Pierre-Albert Jourdan : l'écriture poétique comme voie spirituelle

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208 pages
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Les écrits de Pierre-Albert Jourdan (1924-1981), qui fut un proche de René Char, Yves Bonnefoy ou Philippe Jaccottet, sont indéniablement ceux d'un poète : son sens intense des rythmes et des images, sa sensibilité non moins intense au monde naturel et humain, en témoignent assez.
Mais saisir dans les mots la « rencontre » du monde, et de l'invisible qu'il percevait à travers lui, n'était pas le but principal de Jourdan — et bien moins encore de « faire œuvre », et d'être reconnu pour cela dans le monde littéraire ou le grand public.
Sa pratique d'écriture visait, d'abord, à le rendre lui-même de mieux en mieux capable d'accueillir, pleinement, cette rencontre dans la nudité d'être — et la publication, toujours discrète, des « œuvres » qui en résultaient, à servir de relance pour d'autres quêteurs de vie plénière, sur leur propre chemin vers un but analogue.
C'est ce qui le rend si nécessaire, aujourd'hui, à découvrir et à fréquenter.

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Date de parution 01 janvier 2013
Nombre de visites sur la page 4
EAN13 9782849243046
Langue Français

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Pierre-Albert Jourdan
L’écriture poétique comme voie spirituelle
Collection « Portraits littéraires »
Dans la même collection :
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Couverture : Pierre-Albert Jourdan, Sans titre, vers 1960. © Gilles Jourdan © Éditions du Cygne, Paris, 2013
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-304-6
Élodie Meunier
Pierre-Albert Jourdan
L’écriture poétique comme voie spirituelle
Éditions du Cygne
à Loïc
Introduction
Il y a souvent, à l’évidence, de ces moments dans les écrits de Pierre-Albert Jourdan où la présence du monde, des êtres, s’impose à travers les mots, par eux peut-être, d’une façon qui le rend proche des poètes de sa génération dont il a été l’ami, Philippe Jaccottet surtout, ailleurs Lorand Gaspar ou Jacques Réda. Peut-on le dire un poète, pourtant, lui qui semble avoir atteint sa voix la plus propre, sa nécessité la plus intime, précisé-ment quand, vers 1970, il a cessé de se vouloir d’abord poète ? Si la parole de Jourdan a une importance rare, c’est surtout, à mon sens, à partir de ce moment où il a renoncé à écrire des poèmes, comme il le faisait depuis quinze ans, pour se tenir, jusqu’à sa 1 mort en 1981, à des « fragments » prétendant peu aux prestiges littéraires ; et, plus intérieurement, où il a rompu, ou essayé de rompre, avec un projet proprement poétique. La force nouvelle des fragments ne tient pas seulement à ce dont ils parlent : l’élan qui porte vers le monde naturel, la joie profonde des instants où la rencontre, l’accord semble enn atteint, et la souffrance de la distance ou de l’exil qui, chaque fois, leur succède – tout cela, qui peut trouver à la lecture une résonance essentielle, ses poèmes, dès les premiers, le disaient
1. Titre du deuxième recueil où il les a rassemblés. Deux tomes des œuvres complètes de Pierre-Albert Jourdan ont été édités, après sa mort, par Yves Leclair au Mercure de France. Tous les livres de fragments et le seul recueil de poèmes publié du vivant de Jourdan,La Langue des fumées, ont été repris dans le premier,Les Sandales de paille(1987), préfacé par Yves Bonnefoy ; les autres recueils de poèmes, jusqu’alors inédits, sont parus dans le second,Le Bonjour et l’adieupréfacé par Philippe (1991), Jaccottet. Les abréviationsSP etBA désignent ces volumes. Un troisième tome prévu, qui devait contenir notamment les romans et contes de Pierre-Albert Jourdan, avec une préface de Roger Munier, n’a jamais vu le jour.
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déjà. Ils évoquaient déjà aussi l’herbe et la vigne, le lézard ou l’oiseau, l’olivier, le grand pin, gures peut-être les plus intensé-ment chargées de sens dans les fragments, que Jourdan retrou-vait près de sa maison de Caromb, au pied du mont Ventoux, dès qu’il pouvait quitter la région parisienne, mal supportée, où son emploi dans un ministère le retenait la majeure partie de l’année. On sent plutôt, lisant les fragments, une justesse de voix souvent bien supérieure – qui vient sans doute, dans l’ordre littéraire, d’un afnement de la langue, au l du temps et à force d’exercice, d’un choix plus sûr, pour dire les mêmes choses, des mots et des rythmes ; peut-être d’une plus grande aisance dans les contraintes moindres de la forme fragmentaire. Il semble avoir été plus décisif pourtant que Pierre-Albert Jourdan, vers 1970, ait résolu d’assigner à l’écriture avant tout une tâche nouvelle, à laquelle il pouvait s’accorder plus entièrement, et qu’il sentait la forme du fragment particulièrement susceptible de servir. Un rôle plus radical, au sein de la recherche qui avait toujours été la sienne de faire place, dans sa vie, à la présence plénière du monde : non plus, désormais, écrire essentiellement pour dire les moments, intenses, où la rencontre avait été vécue ou approchée, an d’en préserver au moins une trace qui puisse les faire partager avec d’autres et retrouver soi-même par la lecture ; mais écrire surtout pour s’y préparer, se rendre capable de mieux les recevoir et plus durablement, en faisant de l’écriture, d’abord, le lieu d’un travail sur soi qui leur ouvre la voie. « Croire aux mots comme souliers, et non comme épingles de xation » (SP130) : le cœur de cette œuvre, ce qui fait sa force, et le prix de la démarche qui l’anime, est là, dans cette décision peu commune d’utiliser l’écriture comme moyen d’avancer inté-rieurement, par une transformation de soi, plutôt que de retenir une expérience – sans renoncer malgré tout à communiquer les écrits nés de cet exercice, et, à travers eux, quelque chose d’une dimension essentielle trop largement occultée aujourd’hui pour qu’on ait vraiment droit de se taire lorsqu’on s’en soucie :
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