Quand le Portugal m

Quand le Portugal m'appelle

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« Je ne suis pas d’ici, je suis de mon pays et même si je suis heureuse en France, un fil me retient, un fil qui tire plus fort quand le soleil brille. » Avec simplicité et douceur, Alia nous livre ses souvenirs d’enfance, dans ce Portugal encore vierge de toute modernité. Avec une infinie tendresse pour son pays natal et son peuple, les scènes du quotidien prennent vie sous sa plume. La vendeuse de poisson marchant pieds nus de village en village s’anime, les chants des veillées de vendanges et de moissons retentissent. Les sensations se font de plus en plus précises et l’odeur entêtante des orangers en fleur se dégage des pages, se mêlant à celle, laiteuse et sucrée, des figuiers. Le murmure des confidences échangées par les femmes au lavoir se perd au milieu des rires des enfants. Le goût du poulpe arrosé d’huile d’olive et du pain chaud sortant du four titille les papilles...

Ce témoignage, teinté de mélancolie et de joie, est une invitation au voyage à travers le temps, un hymne à une époque désormais révolue mais qui doit continuer de vivre dans les cœurs et les mémoires. Plus que le récit de sa propre vie, c’est l’histoire de toute une génération, déchirée entre deux patries, que nous chante Alia, sur les notes d’un émouvant fado...


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Date de parution 03 janvier 2013
Nombre de lectures 26
EAN13 9791092117011
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Pourquoi les hommes sont partis…

Je ne suis pas d’ici, je suis de mon pays et même si je suis heureuse en France, un fil me retient, un fil qui tire plus fort quand le soleil brille.

Je suis née au Portugal, un pays de soleil avec mer et montagne, mais un pays qui n’a pas su retenir son peuple.

Je suis née à Benlhevai, c’est là que j’ai grandi, mais à l’âge de huit ans, je suis venue vivre en France parce que mes parents, comme tant d’autres, ont quitté leur pays pour offrir à leurs enfants une vie meilleure. Dans les années soixante, la France se remettait de la seconde guerre mondiale et avait besoin de main d’œuvre. Nous sommes venus par les services d’immigration avec des papiers régularisés avant notre départ du Portugal. C’est plus tard — dans les années soixante-dix — que l’émigration clandestine a vraiment débuté. Parmi ceux qui sont partis, beaucoup ne sont jamais revenus au village. Les jeunes partaient pour échapper à la guerre d’Angola où ils devaient effectuer trois ans de service militaire. Cette guerre éclaircissait les rangs de la jeunesse.

Ceux qui n’ont pas émigré sont devenus agriculteurs comme leurs parents, les fils de quelques-uns sont devenus instituteurs ou employés de banque, mais par manque d’argent, rares étaient ceux qui faisaient des études longues.

Le 16 mai 1963, nous avons pris le train pour rejoindre papa qui était parti un an auparavant. Il était venu nous attendre à Hendaye, et depuis ce jour, ce mot est doux à mon oreille, il évoque pour moi le début d’une vie nouvelle ainsi que les retrouvailles avec mon père. Pourtant, partir a été une déchirure, nous quittions tout pour aller vers l’inconnu. Maman avait dû vendre les animaux, quitter sa maison et laisser derrière elle les objets qui avaient jalonné sa vie.

Aujourd’hui, quand je me retrouve dans un aéroport ou une gare et que je vois les gens partir, ma gorge se noue, parfois même les larmes coulent. Je me revois petite fille attendre le train en compagnie de ma mère, ma sœur et mon frère sur le quai de la gare de Porto. Nous attendions sans perdre de vue nos valises qui contenaient des morceaux de nous. Je revois maman pleurer dans les bras de sa sœur car elles ne savaient pas quand elles se reverraient, nous quittions notre pays sans savoir pour combien de temps, mais nous partions, le cœur empli d’espoir et de tristesse, vers un monde nouveau.

