkhis d’avoir su capturer dans ces pages « l’émotion poétique » et « l’intarissable beauté de l’éphémère »…
Brigitte BUFFARD-MORET
Professeur de littérature,
de stylistique et de rhétorique
Université d’Artois (Arras)
Ouverture
« La vie que tu inventes
tu la donnes au matin
à l’herbe et à l’oiseau
tu la confies à ce jardin des heures
où s’ouvre la fleur du monde
double : ici la joie toute blanche
et là, rouge et noire, la tristesse
aux paupières froides » {1}


Cela fait maintenant plus de cinquante ans que le poète français de notoriété {2} Lionel Ray « invente la vie » dans des chants de grâce et nourrit la poésie française de ses mots heureux qui sonnent juste et sonnent vrai ; des mots d’une délicatesse rare qui rythment la mélancolie et le deuil pour mieux les transcender, les exorciser, touchant le clavier de l’âme et réconciliant l’être avec sa beauté intérieure, quelquefois enfouie dans la glaise d’un quotidien sans relief et sans horizon, fermé à triple tour !
Poète vrai, diamantaire du verbe poétique, largement connu et reconnu par les lecteurs comme par la critique littéraire et universitaire, salué depuis déjà 1970 par Louis Aragon qui lui a réservé un bon accueil dans son hebdomadaire prestigieux « Les lettres françaises », Lionel Ray poursuit sans relâche, avec la même profondeur et la même énergie créatrice, son avancée lumineuse dans le nouveau lyrisme qu’il a sensiblement marqué par son œuvre imposante ainsi que par son être, et qu’il a conduit progressivement vers cette difficile « transparence énigmatique » où le Je est curieusement « un autre » qui monte, rêveur, du plus profond de soi-même, de l’autre côté de la nuit.
Sur « les chemins du soleil »
Poète français moderne, Lionel Ray est né en 1935 à Mantes-la-ville, dans les Yvelines. Il s’appelle de son nom de baptême Robert Lorho. C’est en 1970 qu’il se donne volontairement le pseudonyme de Lionel Ray où, avec ses initiales inversées, il reconnaît, note t-il, un « nom qui ouvre et qui ferme les chemins du soleil » {3} .
Dans la préface de Comme un château défait , Olivier Barbarant écrit à propos de ce pseudonyme qui fait oublier le nom de naissance de Lionel Ray que « Le nom qu’on se choisit est toujours plus motivé que celui qu’on a reçu : sous le signe du « lion » donc, le nouveau poète frôlait également un soleil au cou un peu coupé, dont il ne resterait des « rayons » que la première syllabe. A moins que la nouvelle identité ne voulût désigner, sous la forme d’une sorte de cicatrice sonore, la marque d’une rature, d’une rayure, de l’ancien nom rayé ? La lumière et le manque, dont on a vu combien ils concouraient tous deux à la vérité de la voix, traversant ainsi le pseudonyme » {4}
Après les trois recueils de poèmes qu’il publie sous son vrai nom et dont l’un, Légendaire {5} , lui permet d’obtenir le prix Guillaume Apollinaire, Lionel Ray publie, en 1970, dans le journal de Louis Aragon Les lettres françaises , ses nouveaux poèmes qu’il signe de son pseudonyme vécu par lui comme « une nouvelle naissance » {6} . Naissance qui se fait en même temps que le texte qu’il adresse à l’auteur des Yeux d’Elsa et qu’il intitule « Lettre ouverte à Aragon sur le bon usage de la réalité » {7} . Il y conduit une réflexion sur son expérience poétique qu’il veut métamorphoser au point de supprimer sa propre personne de poète du texte qu’il veut fragmenté « se détruisant au fur et à mesure qu’il se fait ».
Répondant à la question de Michel Métresse qui l’interrogeait sur son pseudonyme, Lionel Ray dit : « J’ai pris un nom nouveau pour ne pas être prisonnier de ce que je faisais auparavant. Personne ne connaissant Lionel Ray, j’étais dans un état de liberté totale. Je n’ai d’ailleurs jamais été aussi heureux par l’écriture qu’à ce moment-là. Aussi hasardeux qu’ait été le choix de ce pseudonyme -car je n’ai réfléchi ni sur le nom ni sur le prénom-je me suis aperçu après coup que c’étaient mes initiales inversées » {8} ..
Dans son recueil L’invention des bibliothèques qui réunit les poèmes du mystérieux Laurent Barthélemy (un autre pseudonyme !), Lionel Ray écrit, après avoir avancé la phrase d’Aragon « …nous sommes à l’époque des hommes-doubles… », que « C’est curieux comme le fait de s’imaginer autre que celui qu’on est, permet toutes les libertés. Ou presque. » {9} .
Dans Nuages, nuit , paru plusieurs années avant, il commente son infidélité à son propre nom et à son écriture changeante : « L’infidélité à soi-même est la règle de toute sincérité, ma règle » {10} .
Agrégé de lettres modernes et professeur honoraire de chaire supérieure en classe de « Khâgne », Lionel Ray écrit et publie depuis 1971, sous son pseudonyme qui fait oublier son vrai nom, de nombreux recueils de poèmes {11} et de livres sur la poésie et les poètes, anciens et modernes {12} , ainsi que sur les peintres et les graveurs.
Parmi ses publications on cite surtout :

