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Projet Manhattan 2 ?

De
368 pages

Dans le contexte international actuel, l’International Services for Strategic Intelligence (ISSI), une des plus importantes agences de renseignements mondiale basée à Londres, envoie ses deux meilleurs éléments pour faire une enquête au Katanga en République démocratique du Congo. Leur mission : voir comment l’uranium congolais et autres pierres précieuses sont évacuées des sites miniers vers l’Iran par la mafia katangaise et identifier les principaux acteurs et leurs complices. Cette mission s’avérera difficile et pleine de surprises et de découvertes pour les agents doubles de l’ISSI. Ceux-ci devront affronter et intégrer dans leurs plans les réalités socioculturelles locales, y compris la magie noire. Au risque de leur vie.



Le titre du roman rappelle le projet Manhattan qui a commencé modestement en 1939. « Projet Manhattan » était le nom de code du projet de recherche qui a produit les premières bombes atomiques lancées à Hiroshima et à Nagasaki. La question que l’auteur s’est posée est la suivante : y aura-t-il un Projet Manhattan 2 ? Plusieurs pays, notamment l’Iran, cherchent coûte que coûte à acquérir l’arme nucléaire. Pour se procurer des matières de bases, l’uranium hautement radioactif de la République démocratique du Congo serait visé au premier plan. Il s’agit donc d’un récit qui se déroule au Congo, précisément dans la zone minière du Katanga. L’auteur porte un regard tragique et pessimiste sur cette partie de la société, ses croyances, la superstition, ses passions, leurs aventures... Il s’inscrit dans une réalité sociale précise, qui est celle de la souffrance que vivent au quotidien les populations exposées aux radiations ionisantes aux alentours des mines. Il est porteur d'un discours critique, voire contestataire. Mêlant le réel et l'imaginaire, le roman cherche à susciter l'intérêt et le plaisir du lecteur. Surtout à lui faire comprendre comment l’uranium et autres pierres précieuses dont regorge le Congo seraient évacués à l’étranger pour tomber dans de mauvaises mains.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-19148-7

 

© Edilivre, 2016

 

 

Derrière chaque question, il y a une réponse. Même si elle est cachée très loin. Derrière chaque mystère se cache une raison, même si souvent elle n’est pas fondée. Derrière chaque atrocité il y a une preuve, même si elle est vite étouffée par l’auteur. Il suffit d’y regarder de plus près et un jour tout s’éclaire d’une façon ou d’une autre.

L’Auteur.

VENDREDI, 29 JUIN

1
Nouvelle mission

Réception à l’Hôtel Quang, Vietnam, 18h05. Les invités se croisaient et se saluaient. D’autres conversaient en petits groupes, tenant leurs coupes de champagne, qui coulait à flots. Plusieurs chaînes de télévision et de radio étaient présentes. Dans quelques heures, l’Inspecteur Ivan Chrysler GoldStein serait en vacances en famille. Il avait été envoyé au Vietnam par l’InternationalService for Specific Intelligence (ISSI), l’un des plus importants services de renseignements au monde basé à Londres. Depuis un mois, il s’était consacré à former les futurs formateurs des policiers dans toutes les provinces du pays.

Le Commissaire général de la police, Phuoc Nguyen, la cinquantaine, arborant sa tenue réservée aux grandes solennités, était chargé de recevoir les invités. Il présenta l’Inspecteur Chrysler aux officiels du gouvernement. Environ deux cent cinquante policiers en tenues de fêtes avaient déjà pris place.

Le plus âgé des officiels, qui se signala par de multiples gestes, lui lança :

– Inspecteur, j’ai reçu des retours positifs concernant votre tournée de formation.

– Merci monsieur, répondit-il en s’inclinant légèrement.

L’émotion l’étranglait. Costume bleu ciel, cravate bleue rayée de rouge et chemise blanche, une bouffée de chaleur lui monta aux joues. Il ne pouvait pas rester stoïque face à ces buffets garnis de différentes spécialités locales, en particulier les Chãcá et les Bùn chã, proposées par des serveurs en livrée blanche. Pour mieux les accompagner, le Commissaire général leur proposa du Thanh. Un vin au parfum capiteux et au charme rare.

