Qui a mis en rang les gratte-ciels ?

Qui a mis en rang les gratte-ciels ?

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96 pages

Description

« Qu'admirer de plus dans cette poésie de Lana Derkac sous le beau titre Qui a mis en rang les gratte-ciels? (Ed. M.E.O.) ? Sans doute, l'originalité des images, leur force, le souffle d'amples poèmes. Le poète radiographie le réel et nous invite à le relire, à l'aune de sa poétique imagée : les métaphores règnent sur ce territoire marqué du sceau de l'étrange. Cette poésie, prête à tout, compile les fragments de modernité et nous fait poser les questions essentielles : y circulent le tsunami, l'euro, les droits de l'homme et tant de matières, qui, naturellement offrent à cette poésie une aura d'étrangeté bienvenue. Tout y est possible, jusqu'à broder des autoroutes ou “définir sur ma paume/ où précisément commence le Sahara”. Ph. Leuckx, le Journal des Poètes.

Lana Derkac, née à Požega (Croatie) en 1969, a publié une dizaine de recueils de poèmes, deux recueils de textes brefs ainsi qu’une pièce de théâtre. Elle est l’auteur de deux anthologies de poésie, l’une en collaboration avec l’écrivain croate  Davor Šalat, l’autre avec le poète indien Thachom Poyil Rajeevan. Elle a obtenu plusieurs prix littéraires dans son pays, figure dans la plupart des anthologies croates et a été l’hôte de nombreux festivals de poésie, en Croatie comme à l’étranger. De ses poèmes ont été traduits dans une quinzaine de langues et publiés en revues ou en recueils collectifs

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EAN13 9782930333830
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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PERTURBATIONS
Janvier
Grincent en mon corps des locataires. Ils déplacent les assiettes, se coiffent, tirent la chasse des WC, tondent la pelouse, publient les nouvelles que tu enquêtes sur mes lèvres inhabituellement sombres, en extrais ensuite des pétales de rose saccagés puis les sens se multiplier sans cesse dans ton sac en coton. Dehors la neige sur chaque auto laisse une planche à voile. Il marche droit devant. Maintenant il est dans la forêt, pensé-je. Mais embrasse-moi car la neige aussi fait tendrement l’amour à la forêt, et je cherche l’harmonie. Le soir, au générique, il prépare l’examen an de s’entraîner au saut dans le lac, as-tu reconnu, en m’emmenant ici. Demain, sur les sièges de l’auto, tu trouveras la poussière de la nuit.
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Transfert
La poussière d’étoiles de toutes les cartes imaginaires, visibles le soir dans le ciel de Zagreb, m’élève, me captive, m’imprègne et je suis un gnome gigantesque descendu se mêler aux voix que parfois nous consommons par mauvais temps et alors il semble que tous deux nous ayons des ailes d’ange. Mon envol, pour nous, est en fait un stock pharmaceutique. S’il en est ainsi, fais un transfert de l’égoïsme au TOI-et-MOIïsme, ai-je demandé, mais tu étais bien trop prudent ! Peu sûr est tout comprimé renfermant une dose de phonèmes impossible à mesurer. Je préférerais t’expérimenter par le goût, afîrmes-tu, alors qu’avec une extrême obstination je cultive des parterres d’étoiles.
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Sixième sens
De ses cinq sens la neige par instants regarde, aire, touche, goûte, écoute la forêt. Elle t’a aussi entendu lorsque tu as dit :Et si tu ne différais plus l’inéluctable ? Tu l’as dit devant l’enfant car la neige sur laquelle tu te tenais n’avait pas deux jours. À cet instant j’ai tenté de trouver une justiîcation à ton imprudence : Un jour j’ai déroulé la douceur sous des genévriers en guise de couverture. Mais la plus inîme, non mesurable part d’indécision est devenue mon sixième sens.
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Culte
Comme si tu me demandais : lequel choisirais-tu de trois nains malheureux ? Le premier sur ma cheville dessine une BD. Le deuxième sur mon épaule grave un tatouage d’amour. Le troisième m’invite à une dégustation de fugacité. Et en effet, lequel choisirais-je, lequel choisirais-je, lequel choisirais-je, lequel choisirais-je, lequel choisirais-je, lequel choisirais-je, lequel choisirais-je, lequel choisirais-je tandis que le ciel s’efforce de retenir la neige soigneusement comme un cristal hand made ? Par leur prodigalité, les services hivernaux de voirie dilapident la neige au-delà des ressources de l’hiver. Et je tiens de plus en plus au culte de la neige. La neige est un rituel et peut-être le premier nain l’a-t-il choisie pour thème de sa BD.
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Relations hivernales
Elles ont pesé lourd, les longues lettres non écrites dont je conserve avec soin les formes quand tu as décidé de les jeter dans la neige. Mais j’ai peur qu’elles ne s’enrhument pas. En elles tout est pareil pour toi. Et en elles tout est blanc si bien que tu ne sais si la neige a enseveli un ours polaire. Ou si un énorme ours polaire s’est allongé dans la neige. Tu ne les distingues pas maintenant qu’un monticule de neige peut être une couverture si le choix tombe sur cette variante dans laquelle est caché l’ours. Le monticule peut aussi être un relax, improvisé, si l’ours s’y étend et baisse le regard sur l’endroit où il repose. Sur la fenêtre tu ne distingues pas le réel du dessin hivernal et débordes de ton sac de couchage, te manifestant de temps à autre au téléphone depuis ton hibernation par unAllo, Swann à l’appareil.
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