- Approche du lieu (Editions Ipomée, 1986)
- Le nom perdu (Gallimard, nrf, 1987)
- Une sorte de ciel (Gallimard, nrf, 1990)
- Comme un château défait (Gallimard, nrf, 1993 et 2004)
- Syllabes de sable (Gallimard, nrf, 1996 et 2004)
- Pages d’ombre suivi par Un besoin d’azur et de Haïku et autres poèmes (Gallimard, nrf, 2000)
- Matière de nuit suivi de Eloge de l’éphémère (Gallimard, nrf, 2004)
- Non à la guerre. (Anthologie, éditions Turquoise, 2006)
- L’Invention des bibliothèques. Les poèmes de Laurent Barthélemy (Gallimard, nrf, 2007)
- Entre nuit et soleil (Gallimard, nrf, 2010)
- Tout est chemin. Anthologie de poésie bengalie contemporaine (Editions Le Temps des Cerises, en collaboration avec la traductrice Sumana Sinha., 2007)
- Le Procès de la vieille dame. Eloge de la poésie (La Différence, 2008)
- Lettres Imaginaires. Vers et Proses (éditions Henry-Les Ecrits du Nord, 2010)

Plusieurs poèmes de Lionel Ray ont été traduits en une vingtaine de langues (anthologies, journaux, revues, livres personnels).

De nombreux prix souvent de grande valeur ont été décernés à la poésie de Lionel Ray et témoignent de la reconnaissance dont elle jouit : le prix Mallarmé (1981), le prix Méridien (1983), le prix Antonin Artaud (1990), le prix Supervielle (1994), le prix Guillevic (2000), le prix Kowalski (2000) et, bien sûr, le prestigieux prix Goncourt de poésie (1995) ainsi que le Grand Prix de poésie de la Société des Gens de Lettres (2001).