Vibration dans sa poche droite. Interférences brouillant les haut-parleurs qui diffusaient une musique douce locale. Téléphone de service. En plein milieu d’une conversation avec les représentants du gouvernement, l’Inspecteur Chrysler se tut subitement. Le sang lui montait aux joues. Ce téléphone était réservé au chef de l’ISSI, le Professeur Kiïzen. Lui seul. Il devait être toujours allumé quels que soient le lieu et l’heure.

L’appareil vibra de plus en plus fort. Respiration profonde de l’Inspecteur, petit sourire polisson de rigueur pour masquer quelque peu l’angoisse.

Il annonça aux officiels du gouvernement sur un ton inflexible :

– C’est un appel plus qu’urgent qui vient du sommet. Je reviens tout de suite.

– Prenez-le à votre aise Inspecteur, lui indiqua le Commissaire Nguyen.

Il s’excusa et déguerpit dans une salle à côté. Il ferma les yeux en étouffant un grand soupir. Puis il prit l’appel. Au bout du fil, c’était bien sûr le Professeur. Son ton était enjoué. Ce qui l’estomaqua. La lumière intense de la pièce faisait briller ses yeux bleus.

– Toutes mes excuses Inspecteur Chrysler. Je sais que vous êtes à la cérémonie de clôture. Mais mon appel ne pouvait pas attendre.

Dubitatif, ses lèvres remuèrent mais aucun son n’en sortit.

– Je vous écoute Professeur, finit-il par dire.

Le Professeur adopta tout à coup son ton habituel autoritaire avec sa voix grave.

– Inspecteur Chrysler, j’ai une nouvelle mission très délicate à vous confier.

L’Inspecteur se tut. Il prit une grande inspiration, le visage quelque peu décomposé.

– Une nouvelle mission ? Dans deux heures, je dois prendre l’avion pour rejoindre ma famille et mes amis. Ils sont déjà en vacances aux Îles Maldives. Ce n’est pas loin d’ici, Professeur. Vous le savez bien.

– Je vous comprends très bien Inspecteur. Mais, comme je vous l’ai dit, il s’agit d’une mission exceptionnelle. Prenez le premier vol en partance pour l’Italie. Le prochain est à 19h45. Vous serez à Rome demain en fin d’après-midi. Pietro Amalfitano, l’un des hauts cadres de l’ISSI que vous connaissez très bien, sera là pour vous accueillir. Il vous donnera les détails nécessaires. Si vous parvenez à mener à bien cette mission scabreuse de façon efficace – ce dont je ne doute pas, vous connaissant –, à votre retour, vous aurez une promotion importante. Je vous le promets et je compte sur vous.

– Bien compris Professeur. À votre service.

Il lui souhaita bonne chance et raccrocha. Cette conversation laissa un instant l’Inspecteur perplexe. Ses vacances venaient d’être gâchées complètement. Une poussée de tension lui voila le regard. Il haussa les épaules en fermant les yeux. Puis il prit un air rêveur. Il lui fallait du temps pour réfléchir. Une fois ce temps passé, il se posa plusieurs questions sans trouver le moindre indice sur ce déplacement improvisé. De quelle mission s’agissait-il ? Où devrait-il aller cette fois ? Il avait excessivement hâte d’agir.

SAMEDI, 30 JUIN

2
Instructions

Pietro Amalfitano et l’Inspecteur Ivan Chrysler GoldStein se frayèrent difficilement un passage dans le grand hall de l’aeroporto di Ciampino de Rome. Costume noir, cravate rouge, petite valise noire à la main, un mètre quatre-vingts et plus de la soixantaine. Yeux noyés dans ses gros verres à montures dorées, Pietro l’invita dans son restaurant préféré : Bella Vita. Il était 17h45. En franchissant la porte, l’Inspecteur ne parvint pas à enrober son étonnement. Son grand-frère Marcus était à l’intérieur. L’émotion de cette retrouvaille fit naître sur le visage de Pietro un sourire bienveillant.

– J’ai failli vous confondre tant vous vous ressemblez. Marcus est arrivé de Paris il y a une heure.

Que de monde dans ce restaurant. Des étrangers pour la plupart et surtout des asiatiques. Ivan prit place à côté de son grand-frère. Un jeune homme, vêtu d’une chemise blanche avec un nœud papillon et d’un pantalon noir, lui proposa le menu du jour. Pietro, habitué des lieux, blagua en Italien avec lui puis accorda à Ivan le privilège de passer la commande. Il leva la tête et fixa le serveur.