À notre arrivée à Hendaye, des gens du service de l’immigration nous attendaient à la gare, ils nous ont conduits dans une salle et nous ont offert à manger. Je me rappelle avoir reçu du chocolat, mais ensuite ma mémoire me fait défaut et je ne sais plus très bien ce qu’on nous a offert encore. Je me souviens du chocolat parce que j’avais reconnu le petit cheval sur l’emballage, c’était le même que papa nous envoyait dans ses colis, il nous envoyait également du sucre en morceaux que maman nous donnait avec parcimonie. Si elle voulait faire plaisir à un enfant, elle lui donnait un morceau de sucre, pour lui c’était comme un bonbon. Doux souvenirs de mon enfance.

Quand nous sommes arrivés à la gare d’Irun, notre voyage n’était pas terminé, nous avons pris un autre train jusqu’à la gare de Tours. Papa nous a ensuite emmenés à Artannes où une maison nous attendait avec un petit jardin. Cette maison n’était pas très grande ni très confortable, mais comme nous y avons été heureux avec nos parents à nouveau réunis et maman qui attendait un bébé. Le 14 février 1964, une petite sœur est arrivée, juste le jour de la saint Valentin, c’était comme un clin d’œil à une nouvelle vie qui commençait, pleine de promesses.

 

J’aime la France et je la respecte, mais je n’oublie pas mon pays.

J’aime la langue française pour laquelle mes professeurs me trouvaient douée, j’aimais l’école où j’ai appris l’Histoire que je trouvais passionnante. Quand ma scolarité s’est terminée, j’ai eu beaucoup de peine. J’aimais m’instruire et en quittant le milieu scolaire, je ne bénéficiais plus de l’instruction que me prodiguaient mes professeurs. Bien sûr, il me restait la lecture et je ne m’en prive pas.

Ce que j’aimais le plus à l’école, c’étaient les cours de français, je retenais facilement les règles de grammaire et de conjugaison, mais ce que je préférais c’étaient les récitations.

Je me souviens encore des poèmes de Paul Verlaine, Émile Verhaeren, Théophile Gauthier, José Maria de Heredia et bien d’autres. Mais mon préféré restait Victor Hugo, le grand Hugo, maître à la fois des vers et de la prose.

 

Je vis en France depuis longtemps maintenant, pourtant je ne me sens pas vraiment d’ici et je ne me sens pas vraiment de là-bas non plus. J’aime vivre en France mais j’aimerais vivre au Portugal également. J’ai deux pays, j’ai deux patries, mais je serai toujours une émigrée. Les émigrés sont des déracinés qui ont continuellement la nostalgie du pays où ils sont nés ; leur cœur est sans cesse déchiré entre le pays qui les a accueillis et où il fait bon vivre et le pays où ils sont nés et qu’ils n’oublient pas. L’émigré sera toujours et partout un étranger, étranger dans son pays d’origine qui le rejette et étranger dans son pays d’adoption qui ne l’adoptera jamais tout à fait.

En France, nous sommes Portugais, au Portugal nous sommes Français. Il est vrai que nous nous sentons Portugais et Français à la fois.

Pourtant quand je suis au Portugal, je me sens rejetée. Ils ont du ressentiment envers nous parce qu’ils s’imaginent que nous les méprisons, nous entendre parler français les agace, mais ils oublient que nous parlons et pensons en français toute l’année, les mots en portugais ont fui notre mémoire et si nous en écorchons un, ils se moquent de nous.

Cependant, j’ai remarqué que les « vrais français » eux, sont très bien accueillis.

J’ai aussi remarqué que les gens qui ont de bons revenus nous rejettent parce que nous, gens pauvres avant d’émigrer, avons maintenant le même niveau de vie qu’eux. J’ai connu des gens riches de la génération de mes parents qui n’admettaient pas que les fils d’illettrés visent à faire des études et à occuper des emplois réservés à leurs enfants. Certaines femmes se désolaient de ne plus trouver de bonnes ni même de femmes de ménage. La génération suivante est beaucoup plus souple, mais il reste encore quelques irréductibles.

Nous, émigrés, sommes aussi responsables de la hausse des prix au mois d’août et des bouchons rencontrés sur les routes.