Lionel Ray est président de l’Académie Mallarmé, membre de l’Académie européenne de poésie et du comité de la revue « Europe ».
« L’inépuisable enchanteur de la parole »
Par quels mots commencer quand il s’agit de présenter Lionel Ray dont la poésie embrasse large, infiniment pétrie de cette grâce insigne des « Syllabes nouées au silence, gorgée de pluie et de soleil » {13} , captivante au suprême comme rarement une autre dans la française modernité poétique ?
Les mots de nous autres, exégètes ou commentateurs de cette fabuleuse conduite verbale qu’est la poésie, se raréfient, se perdent ou risquent même de paraître indigents, pauvrement en deçà de ces irrésistibles paroles enchanteresses, dés lors qu’ils se penchent, pour les dire, pour surtout saisir la lumière chaude, la lumière rassurante enclose dans leur chair, sur ce Partout ici même {14} , ces Nuages, nuit {15} , ce Comme un château défait {16} ces Syllabes de sable {17} , ces Pages d’ombre {18} , cet Eloge de l’éphémère {19} , ou encore cet Entre nuit et soleil. Livres pleins de grâce où Lionel Ray, en « inépuisable enchanteur de la parole » {20} , animé d’un souffle comme prophétique, cesse de se souvenir pour inventer : « Je ne me souviens pas, j’invente », écrit-il dans Lettre ouverte à Aragon sur le bon usage de la réalité {21} . Inventer les mots, comme incertains, qui affranchissent l’être de lui-même, de sa vaine mémoire, et qui, par delà sa plume de poète plongée dans cette difficile « Matière de nuit » {22} qu’est la création, effacent les bornes du visible et percent la face voilée de l’inconnu luminifère pour saisir la beauté de l’inépuisable. Pour cela, il faut être double : « Je est un autre » précisait Arthur Rimbaud dans l’une de ces Lettres dites du voyant, et Lionel Ray, on le sait, est en même temps Robert Lorho, né quelque part dans les Yvelines, en 1935, et qui, en 1970, change de nom. Peut-être afin de mieux s’imaginer autre que celui qu’il est, afin de mieux échapper au souvenir de lui-même et du monde visible, atteindre à cette impossible liberté rêvée comme une jouissance pleine, inexprimable : « C’est curieux comme le fait de s’imaginer autre que celui qu’on est, permet toutes les libertés. Ou presque. », constate Lionel Ray à l’ouverture de son livre L’invention des bibliothèques {23} où il dit d’excellentes choses de ce « mythe appelé poésie » et de lui-même, poète à l’acmé de son art, qui, pour s’ouvrir à l’intuition poétique qui l’élève et transcende son éternel « besoin d’azur » {24} , aime à se prendre pour « un poète imaginaire », à se faire un double qui n’est « ni spectre ni reflet ni simulacre, mais une projection dans le non-visible de l’imaginaire » {25} . Une projection à travers cet écran qu’est le langage dont il remodèle avec une rare élégance les formes et redessine la mélodie, tout en délicatesse, afin d’optimiser sa valeur expressive et l’affect savoureux, l’émotion, délicieuse et belle, dont il est porteur et qui jaillit de cet harmonieux alliage par fusion du rêve avec la perception, avec cette mystérieuse voix, plus vraie et pénétrante que le vacarme de notre monde, et qui migre de « l’autre côté brûlé du très pur » {26} . Car, pour Lionel Ray, « Ecrire n’est peut-être rien de moins que ré-apprendre le langage des sources, et, loin de l’incurable mélancolie des regrets, se mettre à l’écoute du savoir muet des choses, de ce théâtre de l’anonyme, ouvrir de rares portes, circuler dans une ville étrange où l’on se perd et l’on n’est plus qu’entre soi et soi » {27} .
Visionnaire, trouvant ses ressorts et sa force dans le langage qu’elle réécrit, renouvelle et assouplit, s’érigeant sur « les ruines de l’alexandrin et du vers libre » {28} et ne cédant jamais à « la facilité sentimentaliste » {29} , la poésie de Lionel Ray est secrètement gouvernée par l’inévitable regard d’un Dieu caché qui rappelle au poète sa nature périssable et qui pour cela le conduit de plus en plus, de mieux en mieux, vers l’univers curieusement impérissable de l’éphémère beauté des mots féconds lancés comme des grains d’or dans les textes, des images novatrices, issues du songe venant en foule et en enfilades, des sonorités, « musique sur les blessures » {30} au ruissellement mélodieux :

