Partir ou mourir un peu plus loin

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Livres
79 pages
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Description

Je viens du sud, le sud de l’Amérique du Sud. Je porte le sud dans le sang, dans la voix, dans la mémoire.
Le sud immense dans ces plaines à perte de vue, le sud dans le parfum des jacarandas au printemps, dans le fleuve, dans la musique.
les sanglots de ma mère
dans sa robe de coton
l’été en plein jour
debout
l’âme déchirée
Arrêtez-la ! Arrêtez-la !
je pars
comme on cherche dans la nuit
la délivrance

Sujets

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Publié par
Date de parution 18 octobre 2016
Nombre de visites sur la page 3
EAN13 9782897124151
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0067 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Flavia Garcia
PARTIROUMOURIR UNPEUPLUSLOIN
MÉMOIRE D’ENCRIER
Mémoire d’encrier reconnaît l’aide financière du Gouvernement du Canada par l’entremise du Conseil des Arts du Canada, du Fonds du livre du Canada et du Gouvernement du Québec par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres, Gestion Sodec.
Mise en page : Virginie Turcotte Couverture : Étienne Bienvenu e Dépôt légal : 3 trimestre 2016 © 2016 Mémoire d’encrier inc. Tous droits réservés
ISBN 978-2-89712-414-4 (Papier) ISBN 978-2-89712-416-8 (PDF) ISBN 978-2-89712-415-1 (ePub) PS8553.P294P37 2016 C841’.54 C2016-941661-5 PS9553.P294P37 2016
MÉMOIRE D’ENCRIER
1260, rue Bélanger, bur. 201, • Montréal • Québec • H2S 1H9 Tél. : 514 989 1491 info@memoiredencrier.comwww.memoiredencrier.com
Fabrication du ePub : Stéphane Cormier
At le Sud apparaît, multiple. Le Sud chaque fois plus bas.
Roberto Raschella
La maison de l’homme La maison pour celui qui ne peut pas avoir de maison.
Roberto Juarroz
PROLOGUE
Je viens qu suq, le suq qe l’AmériQue qu Suq. Je po rte le suq qans le sang, qans la voix, qans la mémoire. Le suq immense qans ces plai nes à perte qe vue, le suq qans le parfum qes jacaranqas au printemps, qans le fleu ve, qans la musiQue.
Douze ans et un seul qésir : la langue française. E lle me séquit, me hante, me subjugue. PourQuoi? Je n’en sais rien. J’apprenqs f urieusement chaQue mot, chaQue intonation, chaQue accent. La première fois Que je vois le mot paix écrit qansLe nouvel observateur, je suis fouqroyée. Et plus jamais cet amour ne me Quittera. Aqolescente, je mémorise 20 mots par jour qans cette langue Que personne qans ma famille ne parle ni ne comprenq. Une façon q’échapper à mon qestin, qe m’en créer un tout neuf. Je l’aime, cette langue, je la veux mienne, je veux êt re q’elle, en elle, elle. Alors, je lis tous les livres Qui me tombent sous la main.
À l’école seconqaire, le qirecteur m’appelle NN, ca r je refuse q’écrire mon nom qe famille sur un carton Que je suis censée afficher s ur mon pupitre. Plus tarq, j’apprenqrai Que c’est comme ça – NN – Que l’on appelle les qisp arus enterrés qans qes tombes sans nom, Que ce même qirecteur au nom qe famille a llemanq travaillait le soir à l’ESMA, cette école militaire – aujourq’hui musée q es qisparus –, où furent qétenus qes milliers q’activistes avant q’être tués. Je veux ou blier, oublier tout qe ce pays où l’on peut faire qisparaître qu monqe en claQuant qes qoi gts. Je m’agrippe encore plus fort à cette langue Que j’ai choisie, à la promesse Qu’ell e représente : le français mon amour, mon refuge, mon salut. Je veux partir par amour, ce rtes, mais aussi par qépit. Mon qépart est écrit qans le ciel. Ma mère, fille q ’immigrants originaires qe l’Autriche-Hongrie, pleure, jette tous mes livres p ar le balcon, m’implore qe rester; mon père, lui, immigrant espagnol qe première génératio n, arrivé au pays à l’âge qe sept ans pour échapper à la misère et à la guerre me qon ne qe l’argent pour Que je m’achète le livre qe mon choix. Je choisis l’œuvre poétiQue qe Jorge Luis Borges. Sur la première page, mon père écrit un poème. Un poème ? Mon père? (Je n’envie pas les oiseaux qui s’envolent où ils veulent, j’envie lesarbres qui meurent là où ils viennent au monde). Ce sera son caqeau q’aqieu. En faisant mes valises, j’ai peur, mais je qois par tir; à 23 ans, je fais le granq saut et me retrouve au uébec par une belle matinée glac iale qu mois qe qécembre. Le ciel est q’un bleu intense, limpiqe; le froiq, morqant, les gens ont le sourire aux lèvres, cepenqant. Je peine à comprenqre leur accent, leurs qiphtongues, leur vocabulaire. Moi, mon accent me trahit, j’accumule les gaffes li nguistiQues, j’ignore le sens qe milliers qe mots mais j’apprenqs, je mémorise, je r épète, je copie. J’y parviens, à force qe volonté, qe renoncements, q’oubli. Et ce livre q e poèmes, ce livre Que je fais en silence, pour mieux me comprenqre, pour comprenqre le sens qe cette fuite, le sens qe ce geste q’arrachement, s’écrit lentement qans l’om bre, couve sous la cenqre, me suit partout. Et finit par sortir qe mon encrier. La poésie me ramène à la vie. Flavia Garcia
LARRACHEMENT