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Quelques Rimes

De
239 pages

Sous l’astre lumineux que produisit Carcel,

Cent gâteaux saturés de sucre ou bien de sel,
Chefs-d’œuvre de Guillot, chefs-d’œuvre de Perrette,
Sur l’ovale plateau garnissaient mainte assiette.

La brioche fumante, au croûton abondant,

Ravissait à la fois la narine et la dent ;
La bugne rissolée et la gaufre aplatie
Dans ce brillant concert remplissaient leur partie ;
Les merveilles de Bayle et celles de Charnais
Faisaient frémir la langue et mouiller le palais ;
L’aspic à la gelée, à la truffe, à la viande,
Affriolait la dent curieuse et gourmande ;
La meringue neigeuse, au double fond craquant,
Se dressait en colline, en monceau provoquant ;
Le chinois transparent, la prune, l’angélique,
La poire, l’abricot, la noix (pas la vomique),
Glacés, cristallisés, pailletés, ruisselants,
Étalaient leurs contours dorés, étincelants ;
L’orange, emprisonnée en sa coque glacée,
Rafraîchissait la lèvre avant d’être sucée ;
Enfin le chasselas, qui mûrit à Saint-Clair,
Complétait le menu de ce friand dessert.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Léo Genin
Quelques Rimes
A EMILE
FRAGMENT DE LETTRE
Sous l’astre lumineux que produisit Carcel, Cent gâteaux saturés de sucre ou bien de sel, Chefs-d’œuvre de Guillot, chefs-d’œuvre de Perrette , Sur l’ovale plateau garnissaient mainte assiette. La brioche fumante, au croûton abondant, Ravissait à la fois la narine et la dent ; La bugne rissolée et la gaufre aplatie Dans ce brillant concert remplissaient leur partie ; Les merveilles de Bayle et celles de Charnais Faisaient frémir la langue et mouiller le palais ; L’aspic à la gelée, à la truffe, à la viande, Affriolait la dent curieuse et gourmande ; La meringue neigeuse, au double fond craquant, Se dressait en colline, en monceau provoquant ; Le chinois transparent, la prune, l’angélique, La poire, l’abricot, la noix (pas la vomique), Glacés, cristallisés, pailletés, ruisselants, Étalaient leurs contours dorés, étincelants ; L’orange, emprisonnée en sa coque glacée, Rafraîchissait la lèvre avant d’être sucée ; Enfin le chasselas, qui mûrit à Saint-Clair, Complétait le menu de ce friand dessert.
Vienne, 12 février 1862.
A ADOLPHE CHERRIER
Ami, viens me revoir en ma verte campagne Aux horizons lointains, aux prés drus et fleuris ; Pour arriver chez moi contourne la montagne, Ta présence en mon gîte en fait un paradis. Tu ne trouveras pas, aux rives de la Gère, Les plaisirs de Paris, le faste de la cour ; Spectacles et concerts ne nous délectent guère ; Nous mangeons, nous buvons, nous dormons tour à tou r ; Nous vous aimons surtout, car douce est la pensée Qui retrace à nos cœurs, amical souvenir, Votre hospitalité gracieuse, empressée, Dont naguère, à Paris, nous avons pu jouir. Mais le passé n’est plus, savourons par avance Le temps où tu viendras animer ma maison, Et, joyeux professeur de folâtre science, Expulser de mon toit la maussade raison. Car, ami, tu le sais, rarement la folie Agite ses grelots sous nos muets lambris ; Nous menons platement notre uniforme vie Sans jamais l’égayer par les jeux ou les ris. Faut-il, pour t’attirer, de mes épis superbes Te décrire le nombre, et la taille, et le poids ? Faut-il de ma prairie énumérer les herbes, Les raisins de ma vigne et les feuilles du bois ? Tout est resplendissant : le melon sous le verre Épanouit sa panse et pompe le soleil ; La poire s’arrondit, la prune se fait claire, La pêche a l’épiderme et soyeux et vermeil. Puis, pour plaire à ton fils, ma femme, sur la tabl e, Veut servir un cylindre à l’opulent contour : Un saucisson géant, colossal, formidable, Préparé par Chosson pour fêter son retour. C’est juste et mérité, car, il faut te le dire, Henri, seul entre tous, a su la décider A déplisser son front et parfois à sourire ; Puisse-t-il pour longtemps la savoir dérider ! Allons, viens au plus tôt égayer ma famille, Contempler du Mont-Blanc les sinueux profils,