Toi que je ne connais pas
toi dont la voix n’est entendue
de personne
pareille
aux astres incertains dont on cherche
en vain
le sens
ouvre-moi l’espace où je puisse enfin
me perdre
parmi les jouets morts
les horloges sans regard
les interrogations inutiles
emporte-moi dans ta nuit
là où la vérité
rien que poussière
flotte
parmi les décombres {31}

Dans cette poésie à la fraîcheur apaisante, les frontières entre les éléments verbaux tendent à s’évanouir, les marques pausales n’apparaissent que sporadiquement et les niveaux textuels s’entrelacent harmonieusement, les vers avancent à pas comptés, sans emphase ni enflure. L’expression tantôt se condense, connotative et multipliant les strates sémantiques, tantôt se déploie, légère, flottante et voluptueuse :

Mourir ma toute blonde, entre tes cuisses, en ce
Jardin, disparaître en château de chair, mourant
En douce prison fenêtre close la fleur du monde :
si violentes les aubes et vivante la mort {32}
Une prodigieuse entreprise artistique
Au-delà des prix prestigieux et de la critique souvent positive, voire élogieuse, dont a bénéficié l’œuvre de Lionel Ray, il y a la poésie elle-même. Une poésie qui s’impose par sa force et son énergie, par cette « difficile simplicité », par cette beauté verbale qui l’enveloppe comme une lumière, et qui, de livre en livre, n’a fait que mûrir et se confirmer : « Il s’agit d’une beauté phréatique, constate Charles Dobzynski, d’une beauté presque impalpable, mais fortement magnétique, produit quintessencié d’une lente distillation des années, de la conscience de plus en plus dilatée du temps (…). La poésie a toujours été chez Lionel Ray une grande machine sophistiquée à géométrie variable, dont la principale fonction consiste à réinventer simultanément le sens de la vie et la modulation du langage » {33} .
Ecrire et vivre
En effet, cultivant la suprême beauté de la forme et tendant à une lumière tout aussi intense que douce jaillissant du fond des mots et des sonorités, la poésie de Lionel Ray qui a d’abord été sérieusement influencée par les recherches formalistes et linguistiques des années soixante et soixante-dix (Jakobson, Barthes, Revue Tel Quel, etc.) ainsi que par une certaine tendance à la désarticulation du texte, la fragmentation de la syntaxe, l’opacité sémantique et l’exclusion du Moi de l’espace énonciatif du poème {34} , a vite progressé vers l’essentiel qui est « la réinvention du sens de la vie » : la vie dans son intensité et sa profondeur, « la vie superlative » {35} , la vie vraie dont rêvait aussi, avant lui, Arthur Rimbaud, par-dessus la poésie elle-même qui à la fin n’était que « des rinçures » !
Pour Lionel Ray, il s’agit précisément, non pas de rejeter la poésie, mais de « saisir la coïncidence la plus exacte possible entre écrire et vivre » {36} , « faisant table rase de [ses] fausses terreurs comme de tout terrorisme linguistico-théorique » {37} .
Commentant cette « coïncidence la plus exacte possible entre écrire et vivre », François-Michel Durazzo note que « Rarement la réflexion sur le langage n’est aussi imbriquée dans le vécu. Vivre et écrire sont la même chose, et la poésie n’a rien à dire d’autre que le rapport du « je » au monde et au temps » {38} : écrire pour dire la vie, pour la chanter, la transcender, la retrouver au bout de son rêve. Cela ne va pas évidemment sans l’implication dans la création poétique du Moi individuel, lyrique, éclatant de lui-même, ouvert au monde et attentif aux signes de l’univers : « Ecrire n’est peut-être rien de moins que ré-apprendre le langage des sources, de ce théâtre de l’anonyme, ouvrir de rares portes, circuler dans une ville étrange où l’on se perd et l’on n’est plus qu’entre soi et soi » {39} .
Trouver « l’inépuisable »
Tout cela mène naturellement à l’émotion et à sa mise en parole et en musique, loin de toute inutile et fade « machinerie textuelle » {40} à laquelle ceux que Lionel Ray appelle ironiquement « les travailleurs du texte » {41} risquent de réduire la poésie : « Réduire le champ de la poésie à la seule auscultation du langage a surtout pour but de congédier la vie, c’est un réflexe d’assis, car la poésie engage à beaucoup plus qu’à la simple composition de poèmes » {42} . Elle transmet, par ce « chant sous les mots » {43} l’émotion du Je aux prises avec la vie et avec ce mystérieux « inépuisable » {44} , invisible pour les yeux et que les mots du poème aident à saisir, à sentir.
Mais où se trouverait-il donc cet « inépuisable » ou cet « inconnu » dont la précieuse lumière s’exfiltre des mots du poème comme des lamelles des persiennes {45} ? Serait-il en dehors de la vie ou en elle-même ?
Lionel Ray semble croire qu’il est au fond d’elle, tapi dans ses couches les plus profondes et secrètes, dans ce qu’il appelle pour désigner la vie elle-même « La vie l’étrange vie » {46} :

