Un Hymne à la paix (16 fois)

Un Hymne à la paix (16 fois)

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Livres
73 pages

Description

Conflit d’un monde soumis toujours à ses plus vieux démons, et de l’aspiration qui nous fonde comme communauté, et de plus en plus sous le risque, le danger, l’urgence.

Ce qui nous fonde comme communauté, malgré la guerre et les démons : le langage, la parole, et comment ils se retournent sur les premiers, en nous énonçant comme communauté.

Depuis bien des siècles se structure ici l’éthique. On peut l’énoncer conceptuellement, c’est la philosophie, on peut se contenter de l’ouvrir en tant que tâche et dépli du langage, c’est la poésie.

Il se trouve que la seconde tâche, si elle perdure, c’est que le concept à un moment cède devant le langage, et ce qu’il ouvre, la nuit qu’il porte, ou la mise en chemin.

Cette intersection avec l’abstrait, et avec l’agir, ce en quoi le monde est régi par le langage – mais le langage à la fois réifié et en permanentes secousses sismiques que sont, notamment, la morale et la justice – a toujours eu son équivalent de sources dans la littérature.

Ici, lisant Laurent Grisel, on a souvent l’impression qu’est réouverte la trappe des grands parleurs du 16ème siècle, et Agrippa d’Aubigné notamment, ses Stances composées dans le temps même de la guerre, l’épée posée sur l’herbe au soir des combats – vous verrez, ce n’est pas une figure de style pour lui faire plaisir.

Cette vieille hauteur revêche du verbe pour qu’il se dresse à égalité de ce qui râpe et heurte dans le monde.

Ce combat, pour rester neuf, ne peut tolérer la chosification des formes. On en appelle à une forme, mais on doit la casser du même coup. Moulage unique. Le dépli qu’inaugure Laurent Grisel, en ce lieu où parlent, dans le monde d’aujourd’hui, le Bourreau et la Justice, avec un homme et une femme, se recomposera en plusieurs pièces, elles-mêmes liées à leur circonstance d’énonciation – ce que Laurent Grisel nomme « une brusque idée de paix ». Le poème (ou projet) global s’intitulant Descartes tira l’épée.

FB


Membre actif du collectif remue.net, on trouvera sur ce site de nombreuses intervention de Laurent Grisel.


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Informations

Publié par
Date de parution 08 octobre 2010
Nombre de lectures 312
EAN13 9782814503526
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Un hymne à la paix (16 fois) 15 janvier 2004 – 10 février 2008
ISBN 978-2-8145-0-3526 couverture : peinture d'Anne Slacik © Laurent Grisel & publie.net _ tous droits réservés première mise en ligne surpublie.netle 24 août 2010
Laurent Grisel
Un hymne à la paix (16 fois)
publie.net
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Voix d’Homme Voix de Femme Voix de Bourreau Voix de Justice
Homme & Bourreau Femme & Bourreau Justice & Bourreau Homme & Femme Femme & Justice Homme & Justice
Homme, Bourreau, Femme Homme, Justice, Bourreau Femme, Bourreau, Justice Homme, Femme, Justice
15 Femme, Bourreau, Justice, Homme 16 Femme, Homme, Bourreau, Justice
Une brusque idée de paix Pour les musiciens
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1 VOIX D'HOMME
Elles ne se sont pas jetées devant les trains. Elles nous ont laissés partir. Elles avaient des fleurs, des baisers, des larmes – elles sont de plus en plus petites devenues comme si nous étions immobiles et elles parties.
Nous nous demandons pourquoi nous sommes encore là, parmi les vivants. Nos morts restent avec nous. Ils nous regardent d’un regard brûlant.
Nous savons ce qu’est une colline, et y monter. Un trou. Nous savons ce qu’est une haie, une haine.
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LAURENT GRISEL | UN HYMNE À LA PAIX
Une route, toute route. Nous savons aller d’un point à un autre. Être immobiles, attendre. Être assourdis. Être ensevelis.
Deux patrouilles se croisent sans se battre.
Un jour nous fûmes morts et vivants assez pour dire Cesse, pour dire Non, on ne marche pas. Une journée de silence, de non-marche, de fumée. Ils attendaient que cela nous passe. Peur peut-être. Mais nous ne voulions tuer personne.
Éteints. Camarade dont la tête est partie rouler à dix mètres. Nous nous sommes retirés, retraités en nous-mêmes. Nous ne sommes plus sortis de nous-mêmes jamais. Le fou furieux qui s’y croyait on l’a calmé d’un coup.
Comment dire aux vivants que nous sommes morts –
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LAURENT GRISEL | UN HYMNE À LA PAIX
nous ne disons rien. Pour vivre avec elles, avec eux, pour vivre à côté d’elles, à côté d’eux, nous sommes restés dans leur cécité, dans leur surdité.
Que pouvons-nous faire pour les morts sinon penser, se rassembler, crier : Plus jamais ça ? Comment faire avec les vivants nous qui ne savons quoi leur dire – nous qui ne savons nous y prendre sinon faire tout comme eux ?
On travaille. On sait comment aller de A à B.
On désarme. On fait la chasse aux fusils, aux pistolets, aux avions, aux fusées en matière plastique : en tas, bûchers, brûlots, brûlis. Cendres.
Baignons-nous dans les cendres. Faisons des enfants. Allons aux champs.
2 VOIX DE FEMME
On accueille la paix, on lui ouvre les bras – allègres : quitter les usines d’armes, plus de caisses d’obus ; sortir en plein jour, le ciel est sans avions.
Et ces gars que la guerre nous a rendus, étrangers, mutilés tous, on les prend dans nos bras. On fait vie avec. On refait vie avec.
Aller librement dans les ruines, chercher librement de quoi nourrir, habiller, bercer – se blottir, se reposer – ouvrir grand les bras, embrasser,
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LAURENT GRISEL | UN HYMNE À LA PAIX