– Un buon piatto italiano di vostra scelta1. Lui annonça-t-il dans un bon italien appris à l’agence.

Avec un accent très italien, Pietro réitéra les excuses du Professeur Kiïzen pour les avoir brusqués. Il devait élucider deux questions. Pourquoi une mission si soudaine ? Et pourquoi cette présence simultanée ? Personne ne disait ni de quoi il s’agissait ni de l’endroit où ils allaient devoir se rendre.

Après de longues jacasseries frivoles, Pietro en vint au but.

– Inspecteurs, le Professeur veut vous confier une mission délicate et périlleuse.

Ivan échangea un regard avec son frère. Interrompus par le serveur qui apportait la commande. Du sfogliatella pour Amalfitano et de l’impepata di cozze pour les deux frères. Le tout accompagné de vin rouge des Abruzzes. Pietro leva son verre et fit tchin-tchin avec les deux frères. Il commença à manger tout en s’entretenant avec eux. Quelques minutes plus tard, il revint sur le motif même du déplacement. Il adopta un ton confidentiel et les glaça du regard. Droit dans les yeux.

– Chers Inspecteurs Chrysler, il s’agit d’aller au Katanga, au Congo…

Marcus ne put s’empêcher de l’interrompre.

– Au Katanga ?

– Tout à fait. Plus exactement à Fungurume, non loin de Kolwezi.

Les frères cessèrent de manger. Marcus se frotta le nez. Un petit silence gênant plana.

– Vous êtes les seuls qui remplissez les conditions pour cette mission. Il s’agit d’un problème international.

– Et de quoi s’agit-il exactement monsieur Amalfitano ? S’enquit Ivan posément.

Pietro cessa à son tour de manger et laissa tomber les couverts. Il enchaîna.

– Depuis longtemps, les Ayatollahs d’Iran cherchent à se procurer l’arme nucléaire à partir de l’uranium congolais. Ce qui crée des tensions avec ses voisins, notamment Israël. Le contexte actuel au Moyen Orient n’arrange rien. Ils profitent de l’insécurité au Congo et du fouillis organisé pour faire du trafic de minerais uranifères en direction de Téhéran. De plus, des coups de téléphone intraçables proviennent de cette zone à destination de l’Iran.

Pietro but une gorgée avant de reprendre.

– Il s’agirait là d’un cataclysme international qui, une fois déclenché, ne pourrait être enrayé par aucun Homme sur cette Terre. Sachez chers Inspecteurs qu’avec des armes simples, on tue des milliers de gens. Avec des armes chimiques, on en tue des dizaines de milliers. Tandis qu’avec des armes nucléaires, on peut en tuer des centaines de milliers.

Il regarda les deux frères d’un œil inquisiteur et poursuivit à voix basse :

– Au vu de tout cela, votre mission consiste en deux choses principales. Dans un premier temps, vous serez amenés à explorer et à ausculter de près, tout ce qui se passe réellement dans cette région. Sur place, vous serez dans la zone où agit la mafia katangaise. Vous obtiendrez des renseignements qui permettront de retracer le cheminement du trafic illicite et d’en connaître les différents intervenants. Surtout au niveau de la commercialisation et de l’évacuation vers l’extérieur, pour enfin regagner l’Iran.

Les Inspecteurs Chrysler étaient bien incapables de quitter Pietro des yeux, tassé sur sa chaise. En face d’eux. Il poussa de quelques centimètres son assiette de sfogliatella à moitié remplie. Il avait l’attitude résolue d’un homme habitué à convaincre, en fin diplomate. Il écoutait en profondeur ses interlocuteurs avant de juger. Il leur adressa un sourire en caressant son alliance. Puis, il continua à parler de la mission. Il toussa et s’éclaircit davantage la gorge.

– Dans un deuxième temps, il s’agit de voir qui reçoit des coups de fils venus d’Iran. Ce n’est pas une mission qui vient de moi, du Professeur, pardon, mais des gouvernements pour lesquels nous travaillons. Ils veulent en avoir le cœur net. Nous soupçonnons de plus en plus un certain…

Il s’interrompit et sortit de la poche de sa veste une photo.