une végétation indéchiffrable
La vie comme une phrase perdue une lueur
Innommable
diffuse
furtive
A travers ciel
dans l’inhumaine étendue
(…) ces portes qui s’ouvrent sur un autre monde
Comme une grâce {47}

C’est par le poème vécu comme une espèce d’ascèse, une relecture de soi-même et du monde, une renaissance, que Lionel Ray semble atteindre à cette étrange profondeur de la vie. Une profondeur ou une plénitude ou encore un absolu qui constituent un au-delà de la vie elle-même et où se lève cette clarté lumineuse et belle que le poète tend constamment à réconcilier avec l’obscurité : « la matière de la poésie touche à ces deux extrêmes qui ne sont opposés qu’en apparence : l’ombre et la lumière que je voudrais réconcilier » {48} . « Entre nuit et soleil », a-t-il intitulé son dernier recueil {49} , après avoir placé ses poèmes publiés en 2004 sous le titre de « Matière de nuit » {50} par lequel il désigne la poésie elle-même, ses images qui s’élaborent au fil des rêves nocturnes, lors du sommeil, et qui sont recueillies par le matin où il a l’habitude d’écrire ce qu’il a vu, imaginé ou rêvé la nuit. La poésie naît alors de la nuit comme la lumière jaillit de l’obscurité. Toute l’entreprise poétique de Lionel Ray serait en dernière analyse une marche constante, répétitive et mélancolique, de la nuit vers le jour, de la douleur intériorisée et silencieuse vers l’émotion ; celle qui n’est pas seulement éprouvée par lui-même, mais qu’il parvient à faire éprouver à son lecteur en maniant ses outils magiques de poète : « Lionel Ray, note François-Michel Durazzo, sait que seules la lucidité et la quête de la transparence, alliées à une élégance sobre, permettront à sa langue de porter l’émotion qui la suscite. Plus que jamais, il est question d’être soi-même, passionnément, sans concession, de faire de la poésie ce « connais-toi toi-même » si nécessaire » {51} .
« De la musique avant toute chose »
Faire, comme Lionel Ray, de l’émotion le fondement-même du poème, c’est attacher une importance première à cette précieuse inflexion tonale absolument forte ayant marqué un grand pan de la poésie française surtout des XIX° XX° et XXI° siècles et qui est bien sûr le lyrisme : nom d’une tonalité principale et décisive, mais aussi de toute une écriture littéraire, poétique, se construisant autour du Je, énonciateur, énoncé et énonciataire {52} et cherchant à se faire d’abord musique, musique avant toute chose, telle que la voulait aussi le poète musicien Paul Verlaine, musique émue, passionnée, qui monte du fond de l’être comme un chant intérieur : « La parole se fait spontanément rythme dès que l’homme est ému », dit Léopold Sédar Senghor {53} .
En effet, ne l’oublions pas ! le mot « Lyrisme » est construit sur « Lyre » (latin : lyra) qui désigne un instrument de musique antique à cordes dont on jouait au XVIème siècle pour faire l’accompagnement musical d’un certain genre de poésie faite pour être chantée.