En France, je n’ai jamais perçu de xénophobie à mon égard, alors je souffre que les miens, ceux de mon pays, nous rejettent. Les enfants des émigrés aiment le Portugal, mais ce rejet les blesse et freine leur envie d’y retourner.

Mes enfants aiment la France, c’est là qu’ils sont nés et ont fait leurs études, c’est là aussi qu’ils vivront toujours ainsi que leurs enfants qui suivront le chemin tracé par leurs grands-parents.

Les enfants des émigrés restent attachés au pays de leurs ancêtres qui les attire comme un aimant.

J’ai un jour rencontré sur la route des vacances un jeune homme d’environ vingt-cinq ans qui s’était un peu perdu. Il nous explique qu’il est né en France, que ses parents sont l’un portugais et l’autre français mais ne l’ont jamais emmené au Portugal. Aujourd’hui il veut connaître le pays où sa mère est née. Retrouver ses racines toujours ! J’ai été émue par son histoire.

 

Quand mes parents ont quitté leur pays, ils n’ont cherché qu’à nous assurer un avenir meilleur. Pourtant une éternelle question me revient sans cesse : quelle aurait été ma vie si nous n’étions pas partis ?

Nous sommes retournés au Portugal en août 1968, mon grand-père nous attendait, il se languissait de nous, la séparation avait été si longue. Bien sûr, il recevait une lettre de temps en temps, mais quelle joie de pouvoir enfin nous parler, nous raconter tout ce qui s’était passé pendant ces années d’absence, et nous expliquer comment il s’était occupé de tout.

Je suis très heureuse d’être enfin revenue, pourtant ce n’est pas comme dans mes souvenirs, je trouve que le village a changé, les rues me semblent plus étroites et moins propres que dans mes souvenirs. Il y a aussi quelques maisons nouvelles aux couleurs trop voyantes, et des personnes qui m’étaient chères ne sont plus là. J’ai besoin d’un peu de temps pour prendre mes repères. Je me promène dans le village, je retrouve les bassins des lavandières et leurs saules pleureurs, je vais boire aux fontaines et tremper mes mains dans l’eau des abreuvoirs, je vais voir l’école, qui évidemment est fermée, mais je crois sentir l’odeur de la craie et entendre les enfants réciter l’alphabet.

C’est pendant ce premier séjour que j’ai compris combien j’aimais mon petit village perdu derrière les monts, loin des villes et de leur agitation. J’aimais la France, certes, mais je savais que je reviendrais toujours.

 

Les étés sont chauds au Portugal, la chaleur endort hommes et bêtes, elle pénètre dans les maisons, assèche la terre, même les fontaines ont moins d’eau. Les animaux sont couchés à l’ombre d’un arbre, les rues sont désertes et silencieuses, pas un souffle d’air, pas un nuage, le ciel reste obstinément bleu.

Les hommes prient pour que le temps reste beau car le seigle est mûr et un orage anéantirait la récolte. Mon père aimait contempler ses champs de seigle, il aimait admirer la mer dorée qui s’étendait devant lui et adoucissait son regard ; les beaux coquelicots rouges, soyeux et si fragiles ne l’intéressaient pas. Seuls les épis retenaient son attention et tout en les observant, il pensait à cette petite histoire qui le faisait sourire :

Il était une fois un homme qui avait toujours des regrets. Si sa récolte était bonne, il regrettait de ne pas avoir semé plus de seigle, si elle était mauvaise, il regrettait d’en avoir semé autant. Mais lui ne regrettait rien, l’année avait été bonne et la récolte représentait le pain de toute une année, pourtant il s’était fait du souci, les orages sont dévastateurs et emportent tout sur leur passage.

Alors un jour les hommes en ont eu assez de dépendre des aléas du temps, de trimer toute une année pour voir parfois leurs efforts réduits à néant.

Il est difficile aujourd’hui de concevoir les conditions de vie des gens de la terre à cette époque. Mon père disait parfois :

Aussi loin que je me souvienne, mes anciens ont toujours sué sang et eau sur leur terre, ils mouraient d’épuisement avant l’âge et ne mangeaient pas toujours à leur faim. Je mourrai moi aussi si je ne pars pas.