– Lui c’est Nouri Shahnez, un haut cadre des renseignements iraniens. Il agit sous couvert de plusieurs facettes. C’est lui qui serait à la tête de cette mafia. Il a été dernièrement aperçu au Katanga par nos agents informateurs. Il y était venu à la tête d’une mission diplomatique. Il y achète de l’uranium par le biais de divers intermédiaires. Ses circuits sont organisés et agissent en connivence avec des personnalités locales haut placées.

Le désir d’Ivan d’agir face à cette situation était si vif, que Pietro put le lire dans son regard. Dès lors, le rythme du discours s’emballa. Les mots ballottaient dans les bouches. Tous les détails de la mission furent passés au crible. Pietro haussa les sourcils en adoptant une gestuelle royalement maîtrisée.

– Prêts pour la mission, chers Inspecteurs Chrysler ? Leur lança-t-il.

Ivan réfléchit un instant, les yeux dans le vide.

– Nous sommes prêts pour cette aventure, monsieur.

Puis, il se tourna vers son frère aîné qui acquiesça vigoureusement. Pietro s’en réjouit. Il eut un geste sobre en grimaçant un sourire.

Il intervint sur un ton empreint de douceur :

– Bien ! Le Professeur et moi en étions sûrs. Depuis que Marcus a rejoint l’ISSI, votre binôme nous intéresse énormément. Complicité, Complémentarité, Rigueur et Courage ! Voilà ce qui vous rend forts et vous différencie des autres équipes de l’ISSI.

Marcus regarda son cadet. Tous deux tombaient des nues. Il avait en effet pris part à une mission secrète de l’ISSI au Cambodge en 2008. Cette expérience l’avait réellement enthousiasmé. Il avait alors décidé de s’engager définitivement et renoncé à son emploi.

L’aîné formula une proposition simple.

– Pourquoi ne pas nous y rendre en espions touristes pour compenser nos vacances ?

– Tous les deux ? Impossible. Vous seriez vite repérés, avoua Pietro en grand connaisseur. On aurait certes pu vous donner des passeports diplomatiques. Mais il n’en est pas question.

Marcus se tut, plissant le front, d’un air un peu décontenancé.

– Et quel est votre plan monsieur Amalfitano ? S’enquit-il en allongeant un peu plus le cou. Avec nos passeports américains ?

– C’est très simple Marcus. Plus que vous ne l’imaginez d’ailleurs. Un monastère à Fungurume tenu par les Pères de la congrégation de Saint Bartholomeo vous accueillera durant toute la durée de la mission.

– Un monastère ? S’exclama Ivan.

– C’est exact Inspecteur. Un jeune religieux italien de cette congrégation, doit se rendre aujourd’hui sur place, pour un stage de deux semaines auprès des petits séminaristes de la région. Il s’agit du Frère Barnabas. Même âge et même corpulence que vous Ivan. Il parle italien, français et anglais comme vous. Il est accompagné de son frère aîné, Benito Panyagua qui y passera ses vacances. Le même physique et seulement âgé de quelques mois de plus que vous Marcus. Ce voyage était prévu initialement pendant les vacances de Pâques. Il a été reporté pour les grandes vacances.

Ivan réagit sur le coup, si surpris que l’air vint à lui manquer quelque peu. Il se reprit.

– Moi donc religieux ? Interrogea-t-il, estomaqué. Si j’ai bien compris, c’est moi le Frère Barnabas. Et Marcus, prend la place de Benito Panyagua.

– Tout à fait et ce statut vous permettra de vous rendre n’importe où. Certifia le haut cadre de l’ISSI. Croyez-moi, il s’agit là d’une couverture qui vous ouvrira toutes les portes.

– Et où sont ces frères Panyagua ? Lui demanda le frère aîné un peu confondu.

– Ils ont été neutralisés. Pour le moment, ils sont dans un coma artificiel dans nos bureaux ici à Rome. Et ce, jusqu’à votre retour.

Ivan regarda longtemps le plafond du restaurant. Se faire passer pour un religieux censé travailler pour Dieu ? Alors qu’il allait agir en tant que barbouze. Il implora son pardon pour la suite des événements. Quelque peu distrait par l’arrivée d’un groupe d’une dizaine de rock-stars à la table voisine, Ivan tourna son regard vers Pietro. Il l’écoutait autant que son frère. Avec civilité, bienséance et la plus grande considération.