Apparaissant, d’après Ludmila Charles-Wurtz en 1829, sous la plume du poète Alfred de Vigny, le mot « Lyrisme » a nommé « à l’époque romantique le « mouvement lyrique du style, de l’expression » {54} et a pris chez les romantiques « le sens d’exaltation » {55} ; une exaltation portée par le souffle, le gosier et la voix et que traduit la parole d’abord comme production sonore orchestrée selon un rythme prosodique et avec des phonèmes vocaliques et consonantiques, avec des temps forts et des temps faibles distribués dans la parole par le mouvement intérieur la sous-tendant et la faisant jaillir et qui est celui de l’homme qui « chante comme il respire » {56} .
Il s’agit en fait pour Lionel Ray comme pour tout poète lyrique de ne pas dire son émotion, mais de la chanter {57} , c’est-à-dire couler les mots qui la portent et l’expriment dans une construction rythmo-vocalique apparentée à celle du chant {58} et qui, en communiquant la vibration intérieure du poète, fait résonner en même temps le cœur du lecteur.
C’est en définitive une intersubjectivité qui passe à travers le canal du chant : le poète fait chanter les mots en se chantant lui-même et en enchantant son récepteur. C’est un « état chantant » qu’il crée dans le poème et qui correspond à une harmonie sonore à laquelle le poème doit sa beauté et sa saveur vivante aidant à faire jaillir l’émotion, le ravissement, le vertige-même.
Lionel Ray qui avoue être influencé par l’un des plus grands poète musiciens français, Paul Verlaine {59} , par sa mélancolie douce, par sa musique berceuse, est en plein dans cet « état chantant » que sa poésie vise en permanence : « L’identité d’un poète, affirme Charles Dobzynski, se forge dans l’écriture, de texte en texte, et pour ce qui est de Lionel Ray dans la création systématique de cet « état chantant » auquel il tend et qui loin d’être un vague substitut du lyrisme en est au contraire l’incarnation incandescente et remodelable {60} ».
Oui, c’est bien cet « état chantant » qui fait toute la grâce de la poésie de Lionel Ray et que confirme aussi Olivier Barbarant dans sa préface {61} . C’est un état savoureux que notre poète parvient à créer en jouant subtilement sur la ligne sonore du poème, sur la courbe mouvante des rythmes, sur la tension des rejets, sur la mélodie des voyelles et des consonnes, sur « le montage peu élaboré de la phrase » {62} , sur la « ponctuation raréfiée ou renforcée » {63} selon les besoins de la continuité rythmique uniforme ou mouvementée et que marque le souffle intérieur du poète : « Il n’est pas un poème de Lionel Ray qui, par la mystérieuse transmutation des mots les plus simples en vocables poétiques, n’infuse en nous un obsédant et fragile accord musical », remarque à juste raison Bernard Mazo dans son article « L’infini bruissement de la mémoire » {64} qu’il consacre à l’un des tout derniers recueils de Lionel Ray, Entre nuit et soleil {65} .
Pour mieux illustrer notre propos sur cette musique marquante et décisive de l’exceptionnelle beauté de la poésie de Lionel Ray, voilà ces vers :

Le temps est vieux, le temps est vain,
vieillard impénétrable,
en lui tu respires, tu t’éloignes.

Comme la nuit est longue
et lourde ! et l’encre si noire !

Tu inventes d’autres rumeurs
et le temps parmi d’autres mots obscurs
sème ses ombres sur la mer.