Embrasser galamment et la mère et la fille, Et puis serrer la main du père et de ses fils.
Mont-Salomon, 12 juin 1862.
LE CHAUSSON PACIFICATEUR
SCÈNE.
PERSONNAGES : LOUIS MAS. MADAME MAS. EMILE. LA SONNETTE. UNE PAIRE DE CHAUSSONS FOURRÉS, PERSONNAGES MULTS. A Paris, quai Bourbon.
A LOUIS MAS. LA SONNETTE. Drelin, drelin, drelin. LOUIS, assis, fumant sa pipe, à sa femme. Va voir qui sonne ici. MADAME MAS, ouvrant la porte. Tiens ! c’est monsieur Emile ! Eh ! bonjour et merc i De votre promptitude à nous faire visite. LOUIS, se levant et fumant à triples bouffées. Arrière, polisson ! Qu’il détale au plus vite, Ou je vais lui flanquer, avec ravissement, Un atout bien senti postérieurement... Mon croquis préventif a déjà fait connaître Que s’il franchit la porte, il franchit la fenêtre ; Je lui ferai danser un atroce cancan ! Ma pipe à son aspect fume comme un volcan !
La déposant et se balançant sur la jambe gauche.
Mon pied droit se prépare à servir ma vengeance.
A sa femme.
Détourne-toi, je tape aussitôt qu’il s’avance.
EMILE, tenant à chaque main un chausson fourré.
Louis, soyez clément ; vous me voyez ganté D’un couple de chaussons de ma ville apporté ; Ils sont feutrés et doux ; c’est un don de mon père Voulant de son ami tamponner la colère ; Veuillez les essayer ; leur moelleuse chaleur Calmera vos esprits, me rendra votre cœur ; Je reconnais mon tort. LOUIS, continuant à grincer. Quoi ! cent jours sans m’écrire.... MADAME MAS. Interromps ce discours, ou je m’apprête a rire ;
Ta fureur est cocasse, et, pour un vain motif, Tu siffles, tu rugis comme unlocomotif. LOUIS, toujours grinçant, à sa femme. Je tiens h ma fureur et je veux m’y complaire.
A Emile.
Mon amitié vous suit aux rives de la Gère Et vous laissez passer, en entier, trois grands moi s Sans daigner me héler ni m’écrire une fois ! EMILE. Votre grief est juste, et, confus, je m’incline ; Mais déjà par trois fois j’ai frappé ma poitrine ; Veuillez donc pardonner et chausser prestement Ces deux caléfacteurs que j’apporte en présent ; La paix sera signée et la fin de la guerre Réjouira le cœur de mon généreux père.
LOUIS, redevenu bonhomme.
Pure et sainte amitié, tu n’es pas un vain mot ! Mon courroux se dissipe en songeant à Léo ; Je vois devant mes yeux sa bonne et large face M’implorant pour son fils, sollicitant sa grâce ; Ton vœu, mon vieil ami, sera vite exaucé Et dans un tour de... pied, je me trouve chaussé.
Se promenant, en proie à une satisfaction rêveuse.
Quelle ardeur inconnue en mon être circule ! Je puis, en plein hiver, croire à la canicule ! La générosité d’un ami tendre et bon Va m’économiser le bois et le charbon ! Mon cœur rasséréné ne ressent plus de haine, Je suis apprivoisé par un chausson de laine !... MADAME MAS, bas, à Emile. Dieux ! quel galimatias !
EMILE, lui répondant.
Je l’aime pourtant mieux Pacifique et rêveur que brutal et grincheux.
LOUIS, continuant sa rêverie.
Tout à l’heure mon nez aspirait la moutarde, Je suis calme à présent. En moi ce quimoult arde,Ce sont les pieds ; je sens d’un rayon de soleil La puissante chaleur embraser mon orteil.
Tête froide et pieds chauds. Votre main, cher Émile , Excusez mon humeur et mon accès de bile, Remerciez Léo, buvez à sa santé, Moi je reprends ma pipe, allez prendre le thé.
Mont-Salomon, 16 novembre 1862.