– N’avez-vous pas trouvé mieux que ça monsieur Amalfitano ?

Pietro enleva ses lunettes qu’il posa sur la table. Il s’essuya les yeux et s’épongea le visage avec un mouchoir pris dans la poche intérieure de sa veste, brodée de ses initiales, « PA », avant de les y glisser à nouveau.

– Croyez-moi Inspecteur, nous avons examiné toutes les possibilités. Celle-ci est la bonne. Compte tenu qu’il y a des éléments qui descendent là-bas, ayant la même corpulence que vous deux. Élégance naturelle, corps athlétiques, environ un mètre quatre-vingts et bodybuildés comme vous. C’est une occasion unique à ne pas manquer. C’est pourquoi le Professeur vous a appelés en urgence.

– Parfait monsieur ! Je vais m’y habituer. Dit Ivan en tentant de s’en convaincre.

– Sur place, vous respecterez les vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté. Respect aussi au Pape.

– Ça va être dur pour lui monsieur, blagua Marcus.

Pietro arbora un sourire et sur un ton plein d’entrain, qui dévoila ses sentiments plus que nécessaire, il ajouta :

– Chers frères Panyagua, vous ne devez plus être en communication avec vos familles ni avec vos amis. Une telle mission vous y oblige. Nous serons les seuls, le Professeur et moi-même, à savoir que vous êtes là-bas et qui vous êtes réellement. Vous recevrez à l’aéroport de Kolwezi tout le matériel nécessaire des mains de l’un de nos agents basé en Zambie. Le code du coli est « PA ». Cette personne ne connaît rien de vous ni de votre mission.

– Bien compris monsieur, affirma le cadet. C’est l’heure des formalités monsieur.

Avec un excès de zèle, Pietro ajouta :

– Votre avion part dans quarante minutes et vous partez sans bagages. Juste cette valise que j’ai amenée pour vous. Elle contient des habits de moine, vos passeports et un dossier contenant les informations sur les vrais frères Panyagua.

Au moment de prendre congé, il les retint par l’épaule.

– Le Professeur appellera demain pour vous demander comment se sera passé le voyage, leur glissa-t-il. Bonne chance !

Plus le Frère Barnabas avançait vers les toilettes pour se changer en moine, plus son cœur battait fort. Ils étaient tous les deux emballés, chargés d’une mission qui contribuerait apparemment à empêcher un cataclysme international. Il leur faudrait tout à la fois exceller dans leur mission d’espionnage et dans leur mission religieuse auprès des séminaristes.


1. Un bon plat italien, de votre choix.

DIMANCHE, 01 JUILLET

3
Saut dans l’inconnu

Sur le tarmac de l’aéroport international de la Luano de Lubumbashi, un avion-taxi à hélices de la compagnie Katanga Airways, immatriculé 103Q-CSP, attendait le signal de la tour de contrôle pour décoller. Une vingtaine de passagers y avait pris place depuis une trentaine de minutes. Au deuxième rang côté gauche, Benito Panyagua tout près du hublot et son frère à ses côtés. Inconfortablement installés, ils espéraient le départ d’un moment à l’autre de Lubumbashi à Kolwezi. Les genoux de leurs longues jambes touchaient les sièges de devant. Ils entendaient les conversations du pilote et de son copilote. Un simple rideau bleu séparait ces derniers du reste des passagers. Le commandant l’ouvrit et sortit de la cabine de pilotage. Un Russe sexagénaire à moustache grise, trente ans de carrière dont quinze avec cet appareil. Un tournevis à la main, il s’avança vers la porte, toujours ouverte. Il connaissait tous les défauts de son engin. Il resserra une vis qui bougeait et empêchait la porte de se fermer. Derrière les frères Panyagua, il y eut un cliquetis semblable à l’onomatopée d’une détonation agressive. L’estomac un peu serré à l’idée de ne pas arriver à bon port, le Frère Barnabas fit une grimace. Un vieil homme portant un boubou blanc, assis de l’autre côté de l’allée centrale, se tourna vers eux.

– Je présume que c’est la première fois que vous venez dans la région, mon Père.