Constituant le 24 ème poème de Comme un château défait {66} , ce morceau est construit majoritairement sur des mètres longs : décasyllabe (vers 7), ennéasyllabe (vers 3) et octosyllabe (vers 1,6 et 8) {67} . Des mètres qui favorisent un rythme plutôt ample et lent qui est ici souvent binaire, c’est-à-dire en deux mesures plutôt asymétriques frappées par des accents mobiles longs et comme élastiques, aériens, qui épousent les modulations tendres de la voix du poète chantant à l’intérieur du poème.
Marqué par des rejets aisés et souples (vers 1-2,4-5,7-8) ainsi que par quelques parallélismes syntaxiques et anaphores (vers 1 et 3), ce rythme plutôt croissant (vers 2 : 2/4 ; vers 3 : 2/7 ou 2/3/4 ; vers 4 : 1/6 ; vers 5 : 2/5 ; vers 6 : 3/5 ; vers 7 : 3/7 ou 3/3/4 ; vers 8 : 1/7 ou 1/3/4) produit des effets d’ouverture, de continuité et de fluidité mélodieuse agréable à l’oreille et qui en même temps imite l’écoulement du temps.
La cadence (la mesure) binaire, majoritaire, ouvre le morceau et encadre, dés le vers inaugural déterminé par une quadruple répétition (lexicale, syntaxique, prosodique et phonique) et une symétrie absolue servie aussi par la paronomase (vieux -vain), son objet (le temps). C’est de la légèreté, de l’aisance et de la grâce qu’elle apporte à ce poème pourtant grave. Elle annonce aussi cette continuité répétitive, tournante, du temps éphémère. Une continuité qui prend ici une forme phonique jalonnée par des arrêts et des reprises (la marque pausale à la fin de chaque strophe suivie par la majuscule en tête de chaque strophe), une alternance d’une parole endolorie avec un silence méditatif.
Comme les notes longues en musique, les nombreuses voyelles ouvertes apparaissant de manière régulière dans la chaîne des vocables (vers 1 : /E/ ; vers 2 : /a/ ; vers 3 : /E/ ouvert et /a/ ; vers 4 : /O/ ouvert ; vers 5 : /à/ ; vers 6 : /à/ et /œ/ ; vers 7 : /à/ ; vers 8 : /E/), favorisent ces effets d’ouverture, de glissement et de fluidité rythmique et sonore.
Les consonnes dites « continues » /v/ (labio-dentale, vers 1,2 et 6), /r/ (vibrante, vers 2, 3, 5, 6, 7 et 8), /l/ (liquide, vers 1, 2, 3, 4, 5, 6, 8) et /m/ (bilabiale, vers 4,6, 7 et 8) soutiennent aussi cette continuité, ce glissement et cette mollesse douce.
La composition phonique du dernier mot du poème, « mer », et qui contient la consonne dite continue /m/, le /E/ouvert et la consonne dite continue aussi /r/, crée à la clôture une note longue et prolongée sur laquelle est suspendue la mesure (point d’orgue) pour laisser place à l’émotion.
Grâce à tous éléments judicieusement combinés (mètres longs, rythme croissant, cadence binaire, rejets aisés, parallélismes syntaxiques, voyelles longues et consonnes continues, etc.) mais aussi à ce je-ne-sais-quoi qui procède du génie du poète, ce poème est reçu comme un chant sollicitant le cœur par l’oreille, une mélodie savoureuse et aérienne qui transcende le vague à l’âme et la désespérance face au temps de la vieillesse, au temps qui « mange la vie » {68} , cet « obscur Ennemi qui nous ronge le cœur » {69} .
Afin d’apprécier cette musique poétique qui est le principal constituant du lyrisme de Lionel Ray et qui est grâce, voici cet autre chant pour la mémoire situé dans la 7 ème section, « Terrible est le visage du temps… », de Syllabes de sable {70} :

Mémoire
tu ne cesses pas.
Il y a des années que je meurs
dans ton œil éteint.

