Poèmes

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Émile Zola (1840-1902). Des œuvres poétiques de jeunesse du grand romancier du dix-neuvième siècle !

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Ajouté le 01 janvier 2012
Nombre de lectures 394
EAN13 9782820621764
Langue Français
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Collection
«Poésie»

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ISBN : 9782820621764



LISTE DES POEMES
LETTRE
L’AMOUREUSE COMÉDIE
RODOLPHO
L’AÉRIENNE
PAOLO
A MON AMI PAUL
CE QUE JE VEUX
NINA
VISION
À MES AMIS
LE DIABLE ERMITE
RELIGION
A MON DERNIER AMOURLETTRE

MON CHER ALEXIS,

Vous me demandez quelques fragments de mes
oeuvres de jeunesse, pour accompagner l’étude
biographique que vous avez bien voulu écrire sur
moi. Je fouille dans mes tiroirs, et je ne trouve
que des vers. Huit à dix mille dorment là, depuis
vingt ans, du bon sommeil de l’oubli.
Il serait certainement sage de ne pas les tirer de
leur poussière. Moi seul peux sentir encore leur
parfum, ce lointain parfum des fleurs séchées,
qu’on retrouve après des années entre les pages
d’un livre. Mais je cède à vos désirs, je prends
une poignée de ces vers d’enfant, et je vous les
donne, puisqu’il doit être intéressant pour vos
lecteurs, dites-vous, de voir par où j’ai
commencé. Ils seront la pièce à l’appui, après le
procès-verbal.
J’avoue que je cède aussi à un autre sentiment.
De mon temps, nous imitions Musset, nous nous
moquions de la rime riche, nous étions des
passionnés. Aujourd’hui, l’imitation d’Hugo et de
Gautier l’emporte, on a raffiné sur les orfèvreries
des poètes impeccables, on a mis la poésie hors
de l’humanité, dans le pur travail de la langue et
du rythme. Eh bien ! je veux dire que si, pour ma
grande honte à coup sûr, je m’étais entêté à fairedes vers, j’aurais protesté contre ce mouvement
que je juge déplorable. Notre poésie française,
après l’épuisement de la veine superbe de 1830,
trouvera son renouveau dans un retour au vieux
bon sens national, à l’étude vivante des douleurs
et des joies de l’homme.
Au demeurant, je n’ai pu relire mes vers sans
sourire. Ils sont bien faibles, et de seconde main,
pas plus mauvais pourtant que les vers des
hommes de mon âge qui s’obstinent à rimer. Ma
seule vanité est d’avoir eu conscience de ma
médiocrité de poète et de m’être courageusement
mis à la besogne du siècle, avec le rude outil de
la prose. A vingt ans, il est beau de prendre une
telle décision, surtout avant d’avoir pu se
débarrasser des imitations fatales. Si donc mes
vers doivent servir ici à quelque chose, je
souhaite qu’ils fassent rentrer en eux les poètes
inutiles, n’ayant pas le génie nécessaire pour se
dégager de la formule romantique, et qu’ils les
décident à être de braves prosateurs, tout
bêtement.
Chateaubriand dit dans ses Mémoires : “J’ai écrit
longtemps en vers avant d’écrire en prose. M. de
Fontanes prétendait que j’avais reçu les deux
instruments.” J’ai, moi aussi, écrit longtemps en
vers avant d’écrire en prose ; mais. si j’ignore ce
qu’aurait Prétendu M. de Fontanes, je sais bien
que je me refuse totalement l’un des instruments,
et qu’il y a des jours où je ne m’accorde pasmême l’autre.
Cordialement à vous,

ÉMILE ZOLA.

Médan, 1er décembre 1881.L’AMOUREUSE COMÉDIERODOLPHO

(FRAGMENTS)

I

Par ce long soir d’hiver, grande était l’assemblée
Au bruyant cabaret de la Pomme de Pin.
Des bancs mal assurés, des tables de sapin,
Quatre quinquets fumeux, une Vénus fêlée :
Tel était le logis, près du clos Saint-Martin.

C’était un bruit croissant de rires et de verres,
De cris et de jurons, même de coups de poing.
Quant aux gens qui buvaient, on ne les voyait
point :
Le tabac couvrait tout de ses vapeurs légères.
Si par enchantement le nuage, soudain
Se dissipant, vous eut montré tous ces ivrognes,
Vous eussiez aperçu, parmi ces rouges trognes,
Deux visages d’enfant, bouche rose, oeil mutin.
A peine dix-huit ans. Tous deux portaient épée.
Ils élevaient la voix.— Merci, mon bon Marco,
Disait l’un, ma soirée entière est occupée.
Vous boirez bien sans moi.
— Quoi ! seigneur Rodolpho,
Dit l’autre cavalier, est-elle blonde ou brune ?
Prenez garde au mari, car il fait clair de lune.
— Tu te trompes.
— Comment ! toi, notre bon buveur,
Pour vin, tu prends l’amour, et pour verre, son
coeur !
Piètre boisson, mon cher, piquette de carême !
Et le verre est petit.
Alors, vidant le sien,
Il paya. Rodolpho le saisit par la main.
Il était pâle.
— Ami, dit-il, point de blasphème !
Oh ! fou qui ne crois pas seulement à l’amour !
Ainsi, quand tu lui dis dans un sanglot : Je t’aime,
Tu ne l’aimes donc pas ? C’est un jouet d’un jour
Qu’une femme pour toi, doux jouet dont on use
Et qu’on rejette, lorsqu’un autre vous amuse.
Tu n’auras donc jamais cette fureur d’aimer
Qui brûle ? Tu n’auras donc jamais de jeunesse ?Au lieu de cette extase où je vais m’abîmer,
Ce n’est qu’un vil désir qui t’excite et te presse.
Insensé, je te plains !
Marco s’était assis.
Il se fit apporter encore une bouteille,
Il en but un grand coup, et lui dit :
— M’est avis
Que tu t’échauffes fort. Tu l’aimes, à merveille !
Mais, dis-moi, t’aime-t-elle ?
A cette question,
Notre amant sur ses pieds bondit comme un lion.
— Sang-Dieu ! s’écria-t-il, serais-je de ce monde,
Si Rosa ne m’aimait comme j’aime ses yeux !
Mais j’irais me jeter dans l’eau la plus profonde !
Elle m’aime, Marco.
— Bon, dit l’autre, tant mieux !
Mais rien n’est infini ; toujours n’est que chimère.
Hélas ! moi, j’aperçois déjà le fond du verre.
Ne crains-tu pas de voir la fin de son ardeur ?
— Ah çà ! que me dis-tu ? Sans doute tu veux
rire.
Rosita m’aime tant : je compte sur son coeur.