Les deux frères se tournèrent en même temps vers lui. Ils confirmèrent d’une voix calme. Ils ne quittaient pas des yeux le pilote en train de serrer fort la vis, de toutes ses forces. Une fois le travail fini, il ferma énergiquement la porte, puis revint aux commandes. Il donna l’autorisation à son adjoint, un jeune Congolais âgé de trente-cinq ans, de décoller. Celui-ci apprenait à piloter pour prendre la relève.

À 9h23, l’avion quitta le sol de l’aéroport de Lubumbashi. Une légère brise penchait le manche à air vers l’ouest. La piste était en mauvais état. Faite de blocs de béton fissurés, elle faisait brinquebaler l’appareil. Une secousse effroyable projeta les deux frères en l’air. En retombant, ils eurent la colonne vertébrale toute contusionnée. Ce fut donc en serrant les dents qu’ils subirent le décollage.

À peine eurent-ils quitté le sol que les frères Panyagua furent en proie à la stupéfaction. Suite à une découverte surprenante. Le Mont Mampala, une gigantesque montagne noire en pleine ville de Lubumbashi et sa longue cheminée.

En toute franchise, le vieux monsieur à leurs côtés leur expliqua clairement :

– Il s’agit des dépôts de déchets radioactifs entassés depuis plusieurs années.

– Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver ? Demanda Benito en agitant nerveusement ses mains, comme si les mots lui manquaient.

– Ce n’est pas tout, compléta le monsieur.

Plus loin, il leur montra l’usine de cuivre à la périphérie nord de Lubumbashi. Bouche bée, les deux frères continuèrent à contempler ces deux découvertes. Le monsieur représentait visiblement un intérêt non négligeable pour leur fournir les informations préliminaires. Sa qualité : il était particulièrement jaspineur et ils devaient en profiter au maximum. Chaque indice était important.

Le cadet des frères Panyagua, sourire bienveillant, se présenta :

– Frère Barnabas, Aumônier des jeunes à Fungurume. Voici mon frère aîné Benito.

– Enchanté ! Lui lança le monsieur, un sourire aux lèvres. Je m’appelle Elumba. Il est rare de voir les jeunes religieux s’engager ces temps-ci. De quel pays venez-vous ?

En croisant les mains et avec une discipline toute religieuse, il lui précisa :

– Nous sommes Italiens. Je suis diplômé en Patrologie de l’Église et en Théologie de l’Université Agustinianum de Rome. Et vous-même, que faites-vous ? Si ce n’est pas indiscret bien sûr.

Le monsieur s’accouda lourdement sur le dossier du siège et se tourna vers eux.

– Colonel retraité. Breveté d’État-Major de l’Ecole Royale Militaire de Bruxelles. Commando, nageur sauveteur dans l’eau agitée. Actuellement, je suis un important exploitant d’huile de palme à Kamina. À plusieurs kilomètres au nord de Kolwezi.

Les deux frères se regardèrent. Éberlués. Épatant, n’est-ce pas ! Il aurait dû réduire sa présentation à des dimensions plus modestes. Le colonel se mit à énumérer tous les certificats obtenus ici et là – notamment au Sénégal et en Afrique du sud. Ce qui exaspéra Benito. Les coins de ses lèvres remontèrent en une moue.

Un silence s’installa avant qu’un autre monsieur assis derrière le colonel intervienne :

– Étant à la retraite, il est dommage que le pays soit privé de vos qualités, mon colonel !

L’officier se retourna illico. Il arbora un air surpris et outré. Ses yeux pétillants braqués sur le monsieur ne semblaient produire aucun effet sur lui.

D’un ton détaché et le visage radouci, il se présenta en ces termes :

– Cocks Greenfield. Pétro-géologue, enseignant-chercheur à l’université Publique de Preston dans le Massachussetts.

Décontracté dans sa manière de s’adresser aux gens, il charibotait malignement le colonel. Un journal local entre les mains, il ressemblait à un Américain type. La cinquantaine, chapeau de cow-boy, lunettes de soleil et veste grise en cuir. Il maîtrisait moins bien le français. Son accent roulant et éraillé avalait certaines syllabes, ce qui confirmait ses origines.