Des années
que je me cherche
dans tes forêts
innombrables.

Les morts que j’aimais
viennent manger le sommeil
dans ma main.

La nuit, brouillard qui tourne,
se répand
par lunes et chiens

Là aussi, la musicalité savoureuse est produite par un rythme plutôt croissant et répétitif qui se construit sur des vers pour la plupart courts (vers 1, 2, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14) {71} et impairs, dominés surtout par le pentasyllabes (vers 2, 4, 9 et 14) et le trisyllabe (vers 5, 8, 11 et 13) {72} qui sont des mètres dotés d’une permanente flexibilité favorisant leur rapide tempo (mouvement/ allure). Ce sont aussi des vers dont la brève imparité {73} leur apporte davantage de plasticité et d’aisance et appelle aussi les multiples rejets se produisant tout au long du poème et créant régulièrement des effets de chute ou de cascade de nature à accentuer le mouvement rythmique (le tempo) dans lequel s’exécute ce chant élégiaque à l’adresse de la mémoire qui a, comme le Temps, englouti les êtres et le poète !
Le retour quasi régulier d’un rythme croissant épouse la cadence-même de cette mémoire incessante, forte, lancinante telle une douleur vive, et inlassablement ouverte sur le passé et sur la mort.
La régulière alternance des temps forts et des temps faibles (des mesures longues et des mesures courtes) apporte à ce poème une mélodie constante jalonnée par des pauses et des reprises continues marquant son rythme et lui apportant de l’air.
La musicalité est due aussi à « l’harmonie par répétitions » {74} qui caractérise la structure sonore du poème {75} (surtout les allitérations en /m/, en /n/ et en /r/ et les assonances en /a/, en /e/ et en /E/) ainsi qu’à « l’harmonie de sons complémentaires » {76} résultant de la complémentarité mélodique des phonèmes dans l’ensemble du poème : les consonnes continues /m/, /n/, /r/, /s/, /f/ et /l/ (dans les vers 1, 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 14) s’allient bien aux voyelles ouvertes /a/, /œ/ et /E/ ainsi qu’à la voyelle claire /e/ (dans les vers 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, et 12) {77} .
Mentionnons enfin le retour cyclique de la voyelle nasalisée, mi-ouverte, dite claire /E/ se répétant comme une rime à la fin de la première, troisième et quatrième strophes (éteint, main, chiens) et favorisant le rythme tournant de cette mélodie.
Pour conclure sur la musique de Lionel Ray, rappelons que le nouveau lyrisme de celui-ci est essentiellement chant, une solide alliance intime du verbe au chant, un chant du langage qui compense la douleur, une « musique sur les blessures », comme il l’écrit dans l’un des morceaux de Pages d’ombre {78} :
« Ma poésie parle de ce qui est en perte, de ce qui passe et qui échappe, aussi de ce qui manque, de « la vraie vie » absente en quelque sorte. Mon ambition qui est celle, je crois, de tout poète, est de compenser cette perte par le gain du chant » {79}
« Je est un autre »
« Si la poésie lyrique se fait musique, c’est pour faire résonner le « cœur » humain, siège de la subjectivité », conclut Ludmila Charles-Wuntz {80} . Michel Zink exprime presque cette même idée, quand il avance dans La Subjectivité littéraire l’hypothèse que « Le chant, qui caractérise la poésie lyrique à son origine, favorise la réappropriation du discours par son interprète » {81} , c’est-à-dire par le Je ou par une autre personne renvoyant au Je ou le représentant dans le poème. Car « le texte lyrique, écrit Jean-Michel Maulpoix, est par excellence celui où le poète dit « je » ; et le lyrisme reste pour l’essentiel une affaire de subjectivité » {82} . Une subjectivité qui s’épanouit dans le texte et dont le lyrisme est « à la fois le signe et le résultat », comme le note Georges Molinié

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