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Nul désordre

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"Je cherche et j’ai trouvé des poèmes au bord de la mer, comme on cherche des fragments de bois ou de pierre étonnamment travaillés et polis par les flots. Ces poèmes résultent eux aussi du long travail, du long séjour de quelque chose dont l’origine, la nature première m’échappent (comme je ne saurais dire d’où viennent ce galet, ce poisson de bois lourd), dans un milieu laborieux qui est moi-même — conscience ou inconscient continuellement en mouvement. Les plus gros blocs d’expérience doivent à la longue s’y réduire en formes nécessaires et singulières, complices des yeux (du lecteur)."
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HENRI THOMAS
NUL DÉSORDRE poèmes
GALLIMARD S. P.
Pour BÉATRICE MOULIN.
PAR EXPÉRIENCE
Je cherche et j’ai trouvé des poèmes au bord de la m er, comm e on cherche des fragm ents de bois ou de pierre étonnam ment travaillés et polis par les flots. Ces poèm es résultent eux aussi du long travail, du long séjour de quelque chose dont l’origine, la nature prem ière m ’échappent (com m e je ne saurais dire d’où viennent ce galet, ce poisson de bois lourd), dans un m ilieu laborieux qui est m oi-m êm e — conscie nce ou inconscient continuellem ent en m ouvem ent. Les plus gros blocs d’expérience doivent à la longue s’y réduire en form es nécessaires et singulières, com plices des yeux(du lecteur).
*
Il m’est arrivé de retrouver la poésie, après des m ois de silence. Mais, écrivant de nouveau des poèm es, avec quoi étais-je de nouveau e n contact et com munication, en dehors d’un certain langage im agé et rythm ique ? Le r ythm e ainsi que l’apparition des images sont liés à un certain état du corps (alors que le raisonnem ent en est relativem ent indépendant). Chez moi cet état est certainement celui de la santé, — celui où le corps tend à ne plus m’être présent que com me l’œil est présent entre ce que je vois et… moi-m êm e. On dirait que le corps cesse d’être, au profit de tout ce qu’il révèle. Il est l’unique révélateur, et à ces m om ents, uniquem ent révélateur, ne revendiquant pas d’autre rôle.
*
Marchant sur la route, je m e faisais une canne d’une branche ou d’un grand roseau-bambou. Je frappais le sol sec, suivant un r ythm e q ui surgissait spontaném ent et s’im posait le m êm e durant toute une promenade. Le lendem ain surgissait un autre r ythm e, également spontané et unique, et j’aurais cherché en vain à retrouver celui de la veille. Et ainsi de suite. Il est évident que chacun de ces r ythmes était lié à l’état de mon corps à ce m oment — à la rapidité, l’am plitude plus ou moins grande du pas, dictée par la force m om entanée. Ces r ythm es apparaissaient exactem ent com me celui du poèm e qu’il m ’arrivait d’écrire au cours m êm e de cette m arche. Son mètre, sa cadence, étaient tout aussi spontanés, et tout aussi im possibles à retrouver le lendem ain. Le lang age inter venant, (la m usique,com me j’im agine, aurait pu inter venir chez un compositeur)oulage dee, m e restait un poèm , il m l’instant.
*
Le fait que le genre de bien-être provoqué par l’alcool ou les excitants pharm aceutiques non seulem ent ne m ’a jam ais stim ulé à écrire le m oindre poème, m ais a m êm e eu l’effet de m ’en ôter la possibilité, m e prouve que le poèm e es t lié à des r ythm es corporels très profonds, sur lesquels aucune euphorie factice ne peut rien. Peut-être m êm e ce qu’on appelle santé n’en est-il qu’une m anifestation impar faite (èneelle serait encore une euphorie, un phénom superficiel)oi, que leais aus si inconnue de m . C’est sans doute à une vie aussi réelle, m fonctionnem ent de m on cœur, de m on cer veau, la façon dont som m eil et réveil inter viennent, — que la poésie est liée.
Porto, Corse.
HIER ET DEMAIN
Nous passerons la mer brumeuse ou bleue, Nous entrerons au pays sans horloges, Un arbre mort est couché sur la plage, Son ombre et moi nous devons nous rejoindre. Quittons les oripeaux de la patience, Et ces travaux qui n’aident que la mort, Les villes sont des piles de cercueils, Hautes ici, plus loin presque écroulées. Les fleurs plaquées au rocher par le vent, Lorsque la pluie aux longues jambes court, Et que la mer est un seul grondement Dans la panique à la fin des beaux jours, Ces fleurs là-bas sous la lune reviennent, La vague traîne un filet d’or, un phare Scintille au fond de la vie ancienne, Une main folle’a défait mes amarres.
UN CIEL
Si dangereux, si mal fermé, Le grand bond, l’accomplissement, L’abîme du vitrage ôté Sur un brusque ensoleillement, Trois fois aveugle et fou d’étoiles, Le froid de l’aube au fond des moelles, Divisé, mutilé, grandi, Le souffle parmi les débris Redit la forme disparue, Temple remonté de la mer, Les oiseaux passent au travers, Il n’y a rien qu’un ciel très clair.
PourArm en Lubin.
LE FEU
Ils regardaient la bataille des étincelles, Qui ne sont qu’abandon du brasier, Mais voici que l’arbre entier qui flambait Se leva, trébuchant sur les pierres noires, Et marcha vers eux. Ils allaient voir comme c’est au centre, Les bonshommes du pourtour, les gens de cendre ! Un seul lit face et tint ses yeux ouverts. Il raconte qu’un homme s’avançait vers lui, D’aspect robuste, plus très jeune, Et passant près de lui, fit seulement un signe Comme : « Bonsoir », mais distrait Ou méfiant, et prit sans hésiter le sentier. On a vu pourtant de la vallée le feu gravir longtemps la montagne. À quoi servent les yeux ? Qu’est-ce qui se passe Sous la voûte des os plus chauds que cette pierre ? Si l’arbre en feu était un homme, Tel que vous et moi, Dans quel monde sommes-nous, dans quelles montagnes ? Un signe, au moins, avant le rendez-vous de cendre !
LECORPS
Qui étais-je ? Comment tombé ? Quel poids pesait ? Le soleil divisait vainement les nuages, Cet endroit n’était pas la mer ni le rivage, Ni l’air toujours joyeux sous d’invisibles proues, Cet endroit n’était rien, j’étais là tout entier, Le grand vent comme hier s’enroulait au pilier Qui ne reposait plus sur rien. Pourquoi debout ? Je n’entendais plus rien dans l’atelier profond Que le mouvement fou d’une aile machinale, Une porte qui bat dans le vent de partout, Et ça tenait debout par la seule raison Que c’était là. Le souffle étouffait là-dessous, Lui qui si librement me joignait à la vie, À l’écharpe de brume à l’épaule des vagues, Au cratère des fleurs, à la bête endormie, À la montagne qui s’avance dans la pluie, Quand remontaient sans fin les anneaux de la drague Des vertèbres, puisant et versant la magie. Il naît peut-être au bord du ciel une nuée Traînant comme une grande forme à la renverse, Celle que le soleil déchirait sur sa herse Autrefois, dans un temps de feux et de rosée, Rien que sa chevelure errant en longue averse Sur le sommeil des yeux scellés, des mains nouées !