L’avion volait à basse altitude à un peu plus de mille pieds. Ses moteurs faisaient trop de bruit. Tout au long de leur voyage, ils eurent droit à d’autres découvertes. Quelles belles images cette aventure aérienne leur laissait-elle découvrir ! Survoler des mines à ciel ouvert. Apercevoir les différentes grandes rivières. Les parcs naturels et leur faune visible. Avec des explications très appuyées du colonel Elumba, ils écoutaient attentivement. Mais en tant qu’espions, ils ne retenaient que les éléments et les détails qui les intéressaient. De vieilles histoires telles que les informations concernant les exploitations minières. Ou celles de la célèbre guerre de sécession qui avait éclaté en 1978. Celle-ci avait nécessité les renforts de la légion française qui écrasèrent les séparatistes.

Depuis qu’ils avaient atterri à l’aéroport de Ndjili à Kinshasa, dans la matinée, le travail avait déjà démarré. Ils écoutaient en silence. Leurs yeux surveillaient tout, fouillaient et enregistraient chaque détail. Ils étaient impatients d’atterrir à Kolwezi pour découvrir de nouveaux horizons. Faire ce saut sur les terres du Katanga qui leur étaient totalement inconnues.

Alors apparut un détail important qu’aucun vol ne pouvait louper. Le colonel prit les devants pour être le premier à le montrer à ses nouveaux amis. Le pilote fit opérer une descente à l’avion, pour une meilleure vision. Benito, assis à côté du hublot, porta son regard en bas. Il s’étonna en poussant un grand cri. L’Aumônier s’approcha à son tour de la fenêtre pour voir clairement. Il s’agissait d’une grande étendue de mines à ciel ouvert. Brutalement son visage se décomposa.

– Il s’agit des mines d’uranium de Shinkolobwe, les éclaira le colonel en caressant sa barbe grisonnante.

Et le colonel de compléter :

– Elles ont servi à la fabrication de la bombe atomique d’Hiroshima et de Nagazaki.

– Ouah ! S’écrièrent les deux frères à peu près en même temps.

Les yeux du Frère Barnabas s’élargirent tout à coup.

– Les activités clandestines des mineurs y continuent malheureusement, quoique la mine soit officiellement fermée, continua le colonel. Surtout pendant la nuit.

– Comment se fait-il que l’on ne parvienne pas à empêcher ces activités, mon colonel ? L’interrogea Benito, d’un air soucieux.

– Tout le monde en tire un grand profit. Les creuseurs vendent leurs produits aux plus offrants et souvent ils finissent dans de mauvaises mains. Ces acheteurs font tout pour évacuer au plus vite leurs marchandises par la frontière avec le Zambie, plus précisément à Kasumbalesa. Tout passe par là.

Un petit silence plana. Les deux frères gravèrent dans leur mémoire les deux noms : Shinkolobwe et Kasumbalesa. Ils allaient être utiles par la suite. Heureux de contempler ces panoramas, ils oublièrent ainsi temporairement la frustration suscitée par le Professeur et Pietro Amalfitano. Ces détails donnaient un goût particulier et de la saveur au voyage.

Greenfield ne manifesta aucun étonnement en observant la mine de Shinkolobwe. C’était la sixième fois qu’il se rendait dans la région, en l’espace de deux ans. Malgré plusieurs tentatives d’en savoir plus sur ses déplacements antérieurs, les deux frères eurent l’intuition qu’il ne leur avait pas parlé de la raison réelle de ses missions. Une sorte de catgut imperceptible bloquait ses mots au plus profond de sa gorge. Cela l’inhibait pour se lâcher et agrémenter les discussions. Il cachait certainement quelque chose. Le colonel toujours jaspineur et blagueur, voulut en savoir plus sur les deux frères. Il s’adressa avec respect à l’Aumônier en le prenant pour un Père, du fait de sa soutane.

– Connaissiez-vous le Congo avant mon Père ?

– Non. À vrai dire, j’ai juste entendu parler des guerres, des gens qui meurent de pneumonies, de la malaria, de la mouche Tsé-tsé et d’autres maladies équatoriales.

– Sans oublier la richesse énorme du sous-sol, compléta Benito. En tant que chercheur Pétro-géologue, monsieur Greenfield peut nous en dire plus.

Il plia son journal et émit un petit rire de gorge avant de parler :

– Vous savez, cette richesse scandaleuse n’est malheureusement qu’une malédiction. Le pays est si riche, mais si pauvre ! Vous en apprendrez davantage sur place.

Ses mots retentirent sérieusement aux tympans des deux frères. Le colonel soupira.