Il savait qu’il y avait des pays où la pluie tombe plus qu’ici, où le soleil est généreux mais n’assèche pas la terre. Combien de fois mon père et ma mère ont labouré, semé, bêché, transpiré pour qu’un orage ou la sécheresse anéantisse tous leurs efforts.

Mon père en avait assez de cette existence et songeait à partir. Il avait un cousin qui vivait en France et semblait avoir réussi. Une année, il est venu en vacances avec une auto, les gens ont pensé que ce pays était vraiment très riche puisque l’un d’eux avait pu s’offrir une voiture. C’est grâce à ce cousin que mon père vint en France.

 

Le Portugal est le seul pays au monde à avoir élevé des monuments à la gloire de ses émigrés. À Mirandela, nous avons un tel monument, il représente un homme tenant une valise et une femme donnant la main à deux enfants.

C’est à partir des années soixante-soixante-dix que l’émigration clandestine fut la plus importante.

Les hommes quittaient leur pays à la recherche d’une vie meilleure. Pour pouvoir partir, ils s’adressaient à des passeurs qui leur demandaient une grosse somme d’argent que bien souvent ils ne possédaient pas. Pour réunir la somme nécessaire, ils empruntaient à la famille ou bien vendaient une terre, mais ils le faisaient de gaîté de cœur puisqu’ils partaient vers « la terre promise ». J’ai même connu un homme qui a vendu son troupeau de moutons pour que sa sœur puisse partir.

Ces hommes s’en allaient avec un simple baluchon jeté sur l’épaule et dans le cœur une confiance inébranlable. Ils n’avaient qu’une idée fixe : arriver en France, trouver du travail et une maison pour faire venir leur famille. C’est ainsi que quelques hommes ont quitté Benlhevai.

C’est avec quelque appréhension qu’un soir d’hiver ils rejoignirent discrètement le passeur qui les attendait avec une voiture afin de les conduire à la frontière. Voyager dans « un véhicule à moteur » était bien agréable, mais cela n’atténuait pas le chagrin enfoui tout au fond d’eux-mêmes. Fallait-il que la vie fût rude pour obliger ces hommes à s’expatrier et laisser derrière eux des parents, une épouse ou une fiancée.

Benlhevai n’est pas très éloigné de la frontière, mais il faisait déjà nuit noire quand ils y sont arrivés. Le guide, qui avait tout organisé, les conduisit dans une maison où un repas chaud leur fut servi. Aussitôt le repas fini, on les emmena dans une bergerie où ils pourraient dormir un peu. Ils avaient pour compagnie un troupeau de moutons, mais cela ne les gênait pas, au contraire, ils auraient plus chaud.

Quelques heures plus tard, très discrètement, on vint les réveiller. C’était le moment, il fallait partir et passer la frontière ; le passeur choisissait toujours celle-ci car elle était petite et les gardes moins nombreux. Mais il fallait être vigilant malgré tout. Avant de les quitter, il leur expliqua le chemin à suivre et leur décrivit l’homme qui les attendrait de l’autre côté et qui se chargerait d’eux. Quant à lui, sa mission était finie.

Alors une longue et pénible marche commença ; ils allaient en silence les uns derrière les autres et par des chemins de plus en plus étroits. Mais jamais ils ne se sont découragés et n’ont eu envie de rebrousser chemin. Ils étaient en route pour une nouvelle vie, il n’était pas question de revenir en arrière. Quand enfin ils parvinrent de l’autre côté, ils s’étreignirent de joie ; cette première frontière avait été franchie, cela avait été difficile, certes, mais ils y étaient parvenus. Il restait encore les Pyrénées à traverser pour atteindre le sol français, mais avec l’aide de Dieu, ils y arriveraient.

Ils attendirent dans le froid que le passeur espagnol vienne les rejoindre, l’attente se prolongeait et le doute commençait à s’installer. Attendaient-ils au bon endroit ? Le passeur portugais ne les avait-il pas trompés ? Ils en étaient là dans leurs questions quand ils virent un homme habillé comme un berger venir vers eux. Ils n’eurent aucun mal à communiquer puisque les langues espagnole et portugaise se ressemblent beaucoup.