– J’en sais quelque chose, leur dit-il en étouffant un bâillement menaçant. Avant de me lancer dans l’exploitation de l’huile, je faisais du trafic de pierres précieuses. Les jeunes faisaient office de creuseurs artisanaux dans des mines. Même celles dangereuses qui sont très radioactives. Ils travaillaient aussi comme vendeurs. Ici tout se vend dans la rue. Le plus important pour eux, c’était de gagner l’argent facilement et rapidement. Mais leur vie était hypothéquée à jamais. Malheureusement, il en est de même aujourd’hui.

Benito, perplexe et le regard brillant, lui demanda :

– Et pourquoi avez-vous arrêté mon colonel ? C’était très rentable, non ?

– Croyez-en ma longue expérience, c’est un secteur très risqué. En tout cas, plus proche de l’enfer que du paradis. Au moindre faux pas, vous coulez. La mort guette à tout moment. La concurrence est trop rude, avec des menaces intempestives. Cela favorise les crimes organisés. D’ailleurs, je ne supportais plus de voir ces jeunes constamment exposés aux radiations. C’était triste comme situation. J’ai jugé mieux de vivre avec ma famille avec peu d’argent et sereinement. Avec mon exploitation, personne ne me dérange plus.

Greenfield lui adressa un clin d’œil acerbe et vif, tandis que les deux frères pensaient à ces jeunes exposés. Cela renforçait leur cran. L’humeur générale s’était assombrie. Le nouvel Aumônier se rendit compte que la mission auprès des jeunes et celle du Professeur n’étaient pas faciles. Dans les deux cas, la mort était cachée tout près.

4
Karibuni kwetu

C’était excitant de regarder par les hublots des mines à ciel ouvert au sud-ouest de la ville de Kolwezi. Une pure merveille ! Au centre, on distinguait des lacs verts. Au même moment, le jeune copilote effectua un dernier virage serré et brusque. Benito s’affaissa profondément dans son siège. Il saisit la main de son frère. Ayant tous les deux reçu des formations de pilotage à l’ISSI, ils ne s’étaient jamais imaginé qu’un pilote pouvait faire une chose pareille. Et sous un soleil de plomb, l’avion toucha le sol. Benito lâcha enfin la main de son cadet. Six heures de voyage entre Kinshasa et Kolwezi via Lubumbashi.

Le colonel Elumba se leva et d’un ton calme et chantant, leur conseilla :

– Soyez prudents dans vos déplacements.

– Merci mon colonel, lui dit Benito.

Après de franches et longues poignées de main, le colonel les libéra pour sortir. Les chances de le retrouver étaient minimes. Il venait rarement à Kolwezi. Il resta dans l’appareil qui s’apprêtait à accueillir de nouveaux passagers, massés sur le tarmac. La prochaine destination : Kamina au nord de Kolwezi.

Greenfield descendit parmi les premiers les quelques marches métalliques. Avant de faire de même, le Frère Barnabas se retourna. Il adressa un bref signe de la main au colonel. Puis, il emboîta le pas à son frère. Ils posèrent enfin les pieds sur le goudron du tarmac, ramolli par la chaleur. Benito s’étira avant de s’avancer pour foncer vers ce qui semblait être l’aérogare. Tous les deux s’arrêtèrent un instant.

Fouler le sol congolais symbolisait le début de leur aventure périlleuse. Ils levèrent les yeux vers le ciel. Aucun nuage pour freiner l’intensité des rayons de ce soleil équatorial de midi. Éblouissants et perpendiculaires au sol. Ils léchaient leur peau et les réchauffaient. Il était le seul au rendez-vous pour les accueillir à la descente. Le Professeur n’avait désigné aucun guide pour les premières démarches. Ils devaient donc se débrouiller seuls. Ils braquèrent leurs regards vers la gauche. Un drapeau qui flottait mollement confirmait bien qu’ils se trouvaient en République Démocratique du Congo. Bleu ciel, orné d’une étoile jaune au coin supérieur gauche et traversé d’une rayure rouge flanquée de jaune.

En tapant affectueusement dans les mains de son frère, Benito déclara :

– Bienvenue au Congo, Frère Barnabas.

Son cadet lui sourit chaleureusement en le dévisageant et lui souffla :

– Nous n’avons qu’à nous souhaiter bonne chance, pour la réussite de la mission.