Voyant le groupe frigorifié, le passeur décida d’allumer un feu au risque de se faire repérer. Cela ne tarda pas car peu de temps après ils virent deux douaniers s’approcher et leur demander ce qu’ils faisaient là. Le berger expliqua que ces hommes étaient Portugais et venaient en Espagne à la recherche de travail. Les douaniers sont repartis, mais ont-ils cru à l’histoire, ou ont-ils fait semblant ?

C’est le cœur léger que les hommes sont repartis en direction de la France.

Après un long voyage à travers l’Espagne, ils arrivèrent aux abords de la frontière française. Il fallut alors recommencer l’attente dans une bergerie cachée au milieu de la montagne. Cette fois-ci, ils durent rester cachés plusieurs jours, ils avaient froid, mais n’allumaient pas de feu pour ne pas attirer l’attention. Le passeur allait au ravitaillement et prospectait les alentours, il s’informait des jours où les gardes étaient moins nombreux pour tenter le passage. À ce stade du voyage, le groupe commençait à perdre le moral et de plus ils avaient froid. Enfin, un soir le guide leur annonça que la voie était libre, ils devaient ramasser leurs affaires et le suivre. Ils escaladèrent la montagne en empruntant des chemins étroits, pleins de ronces et de cailloux. Traverser la frontière portugaise avait été difficile, mais franchir les Pyrénées s’avérait plus difficile encore. Les hommes fatiguaient et devenaient nerveux, l’un d’entre eux avait du mal à suivre, cela ralentissait le groupe et contrariait le guide qui menaçait d’abandonner là celui qui n’avançait pas assez vite. Les hommes alors firent bloc, la terre qu’ils venaient de quitter était sèche et pauvre, mais leur cœur ne l’était pas, ils resteraient solidaires et n’abandonneraient pas un des leurs.

Ils marchèrent pendant des heures en silence et les sens en alerte. Le plus petit bruit les faisait tressaillir ; ces chemins de montagne longeaient des ravins et le moindre faux pas pouvait être fatal. Parfois ils s’arrêtaient pour manger un morceau et se reposer un peu. Enfin, après de longues heures de marche, le passeur leur annonça qu’ils pouvaient relâcher leur vigilance, ils étaient hors de danger. Ils parcoururent encore quelques kilomètres afin de rejoindre un passeur français qui les emmènerait jusqu’à leur destination, suivant les adresses indiquées par chacun. Arrivés à Tours, le passeur se mettait à la recherche de l’adresse indiquée, mais il arrivait qu’il se lasse de chercher et il déposait alors ses « clients » dans un quelconque bâtiment en construction, sûr que là, il y aurait des Portugais qui se chargeraient de leurs compatriotes.

 

Quand les hommes sont partis dans les années soixante-dix, le vent a tourné, les fils et petits-fils de ceux qui trimaient autrefois à longueur d’année pour un salaire de misère ont racheté des dizaines d’hectares avec le sentiment de réparer une injustice dont leurs parents avaient été victimes en d’autres temps. Les pères pouvaient cultiver les terres achetées par les fils, mais c’était trop tard, leurs forces s’en allaient. Aujourd’hui, plus personne n’achète la moindre parcelle de terrain ; ceux qui vivent là-bas en ont déjà trop et les enfants des émigrés n’y retourneront pas. Les maisons se vident peu à peu, la terre est abandonnée et livrée à la végétation sauvage, beaucoup d’oliveraies ne sont plus labourées et bientôt ils ne produiront plus rien, les vignes ne sont plus taillées, on ne fabriquera plus de vin, mais qu’importe, la mode est à la bière et autres boissons fortes.

Mon village se vide, les vieux nous quittent, les jeunes ne reviennent pas, ils s’en vont parce qu’ils s’imaginent que la vie est meilleure là où ils ne sont pas. La terre se meurt.